Le Journal de Michel Perdrial
Le Journal de Michel Perdrial



Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.







Rss

En lisant Correspondance avec Ferny Besson (1949-1971) d’Alexandre Vialatte (deux)

31 janvier 2019


L’exemplaire de Correspondance avec Ferny Besson (1949-1971) d’Alexandre Vialatte que j’ai trouvé était abîmé. L’aimable bouquiniste du Rêve de l’Escalier l’a rendu présentable puis l’a couvert d’un plastique translucide. Il fait de même pour certains livres dépenaillés que j’achète ici ou là. Pour le remercier, je lui offre de temps à autre un livre d’un des auteurs qui lui sont chers et qu’il n’a pas encore.
Retour aux lettres d’Alexandre Vialatte :
Excusez-moi de vous écrire. C’est que je suis privé de tout contact humain. Désespérément. On touche les gens par un côté ou par un autre, rarement par beaucoup, jamais par tous ; bien heureux quand c’est par l’un des plus importants… Et à mesure qu’on vieillit, que les gens meurent, que la personnalité se fait plus singulière, on est de plus en plus seul. Dimanche vingt-trois septembre mil neuf cent cinquante et un
Désirez-vous que je passe vous dise bonjour ? Que ne l’avez-vous dit ? Je n’ai pas osé vous le demander. Et je suis peut-être bien prétentieux d’imaginer ça. Mais je serais encore plus fâché de penser que vous ne m’auriez pas demandé de passer par discrétion, attendant que je le proposasse, et que je ne l’eusse pas proposé ! Samedi treize octobre mil neuf cent cinquante et un
Une anecdote bien ravissante à utiliser, dans un roman, en la faisant revenir à des fins de chapitre. Mme B., appréciée du vieux Mr Payot (Suisse) l’éditeur, lui dit, chaque fois qu’il n’est pas de son avis : « D’abord tu n’as pas le droit de parler. A ton âge tu devrais être mort à Verdun. » Vendredi vingt-deux février mil neuf cent cinquante-deux
J’ai deux vieilles amies qui habitent tout près de Barbizon maintenant. Celle qui est pieuse et amie du vicaire de Notre-Dame-des-Champs (qu’elle appelle « mon petit chat ») vient à la messe tous les dimanches à Barbizon ; l’autre qui a été une grande sportive, qui s’habille en homme (en quinquagénaire sérieux) et qui ressemble à Mac Orlan, l’attend au bistrot en buvant un verre. Vendredi premier août mil neuf cent cinquante-deux
Excusez-vous mon amitié d’être tatillonne, sentimentale, jalouse, susceptible et quasi amoureuse ? Quatorze octobre mil neuf cent cinquante-deux
Henri Pourrat me donne à lire un manuscrit – une vie d’un saint local qu’il vient d’écrire. Et dont on ne sait rien. Il remplace les faits par des « peut-être ». Ça donne une espèce de civet de lapin sans lapin. Dimanche neuf novembre mil neuf cent cinquante-deux
J’y ai trouvé une vieille amie, que je n’avais plus vue depuis vingt-cinq ans. Elle ne m’a pas reconnu (ni moi elle), car il paraît que ma caractéristique était que mes yeux ne cessaient de rire. Il paraît qu’ils ne le font plus. Il y a de quoi. Et c’est bien ça qui me fait beaucoup de peine. Dimanche vingt-trois janvier mil neuf cent cinquante-cinq
Je me suis ouvert la main à table en tapant trop fort sur une assiette. Guy est allé me chercher je ne sais quelle pénicilline chez le pharmacien. Et voilà ce que c’est que de s’indigner ! Samedi dix-neuf mars mil neuf cent cinquante-cinq
                                                           *
Vialatte citant le journal Constellation dans une lettre de mil neuf cent cinquante-quatre : « La mère de famille la plus occupée peut toujours trouver un moment après une pénible journée pour se recueillir, méditer, etc., seule : celui où elle fait la vaisselle. »
 


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