Le Journal de Michel Perdrial
Le Journal de Michel Perdrial



Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.







Rss

En lisant L’esprit des lieux de Lawrence Durrell (un)

10 février 2020


C’est sous le titre L’esprit des lieux que Gallimard publie la correspondance et les essais consacrés au voyage de Lawrence Durrell, écrivain résidant en divers pays et ami d’Henry Miller. De ma lecture, ces prélèvements :
A Alan G. Thomas, Corfou, mil neuf cent trente-cinq : Les paysannes sont d’incorrigibles voleuses et menteuses, ce qu’elles compensent par un très joli déhanchement quand elles marchent. Cela provient du fait qu’elles portent constamment de lourds fardeaux sur la tête. Elles sont aguicheuses et on peut les amener à faire à peu près n’importe quoi dans les limites du raisonnable.
Au même, même lieu, même année : Alors que d’autres comme Joyce et Lewis se sont laissé submerger par la boue et la fange de la vie moderne, Miller en est ressorti en souriant, entier, solide et indemne. Il est le premier homme à avoir pu passer réellement sain et sauf à travers le bourbier moderne.
Au même, même lieu, printemps mil neuf cent trente-six : Dorénavant, je suis partisan du rapport essentiel entre homme et femme sans la complication des mirages, hypocrisies et souhaits réalisés. Cela vous montre que je vieillis énormément. J’ai eu vingt-quatre ans il y a environ un mois.
Au même, même lieu, mil neuf cent trente-huit : Des nouvelles de l’île ? Toujours les mêmes idioties : le silence de l’après-midi que troublent seuls les coups de fusil du consul belge qui abat des pigeons de son bureau, à l’abri de son drapeau national et de ses papiers diplomatiques.
A Anne Ridler, Le Caire, mil neuf cent quarante-deux ? : Quel pays ! infirmes, difformités, ophtalmies, goitres, amputations, poux, mouches ! Dans les rues, vous voyez des chevaux coupés en deux par des conducteurs insoucieux ou d’obscènes cadavres noirs sur les plaies desquelles les mouches forment un rideau, entourés par une foule qu’attire une curiosité morbide.
Entre-temps, partout la poussière et la saleté ; les visages des Arabes avec leur veulerie et leur cupidité.
A Diana Gould (Menuhin), Alexandrie, mars mil neuf cent quarante-quatre : Les tristes appétits fades des gens d’Alexandrie se répandent sur tout comme le son de poupées crevées. Les hululements stridents des femmes noires, le deuil qui se traduit par les cheveux arrachés, les vêtements lacérés – occupation qui nécessite de l’adresse – devant l’hôpital blanchi à la chaux.
A Gwyn Williams, Rhodes, mil neuf cent quarante-cinq : Tandis que j’écris, j’ai à portée de ma main une grappe de raisins jaunes … Se baigner à six heures du matin dans une mer verte. Courir sur l’herbe. Le soleil est pareil au spectre d’Apollon. Seulement il y a trop de militaires ici, avec leur Institut des armées de mer, de terre et de l’air, leurs sports brutaux et leurs fausses moustaches.
A T.S. Eliot, Rhodes, avril mil neuf cent quarante-cinq : Ce qui me rend presque dingue dans la littérature anglaise d’aujourd’hui, c’est ce culte extrême de la civilité. Tout ce qui est trop cru, tout ce qui dérange, est interdit. Cela provient de ce désir forcené qu’ont les Anglais de paraître policés. C’est un terrible héritage pour un écrivain débutant. J’écris ceci alors que je viens de lire la critique d’Henry Miller par Charles Morgan et le Manchester Guardian qui lui reproche d’avoir employé des « mots grossiers » ! Quelle farce !