Le Journal de Michel Perdrial
Le Journal de Michel Perdrial



Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.







Rss

En lisant Livre(s) de l’inquiétude de Fernando Pessoa (deux)

29 novembre 2018


Dans Livre(s) de l’inquiétude de Fernando Pessoa (Christian Bourgois) après le livre de Vicente Guedes c’est celui du baron de Teive dont je n’ai tiré que ceci :
Chaque fois que, dans n’importe quel domaine, j’ai eu un rival, ou la possibilité d’avoir un rival, j’ai évidemment abdiqué sans hésiter.
Depuis que l’intelligence existe, toute vie est impossible.
Enfin le livre de Bernardo Soares où l’on trouve quelques considérations fort intéressantes sur la grammaire dont l’une pré-contemporaine concernant le genre :
J’ai la nausée physique de l’humanité ordinaire, qui est, d’ailleurs, la seule qui existe.
Amiel a dit qu’un paysage est un état d’âme, mais sa phrase est la trouvaille ratée d’un rêveur de pacotille.
Supposons que je voie devant nous une jeune fille aux façons masculines. Un être humain ordinaire dira d’elle, « Cette jeune fille a l’air d’un garçon ». Un autre être humain ordinaire, plus conscient déjà que parler c’est dire, dira d’elle, « Cette jeune fille est un garçon ». Un autre encore, également conscient des devoirs qui s’attachent à l’expression, mais davantage mû par un penchant pour la concision, qui est la sève de la pensée, dira d’elle, « Ce garçon ». Moi je dirai : « Cette garçon », violant ainsi la plus élémentaire des règles grammaticales, qui exige que s’accordent en genre et en nombre le substantif et l’adjectif. Et j’aurai bien dit ; j’aurai parlé dans l’absolu, photographiquement, loin de la platitude, de la norme, et de la quotidienneté. Je n’aurai pas parlé, j’aurai dit. Je m’écourte.
Obéisse à la grammaire celui qui ne sait pas penser ce qu’il ressent. Se serve d’elle celui qui sait maîtriser son expression.
Ecrire c’est oublier. La littérature est la façon la plus agréable d’ignorer la vie.
Qui a traversé toutes les mers n’a traversé que sa propre monotonie.
De son poulailler d’où il sortira pour combattre à mort, le coq chante des hymnes à la liberté, parce qu’on lui a donné deux perchoirs.
Ce qu’il y a de plus avilissant dans les rêves c’est que tout le monde en fait.
Comme celui qui travaille à force de s’ennuyer, j’écris, parfois, à force de n’avoir rien à dire.
Rien ne me pèse et ne me déplaît autant que les mots de la morale sociale. Rien que le mot de « devoir » m’est désagréable comme la présence d’un intrus. Mais les termes « devoir civique », « solidarité », « humanitarisme », et autres de la même veine, me répugnent comme des ordures qu’on me jetterait dessus depuis une fenêtre.
L’inaction console de tout.
Mieux vaut écrire qu’oser vivre, même si vivre n’est guère autre chose que d’acheter des bananes au soleil, tant que le soleil dure et qu’il y a des bananes à vendre.
Sans syntaxe il n’y a pas d’émotion durable. L’immortalité est une fonction des grammairiens.
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Cité par la préfacière Teresa Rita Lopes un propos d’Axël dans la pièce homonyme de Villiers de l’Isle-Adam: La vie ? Les serviteurs feront cela pour nous !
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Mieux vaut écrire qu’oser vivre, même si vivre n’est guère autre chose que d’acheter des bananes au soleil, tant que le soleil dure et qu’il y a des bananes à vendre. était traduit Mieux vaut écrire qu’oser vivre, bien que vivre ne soit rien d’autre qu’acheter des bananes au soleil, tant que dure le soleil et qu’il y a des bananes à vendre. dans Le Livre de l’intranquillité. Cette formulation (que je préfère à la nouvelle) m’inspira un texte intitulé Des bananes, des figues (et plus si affinité) paru dans une revue québécoise puis dans une revue belge et qu’on peut trouver sur Internet.
 


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