Le Journal de Michel Perdrial
Le Journal de Michel Perdrial



Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.







Rss

En lisant J’ai bien souvent de la peine avec Dieu, la correspondance entre Marie Noël et l’abbé Mugnier (un)

13 novembre 2019


Fort de la particulière dilection que j’éprouve pour l’abbé Mugnier, je me suis lancé dans la lecture de J’ai bien souvent de la peine avec Dieu, la correspondance entre Marie Noël et celui-ci publiée aux Editions du Cerf, deux cents lettres échangées entre la poétesse bigote et l’abbé mondain, de février mil neuf cent dix-huit et décembre mil neuf cent quarante-trois.
L’abbé ne m’a point déçu. Que de mal il se donne pour émanciper celle qui signe ses missives de son vrai nom : Marie Rouget :
En ce moment je lis pour la seconde fois Shakespeare en sautant de mon mieux par-dessus les malpropretés mais non sans en éprouver quelque petit remords. Marie Rouget à l’abbé Mugnier, Auxerre, seize février mil neuf cent dix-huit, le jour de ses trente-cinq ans
Puisque le mal existe, il faut qu’on le connaisse, et comme vous n’aurez jamais le désir de le commettre, il n’y a aucun péril à redouter. L’abbé Mugnier à Marie Rouget, Paris, vingt octobre mil neuf cent dix-huit
Je fais le jeudi aux fillettes de 12 à 15 ans un petit catéchisme de persévérance, pour finir, je me dérange pour des gens qui ont besoin de moi, ceux qui se marient, ceux qui sont malades, ceux qui meurent… Marie Rouget à l’abbé Mugnier, Auxerre, vingt-sept décembre mil neuf cent dix-huit
Vous me pardonnerez ma franchise habituelle. Ce que vous faites, dans le Patronage dont vous me parlez, est très beau ; mais ce n’est pas votre vocation. Intérieurement, vous souffrez du temps que vous y consacrez. L’abbé Mugnier à Marie Rouget, douze janvier mil neuf cent dix-neuf
On m’a proposé de Wells Dieu, l’Invisible Roi – Accepterai-je… plus tard ? On me dit que le livre est plein d’attaques philosophiques contre la foi chrétienne et je redoute ce genre-là. Marie Rouget à l’abbé Mugnier, Auxerre, trois mars mil neuf cent dix-neuf
J’ai feuilleté l’ouvrage de Wells dont vous me parlez. C’est en effet une attaque directe contre tout ce que nous croyons et que nous aimons. Mais ne prenez pas peur si facilement. La peur d’un livre lui donne plus d’importance qu’il n’en a. L’abbé Mugnier à Marie Rouget, Paris, six mars mil neuf cent dix-neuf
Je vous demandais quels livres il me serait bon de lire pour me fortifier ? J’ajoute une question aujourd’hui : puis-je lire Emerson dont je ne connais pas une ligne mais que je désire étudier ? Et aussi Whitman le poète américain ? Marie Rouget à l’abbé Mugnier, Auxerre, huit octobre mil neuf cent dix-neuf
Lisez Emerson, c’est un très grand esprit. Lisez Whitman, c’est un très grand poète. Ses Feuilles d’herbe vous étonneront, vous scandaliseront même. Allez sans peur et faites votre miel des fleurs les moins orthodoxes. Tout se transforme, tout se filtre, tout s’idéalise. L’abbé Mugnier à Marie Rouget, Paris, dix-neuf octobre mil neuf cent dix-neuf
Ma dernière question : J’ai de vieux amis libres penseurs avec qui je me laisse aller parfois à philosopher. L’un d’eux m’a dit il y a quelque temps : « Tu te déchristianises. » Ce n’était pas vrai, surtout alors, mais le mot m’a troublée. N’ai-je pas tort de leur livrer trop ma pensée ? Marie Rouget à l’abbé Mugnier, Auxerre, sept janvier mil neuf cent vingt
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Le seul point commun entre Marie Noël et moi : être né un seize février.