Le Journal de Michel Perdrial
Le Journal de Michel Perdrial



Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.







Rss

En lisant le Journal de Maurice Garçon (Trente-Neuf Quarante)

30 décembre 2019


Le début de la Deuxième Guerre Mondiale raconté par Maurice Garçon dans son Journal publié par Fayard et Les Belles Lettres confirme que côté français, en particulier chez certains policiers et boutiquiers, ce ne fut pas glorieux.
Trois septembre mil neuf cent trente-neuf : Laval ! Quel chemin depuis vingt-cinq ans.
Quand je pense que je l’ai connu crasseux et les dents sales, plaidant avec moi pour les cheminots révoqués, et inscrit au début de 1914 sur le Carnet B comme devant être arrêté au début de la mobilisation à raison de son antipatriotisme.
Depuis, il a donné huit millions de dot à sa fille pour la marier à ce petit crétin prétentieux de Chambrun !
Vingt-neuf août mil neuf cent trente-neuf : Les vitraux de la Sainte-Chapelle sont démontés. Comme je lui parlais de ceux de Notre-Dame, il m’a surpris en me disant :
-Sauf ceux des rosaces et quelques morceaux des chapelles latérales, ils sont neufs. La grande admiration qu’on témoigne à ceux du chœur est une plaisanterie. (Il = Pierre Sardou, architecte en chef des Monuments historiques)
Huit janvier mil neuf cent quarante : J’ai appris par la même circonstance que Torrès est devenu depuis hier haut-commissaire du cinéma français. Où les compétences vont-elles se nicher ? Il paraît très surexcité par ses nouvelles fonctions. Je pense qu’il croit qu’il va grandement servir à sauver le pays en chronométrant si la longueur d’un baiser dans un film atteint ou n’atteint pas une mesure indécente.
Vingt-sept juillet mil neuf cent quarante : Je rencontre Gripois, un inspecteur ou brigadier de la police judiciaire. Il est dégoûté de la complaisance de la police et de ses manières rampantes. Les commissaires allemands ont été adjoints à la police judiciaire. On ne sait assez comment les flagorner. Les commissaires leur font le salut hitlérien. Ils sont à plat devant les nouveaux maîtres.
Et leur bassesse ne connaît pas de bornes. Croirait-on, par exemple, qu’ils se sont abouchés avec les marchands de photos obscènes – que, d’habitude, ils arrêtent – pour faire tirer des épreuves qu’ils donnent à ces messieurs ?
Ils font aussi les pourvoyeurs de femmes. Ils en ont certains jours raflé ce qu’ils ont pu trouver de mieux dans les bordels sous prétexte de je ne sais quelle visite sanitaire, ont transporté le troupeau à Saint-Lazare. Là, on a livré les lots aux Allemands qui ont fait leur choix et transféré les créatures dans les hôtels réquisitionnés… Pour meubler !
Il me raconte encore le pillage des objets d’art chez les particuliers sous prétexte qu’ils sont juifs. Les commissaires français accompagnent ces visites domiciliaires qui se terminent par des déménagements.
N’empêche, pour répéter toujours la même chose que tout le monde autour de moi répète : « Ils sont si corrects et si courtois… »
Vingt-huit juillet mil neuf cent quarante : Les commerçants informent leur clientèle qu’ils ne sont pas juifs. (Dans les pages de son journal, Maurice Garçon a glissé une annonce des Frères Lissac, opticiens, parue dans la presse : « LISSAC n’est pas ISAAC. »)
Vingt-huit juillet mil neuf cent quarante : Soudain, d’une belle voiture qui arriva, descendit un magnifique et puissant officier. Les soldats présentèrent les armes, rendirent les honneurs et défilèrent au pas de parade. Puis l’officier fit un discours auquel personne ne comprit rien. Et enfin un interprète traduisit à peu près ceci :
-On a découvert dans le village un volumineux dépôt de livres obscènes, signe de dégénérescence de votre race. Il va être procédé à leur destruction publique. Les livres appartenaient à votre compatriote et grand romancier Eugène Montfort…
On respira. Un camion apporta un monceau énorme de livres, de brochures, de gravures, de photographies, de godemichés. Enfin vraiment, un dépôt incroyable. Et pendant une heure, on assista à l’incendie ! Puis les habitants eurent enfin le droit de rentrer chez eux avec avertissement que si on en trouvait ailleurs, on sévirait.
J’ignorais ce côté du caractère de Montfort.