Le Journal de Michel Perdrial
Le Journal de Michel Perdrial



Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.







Rss

En lisant Un type bien (Correspondance 1921-1960) de Dashiell Hammett (deux)

12 septembre 2019


Suite et fin des notes prises pendant ma lecture des lettres de Dashiell Hammett publiées chez Points Seuil sous le titre Un type bien (Correspondance 1921-1960):
Pour les archives : j’entame mon dixième mois sans alcool. Un fait étrange est advenu : des types comme Dudley Nichols et Sam Hoffenstein sont fiers de leurs anciens camarades de beuverie, Fitzgerald, O’Flaherty ou moi, qui sommes au régime sec, et ils nous encouragent à tenir le coup. Ils nous ont assurés qu’ils n’étaient pas esclaves de la bouteille et qu’ils pouvaient s’arrêter eux aussi dès que leur tour viendrait. A Lillian Hellman, Beverly Hills, le quinze janvier mil neuf cent trente-huit
Dis à ta maman de ne pas s’inquiéter pour ces arriérés d’impôts. C’est simplement une somme que nous devons et dont nous ne pouvons nous acquitter pour l’instant. A Mary Hammett, South Norwalk, le vingt juin mil neuf cent trente-huit
Ta lettre donne l’impression que tu t’ennuies à cent sous de l’heure. Est-ce que la petite morveuse aurait besoin d’une bonne fessée ? Ou d’un nouvel amoureux ? Ou de devoirs à faire à la maison ? Ou les trois à la fois ? A Mary Hammett, South Norwalk, le vingt-six août mil neuf cent trente-huit
Je te remercie infiniment pour ces jolies photographies. J’imagine qu’il me faudra m’habituer à l’idée d’être le père de deux magnifiques filles. Dis à la princesse folle que sa longue chevelure est très seyante.
J’ai dû rester alité deux semaines, mais je suis à nouveau sur pied et je compte bien survivre, comme toujours. A Mary Hammett, New York, le vingt-cinq novembre mil neuf cent trente-huit
Ton vieux père devient un orateur de choc. Il a prononcé quatre discours en une semaine : au Commodore, tout un après-midi, pour l’Espagne, au cours d’un dîner pour la « League for Peace and Democracy », à une réunion publique anti-nazie au Mecca Temple, et à la radio pour la cause des réfugiés juifs. (…)
Ma conduite est exemplaire, sans doute parce que je suis trop usé pour faire le mariole. Et toi ? Ah, ne me raconte pas d’histoires ! A Mary Hammett, New York, le dix-neuf décembre mil neuf cent trente-huit
Pour la première fois depuis 1931, j’ai revu mon père à Baltimore – et il semble à peine plus vieux que ton vieux, c’est incroyable. A l’âge de 76 ans, il sort avec une fille de 27 ans qui a vraiment l’air amoureuse de lui. A Mary Hammett, New York, le sept février mil neuf cent trente-neuf
Ce soir, dès qu’un médecin aura jeté un coup d’œil furtif à mon zob, je vais aller à Red Bank pour mon premier repas en dehors de la caserne depuis mercredi, ou peut-être jeudi. A Lillian Hellmann, Fort Monmouth, le quatorze décembre mil neuf cent quarante-deux (Dasshiell Hammett, bien qu’âgé de quarante-neuf ans, s’est engagé dans l’Armée pour combattre le nazisme. Il est envoyé dans les îles Aléoutiennes.)
A dire vrai, ma chérie, c’est plaisant de t’imaginer adulte. Tu as été une petite fille adorable et tu seras une femme merveilleuse, et il ne sera peut-être pas nécessaire de te renier pour les nombreuses années à venir. A Josephine Hammett, îles Aléoutiennes, le vingt-quatre mai mil neuf cent quarante-quatre
Lorsque j’eus une dizaine d’années, mon grand-père maternel, alors âgé de plus de 70 ans, se trouva une nouvelle épouse et commença à me pondre une flopée d’oncles – je me disais que ça ne tournait pas rond dans sa tête – mais aujourd’hui, je suis moins sévère quand j’y repense ; peut-être n’était-il pas aussi maboul que je l’imaginais à l’époque, bien que je continue de prétendre que c’était le plus intarissable des culs-bénits que Dieu ait jamais mis sur la route d’un enfant affamé, et rares sont les personnes que j’ai détestées autant que lui. A Prudence Whitfield, îles Aléoutiennes, vingt-sept juin mil neuf cent quarante-quatre
J’espère que tu ne vas pas commencer à devenir délurée, à reluquer les grenadiers ou à prendre l’habitude d’ajouter un trait de citron vert à ton Coca-Cola. A Lillian Hellman, îles Aléoutiennes, le dix-huit août mil neuf cent quarante-quatre
Mme Carpenter était censée se remettre aujourd’hui de sa dépression nerveuse, mais un inspecteur des impôts lui est tombé dessus en premier, et elle est à présent chez elle en train de faire une rechute terrifiante… Vous ne pouvez pas dire qu’ici on s’ennuie… A Nancy Bragdon, Pleasantville, le quatre septembre mil neuf cent quarante-six