A Paris un bel avant-dernier mercredi de novembre

24 novembre 2017


J’arrive un peu tôt à la gare de Rouen ce mercredi matin. Plutôt que descendre tout de go sur le quai deux où il fait frais, je m’assois sur un siège rouge face à une jeune fille dont la posture offre à mon regard une culotte blanche sous des collants noirs et à une femme qui se maquille de façon maladive.
Quinze minutes plus tard, je trouve place dans le sept heures cinquante-neuf. « Il sera direct et sans arrêt jusqu’à Paris », annonce la cheffe de bord. Le pléonasme n’est pas garanti. Il arrive que ce train s’arrête au milieu de nulle part. Ce ne sera pas le cas cette fois, bien qu’un séreux ralentissement l’ait laissé supposer pendant quelques minutes.
Le beau temps est assuré pour cet avant-dernier mercredi de novembre, donc point d’exposition à mon programme parisien. Il commence par la vente d’un sac de livres chez Book-Off Quatre Septembre. Mon gain est de onze euros cinquante dont je dépense trois pour l’achat de trois livres.
De là, je vais en métro jusqu’à Ledru-Rollin afin d’explorer le marché d’Aligre. Un vigile surveille désormais les arcades de l’immeuble en demi-lune sous lesquels s’installaient de plus en plus de biffins. Au mécontentement des copropriétaires, ai-je lu dans Le Parisien. A l’un des vendeurs officiels de la place, j’achète pour deux euros la Correspondance, publiée chez Gallimard, d’Efratia Gitaï, la mère d’Amos Gitaï.
Je me dirige ensuite vers Emmaüs afin d'y déposer un livre que m’a refusé Book-Off. passant pour ce faire par le passage de la Main d’Or. Les affiches de l’antisémite sont encore en place sur la façade du théâtre dont il vient d’être définitivement expulsé.
Après un confit de canard pommes sautées salade côtes-du-rhône au Péhemmu chinois, je me rends dans le port de l’Arsenal afin de jouir du soleil radieux en poursuivant la lecture du Tour du monde d’un sceptique d’Aldous Huxley commencée dans le train. Près de moi sont assis deux jeunes collègues de travail mangeant chacun sa boîte de lentilles. Elle lui explique, cahier en main, comment elle planifie sa vie, se donnant des objectifs dans tous les domaines puis faisant des bilans et de nouvelles projections. Cette fille est hallucinante et j’aimerais en savoir plus sur son compte, mais ils retournent au travail.
Le port et le jardin sont tranquilles. L’Arsenal est un endroit discret, presque secret. Il faut trouver comment y aller. Malheureusement, quand la Mairie de Paris va supprimer le rond-point de la Bastille, elle va faire construire un escalier monumental permettant d’y accéder directement depuis la place, par lequel arrivera la foule.
Vers le milieu de l’après-midi, je remonte sur cette place de la Bastille. Elle est en ébullition. De nombreux camions de Céheresses y sont garés et la circulation automobile régulée. J’entends que c’est à cause d’une manifestation. Quand je ressors du Book-Off Saint-Antoine avec une provision d’ouvrages de chez Picquier, un convoi de la Gendarmerie Mobile, gyrophares en bataille, remonte la rue, mais toujours pas la queue d’un manifestant. C’est une journée police partout manif nulle part.
Un bus Vingt bondé me ramène à Saint-Lazare. L’habituelle bétaillère de retour à Rouen est en place voie vingt-deux mais je ne peux aller m’y asseoir avant l’affichage officiel. Des sous-traitants  de la Senecefe barrent le quai. Ils sont là pour vérifier les billets avant l’accès au train. Devant eux des portiques anti-fraude sont en cours d’installation, qui sont censés les remplacer.
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Au Péhemmu chinois Le Rallye, l’une de mes deux voisines à sa collègue de travail à propos d’un troisième :
-Il est pas bien en ce moment. Je crois que sa femme s’est barrée. Tu le gardes pour toi, hein ?
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Publicité du métro « Price Minister, vendez en un seul clic ». J’aimerais bien mais j’en suis toujours au même point avec eux. Bloqué. Ayant réussi, après un quart d’heure d’attente, à joindre une jeune femme du service clients, elle a été incapable de me répondre précisément. J’ai donc eu droit à un  « « Je vais faire remonter, d’ici la fin du mois on revient vers vous ».
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Presque un million et demi d'euros ont été dépensés par Hervé Morin, Duc de Normandie, Centriste de Droite, pour installer les portiques anti-fraude des voies vingt-deux à vingt-quatre de la gare Saint-Lazare, apprends-je du site d’information Tendance Ouest.
Cela afin d'empêcher quelques indélicats ou fauchés de monter dans des trains où ils auraient rapporté de l'argent en se faisant choper par les contrôleurs.
Et quand on sait que les portiques installés à Montparnasse restent toujours ouverts…