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  <title>Michel Perdrial . Textes en revues</title>
  <description><![CDATA[Textes en revues]]></description>
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  <language>fr</language>
  <dc:date>2026-04-15T11:15:46+02:00</dc:date>
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   <title>L'Unique et sa probabilité</title>
   <pubDate>Mon, 30 Mar 2026 18:32:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Michel Perdrial</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Uncategorized]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
   Texte paru dans la revue Gros Textes n°29 au printemps 2001 et en Italie (Val d’Aoste) dans la revue Les Cahiers du Ru n°37 en été 2001     <div>
      <span style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;">Un pigeon m’a chié dessus. A Barcelone. Le jour de mon anniversaire. Alors que je sortais du temple de la Sagrada Familia, dernière folie de Gaudi. Il a bien visé l’animal, juste sur ma tête. J’ai tiré mon mouchoir de ma poche gauche, l’ai tendu à Mélo, lui disant&nbsp;:</span><br style="margin: 0px; padding: 0px; color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;" />  <span style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;">-Fais quelque chose, s’il te plaît, fais quelque chose. Et discrètement, tout le monde me regarde.</span><br style="margin: 0px; padding: 0px; color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;" />  <span style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;">Mélo m’a essuyé les cheveux. Courageusement, malgré mes jérémiades et sous les yeux d’une multitude de touristes, se moquant un peu de moi&nbsp;:</span><br style="margin: 0px; padding: 0px; color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;" />  <span style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;">-Toi qui te plains toujours d’être transparent. Pour une fois que tu es le centre d’attraction tu devrais jubiler.</span><br style="margin: 0px; padding: 0px; color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;" />  <span style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;">J’ai réfléchi deux minutes et lui ai dit&nbsp;:</span><br style="margin: 0px; padding: 0px; color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;" />  <span style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;">-Jamais un autre que moi ne se fera chier sur la tête par un pigeon le jour de son anniversaire en sortant du temple de la Sagrada Familia. Les lois de la probabilité sont claires à ce sujet. Je suis Unique. Absolument Unique</span><br style="margin: 0px; padding: 0px; color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;" />  <span style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;">Mélo m’a regardé avec un sourire indulgent. J’ai pensé, peut-être qu’en fait Antoni Gaudi n’a imaginé ce monument que pour qu’un pigeon me chie sur la tête, à sa sortie, le jour de mon anniversaire. Mais je me suis bien gardé de le lui dire. Je n'ai pas voulu aggraver mon cas.</span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <title>Contre l'oubli</title>
   <pubDate>Mon, 16 Mar 2026 17:50:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Michel Perdrial</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Uncategorized]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Texte paru dans la revue Diérèse n°13 en mars 2001     <div>
      <span style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;">Désormais, c'est en écoutant France Culture que j’ai des nouvelles de l'amant de Sandie qui fut mon amante et qui ne m'écrit plus. Autrefois, c'était elle qui m'informait des faits et gestes de son artiste, ce qui ne m'intéressait absolument pas, ce que j'ai fini par lui avouer. Ce pourquoi sans doute Sandie ne m'écrit plus, ne répond même plus à mes lettres.</span><br style="margin: 0px; padding: 0px; color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;" />  <span style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;">Lorsque je pense à elle, par exemple en m’attardant, lors de la foire aux livres organisée à Villeneuve par Amnesty International, devant les titres de Marcel Proust, son auteur préféré, je me dis que c'est vraiment trop bête.</span><br style="margin: 0px; padding: 0px; color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;" />  <span style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;">J'ignore ce qu'elle lit aujourd'hui, si elle écrit toujours des textes déstructurés dans lesquels j'avais bien du mal à entrer, bref quelle est sa vie. J'aurais dû éviter de lui écrire que peu m'importait la polémique entre son artiste d'amant et le sociologue en renom dans les revues en quadrichromie.