Le Journal de Michel Perdrial

Le Journal de Michel Perdrial




Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.







Rss

11 décembre 2018


Le Retour à Reims de Didier Eribon, que j’ai lu dans le train et dans l’édition de poche Champs Flammarion, m’a fort intéressé. Le sociologue y revient sur son passé et sur le lieu de celui-ci. J’ai souvent pu m’y reconnaître, ainsi dans ce paragraphe :
Combien de fois, au cours de ma vie ultérieure de personne « cultivée », ai-je constaté en visitant une exposition ou en assistant à un concert ou à une représentation à l’opéra à quel point les gens qui s’adonnent aux pratiques culturelles les plus « hautes » semblent tirer de ces activités une sorte de contentement de soi et un sentiment de supériorité se lisant dans le discret sourire dont ils ne se départent jamais, dans le maintien de leur corps, dans la manière de parler en connaisseurs, d’afficher leur aisance… tout cela exprimant la joie sociale de correspondre à ce qu’il convient d’être.
Si nous avons à peu près le même âge et si nous avons eu l’un comme l’autre une enfance pauvre (sur le plan matériel comme sur le plan intellectuel), celle-ci ne s’est pas déroulée dans le même milieu. Je fus fils d’un ouvrier agricole employé par son père, lesquels votaient gaulliste, lui fut fils d’un ouvrier de l’industrie et cela en fait un expert du glissement d’une bonne partie des électeurs du Parti Communiste vers le Front National :
Je n’ignore pas, cependant, que le discours et le succès du Front national furent, à bien des égards, favorisés et même appelés par les sentiments qui animaient les classes populaires dans les années 1960 et 1970. Si l’on avait voulu déduire un programme politique des propos qui se tenaient au jour le jour dans ma famille à cette époque, alors même que l’on votait à gauche, le résultat n’eût pas été très éloigné des futures plateformes électorales de ce parti d’extrême droite dans les années 1980 et 1990 : volonté d’expulser les immigrés et instauration de la « préférence nationale » dans l’emploi et les prestations sociales, durcissement répressif de la politique pénale, attachement au principe de la peine de mort et application très étendue de ce principe, possibilité de sortir du système scolaire à 14 ans, etc. La captation par l’extrême droite de l’ancien électorat communiste (ou d’électeurs plus jeunes qui votèrent d’emblée pour le Front national, puisqu’il semble que les enfants d’ouvriers aient alors voté pour l’extrême droite plus facilement et plus systématiquement que leurs ainés) fut rendue possible ou facilitée par le racisme profond qui constituait l’une des caractéristiques dominantes des milieux ouvriers et populaires blancs. (…) Quand il était question d’eux, on ne les appelait jamais autrement que les « bicots », les « ratons » ou autres termes analogues. (…) En fait, quand on votait à gauche, on votait d’une certaine manière contre ce type de pulsions immédiates et donc contre une partie de soi-même. Ces sentiments racistes étaient certes puissants et, d’ailleurs, le Parti communiste ne se priva pas de les flatter, de manière odieuse, en de nombreuses occasions. Mais ils ne se sédimentaient pas comme le foyer central de la préoccupation politique. (…) Il fallut du temps pour que les expressions quotidiennes du racisme ordinaire en viennent à s’agréger à des éléments plus directement idéologiques et à se transformer en mode hégémonique de perception du monde social, sous l’effet d’un discours organisé qui s’attachait à les encourager et à leur donner un sens sur la scène publique. (…)
Ma famille incarna un exemple modal de ce racisme ordinaire des milieux populaires dans les années 1960 et de ce raidissement raciste au cours des années 1970 et 1980. On y employait sans cesse (et ma mère continue d’employer) un vocabulaire péjoratif et insultant à l’égard des travailleurs arrivés seuls d’Afrique du Nord, puis de leurs familles venues les rejoindre ou formées  sur place, et de leurs enfants nés en France, et donc français, mais perçus comme étant eux aussi des « immigrés », ou en tout cas des « étrangers ». Ces mots d’injure pouvaient surgir à tout instant et ils étaient, en chacune de leurs occurrences, accentués de telle sorte que l’hostilité acrimonieuse qu’ils exprimaient en soit décuplée : les « crouillats », les crouilles », les bougnoules »… Comme j’étais très brun, quand j’étais adolescent, ma mère me disait régulièrement : « Tu ressembles à un crouille » ; ou bien : « En te voyant arriver de loin, je te prenais pour un bougnoule. »
Je n’entendais jamais de tels propos dans ma famille, on n’y était pas raciste mais il est vrai qu’on ne côtoyait pas non plus d‘étrangers venus d’Afrique du Nord. Cependant j’ai pu y déceler un zeste de xénophobie puisqu’on n'y appelait pas par leur patronyme des voisines venues d’ailleurs. Mon père et mon grand-père les désignaient par la Polonaise et l’Algérienne (celle-ci étant une rapatriée).
Fort de son expérience familiale, Didier Eribon, et je le rejoins, n’est guère favorable à la démocratie directe (celle que réclament certains Gilets Jaunes) :
Je n’aimerais pas que ma mère ou mes frères – qui n’en demandent d’ailleurs pas tant – soient « tirés au sort » pour gouverner la Cité au nom de leur « compétence » égale à celle de tous les autres : leurs choix n’y seraient pas différents de ceux qu’ils expriment quand ils votent, à ceci près qu’ils pourraient être majoritaires. Et tant pis si mes réticences doivent froisser les adeptes d’un retour aux sources athéniennes de la démocratie.
                                                               *
De Jean-Paul Sartre, dans Saint Genet, comédien et martyr, cette citation par Didier Eribon dans Retour à Reims :
L’important n’est pas ce qu’on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-mêmes de ce qu’on a fait de nous.
 

