Le Journal de Michel Perdrial
Le Journal de Michel Perdrial



Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.







Rss

En lisant le Journal de Maurice Garçon (Quarante-Quatre, la Libération et ses suites, deux)

20 janvier 2020


Nous sommes toujours en mil neuf cent quarante-quatre et la Libération va son train, que suit Maurice Garçon (dont l’intelligence est toujours polluée par le racisme) au rythme de son Journal de Guerre (Julliard et Les Belles Lettres) :
Quatorze septembre mil neuf cent quarante-quatre : Après la Loire traversée, j’aperçois les premiers Américains. Stupeur. Ce sont des nègres. Pas purs. Pas de lèvres proéminentes ni de cheveux frisés. Ils sont mâtinés de blanc. Assez fins, assez beaux, un peu gorilles toutefois.
Leur matériel est ahurissant. Des voitures à vingt roues, des camions gigantesques. Je commence à comprendre leur victoire.
Quinze septembre mil neuf cent quarante-quatre : Je feuillette les dossiers constitués en mon absence par mes collaborateurs. Il y a de quoi être effaré. On arrête les gens pour un rien. Toutes les garanties de liberté individuelle sont abolies. Le régime nouveau est pire que celui de Pétain. La presse muselée. La liberté d’opinion pas admise. Je trouve des lettres incroyables. On arrête une femme sur un rapport de sa concierge parce qu’elle est mariée à un milicien dont elle est séparée depuis dix ans. Et tout est à l’avenant.
Dix-sept septembre mil neuf cent quarante-quatre : Vu Cécile Sorel.
On l’a convoquée dans un poste FFI. Elle a été reçue avec sévérité par un commissaire.
-Vous avez dîné avec des Allemands ?
-Assurément.
-Pourquoi ?
J’ai été invitée à diverses reprises par des amis et je ne suis pas assez mal élevée pour demander à ceux qui m’invitent ce que seront les convives…
Dix-sept octobre mil neuf cent quarante-quatre : Lacaze, l’amiral, à dix heures du matin, reçoit en pyjama enveloppé dans une grande robe de chambre de bure ceinturée d’une cordelière multicolore. Un ridicule petit appartement de célibataire où tout est étriqué et de mauvais goût. La salle à manger de cet entresol bas de plafond donnant sur une cour, avenue Percier, est de style Henri II échappé du faubourg Saint-Antoine. Les murs sont peints couleur chocolat. Le désordre règne.
Vingt octobre mil neuf cent quarante-quatre : Et voilà bien le comble du ridicule. On vient me demander de présider la Ligue nationale contre l’alcoolisme.
Vingt-trois octobre mil neuf cent quarante-quatre : Bien qu’on ne regrette pas la décision parce que Suarez la méritait amplement, on déplore la manière dont il a été jugé. Un tribunal de tricoteurs et de tricoteuses. La soif du sang. S’il avait été innocent, on l’aurait condamné tout de même. Puissions-nous revenir vite à une meilleure hygiène judiciaire.
Neuf novembre mil neuf cent quarante-quatre : Ce matin, on a fusillé Georges Suarez. Ce n’est d’ailleurs pas une grande perte. Il a eu la malchance aussi d’être jugé le premier.
Je déjeunais aujourd’hui avec une comédienne qui, regardant mélancoliquement le ciel pluvieux, m’a dit :
-On a fusillé Suarez ce matin…
-Oui.
-Il n’a pas eu beau temps !
                                                                        *
« Loin de moi l'idée de critiquer ta manie personnelle, mais par contre pourquoi l'appliquer jusqu'à changer l'écriture d'un auteur que l'on cite ? », m’écrit un fidèle lecteur. Il fait référence à l’une des citations de Maurice Garçon faite avant-hier : Quelqu'un me dit avoir entendu à la Téhessef.
Je ne me serais pas permis. Maurice Garçon écrit bien Téhessef et ce à plusieurs reprises dans son Journal de Guerre. Des écrivains des années Quarante et Cinquante pratiquaient ainsi avec les sigles : Queneau, Vian, Aymé, Calet, etc. Les mêmes ou d’autres écrivaient les mots anglais à la française.
C’est en pensant à eux que j’agis aussi ainsi.