Le Journal de Michel Perdrial

Le Journal de Michel Perdrial




Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.







Rss

19 juin 2021


La fin de mon séjour à Douarnenez approchant, je vais revoir ce vendredi matin le côté que je connais le moins, au-delà de la chapelle Saint-Jean, un bord de mer découpé suivi de la plage des Sables Blancs. Le vent frais souffle encore. Les vagues se font entendre. Un engin vient de lisser le sable. Cela sent la répétition générale avant l’arrivée des foules de juillet. Installé sur un banc, j’observe cette nature maritime puis, vers neuf heures, je me rapproche du cimetière marin. Là, je repasse sur la tombe (curieuse expression) de Georges Perros et ajoute mon caillou à ceux qui entourent la potiche de fleurs desséchées. Je me demande si j’aurai la possibilité d’y revenir un jour, mais maintenant j’ai bien en tête l’endroit où elle se trouve : partie basse du cimetière, cinquième tombe en partant du haut dans l’allée qui longe le mur de la partie supérieure.
Revenu dans le port de plaisance de Tréboul, j’assiste au départ en mer d’une classe maternelle de petite section partagée entre divers navires. L’un des marins d’un jour hurle qu’il ne veut pas y aller. Je ne suis pas surpris que sa mère accompagne le groupe. Il faut toujours se méfier des parents qui veulent à tout prix venir aux sorties scolaires. D’un autre côté, jamais je n’aurais osé organiser ce genre d’expérience avec mes élèves, trop peur d’un chavirage.
Pour lire les Goncourt, je ne trouve pas meilleur endroit que la terrasse du bar tabac An Infern près duquel est la librairie du Chasse-Marée, laquelle garde sa porte ouverte dans l’espoir d’y voir entrer. 
Et à midi, vu le vent frais, je dois une nouvelle fois déjeuner à l’intérieur du Vintage, ce qui m’oblige à supporter deux couples de retraités accrochés à leurs téléphones. Crevettes et salade, petit farci à la niçoise avec riz, boule de glace vanille au chocolat, verre de sauvignon café, treize euros. Si la cuisine n’est pas toujours au sommet, c’est un endroit sympathique que je fréquentais pour la dernière fois de mon séjour. On espère m’y revoir un jour.
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Ici, certaines filles me sourient vraiment quand nous nous croisons sur le sentier côtier ou même ailleurs. Il en est d’autres qui s’accrochent à leur smartphone, terrifiées de croiser un homme.
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« Coreff bière artisanale bretonne depuis 1985 »
« Jampi glaces et sorbets depuis 1923 »
« Cozigou distribution de boissons depuis 1960 »
Pour être d’aujourd’hui, il faut dater du vingtième siècle.
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Des choucas, grâce à un appel sur le réseau social Effe Bé, je sais maintenant comment se nomment ces oiseaux noirs avides de mes miettes de croissant. Ils ont envahi la Bretagne depuis quelques années, font de gros dégâts dans les champs de maïs et sont protégés.
 

