Le Journal de Michel Perdrial
Le Journal de Michel Perdrial



Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.







Rss

En lisant le Journal intime de Sophie Tolstoï (un)

22 février 2020


Une bonne mise en garde contre le mariage que l’histoire du couple Léon et Sophie Tolstoï. Impossible de savoir qui des deux a été le plus malheureux de devoir passer une vie entière avec l’autre.
Quand même, je plains plus sa femme que lui, qui finira par la fuir, une fugue qui s’achèvera dans la petite gare d’Astapovo, où il mourra entouré de ses enfants, et refusant de la voir.
Dans son Journal intime, tenu de mil huit cent soixante-deux à mil neuf cent dix, publié par Albin Michel, dont la lecture m’a fort intéressée, Sophie Tolstoï se plaint notamment de la façon de vivre de son mari, ascète pourvu d’une bonne dose d’hypocrisie, et de ses adeptes, qu’elle appelle les obscurs.
Trente et un décembre mil huit cent quatre-vingt-dix : Je suis tellement habituée à vivre une vie qui n’est pas la mienne, mais celle de L. et des enfants, que le jour où je n’ai rien fait pour eux, ou dans leur sillage, je me sens mal à l’aise et vide.
Premier janvier mil huit cent quatre-vingt-quinze : C’est étrange : pourquoi les gens malades, déviés du chemin de la vie normale, pourquoi les faibles et les sots sont-ils justement ceux qui se jettent sur les doctrines de L. N., et vont à leur perte d’une manière ou d’une autre… mais irrévocablement ?
Dix-huit janvier mil huit cent quatre-vingt-quinze : L. N. a même joué au wint et joué du piano à quatre mains. A l’abri des regards critiques de ses disciples, il pouvait mener une vie simple et se reposer de cette atmosphère fausse et ampoulée qu’il a lui-même créée dans la compagnie de ses obscurs.
Vingt-six janvier mil huit cent quatre-vingt-quinze : Mais dans sa biographie, on écrira plus tard qu’il transportait l’eau à la place de son portier, et nul ne saura que jamais il n’a porté d’eau à son enfant, afin d’accorder à sa femme fût-ce un instant de répit, et qu’en trente-deux années il n’a pas passé cinq minutes au chevet d’un enfant malade, pour me permettre de souffler, de rattraper mon sommeil, de faire un tour de promenade, ou tout bonnement de me reposer de mes labeurs.
Vingt-cinq juin mil huit cent quatre-vingt-dix-sept : Je lis un livre français répugnant ; il traînait, je l’ai pris, et j’ai été horrifiée par sa sensualité. Rien que le titre : Aphrodite ! Quels débauchés, ces Français ! Mais au moins, ayant lu cet ouvrage, on peut faire une appréciation précise de la beauté du corps féminin, et du sien propre.
Trente juin mil huit cent quatre-vingt-dix-sept : En chemin de fer j’ai lu un livre horrible : Les Demi-Vierges, de Marcel Prévost. J’en ai ressenti de la honte et ce malaise quasiment physique qui me prend lorsque je lis un livre sale.
Vingt-cinq juillet mil huit cent quatre-vingt-dix-sept : A chacun sa destinée. La mienne m’a placée « au service » d’un écrivain. Et c’est déjà bien : du moins ai-je servi un homme qui méritait que je me sacrifie pour lui.