Par exemple

Texte paru dans la revue Traces n°130 en été 1998 et dans la revue Verso n°99 en décembre 1999


Dans ses cheveux de jais et ses yeux en amande, l'Asie a inscrit une marque dont on ne sait trop si elle est fière ou si elle préférerait l'oublier mais oublier il y aurait tant à faire, depuis une famille dispersée jusqu'à ces nuits passées à faire semblant de boire du champagne dans un bar à hôtesses, si jeune et déjà sans illusions sur les hommes, ces vieux cochons comme elle les appelle, dont elle devait empêcher la main de se poser justement là entre ses cuisses où palpite un sexe fragile mais cela ne 1'empêche pas de rire, de dire que tout va bien, qu'il y a pire sort que le sien, ces sans-abris plein les rues à qui elle donne pièce sur pièce d'une main délicate et fine entre les doigts de laquelle autrefois une lame de rasoir, mais n'est visible aujourd'hui qu'une imperceptible cicatrice et l'on se dit que si un jour on devait l'embrasser, ce serait précisément ici sur cette discrète ligne de mal être, là où passionnément la vie.