18 juin 2021


Pas d’orage ici mais, je le constate au matin en sortant, il a bien plu. Le jeudi, la meilleure des deux boulangeries de Tréboul est fermée, de même que le Café de l’Yser. J’achète croissant et pain au chocolat à l’autre et les mange sur le chemin qui mène au Port-Rhu. Face aux Bateaux Musée, le bar tabac An Ifern (bar de l’Enfer) est ouvert. J’y prends un allongé à un euro cinquante sous l’auvent à une table en bois.
Mon intention est de rejoindre le port du Rosmeur par le dedans de Douarnenez. Je monte donc la côte, fais un crochet par l’église du Sacré-Cœur qui ne le méritait pas et redescends de l’autre côté.
Arrivé au but, je m’avance sur la digue et y découvre un attroupement autour d’un copieux petit-déjeuner. On tourne là une série télévisée allemande. Un bateau bleu a été dépêché pour des scènes qui seront nuageuses.
Mes photos faites des façades colorées vues de cette digue, je vais prendre un café à la terrasse des Filets Bleus. Ici, pas de clé sur la porte des toilettes. Il faut avant d’y entrer tourner soi-même une ardoise du côté « Occupé » puis après utilisation la remettre du côté « Libre ».
Le vent souffle trop frais pour lire en terrasse dans le port du Rosmeur. Je me résous à revenir par le chemin piétonnier du bord de mer au bar de l’Enfer où c’est plus tempéré. J’y lis un bon moment, observant d’une part les groupes de retraités refroidis visitant le musée flottant et d’autre part la clientèle locale de l’estaminet. « La prochaine fois que tu verras Gaël, tu seras obligé de lui demander un autographe, ils ont pris son bateau pour le film allemand », entends-je derrière moi.
A midi la table Six m’attend à l’intérieur du Vintage. Le serveur m’apprend que j’ai un sosie breton et le cuisinier accepte de remplacer les frites de mon andouillette par des pâtes. En entrée, c’est une salade bretonne (deux rondelles d’andouille) et en dessert, une boule de glace vanille avec un reste de gâteau au chocolat. Avec le verre de sauvignon et le café, cela fait toujours treize euros.
C’est muni de mon seul pull que l’après-midi je lis le Journal des Goncourt à la terrasse du Chamouette. La jeune serveuse n’a pas grand-chose à faire. Elle écoute Françoise Hardy chanter Tous les garçons et les filles. Je viens de lire son interviou faite par écrit pour Femme Actuelle, dans laquelle elle évoque ses maladies graves et qui commence ainsi :
-Comment vous sentez-vous aujourd’hui ?
-Proche de la fin.
Cela m’attriste.
                                                                     *
Série télévisée allemande, ça vous un goût de triple punition.
                                                                     *
Grâce à un fidèle lecteur, je connais maintenant la raison de la descente de flics, pour reprendre l’expression de celle qui me l’a apprise l’autre matin devant la boulangerie. Il s’agissait d’arrêter un trafiquant, non de drogue mais d’animaux, des iguanes, et des pythons en nombre, dont certains mesuraient jusqu’à quatre mètres cinquante. On ne sait pas à côté de qui on vit, comme dirait Madame Michu.
 

17 juin 2021


Point du tout de bruit en provenance du voisin du dessus ce mardi soir, il doit être parti regarder le foute quelque part avec ses peutes. Comme prévu, je l’entends rentrer dans la nuit. Il n’a pas remis sa musique depuis les deux premières soirées de ma présence dans l’impasse. Je ne peux plus l’appeler Reggae Man.
Au réveil, en cherchant sans succès dans l’actualité locale ce qui a entraîné la présence la veille de tant de Gendarmes, je découvre qu’il existe depuis hier quinze juin une navette portuaire à trois euros permettant d’aller de celui de Tréboul et celui du Rosmeur et réciproquement (trois départs par jour, le premier à dix heures quinze, onze personnes maximum à bord).
Je décide de m’offrir ce tour de manège.
Auparavant, après avoir petit-déjeuné au Café de l’Yser, je vais lire les Goncourt sur le banc du voyeur. C’est marée haute. La plage en contrebas a disparu. Les couleurs du ciel et de l’eau changent sans cesse. L’orage pourrait venir.
Vers dix heures, j’entre à la capitainerie afin de savoir où se trouve le ponton de départ de la navette portuaire. Les deux hommes présents ont un dessin de masque obligatoire au dos des écrans de leurs ordinateurs mais l’un n’en porte pas et l’autre l’a sous le menton. Le premier m’explique que cette navette est en rade. Sa capitaine l’a appelé pour le lui dire. Je lui demande si c’est une panne de plusieurs jours.
-Aujourd’hui elle passera pas, après je peux pas te dire, me répond-il.
Changement de programme, je vais de l’autre côté du Port-Rhu et profite de l’ouverture du mercredi matin pour photographier, place de l’Enfer, la Médiathèque Georges-Perros dont, en temps ordinaire, on ne peut voir la façade, la cour étant fermée par des grilles.
Puis je reprends ma lecture sur le banc face à l’île Tristan jusqu’à ce qu’il soit l’heure d’entrer au Vintage. Cette fois, je déjeune à l’intérieur car la température baisse. Croque-monsieur, sauté de veau au curry et frites, tarte aux pommes, un verre de sauvignon, café, treize euros. Nous sommes peu dans les deux salles. Après l’effervescence de la réouverture, c’est devenu très calme. Le restaurateur se demande ce qui se passe. Un ouvrier émet l’hypothèse que certains pendant le confinement ont pris goût au sandwich qui fait faire des économies et gagner du temps.
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Près de l’Office de Tourisme de Douarnenez, une boîte à livres en forme de cabine téléphonique anglaise totalement emplie de livres sans intérêt et en mauvais état. Dans laquelle jamais personne ne se servira.
 