</span><br style="margin: 0px; padding: 0px; color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;" />  <span style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;">Je songe encore à cela en cherchant des pièces de dix francs dans mon porte-monnaie pour payer les quatre ouvrages que j'emporte de cette foire aux livres. La caissière en profite pour coller un grand coup de tampon sur l'un de mes achats : «Amnesty International, lire contre l'oubli&nbsp;». Je m'interpose:</span><br style="margin: 0px; padding: 0px; color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;" />  <span style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;">-S'il vous plaît, j'aimerais bien éviter le tampon.</span><br style="margin: 0px; padding: 0px; color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;" />  <span style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;">Elle me regarde d'un air intrigué et renonce à frapper les trois autres livres. Comme s'il fallait lire pour ou contre quelque chose...</span><br style="margin: 0px; padding: 0px; color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;" />  <span style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;">Je me sauve avec mon butin. J'écrirai une nouvelle fois à Sandie pour son anniversaire. A l'adresse de sa mère en la priant de faire suivre. Sandie ne me répondra pas. Un jour, sa mère mourra et je ne pourrai plus lui écrire. Un jour, je mourrai et Sandie n'en saura rien.</span><br style="margin: 0px; padding: 0px; color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;" />  <span style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;">Est-elle seulement encore avec cet artiste qui expose à Monaco ses œuvres vidéos et compagnie comme me l'apprend France Culture? Se souvient-elle que l'on s'est promis de toujours s'écrire lorsque chacun est parti de son côté? De ne pas s'oublier.</span>
     </div>
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   <title>Oh! les beaux jours</title>
   <pubDate>Mon, 09 Mar 2026 17:27:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Michel Perdrial</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Uncategorized]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
   Texte paru dans la revue Diérèse n°13 en mars 2001     <div>
      <span style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;">On pourrait croire à en découvrir le nom qu’il s’agit d’un café littéraire mais il n’en est rien. Oh&nbsp;! les beaux jours est un restaurant galerie d’art. Quelques tables partagées en deux petites salles agrémentées de tableaux et sculptures variés. Contre le mur un piano. Muet. La musique provient d’ailleurs. De la place de l’Horloge où sont sis Oh&nbsp;! les beaux jours et la mairie de Ménerbes. Car nous sommes à Ménerbes dans le Luberon un samedi soir. Ménerbes qui, disent avec une belle unanimité les guides touristiques, ressemble à un navire posé sur la montagne et on est bien obligé d’en convenir nous aussi. C’est la musique, entendue depuis le bas du village, qui nous a menés jusque là et nous a conviés à la fête, un vin d’honneur en l’hommage d’un couple de mariés invisibles. Un vin d’honneur au rythme d’une salsa d’autant plus exotique qu’il fait un froid de pingouin. L’orchestre a trouvé refuge dans un angle de la place et les femmes des musiciens frigorifiées semblent regretter d’être là.</span><br style="margin: 0px; padding: 0px; color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;" />  <span style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;">C’est l’été pourtant et Mélo est bien contente. La salsa est sa musique préférée. Elle se trémousse entre mes bras mais n’ose se lancer sur le macadam parmi les quelques téméraires qui bougent comme ils le peuvent au centre de la place. Nous ne sommes pas invités, me dit-elle. Parmi les danseurs, une adolescente en robe longue ondule lascivement. Je lui proposerais bien une danse si seulement je savais danser. Mélo s’en doute et la qualifie vertement de petite pouffe. Je reporte mon attention sur les serveurs qui papillonnent proposant leurs amuse-bouches à tous ceux qui en veulent, invités de la noce ou non. Nous nous servons avec parcimonie.</span><br style="margin: 0px; padding: 0px; color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;" />  <span style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;">J’ai réservé une table à Oh&nbsp;! les beaux jours. La petite salle donnant sur la place m’a plu et la serveuse aussi, jeune métisse un peu introvertie. Brouillade aux truffes, magret de canard et tiramisu accompagnés d’une carafe de vin rosé. Nous sommes les seuls clients. Le maître des lieux, un vieil enfant au regard triste, nous demande si cela nous a convenu. Cela nous a convenu. Nous nous promettons de revenir.