Le Journal de Michel Perdrial
Le Journal de Michel Perdrial



Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.







Rss

En lisant Correspondance Henri Calet Raymond Guérin (un)

30 avril 2019


« En 1978, Le Quotidien de Paris ayant demandé à une cinquantaine d’écrivains quels étaient les auteurs de l’entre-deux-guerres ou de l’immédiat après-guerre à rééditer en priorité. Henri Calet fut déclaré vainqueur. Raymond Guérin, cinq fois nommé, arrivait en seconde position dans les suffrages », écrit Jean-Pierre Baril en préface de la Correspondance entre Henri Calet et Raymond Guérin. Réédités, ils le sont désormais. Grâce notamment au Dilettante, qui publie aussi leur échange de lettres.
« Raymond Théodore Barthelmess, dit Henri Calet, est né le trois mars mil neuf cent quatre à Paris, d’un père anarchiste et d’une mère flamande. » écrit plaisamment Jean-Pierre Baril dans cette même préface. Comptable modèle de la société Electro-Câble (sa mère), il s’enfuit un jour avec la caisse contenant dix ans de salaire (son père) et trouve refuge en Amérique Latine (son pseudonyme) d’où il revient un jour sans être inquiété.
Raymond Pierre Guérin est né le deux août mil neuf cent cinq à Paris d’une mère bourgeoise bordelaise et d’un père paysan poitevin. Il deviendra agent général de la Mutuelle de Poitiers à Bordeaux et ne piquera pas dans la caisse.
L’un et l’autre seront de leur vivant des écrivains à petite renommée et devront faire le soldat pendant la Deuxième Guerre Mondiale.
En témoigne le début de leur correspondance :
Sachez seulement que je suis resté dans la ligne de la troisième internationale, c'est-à-dire internationaliste, a-patriote, antimilitariste et pacifiste intégral. Raymond Guérin à Henri Calet, Bordeaux, le dix-huit novembre mil neuf cent trente-huit
Je voudrais que vous fussiez assuré que je lis vos lettres avec une chaleureuse sympathie. Henri Calet à Raymond Guérin, le huit mars mil neuf cent trente-neuf
Je suis en ligne avec ma division depuis un mois et demi, connaissant un destin de campeur aujourd’hui bien banal. Raymond Guérin à Henri Calet, aux Armées, le six novembre mil neuf cent trente-neuf
Que vous dire, mon cher ami, de ce qui se passe ici ? On vit à peine, parmi d’effrayantes ténèbres. (…)
J’aimerais que notre correspondance ne cessât point. Henri Calet à Raymond Guérin, le dix novembre mil neuf cent trente-neuf
Nous venons d’être relevés après avoir tenu les lignes pendant deux mois dans le secteur de Sierck. Je n’ai jamais été autant saturé de boue et de pluie. Etrange destin pour un homme du XXe siècle, que celui de finir dans la peau et dans l’apparence d’un pourceau ; et d’un pourceau qu’Epicure lui-même n’eût osé prévoir ! Raymond Guérin à Henri Calet, aux Armées, le cinq décembre mil neuf cent trente-neuf
Je suis revenu dans mon cantonnement couleur de neige sale, pataugeant dans les purins tricentenaires de la Meuse où ma division, lasse sans doute de ses cinquante-quatre jours de ligne, croupit dans un morne repos. Raymond Guérin à Henri Calet, aux Armées, le neuf janvier mil neuf cent quarante
Et puis, j’ai passé devant une Commission de Réforme qui m’a pris « bon pour le service » et « motorisé ». Henri Calet à Raymond Guérin, le vingt-cinq janvier mil neuf cent quarante
Le quinze juin mil neuf cent quarante, Calet est fait prisonnier.
Le vingt-quatre juin mil neuf cent quarante, Guérin est fait prisonnier.
Le vingt et un décembre mil neuf cent quarante, Calet s’évade.
Malgré mes 36 ans, je dois me plier comme un gamin qu’on mettrait au coin, aux chinoiseries de la discipline des camps. Raymond Guérin à Henri Calet, au Stalag, le vingt et un octobre mil neuf cent quarante et un
Je suis « statisticien » dans une usine de province. En exil, j’attends. Henri Calet à Raymond Guérin, Tarbes, le dix-sept novembre mil neuf cent quarante et un
Mon Cher Ami, ne m’en veuillez pas d’être resté plus d’un an sans vous écrire.  Raymond Guérin à Henri Calet, Stammlager, le sept janvier mil neuf cent quarante-trois
Je suis d’ailleurs maintenant le seul écrivain français prisonnier (chose qu’on ne dit jamais dans la presse, bien entendu !). Enfin, je sais que plus on me laissera moisir ici, plus je serai dur, impitoyable, intransigeant. Je vous assure qu’il ne faudra pas venir me casser les couilles ! Raymond Guérin à Henri Calet, Stammlager, le vingt et un juillet mil neuf cent quarante-trois
Tout ce que vous me dites me touche vivement : j’ai connu aussi cette vie rampante, odieuse et dont l’absurdité n’est ressentie que par quelques-uns. Henri Calet à Raymond Guérin, treize août mil neuf cent quarante-trois
Je suis enfin libre, Mon Cher Ami, après quarante-deux mois de réclusion aux barbelés. Comment cela s’est fait ? Je n’en sais rien encore. Raymond Guérin à Henri Calet, Montcaret, le vingt-neuf décembre mil neuf cent quarante-trois