16 juin 2021


-Y a une descente de flics, au moins cinquante, là-bas au bout, la drogue sûrement, me dit la Trébouliste derrière qui j’attends l’ouverture de la boulangerie du coin de la rue ce mardi un peu avant sept heures.
-Ça va, je suis tranquille, lui réponds-je.
Effectivement, il y a du bleu un peu partout. Surtout vers le Café de la Pointe, là où sont les infrastructures de la course de voiliers. Nul ne me demande rien quand je ressors avec mes viennoiseries.
Je les mange sur le sentier vers la passerelle. Je traverse Port-Rhu et grimpe la côte qui mène à l’Office de Tourisme. Puisqu’il existe un car BreizhGo pour Audierne, pourquoi ne pas le prendre, me suis-je dit.
Ce Cinquante-Deux part de cet endroit à huit heures cinq. Il est à peu près vide mais se charge en chemin de scolaires, éprouvante radio Skyrock, collégiennes en crop top. Cette jeunesse descend à l’orée d’un bois dans lequel doit se cacher une école privée. C’est ensuite l’arrêt dans le port d’Audierne, terminus.
Je connais ce lieu et à le revoir je sens que j’aurais dû m’abstenir. Un vaste port certes, mais sans charme particulier et envahi par les voitures. Je monte tout de même jusqu’à l’église Saint-Raymond puis marche jusqu’à la décevante sortie de port où l’Abri du Marin, abandonné à son inutilité, est la proie de slogans politico-débiles qui m’interdisent de le photographier.
Revenu sur mes pas, je bois un café verre d’eau à un euro soixante-dix au Café de la Mer, un lieu complètement inauthentique. Je n’aime pas l’esprit qui règne dans les commerces de ce port. Les terrasses des restaurants, plutôt chers, sont des cages vitrées où je n’ai pas envie d’être enfermé.
En conséquence, je décide de rentrer avec le car BreizhGo de douze heures vingt-cinq que j’attends en compagnie de Jules et Edmond.
Nous sommes trois voyageurs avec le même chauffeur que ce matin. Cette fois, il nous fait subir un débat de Radio Monte Carlo sur le match de foute France Allemagne de ce soir. L’Euro, cette nuisance, a survécu au Covid.
A l’arrivée à Douarnenez, je n’ai qu’à descendre la côte puis à tourner à droite pour être au Vintage. Il est treize heures cinq quand je retrouve ma table habituelle dans le vent coulis. Quiche lorraine, sauté de bœuf patates râpées, mousse au chocolat, un verre de vin blanc, café, treize euros. La vue sur Tréboul et l’île Tristan est toujours gratuite. Je ne m’en lasse pas.
Pas davantage je ne me lasse, de retour à Tréboul, de mon après-midi lecture et café sous les arbres au Chamouette dont je suis le seul client un long moment. Le temps n’est déjà plus où tout le monde voulait être en terrasse.
 