</span><br style="margin: 0px; padding: 0px; color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;" />  <span style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;">Huit jours plus tard, la techno a remplacé la salsa sur la place de l’Horloge. Un didji, crâne rasé, boucle d’oreille, est aux commandes cependant qu’un peintre, casquette de banlieusard sur la tête, bouteille de bière à la main, s’exprime à grands coups de pinceau sur une toile de deux mètres sur deux appuyée contre le mur de l’hôtel de ville. Une performance à n’en pas douter mais que la pluie menace. Nous demandons une table à Oh&nbsp;! les beaux jours. Pas de problème, nous dit l’enfant aux yeux tristes. Nous ne sommes que deux convives cette fois encore. Nous choisissons le même menu que la première fois. Dehors, la pluie s’est mise à tomber et la techno s’est tue. Les artistes se replient dans le restaurant et se consolent à la bière en émettant quelques considérations désabusées sur leur difficile condition. Pas de petite serveuse métisse ce soir. Une femme la remplace, souriante et affairée. C’est un peu folklorique ici, s’excuse-t-elle. Ça ne nous dérange pas, bien au contraire. Le vieil enfant nous sourit et nous indique que c’est la groupie du peintre qui a confectionné le tiramisu. Qui fait quoi ici, c’est un mystère et comment vit-on lorsqu’on est restaurateur à Ménerbes, que l’on n’a que deux clients et tant d’artistes à abreuver, en est un autre.</span><br style="margin: 0px; padding: 0px; color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;" />  <span style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;">Après le repas, nous montons, main dans la main, une dernière fois jusqu’à la proue du village pour un au revoir à l’église et au cimetière abandonné. C’est la fin de juillet. Ménerbes flotte sur un océan de brume. Peut-être est-ce la dernière fois que Mélo et moi partons en vacances ensemble mais Oh&nbsp;! les beaux jours.</span>
     </div>
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   <title>Un petit peu perdu</title>
   <pubDate>Mon, 02 Mar 2026 18:27:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Michel Perdrial</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Uncategorized]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
   Texte paru dans la revue Diérèse n°13 en mars 2001     <div>
      <span style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;">Me voici à Rouen, posé devant une tasse de café, au bar de l’Echiquier, près du lycée Camille Saint-Saëns, occupé à reluquer les pétasses, selon la vigoureuse expression de mon amoureuse où filtre, si je ne m’abuse, une légère jalousie. Mais de pétasses guère, les vacances sans doute, et les quelques restantes ne sont pas des plus reluquables. De plus, accompagnées de boutonneux jeunes gens dont le rire s’apparente au cri de la chèvre et qui soignent leurs bides futurs à la bière de mars, une invention de cafetiers avides de remplir, quant à eux, leurs tiroirs-caisses.</span><br style="margin: 0px; padding: 0px; color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;" />  <span style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;">Je m’aperçois en un miroir étroit, sirotant mon noir breuvage, la chevelure rafraîchie car je suis allé auparavant visiter mes deux coiffeuses en leur nouvelle adresse dans un beau salon tout neuf mais désert. Celle qui s’est occupée de moi m’a trouvé les cheveux emmêlés. «&nbsp;Et encore, vous ne voyez pas l’intérieur de mon crâne&nbsp;!&nbsp;» ai-je eu envie de lui dire mais me suis tu, à l’accoutumée. Elle m’a alors demandé comment s’étaient passées mes vacances en Afrique. Je crois bien qu’elle m’a pris pour un autre ou alors Amsterdam, d’où je reviens, aurait bien dérivé.</span><br style="margin: 0px; padding: 0px; color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;" />  <span style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;">Je repose ma tasse maintenant vide, attrape un stylo noir et mon bloc de papier bleu. Il est temps d’écrire ma lettre quotidienne à mon amoureuse. Aujourd’hui lui raconter les états d’âme de l’explorateur de retour en son pays, un peu déboussolé par le décalage horaire et l’absence de son objet d’observation favori.</span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <title>Pitié pour les jeunes filles</title>
   <pubDate>Mon, 16 Feb 2026 17:16:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Michel Perdrial</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Uncategorized]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Texte paru dans la revue Diérèse n°13 en mars 2001     <div>
