Le Journal de Michel Perdrial
Le Journal de Michel Perdrial



Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.







Rss

En lisant Correspondance Henri Calet Raymond Guérin (deux)

1er mai 2019


A la sortie de la Guerre, Calet retrouve Paris et écrit dans Combat. Guérin retourne à Bordeaux  et s’y morfond :
J’attendais de vos nouvelles, et commençais à être inquiet. Votre bonne lettre est venue enfin m’annonçant votre libération. Henri Calet à Raymond Guérin, le neuf janvier mil neuf cent quarante-quatre
Votre message est le premier qui m’arrive depuis notre délivrance – délivrance assez douloureuse. La guerre a remonté la Vallée telle un ouragan (mais, pas un ouragan du Châtelet). On est tout surpris de se retrouver vivants. Henri Calet à Raymond Guérin, Andicette, le trente septembre mil neuf cent quarante-quatre
Aujourd’hui, je regrette beaucoup moins mon isolement. Je crains toujours assez les contacts avec la gent de Lettres. Raymond Guérin à Henri Calet, le sept octobre mil neuf cent quarante-quatre
Je suis devenu très casanier après les quatre terribles années que je viens de passer, et plutôt ombrageux. Raymond Guérin à Henri Calet, Bordeaux, le premier novembre mil neuf cent quarante-quatre
Pas de chauffage. On gèle. Mais, on est tout de même contents de se retrouver chez soi après ces vacances un peu prolongées. Henri Calet à Raymond Guérin, Paris, le sept juillet mil neuf cent quarante-quatre
Du reste, je suis à nouveau assez fatigué. Décidément, je n’arrive pas à me délivrer du lourd poids de mes quatre ans de captivité. Je crois que je vais traîner ça jusqu’au tombeau. Raymond Guérin à Henri Calet, le quatorze janvier mil neuf cent quarante-cinq
On mène une vie misérable. Il fait si froid qu’on ne peut demeurer chez soi, ni travailler. Je me désole de voir s’écouler le temps perdu. Henri Calet à Raymond Guérin, le vingt-huit janvier mil neuf cent quarante-cinq
Je suis écœuré de vivre en plein fascisme et de voir que la barbarie qui se fait torcher sur les champs de bataille a tout de même gagné son combat puisqu’elle a réussi à entrer dans les mœurs des pouvoirs et des masses. Raymond Guérin à Henri Calet, le vingt et un février mil neuf cent quarante-cinq
A la suite de deux articles récents sur l’immigration (que vous avez peut-être lus), je dois subir la plus ignoble des offensives antisémitiques (par lettres anonymes). Henri Calet à Raymond Guérin, le quatre mars mil neuf cent quarante-cinq
J’ai beau faire, je ne me suis pas réadapté. La captivité, je m’en rends compte aujourd’hui, a sapé ma vitalité. Je suis un vaincu, un raté. Raymond Guérin à Henri Calet, le trente et un mars mil neuf cent quarante-cinq
Votre dernière lettre était douloureuse. Je la relis et j’en suis attristé. Que vous dire, mon cher ami ? Moi-même, je n’ai pas trop de penchant pour l’optimisme, vous le savez. Henri Calet à Raymond Guérin, le six mai mil neuf cent quarante-cinq
C’est, à vrai dire, une sorte de dépression morale dont je n’arrive pas à prendre le dessus. Elle est d’autant plus aiguë que je vis à Bordeaux dans un monde qui manque totalement d’ambiance. Raymond Guérin à Henri Calet, le premier juin mil neuf cent quarante-cinq
La vie est par trop moche, nos semblables par trop malhonnêtes. Il n’y a plus place en moi que pour un immense dégoût. Raymond Guérin à Henri Calet, le vingt-trois janvier mil neuf cent quarante-sept