15 juin 2021


Sitôt le petit-déjeuner pris ce lundi matin au Café de l’Yser, où l’aimable bistrotière (c’est elle qui se qualifie ainsi) ne manque jamais de me souhaiter un bon appétit, mon premier geste est de poster une carte d’anniversaire, qui je l’espère arrivera mercredi à Asnières.
Sous un soleil radieux, je prends le sentier vers le cimetière marin, m’arrêtant en chemin afin de descendre sur la digue du port de plaisance pour une fois exempte de pêcheurs à la ligne. De son extrémité, à proximité du phare, je photographie Douarnenez vue de Tréboul.
Ce sont toujours des femmes qui se baignent tôt, constaté-je encore une fois, en arrivant à la plage Saint-Jean. Au-dessus de cette petite plage est un banc que l’on pourrait appeler le banc du voyeur, s’il y avait quelque chose à voir. C’est là que je m’assois pour lire.
Il y a une certaine élégance à se plonger dans le Journal des Goncourt à deux pas du lieu où est enterré le premier lauréat de leur prix : John-Antoine Nau, né à San Francisco, mort à Tréboul. Un panneau évoquant sa gloire passée figurait autrefois à l’entrée principale du cimetière marin. Il a disparu.
Vers dix heures et demie, je suis de retour au Café de l’Yser où l’aimable bistrotière remplace son « Bon appétit » par un « Bonne lecture ». Au-dessus, des volets s’entrouvrent et une voix de femme se fait entendre : « Philippe ! C’est ça le café ? ». Le Philippe en question boit une bière avec un autre. Les volets se referment.
Pour déjeuner, je choisis un mi-cuit de thon pommes grenailles petits légumes à seize euros cinquante au Café de la Pointe. Le service est jeune, impersonnel, poussant à la dépense. Je bois l’eau de la carafe et ne commande rien d’autre.
Après être repassé par « chez moi », comme le Chamouette est fermé le lundi, je retourne au Café de l’Yser pour un café et lire à l’ombre. Il fait vingt-neuf degrés, affiche la pharmacie d’en face.
Je suis surpris quand une main se pose sur mon épaule. C’est celle de la bistrotière qui me dit qu’elle ferme momentanément pour aller chercher sa fille mais que je peux rester ici. Je paierai tout à l’heure si je suis encore là ou bien on se verra demain matin.
-Alors ça va ? me demande-t-elle au retour.
-Oui, j’ai bien gardé la boutique.
                                                                          *
Bien qu’il y ait partout des affichettes rappelant que le port du masque est obligatoire à Douarnenez, je vis sans, comme la plupart.
                                                                          *
John-Antoine Nau fut le premier Prix Goncourt en mil neuf cent trois pour son roman Force ennemie. Après une vie aventureuse, il s’installa à Rouen en mil neuf cent seize puis à Tréboul où il mourut en mil neuf cent dix-huit à l'âge de cinquante-sept ans.
 

14 juin 2021


Le mieux, quand on est à Douarnenez, c’est de rester au bord (de la mer). Néanmoins, ce dimanche matin, sous un ciel entièrement bleu, je m’arme de courage et grimpe à l’intérieur de la ville, côté Tréboul. Mon intention est de voir Port-Rhu de haut.
Ce que je fais en empruntant le pont routier qui relie Tréboul à Douarnenez proprement dite. La vue est magnifique sur le port musée, notamment sur son bateau-phare. Au deuxième plan est la passerelle piétonnière que je prends chaque jour. A l’arrière-plan, l’île Tristan.
Je reste en haut de la ville côté Douarnenez, où rien n’est intéressant, afin de descendre directement sur le port du Rosmeur. A l’arrivée, je découvre, ce que je ne pouvais pas voir hier, l’Abri du Marin de belle couleur rose. « Aimez-vous les uns les autres », y est-il inscrit.
Il n’est pas encore neuf heures mais le vieux port est déjà vivant, un peu trop même, la faute à une bande de zonard(e)s à chiens, qui gueulent (humains comme animaux), squattant une digue pas loin des Filets Bleus. « Des soiffards, des connards », commente un autochtone dont je partage l’avis. Georges Perros, dans le film Une vie ordinaire, déclare que tout le monde envie le clochard qui passe. Eh bien, pas moi.
Je vais quand même prendre un café aux Filets Bleus, que m’apporte bien plus vite qu’hier la serveuse, et tente d’y lire le Journal des Goncourt, une activité que je vais poursuivre sur un banc plus loin, regardant en même temps l’activité portuaire. Je découvre ainsi l’ingénieux système qui permet à l’aide d’une corde coulissante à un propriétaire de petit bateau d’amarrer celui-ci à distance du quai.
A midi, je déjeune en terrasse, sous l’auvent de L’Océanide d’où l’on a vue sur le port et au loin sur la plage du Ris. Le personnel y est agréable. On y sert le même menu tous les jours, à dix-huit euros cinquante. J’opte pour une salade de Saint-Jacques, un burgueur montagnard et une tarte au citron meringuée qu’au dernier moment (vu la chaleur) je remplace par une glace mangue citron vert. En sus, deux verres de vin, un blanc et un rouge, à deux euros quatre-vingt-dix l’unité.
Je reviens par le bord de mer, frôlant les deux grosses cuves bleues du port de pêche industrielle marquées Seveso et suis obligé de faire une pause sur un banc à l’ombre près du port de plaisance.
-Pardon monsieur, vous êtes d’ici ? me demande une femme.
-Oui, depuis quelques jours.
Elle veut savoir où est amarré un bateau dont elle me donne le nom. C’est beaucoup espérer de moi.
Ce jour à Douarnenez, il y a course de voiliers en mer et gros concours de pétanque. Deux évènements qui me laissent indifférent.
Comme d’habitude, j’évite de me fatiguer. Le Chamouette, qui est ouvert en ce jour férié, me facilite la chose.
                                                            *
Bamboche. Deux couples de trentenaires à une table du Chamouette, des profs semble-t-il. L’une, parlant d’elle-même et de son compagnon : « Nous, on est assez adeptes du vendredi soir. Comme ça le samedi t’es mort, mais le dimanche, tu peux faire plein de trucs ».
                                                            *
Quand je considère froidement la situation, j’en arrive à la conclusion, qu’en ce qui concerne la relation des propriétaires de chien avec leur animal, dans neuf cas sur dix, cela relève de la psychiatrie. Pour ce qui est des parents avec leurs enfants, je dirais dans cinq cas sur dix.
                                                            *
Utiliser son masque en tissu pour essuyer ses lunettes, je ne l’avais pas encore vu.
 

