Le Journal de Michel Perdrial
Le Journal de Michel Perdrial



Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.







Rss

En lisant la Correspondance Gustave Flaubert Guy de Maupassant (deux)

27 mars 2019


Suite de mes notes de lecture de la Correspondance entre Gustave Flaubert et Guy de Maupassant parue chez Flammarion en mil neuf cent quatre-vingt-treize :
On voit sur les boulevards et dans les rues des files d’hommes en blouse portant des bannières sur lesquelles on lit NANA par Emile Zola, dans le Voltaire ! Quelqu’un me demanderait si je suis homme de Lettres, je répondrais « Non Monsieur, je vends des cannes à pêche » tant je trouve cette folle réclame humiliante pour tous. (Maupassant à Flaubert, Ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, Paris, le dix-sept octobre mil huit cent soixante-dix-neuf)
Je travaille ferme à ma nouvelle sur les Rouennais et la guerre. Je serai désormais obligé d’avoir des pistolets dans mes poches pour traverser Rouen. (Maupassant à Flaubert, Paris, deux décembre mil huit cent soixante-dix-neuf)
J’ai encore une douzaine d’ouvrages à lire avant de commencer mon dernier chapitre. Je suis maintenant dans la phrénologie et le droit administratif, sans compter le De Officiis de Cicéron, et le coït des paons. (Flaubert à Maupassant, Croisset, premier février mil huit cent quatre-vingt)
Je suis gêné de plus en plus par « mon fils, j’ai fait ma nuit » et par le jeune Fellateur de nos amis. (Flaubert à Maupassant, Croisset, nuit du mercredi vingt-cinq février mil huit cent quatre-vingt, « Il serait bien intéressant de savoir à quoi et à qui Flaubert fait allusion… » note Yvan Leclerc)
Je ne sais pas encore quel jour viendront ici Goncourt, Zola, A. Daudet et Charpentier pour y déjeuner ou y dîner et coucher peut-être ? (Flaubert à Maupassant, Croisset, nuit du mercredi vingt-quatre mars mil huit cent quatre-vingt), ce sera du dimanche vingt-huit mars au lundi de Pâques vingt-neuf, Maupassant vient nous chercher en voiture à la gare de Rouen, et nous voici reçus par Flaubert en chapeau calabrais, en veste ronde, avec son gros derrière dans son pantalon à plis et sa bonne tête affectueuse, note Goncourt dans son Journal à la date du vingt-huit mars mil huit cent quatre-vingt. Il poursuit : Et toute la soirée se passe à conter de grasses histoires, qui font éclater Flaubert en ces rires qui ont le pouffant des rires de l’enfance. Il se refuse à lire de son roman, il n’en peut plus, il est esquinté. Et l’on va se coucher en des chambres assez froides et peuplées de bustes de famille. Quand Gustave mourra, le diariste se rappellera avec une certaine émotion la larme tremblante au bout d’un de ces cils, quand il m’embrassa en me disant adieu, au seuil de sa porte, il y a six semaines. (Journal, huit mai mil huit cent quatre-vingt)
Te souviens-tu que tu m’avais promis de te livrer à des recherches dans Barbey, d’Aurevilly (département de la Manche). C’est celui-là qui a écrit sur moi cette phrase : « Personne ne pourra donc persuader à M. Flaubert de ne plus écrire ? » Il serait temps de se mettre à faire des extraits dudit sieur. Le besoin s’en fait sentir. (Flaubert à Maupassant, Croisset, vingt ou vingt et un avril mil huit cent quatre-vingt)
Mon jeune homme,
Tu as raison de m’aimer, car ton vieux te chérit. (Flaubert à Maupassant, Croisset, vingt-trois avril mil huit cent quatre-vingt)
Et puis l’Exposition !!! Monsieur !... J’en suis scié, déjà ! Elle m’emmerde d’avance. J’en dégueule d’ennui, par anticipation. (Flaubert à Maupassant, Croisset, quatre mai mil huit cent quatre-vingt, il s’agit de l’« Exposition rétrospective de Rouen » qu’on commençait à préparer et qui aura lieu trois ans plus tard, bien après sa mort)
Tu me verras au commencement de la semaine prochaine. conclut Gustave. Il meurt quatre jours plus tard.
                                                                 *
Dans mon exemplaire acheté d’occasion, la lettre cent trente-neuf est rageusement barrée au stylo et commentée au crayon d’un « lettre de Mt à qqn d’autre qu’à F. » Il est vrai qu’elle commence par Mon chéri.
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Cité dans cette édition, un extrait de Ma vie et mes amours de Frank Harris (Gallimard, mil neuf cent trente-quatre) :
Maupassant, poussé à bout par l’incrédulité de Flaubert, se rendit, une fois, dans une maison close, escorté d’un huissier auquel il fit constater qu’en une heure il avait possédé six pensionnaires. Flaubert, si singulièrement continent, s’intéressait surtout à l’extraordinaire virilité de Maupassant.