10 décembre 2018


« Je ne sais pas comment Macron va se sortir de cette histoire. » écrivais-je le dix-huit novembre, juste après le début de la révolte des Gilets Jaunes, à celle qui travaille à Paris.
« Je pense que Macron est fichu, il pourrait même être assassiné. » lui écrivais-je le quatre décembre après l’acte trois.
Son prestige à l’international est par terre, la poursuite de son programme totalement compromise et il ne pourra plus parcourir les provinces que séparé de la population.
Que va-t-il pouvoir proposer ce lundi soir ?
Je ne le vois pas se renier en annulant des décisions importantes pour ensuite terminer son quinquennat à faire le contraire de ce qu’il avait promis et toute mesure destinée à atténuer les conséquences de sa politique (et de celles de ses prédécesseurs) sera jugée insuffisante par les gestionnaires de ronds-points.
Pas sûr qu’aujourd’hui il fasse encore sienne la première phrase de son livre imprudemment titré Révolution Affronter la réalité du monde nous fera retrouver l’espérance.
Que ferais-je si j’étais à sa place ?
Mon allocution télévisée serait des plus courtes :
« Mes chers compatriotes, okay, je démissionne, démerdez-vous ! Vive la République ! Vive la France ! »
                                                                *
Images d’une scène de pillage à Paris ce samedi. Des jeunes gens de cité s’emploient à casser la vitrine d’une bijouterie.
-Eh la, cassez, y a une vraie Rolex, salive par avance l’un d’eux
La vitre cède. Ils entrent. Le bijoutier, caché à l’intérieur avec ses deux employés, les accueille par des tirs de flash ball.
-Eh, il a pas le droit de tirer, s’insurge le saliveur avant de fuir.
Il devait penser que piller un commerce était autorisé par la loi.
                                                                *
Je me demande où sont passés Alexandre Benalla et Vincent Crase. Eux qui ont justifié leurs actions passées par l’obligation pour tout citoyen de porter assistance à la Police, ils auraient à s’employer en cette fin d’année.
                                                                *
Le réseau social Effe Bé me suggère de rejoindre le groupe « François Ruffin Président en 2022 ! »
Ne parlons pas de malheur, la situation est déjà assez grave.
 

