Le Journal de Michel Perdrial
Le Journal de Michel Perdrial



Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.







Rss

En lisant Vie rêvée, le journal de jeunesse de Thadée Klossowski de Rola (quatre)

7 novembre 2019


Suite et fin des notes prises lors de ma lecture de Vie rêvée, le journal de jeunesse de Thadée Klossowski de Rola que publia Grasset en deux mille treize. Il s’achève lors du mariage de l’auteur, âgé de trente-trois ans, avec Loulou de la Falaise, en mil neuf cent soixante-dix-sept. Ultérieurement, le fils aîné de Balthus sera le responsable de l’édition de six volumes des Œuvres complètes de Georges Bataille chez Gallimard puis publiera, avec son frère Stanislas, les lettres de ses parents chez Buchet-Chastel : Balthus, Correspondance amoureuse avec Antoinette de Watteville, un livre que m’avait offert celle qui me tenait la main en deux mille neuf pour Noël et dont j’ai parlé au début de l’année deux mille dix.
Mercredi trente avril mil neuf cent soixante-quinze. Nous avons été voir Polanski dans sa villa de l’Appia Antica. Au moment des présentations, Bal s’embrouille et s’intéresse alors à la chemisette, peu remarquable, du cinéaste, lequel se met à piétiner devant nous, une danse indienne, avec les mouvements de tête de pigeon : « oui, tu sais qui me l‘a donnée ? tu connais ce garçon thaï… » (…) Il y avait là « le petit garçon », nous l’appelions comme ça. Chez Castel, quand elle avait 15 ans : elle voulait être actrice et Bal l’avait persuadée de venir chez lui faire des « bouts d’essai très professionnels », qu’elle pourrait montrer à des metteurs en scène – et moi (j’embrassais ses lèvres et je devais la déshabiller un peu, qu’on voie ses beaux seins), stupidement, j’avais cru la rassurer, la détendre, en lui disant qu’il n’y avait probablement pas de pellicule dans la caméra, elle était folle de rage.
Jeudi vingt-six juin mil neuf cent soixante-quinze. Samedi, le ciel était lourd et moite, j’ai déjeuné avec Balthus qui avait mal aux yeux et qui a dit plusieurs méchancetés, que Mandiargues a une maladie des os, il devient petit…
Jeudi quinze janvier mil neuf cent soixante-seize. Dans le Voyage en Arménie, de Mandelstam (c’est un cadeau de Bruce Chatwin), il y a cette phrase merveilleuse à propos d’un instituteur : « On n’a pas encore écrit sur la tragédie de l’homme instruit à moitié. »
Jeudi douze février mil neuf cent soixante-seize. Je pars demain pour Londres, dimanche matin je serai à Ceylan, dans cette île que loue mon frère, petite comme un jardin, et dont j’ai vu la photographie en couverture d’un livre ennuyeux de Robin Maugham, Search for Nirvana !
Février mars avril mil neuf cent soixante-seize. Au restaurant, à Colombo, un homme est venu à notre table parce qu’il nous entendait parler le français : un vieux géant très maigre, très noble, il nous a dit qu’il avait habité Paris et qu’il était abonné à La Nouvelle Revue française. Nous l’avons invité à déjeuner. « Vous savez, j’étais très riche. » Ruiné par les socialistes ? « Non, non, j’ai tout dépensé. » Nous lui avons demandé l’adresse de son tailleur.
Octobre mil neuf cent soixante-seize. … la princesse Edmond de Polignac, née Winnie Singer, si lesbienne que Montesquiou l’appelait « Berlitz » : l’école des langues ». Ses amis lui disent Tante Winnie, quand le baron s’y risque elle lui répond ; « tante vous-même ». (…) (Sur une photo de 1913, leur air louche : élégance impeccable mais des yeux d’aventurière et lui soudain flasque et levantin. La Tréfusis les appellera Pédéraste et Médisante.)
Dix-sept novembre mil neuf cent soixante-seize. Interrompu par une visite inattendue de Cindy la groupie (Oh I wish you were 17 !), qui m’intrigue avec des histoires sur Emmanuel de la Fressange et sa sœur Inès, deux enfants (18 et 16 ans ?), d’une beauté saisissante, qu’on aperçoit de temps en temps, la nuit.