13 juin 2021


Je suis tôt dehors ce samedi après une nuit sans voisin pendant laquelle j’ai eu l’impression d’être le seul habitant de l’impasse. Mon petit-déjeuner pris au Café de l’Yser, je traverse Port Rhu où pour la première fois je vois la passerelle levée afin de laisser sortir des voiliers. Le ciel est gris et il mouillasse. Ce que Georges Perros, dans un documentaire tourné à Douarnenez intitulé Une vie ordinaire (on le trouve sur YouTube), appelle de la pluie horizontale.
Passé le restaurant pizzéria Le Vintage, je continue à longer la côte et rejoins la plage des Dames où effectivement l’une se trémousse sur le sable, moitié sport, moitié danse. Au-delà, je passe près du port de pêche industrielle où l’on fait file devant une poissonnerie de vente directe. J’arrive ensuite à l’ancien port de pêche, celui du Rosmeur. Il y a là de très jolis bâtiments colorés qui sont le témoignage d’une époque révolue. Certains sont reconvertis en cafés et restaurants (pas encore ouverts). D’autres sont semi abandonnés.
Le chemin de Grande Randonnée devient ensuite champêtre. Il mène au lieu-dit Les Plomarc’h où l’on trouve une ferme pédagogique ainsi que des gîtes d’étape pour randonneurs. L’un d’eux aux volets verts (six places en dortoir) est la maisonnette, un penty, que la municipalité de Douarnenez louait pour une somme symbolique à Georges Perros (on la voit dans le film susnommé). Chaque jour, laissant femme et enfants dans le Hachélème, il s’y enfermait à clé pour lire les manuscrits envoyés par Gallimard (auxquels il ne trouvait que des défauts), et pour écrire aussi un peu.
Un employé municipal venu en voiture arrive en même temps que moi. Je lui demande où est la maison de Georges Perros.
-C’est le peintre, c’est ça ? me répond-il.
Il est là pour nourrir le cochon mais il constate aussi les dégâts qu’ont fait des buveurs de bière dans la nuit: des canettes traînent par terre, un carreau du bâtiment principal a été cassé.
Un panneau explicatif est installé devant la maisonnette de Perros, laquelle a été restaurée. J’en fais quelques photos puis je repasse par chez les animaux de la ferme. On y trouve tout ce qu’il faut, même un paon qui fait la roue.
De retour au port du Rosmeur je trouve ouvert Les Filets Bleus. Sa terrasse est fréquentée par une population boboïsante. Même les pêcheurs présents sont des néo barbus. Etonnamment, le café n’est qu’à un euro quarante, apporté par la serveuse la plus lente de l’Ouest. Je lis là les frères Goncourt jusqu’à dix heures et demie, quand arrive la marmaille. Il est alors temps de fuir.
Je retrouve mon banc face à l’île Tristan. Comme hier, les nuages font place au ciel bleu. Il n’empêche que ça caille encore sur la terrasse du Vintage où je me nourris d’une pizza chorizo avec supplément anchois.
-Chorizo anchois, c’est pas souvent qu’on nous commande ça, commente le serveur, mais justement hier quelqu’un en a aussi demandé une.
 