8 décembre 2018


Du côté de la place Saint-Marc, chez les commerçants en dur et chez ceux qui vendent sous la toile des marchés, comme dans la grande majorité de leurs clients, on espérait la victoire de la fille Le Pen aux dernières Présidentielles. Aujourd’hui, on est logiquement à fond pour les Gilets Jaunes, parce que contre les impôts, contre les taxes, contre les parlementaires, contre l’Europe, etc. Chacun y va de qu’il a vu sur Internet, des vidéos qui prouvent que, etc. « A la télé c’est mensonger, faut même pas les écouter. »
Aussi est-ce assez drôle, ce jeudi après-midi, dans le café où je fais l’intrus, d’entendre le patron baliser quand il apprend qu’une réunion de Gilets Jaunes doit se tenir sur la place à dix-huit heures.
Il n’est pas le seul. Le poissonnier d’à côté annonce que s’il le faut, il baissera son rideau. « Oui mais nous on n’a pas de rideau, que des vitres, et puis y a la terrasse ». « Remarque, je voulais la refaire, ce sera l’occasion », tente-t-il de plaisanter. Quand le téléphone sonne, c’est encore quelqu'un qui appelle pour prévenir de ce rassemblement. Un peu plus tard arrive un de ces Gilets Jaunes, sans son uniforme. Il rassure le petit commerce « C’est juste pour causer », puis se plaint des jeunes de Oissel qui viennent foutre le bordel la nuit au rond-point des Vaches.
En rentrant, je découvre la vidéo montrant une centaine de lycéens de Mantes-la-Jolie capturés par la Police et obligés de rester à genoux mains sur la tête. « Voilà une classe qui se tient sage », commente le Policier qui a filmé la scène. Chez les Policiers aussi une majorité est en avance d’une Présidente à cheveux jaunes.
Ce vendredi matin, quand je passe au marché, je constate que la terrasse n’a pas brûlé. Je ne m’attarde pas, on ne voit plus de livres achetables depuis un moment chez les brocanteurs. Ayant un courrier à poster, je passe devant le Palais de Justice. Son entrée est bloquée par des avocats en tenue, surveillés par la maréchaussée. L’un d’eux au mégaphone démonte la dernière réforme judiciaire. Au carrefour de la Poste, des Céhéresses nerveux bloquent la circulation. Les lycéens ne sont pas loin, qui manifestent depuis deux jours.
Mon courrier posté, je ressors dans une aigre atmosphère de gaz lacrymogène. Les forces de l’ordre s’emploient à repousser les manifestants hors de l’hypercentre, loin des banques et des commerces. Le gros de la troupe juvénile est à hauteur de l’Opéra. Deux camionnettes de la Police sont en retrait sur la voie des bus Teor.
Soudain, une cinquantaine d’autres lycéens arrivent par derrière et se mettent à courir en criant vers les deux véhicules. Ceux-ci démarrent illico et prennent la fuite par la rue Grand-Pont.
Tout cela est peu de chose au regard de ce qui menace Paris où certains commerçants n’ayant pas les moyens de la cacher derrière un mur de planches mettent des gilets jaunes dans leur vitrine espérant ainsi la sauver. Faire acte de soumission est dans la nature humaine, surtout quand il s’agit de sauver son porte-monnaie.
                                                           *
A la Poste, dialogue entre une vieille et la postière qui vient de lui montrer comment envoyer une lettre recommandée avec l’automate :
-Et puis qu’est-ce qui faut faire, si elle arrive pas.
-Je ne vois pas pourquoi elle n’arriverait pas.
-Faut tout prévoir maintenant, c’est malheureux.
                                                           *
Une lycéenne : « Oui mais ma mère, elle m’a dit qu’à Paris, ils mettaient le canon à eau parce que le gaz lacrymo, c’est mauvais pour la santé. »
 

