Le Journal de Michel Perdrial
Le Journal de Michel Perdrial



Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.







Rss

En lisant L’esprit des lieux de Lawrence Durrell (deux)

11 février 2020


Seconde vague des prélèvements effectués lors de ma lecture de la correspondance de Lawrence Durrell publiée avec ses essais consacrés au voyage sous le titre L’esprit des lieux par Gallimard :
A Lawrence Clark Powell, Buenos Aires, mars mil neuf cent quarante-huit : Dans l’ensemble, je déteste cordialement l’Argentine. Elle est vide, bruyante, moderniste, dominée par l’argent – tous les défauts y compris ceux du Coca-Cola et de Buick. Pourtant je pourrais supporter tout cela si seulement le climat ne ressemblait pas à un morceau de viande humide posé sur le système nerveux. La vie s’écoule d’une manière étouffée, comme lorsqu’on joue d’un piano en appuyant la main sur les cordes.
A Theodore Stephanides, Belgrade, mil neuf cent quarante-neuf : Quant au communisme, mon cher Theodore, une courte visite ici suffit à vous convaincre que le capitalisme vaut qu’on lutte pour lui. Si noir qu’il soit, avec tous ses stigmates sanglants, il est moins sinistre et aride et désespéré que cet état policier inerte et terrifiant.
A Henry Miller, mil neuf cent cinquante-deux : Incidemment, je quitte le service en décembre et nous partons pour Chypre, je crois. Aucun projet d’avenir. Une tente. Une petite voiture. Je me sens rajeuni de vingt ans. Dieu sait comment nous survivrons mais je suis tellement heureux que je peux à peine attendre le moment de crever de faim.
A Alan G. Thomas, Sommières, reçue le trois juillet mil neuf cent cinquante-deux : Naturellement, l’univers aberrant des vélomoteurs et des salons de coiffure avec télévision commence à envahir cette région – mais très lentement ; et quand un rustre à vélomoteur peut discuter de vins et de fromages d’une voix émue avec des larmes sur les joues, vous éprouvez moins de tristesse devant le vélomoteur.
A Patricia Hodda, Sommières, mil neuf cent cinquante-sept : Je découvre que les Français sont beaucoup plus sensés. Pas un sou pour les vêtements ou pour sauver la face ; ils portent des haillons, mais mangent comme des coqs de combat et boivent comme des Poméraniens.
A Alan G. Thomas, Sommières, octobre mil neuf cent cinquante-huit : Cet endroit est terriblement sauvage et infesté de moustiques et de gitans, et souffre des récentes crues qui ont été très violentes ; Sommières a été submergée jusqu’à mi-hauteur par les eaux de la rivière. Nous sommes heureusement situés sur une colline semblable à un égouttoir.