Le Journal de Michel Perdrial
Le Journal de Michel Perdrial



Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.







Rss

En lisant le Journal (1918-1919) de Mireille Havet (un)

13 novembre 2018


Parmi mes lectures récentes le Journal (1918-1919) de Mireille Havet qu’a publié en deux mille trois Claire Paulhan. Quand l’Armistice met fin à la Première Guerre Mondiale elle vient d’avoir vingt ans et est peu désireuse de participer à la liesse générale :
Rue Royale, devant Maxim’s, un Américain embrassait de force une femme qui se débattait. Il aurait pu, n’est-ce pas, tout aussi bien être boche. Dans ce cas-là, on l’aurait passé à tabac vivement. Mais à Paris l’Amérique a tous les droits, même celui du viol. Les passant ricanaient et ne s’en mêlaient pas. (…)
Je me sens désaxée, dépaysée, et triste jusqu’à la mort ! car on enterre demain mon pauvre Apollinaire. (mardi douze novembre mil neuf cent dix-huit) 
Mary, qui a un côté assez peuple en elle, n’a pu être choquée comme moi par l’allure vulgaire de la foule. Elle s’y est amusée au contraire, ne voyant pas un signe de canaillerie et d’imbécillité dans les manifestations criardes des Parisiens.
Dieu que cette vue cependant a fait taire en moi mes velléités socialistes, et que l’hôtel Ritz avec son rang de perles m’a paru un précieux asile. (jeudi quatorze novembre mil neuf cent dix-huit)
S’amuser, hélas, en quoi cela consiste-t-il, boire du champagne, crier fort, rire en montrant ses dents afin que quelqu’un se trouble et vous désire. J’en suis revenue avant d’avoir été. Il me semble crouler sous une brassée de feuilles mortes et m’en aller en deux, comme ça, dans une grisaille éternelle. (vendredi vingt-neuf novembre mil neuf cent dix-huit)
J’ai bien essayé de m’amuser avec ceux-là qui détiennent les secrets de la fête, mais je n’ai trouvé qu’une série de femmes vulgaires et bêtes dansant au bras d’une série de rastaquouères civils ou militaires, ils se valent bien. Un phonographe nasillait des tangos plus périmés que la paix elle-même… (…)
Quoi ? Il n’y a jamais rien : quelques noms, quelques manies, et des individus qui n’en sont pas et me rappellent assez ces pièces de charcuterie montée, où le veau, le porc, l’ail et le pâté de foie alternent leurs arômes, sans jamais faire une bête. (dimanche quinze décembre mil neuf cent dix-huit)