7 décembre 2018


Ségolène Royal me sourit avant que ne démarre le train de sept heures cinquante-six pour Paris ce mercredi. Sur l’affiche, outre son visage en gros plan (lifté et/ou photoshopé), un texte minimal « Un livre évènement » « Ce que je peux enfin vous dire », pas de photo de ce livre ni même la mention de l’éditeur. Le produit, c’est elle. Je ne sais pas qui pourrait en vouloir. Pas moi en tout cas, qui aspire au départ du train.
Cela fait, je termine la lecture de Retour à Reims de Didier Eribon tandis que ma voisine de devant est dans Immortelle randonnée de Jean-Christophe Rufin. A l’arrivée, je vais à la mode péripatéticienne, comme disait François Coppée, jusqu’au Bistrot d’Edmond avec un sac de livres à la main, non à vendre mais à livrer.
La serveuse volubile me sert un café verre d’eau au comptoir. Un consommateur voulant payer, elle lui dit qu’il faut voir ça avec son manager (nous sommes ici dans un café d’une certaine classe). Celui-ci arrive. Je ne sais ce qu’il lui dit mais elle est prise d’un rire à hoquets comme je n’en avais pas entendu depuis longtemps. Il y avait une fille qui riait comme ça à Rouen, ce qui en faisait fuir plus d’un. Je ne sais pas ce qu’elle est devenue.
Après être passé chez Book-Off et n’y avoir guère trouvé, je me dirige vers la rue des Pyramides et au numéro onze me déleste de mon fardeau.
Un métro Huit m’emmène à Ledru-Rollin. Chez Emmaüs, je paie deux euros Jules Renard, biographie de Maurice Toesca parue en mil neuf cent soixante-dix-sept chez Albin Michel, puis je déjeune au Camélia : camembert pané, sauté de veau Marengo, quart de côtes-du-rhône, dix-neuf euros quatre-vingt-dix. Dans la rue on parle des évènements actuels. « Je me demande si c’est pas organisé par le gouvernement », déclare une qui s’informe chez les complotistes.
Le second Book-Off m’est plus favorable côté livres à un euro. Parmi ceux que je mets dans mon panier : Nathalie Gontcharova, sa vie, son œuvre de Marina Tsvétaeva, un bel objet qui fut publié par Clémence Hiver en mil neuf cent quatre-vingt-dix et, rangé parmi les romans, le récent Montrez-moi vos mains d’Alexandre Tharaud (Grasset) ; il eut été mis au rayon Musique que je ne l’aurais pas eu.
Il fait doux, de quoi avoir envie de rester dehors. Evidence, c’est le nom de la péniche d’habitation face à laquelle je m’assois dans le port de l’Arsenal sous un soleil voilé. J’y feuillette Montrez-moi vos mains et ainsi apprends que depuis deux mille quatorze, Alexandre habite ici, en haut d’un des bâtiments dominant le port, du balcon duquel il observe les bateaux, l’écluse et les petits canards. Et peut-être ce mercredi, moi en train de parcourir son livre.
Un bus Vingt me ramène tranquillement à Saint-Lazare. Les vitrines des boutiques que je vois défiler seront-elles dans le même état lorsque je reviendrai, c’est la question que je me pose.
                                                                        *
Passer chaque mercredi devant le restaurant portugais Chez Gomes et se dire que l’on n’y mangera jamais. Il suffirait pourtant de descendre à Mantes-la-Jolie.
 

6 décembre 2018


Publié par L’Harmattan en fac-similé dans la collection Les Introuvables Souvenirs d’un Parisien du poète pompier François Coppée est d’une lecture plutôt fastidieuse.
Néanmoins j’en ai tiré un peu de bon
deux phrases dont la construction me plaît :
La maison existe encore, dans laquelle, comme tous les nouveau-nés, je manifestai ma joie de venir au monde en jetant des cris plaintifs.
En ce temps-là, – vers 1865, – quelques poètes chevelus avaient pris l’habitude de se promener, à la mode péripatéticienne, par les belles soirées d’été, dans les allées du Luxembourg.
cette évocation de la librairie Lemerre où se réunissaient les Parnassiens :
… C’était dans la légendaire boutique de la librairie Lemerre. Le célèbre éditeur n’était pas encore installé alors dans l’élégant magasin que tout Paris connaît et dont les vitrines ornées de glaces magnifiques sont bondées de livres précieux, de riches reliures et d’eaux-fortes avant la lettre. Il occupait dans le passage Choiseul, à quelques pas de son établissement actuel, une boutique ouverte à tous les vents et bizarrement encombrée de piles de bouquins, où se réunissait tous les jours, entre quatre et six heures de l’après-midi, un groupe de jeunes poètes, tumultueux et chevelus, jadis épars dans la grand’-ville et qui avaient enfin découvert et adopté ce lieu d’asile.
et le portrait d’un écrivain qui m’est cher :
Avant que son nom eût été prononcé, j’avais été frappé par l’aspect de ce géant à teint apoplectique et à moustaches de guerrier mongol, très paré, ayant du linge magnifique et même un soupçon de jabot, qui, après avoir salué la princesse, avait replacé sur l’oreille un chapeau luisant à larges ailes et marchait en faisant craquer dans l’herbe d’étincelantes bottines vernies.
Gustave Flaubert avait été un très bel homme dans sa jeunesse, et il avait gardé, du temps où son entrée faisait sensation dans la salle du théâtre de Rouen, certaines habitudes de coquetterie dans sa toilette. Tel que je le vis, en 1869, ravagé par une santé profondément altérée et par d’énormes excès de veille et de travail, il avait encore sa beauté. (…) Gustave Flaubert, vieilli, n’était plus beau, mais il était encore superbe.
 