      <span style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;">Il est là ce livre, par terre, ainsi gisant sur le trottoir. C’est le premier dimanche de septembre aux Andelys sur la Seine. La ville a jeté au bord des caniveaux un fatras d’objets magiques à jamais empreints de vie morte. Ici, on appelle cela la Foire à Tout. Greniers vidés, caves dévalisées, garages mis à nu, tout est proposé et tout est vendable. Le Parisien friqué et l’immigré fauché se coudoient, l’œil aux aguets, la calculette dans la tête. Moi, bien sûr, je ne suis là que pour les livres, pour tirer de ce bric-broc apocalyptique quelque ouvrage errant. Est-ce une mission sans gloire, une manie inoffensive ou le signe d’une avarice ridicule&nbsp;? La réponse varie selon mon humeur.</span><br style="margin: 0px; padding: 0px; color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;" />  <span style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;">Verlaine est là dans le ruisseau et je le ramasse, l’échange contre quelques pièces à un quelconque individu qu’à peine vu j’oublie. «&nbsp;Mes prisons et autres écrits autobiographiques&nbsp;», ça s’appelle. C’est un Livre de Poche, un vrai, un vieux, qui émet une senteur typique et perdurable, l’odeur d’hier. Je m’y enivre puis poursuis mon chemin à la recherche de nouvelles émotions me faufilant entre les mamas africaines, les poussettes pleines de bébés, les enfants glapissants et les familles poussives.</span><br style="margin: 0px; padding: 0px; color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;" />  <span style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;">Mon sac se remplit peu à peu et vers le soir je regagne Rouen et mon logis normand. Ta maison avec des rayures me disait Sandra à l’époque où nos vies s’enchevêtraient. Sur la table de la cuisine, je déballe mon butin, réservoir à heures chaudes de lecture. D’abord saisir l’alcool à brûler et un coton à démaquillage pour nettoyer le glacis défraîchi des couvertures et restituer à ces livres leur pureté originelle. Je les triture et les pelote, les renifle et les feuillette. Ici un marque-page oublié, là une fleur séchée.</span><br style="margin: 0px; padding: 0px; color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;" />  <span style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;">C’est au tour de Verlaine. Je l’ouvre et sur une page blanche en début de volume, lis ce message tracé au crayon à papier&nbsp;: «&nbsp;Pour te remercier de ce que tu m’as offert le jour où tu emmenas Corinne à l’école. Pour moi c’était un rayon de soleil dans un souterrain. Je te dédicace ce livre comme tu as dédicacé «&nbsp;Le diable au corps&nbsp;» à mon attention. Pour moi tu es mon rayon de soleil, tu es un bouquet de fleurs en pleine Sibérie, tu es une goutte d’eau en plein désert, tu es la vie de mon âme, tu es la mort de ma haine, tu es ma délivrance de l’emprise de la vie et puisse-t-il n’y avoir jamais d’indifférence entre nous dans le futur.&nbsp;» C’est signé Béatrice. Une Béatrice un peu confuse qui confond l’attention et l’intention et qui voit du soleil dans les souterrains.</span><br style="margin: 0px; padding: 0px; color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;" />  <span style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;">J’imagine le jeune homme fraîchement épris qui offre un petit Radiguet à la douce jeune fille. «&nbsp;Le diable au corps&nbsp;», peut-être que le titre lui donnera des idées, se dit-il, car juste se rouler des patins et se tripoter un peu, ça finit par lasser. Surtout qu’à chaque fois c’est la queue toute raide et douloureuse. Elle, émue par le geste délicat, court chez le libraire, les socquettes au vent. Verlaine, un poète, voilà qui est bien pour un amour naissant et d’un crayon tremblant, elle trace sa dédicace exaltée. Et pour quel résultat&nbsp;? Le grand amour jeté sur le trottoir, dernière chance avant la poubelle.</span><br style="margin: 0px; padding: 0px; color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;" />  <span style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Georgia, serif; font-size: 15px; text-align: justify;">Mais peut-être qu’elle rêve encore Béatrice, que le temps ne l’a pas gratifiée d’un mari footballeur, de têtards capricieux et d’un pavillon cercueil. Peut-être. Même si parfois, je pense, ses yeux s’embuent du souvenir déçu d’un amour floué.</span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <link>https://www.limprimante.com/perdrial/Pitie-pour-les-jeunes-filles_a276.html</link>
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