12 juin 2021


A peine rentré, Reggae Man enclenche sa musique ce jeudi soir mais comme arrive un peute à lui, il l’arrête et je n’entends plus que quelques pas au plafond. Ce dernier parti, je n’entends plus rien du tout. L’impasse n’est aucunement fréquentée la nuit. Le jour, à peine si deux ou trois touristes osent y pénétrer, tant elle ressemble à une voie privée.
Vers sept heures et demie, ce vendredi, je trouve la boulangerie du coin ouverte. A en juger par sa clientèle de gars du pays, elle est meilleure que l’autre. Côté viennoiseries, je ne perçois pas la différence. Le Café de l’Yser étant fermé, je les mange sur un banc du port de plaisance. Deux oiseaux, inconnus de moi, sorte de croisement entre un merle et une mouette, convoitent mes miettes.
Cela fait, je prends le sentier côtier vers le cimetière marin afin d’aller au-delà. Il fait gris une nouvelle fois. La presqu’île de Crozon se laisse deviner, un peu embrumée. Après l’Hôtel Ty Mad, je longe la plage des Sables Blancs où quelques intrépides se baignent puis arrive à hauteur de l’ilot du Coulinec. Le sentier est alors remplacé par un méchant escalier qui risque de mener à un détour de macadam. Aussi préféré-je renoncer à aller plus loin. De retour à la plage des Sables Blancs, je me pose sur un banc et poursuis ma relecture du premier volume du Journal des Goncourt.
Vers dix heures, je regagne le port de plaisance où des cars BreizhGo « Spécial » déversent des classes élémentaires pour une session de navigation. J’y trouve ouvert L’Antares. Ici aussi l’allongé est à un euro soixante-dix. Quand il est bu, je contourne le port afin de rejoindre la passerelle qui enjambe le Port Rhu. Je réserve une nouvelle fois une table au Vintage. Je n’ai pas vraiment le choix. Les autres restaurants de bord de mer ont des propositions attrape-touristes.
Après cela, je continue à lire Jules et Edmond face à l’île Tristan tandis que le ciel devient de plus en plus bleu. Bref, je glande.
Beignets de calamars, spaghettis aux fruits de mer, gâteau au chocolat, verre de vin blanc et café, c’est toujours treize euros. Cette fois en terrasse, c’est-à-dire à l’ombre et dans le vent frisquet (il n’y a qu’à cet endroit qu’il souffle ainsi).
L’addition réglée, je retraverse le Port Rhu et arrivé à Tréboul fais ce que je ne pouvais pas faire à Quimper, je repasse « chez moi ». Quand je ressors, c’est pour boire un café à la délicieuse terrasse ombragée du Chamouette. Des touristes allemands sont mes voisins. Ils témoignent de la réouverture des frontières européennes.
En rentrant, je m’arrête à la boulangerie. C’est à Douarnenez qu'en mil huit cent soixante fut inventé par le boulanger Yves-René Scordia le kouign amann. Il est temps d’y goûter.
                                                                  *
L’ilot du Coulinec a appartenu à Joseph Le Marchand, un usinier trébouliste. Il y construisit un kiosque-belvédère dont on peut distinguer les ruines. Actuellement, le Coulinec est la propriété de la Cure Marine qui l’a acquis pour le symbole car la société mère de la Cure Marine de Tréboul s'appelle Le Coulinec. Elle n’en fait rien, d’ailleurs ce caillou est protégé.
                                                                  *
Les couples de retraités, leur habillement ridicule de qui veut montrer qu’il est en vacances, les hommes surtout, en chorte ou pantacourt, alors que souvent leurs femmes sont en pantalon. Comme s’ils étaient redevenus des petits garçons qui se promènent avec maman. D’ailleurs, c’est elle qui décide de tout, des trajets, des activités, du restaurant, du menu, de la boisson, non pas de vin, une carafe d’eau merci.
                                                                   *
J’ai mon banc
Face à l’île Tristan
Je peux maintenant
Renseigner le passant.
 

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