4 décembre 2018


Il y a plusieurs mois que j’ai ma place pour le concert de L’Extragroupe au Théâtre des Deux Rives, lequel est organisé par le Centre Dramatique National de Normandie Rouen avec le soutien du Cent Six ce samedi à dix-huit heures. Cet Extragroupe a enregistré un disque de treize reprises de Léo Ferré pour le label La Souterraine.
Des jeunes gens qui chantent Ferré soutenus par la Scène de Musiques Zactuelles, je m’attendais à un public renouvelé. Il n’en est rien, je le constate amèrement en attendant le feu vert en bas de l’escalier. Ne sont présents quasiment que des vieux. Et depuis que j’en vois un chaque matin dans mon miroir, la présence des autres m’indispose. Les quelques jeunes accompagnent des vieux. Des enfants sont venus avec leurs grands-parents entendre la musique que Papy Mamie écoutaient quand ils étaient jeunes.
Quatre musiciens, deux chanteuses et un chanteur composent cet Extragroupe. La première chanson interprétée par Pauline Rambo est Les Anarchistes. Elle la chante au moment même où les émeutiers tiennent les rues de Paris. Suivent des plus ou moins connues et même certaines que je n’ai jamais entendues, chantées par la même ou par Sarah Maison ou par Eddy Crampes, lequel ne connaît pas les paroles et doit s’aider du texte imprimé. Les musiciens sont peu convaincants. S’y adjoint parfois Pauline Rambo qui est aussi clarinettiste et sort du lot. Pour ne rien arranger, l’acoustique de ce théâtre est mauvaise pour la musique amplifiée. Le meilleur moment est l’interprétation a capella de l’une des chansons par Pauline Rambo. A l’issue, le groupe est rappelé mais n’offre aucune chanson supplémentaire.
C’est sous la pluie que je reviens de cette après-midi récréative pour cleube du troisième âge.
                                                               *
En matière de reprises de Léo Ferré, ma préférée sera toujours celle que j’ai évoquée dans un texte intitulé Question de style paru dans la revue Verso en décembre deux mille deux. On peut le lire en faisant une recherche sur Internet.
 

3 décembre 2018


Deuxième samedi d’émeute à Paris, et bien pire que la précédente, d’autres de moindre importance ont lieu  en province. Ce serait des casseurs n’ayant rien à voir avec les Gilets Jaunes disent celles et ceux qui cherchent à se rassurer. En vérité, des membres du bord de l’extrême droite et du bord de l’extrême gauche (Fa et Antifa la main dans la main) allument la mèche, puis les Gilets Jaunes les plus excités font prospérer l’incendie (dont certains qui le matin encore disaient être pacifistes) enfin la nuit tombée arrivent les pillards fascinés par la marchandise.
Depuis le début, je me tiens loin de ce mouvement d’individus en uniforme jaune marchant derrière des drapeaux tricolores et braillant La Marseillaise, un mouvement soutenu à la fois par Mélenchon et Le Pen  (la belle alliance) et par Wauquiez (qui a eu la Préfecture de sa ville incendiée) mais, au fil des jours, j’ai vu beaucoup de celles et ceux ayant un point de vue critique sur ces Gilets Jaunes se laisser aspirer par la poujaderie. De même certaines organisations. Ainsi, à Rouen, l’une des villes dont le centre est resté calme ce samedi, la Cégété s’est mise à leur remorque le temps d’une manifestation.
Encore plus qu’au début, ces Gilets Jaunes crient « Macron démission ».  Okay et après ? Qui pour le remplacer ? Dans le marc de mon café, je vois une Présidente à cheveux jaunes.
                                                      *
Quasiment que des mâles parmi les émeutiers de Paris. Ceux qui n’ont une érection que lorsqu’ils se fritent avec la Police ont dû atteindre plusieurs fois l’orgasme ce samedi.
                                                      *
Sur une banderole vue à la télé :
« Le peuple aux abois
Tuons le bourgeois »
                                                      *
L’un des comiques du moment : Lefrand, Maire d’Evreux, Les Républicains, qui, pour avoir conseillé aux Gilets Jaunes de s’en prendre à la Préfecture et leur avoir dit que s’ils bloquaient la Police Municipale il regarderait ailleurs, a été convoqué par la Police Nationale.
 

1er décembre 2018


Il ne pleut plus quand je sors de La Cochonnaille. Suivant le conseil de celui qui m’a suggéré de voir Le fétiche est une grammaire, l’exposition des photos de Gilles Berquet organisée par l’arsenicgalerie, je rejoins la rue Guénégaud (ce Guénégaud, m’apprend la plaque, fut Trésorier de l’Epargne puis Secrétaire d’Etat).
La galerie n’ouvrant qu’à quatorze heures trente, j’erre un peu dans le quartier. C’est ainsi que je découvre qu’à la galerie Pascal Lansberg, rue de Seine, sont exposées quatre peintures de Jean-Michel Basquiat et pas des moindres, provenant de collections privées, que je peux voir sans être dérangé par qui que ce soit. A l’étage, ce sont des œuvres en noir et blanc de Vasarely qui m’intéressent quand même un peu.
Presque en face est l’historique galerie Jeanne Bucher (désormais Jeanne Bucher Jaeger). Sous la verrière de l’élégant bâtiment est montrée une exposition Les Russes à Paris (1925-1955). On y voit quelques œuvres d’importance secondaire de Kandinsky, des Nicolas de Staël et des Poliakov, ainsi que des toiles d’autres exilés inconnus de moi.
L’horloge ayant tourné, je suis à l’heure d’ouverture devant l’arsenicgalerie. « Exposition pour un public majeur et averti », est-il écrit sur la vitrine. Car il ne suffit pas d’être majeur, encore faut-il être averti. J’appuie sur la sonnette mais nul ne bouge à l’intérieur. Cinq minutes plus tard, je vois venir Judith Schoffel qui s’excuse d’être en retard.
Je visite d’abord le rez-de-chaussée où l’une des photos me retient plus que les autres, celle d’une femme ayant subi l’ablation d’un sein, puis je descends au sous-sol par un escalier assez raide. Ici sont les photos qui ressortent des pratiques fétichistes. En contraste, un mur sage montre des femmes nues en couleur et en pied, d’âge divers et de morphologie variée. L’une d’elles me plaît beaucoup.
Alors que je remonte l’escalier arrive Christophe de Fabry. Il est heureux d’apprendre que l’on peut attendre devant la porte pour voir l’exposition en cours. Il m’explique qu’il s’agit d’une rétrospective.
De retour en bord de Seine, je chope le bus Vingt-Sept sur le quai de Conti. Un quidam se charge de l’animation téléphonique.
-Il faut trouver une barre de stabilisation, clame-t-il. La barre de stabilisation, c’est de ne rien faire. C’est ce que je fais.
Je descends à Opéra Quatre Septembre. Une nouvelle serveuse opère derrière le comptoir du Bistrot d’Edmond. Elle est du genre volubile.
-Vous savez, explique-t-elle, avant je travaillais dans un bar où je faisais quatre-vingt-dix heures par semaine, alors trente-cinq ou quarante, ici au moins, j’ai deux jours de congé et je peux avoir une vie sociale.
Chez Book-Off, je ne trouve rien. Quant au train du retour, il est banalement à l’heure.
                                                                   *
Une monographie accompagne l’exposition de Gilles Berquet Le fétiche est une grammaire, publiée aux Editions Loco, dont le texte est malheureusement signé Michel Onfray, lequel je me réjouis de ne plus entendre à l’avenir faire le caricaturiste sur France Culture. Il n’y sévira plus l’été.
 

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