Le Journal de Michel Perdrial

Le Journal de Michel Perdrial




Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.







Rss

17 mai 2022


Le neuf novembre deux mille dix, j’écrivais ceci :
Je ne compte pas le nombre de fois où je lis ou entends le mot « éponyme » employé n’importe comment, c’est à dire au sens de « du même nom ».
Pour ma part, cela fait longtemps que je sais qu’il n’en est rien. Madame Bovary est le personnage éponyme du roman de Gustave Flaubert, lequel est le roman éponyme du film de Claude Chabrol, mais non l’inverse puisque « éponyme » signifie « qui donne son nom à ».
Vérifiant cela sur le Ouaibe, je constate que je ne sais peut-être pas tout. Eponyme ne s’emploierait que pour une personne réelle ou imaginaire, donc on ne pourrait écrire que la première partie de mon exemple. C’est du moins ce que je crois comprendre à la lecture de la définition qu’en donne le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, tandis qu’à l’extérieur ce lundi matin il pleut des cuvettes (comme on dit en Italie).
Depuis je continue à bondir lorsque j’entends un emploi fautif d’éponyme sur France Culture ou ailleurs, et quand j’en vois un à l’écrit.
Ainsi ai-je fait par trois fois en lisant le livre signé Yvan Leclerc (professeur émérite de lettres modernes à l’Université de Rouen) et Jean-Yves Mollier (professeur émérite d’histoire contemporaine à l’Université Paris Saclay/Versailles Saint-Quentin) Gustave Flaubert & Michel Lévy Un couple explosif publié en deux mille vingt et un chez Calmann Lévy et que j’ai acheté cinq euros chez Book-Off :
Page vingt : En 1838, l’éditeur Gervais Charpentier avait en effet lancé sa « Bibliothèque » éponyme.
Page quarante-cinq : Il n’avait même pas attendu le déclenchement du scandale que provoqua la lecture de la deuxième partie de Madame Bovary pour reconnaître en Gustave Flaubert un écrivain qui aurait toute sa place dans sa collection éponyme.
Page cent trente-neuf : Dès la prépublication de Madame Bovary dans la Revue de Paris en 1856, Michel Lévy avait découvert un auteur en qui il avait cru et qu’il avait tenu à faire entrer dans sa collection éponyme.
Quand je croiserai Yvan Leclerc, je lui dirai un mot.
 

16 mai 2022


En ce beau samedi, je prends le bus Teor jusqu’au Mont Riboudet puis y attends le bus Vingt-Six de midi et demi, l’un des rares qui va jusqu’au terminus de la ligne : la Salle des Fêtes de Saint-Pierre-de-Varengeville.
Ce bus à fauteuils prend l’autoroute, la quitte pour une banlieue où descendent la plupart des voyageurs puis nous voici dans la campagne toute verte où dans une ferme se font remarquer deux lamas.
A l’arrivée, je demande à la jeune fille à trottinette électrique qui a fait elle aussi le voyage jusqu’au bout comment rejoindre le Château de la Matmut. Je suis déjà venu ici mais j’ai oublié, et d’ailleurs, la dernière fois, c’était en voiture avec les amis de Stockholm et l’homme au chapeau, un bon moment qui commence à dater.
Un petit chemin mène tout droit au Château de Saint-Pierre-de-Varengeville, une sorte de Moulinsart normand. La grande grille n’ouvre pas. Il faut se déporter sur la gauche où sont un bâtiment moderne et le parquigne.
Une jeune femme blonde m’accueille au Château et me donne un ticket gratuit pour l’exposition CH!NE que je suis venu voir. Elle montre une quarantaine d’œuvres d’artistes de ce pays, créées entre les années mil neuf cent quatre-vingt-dix et deux mille dix, et prêtées par un collectionneur privé.
La première est la photo qu’a faite Ai Weiwei de sa copine levant sa jupe pour montrer sa culotte devant l’effigie de Mao, place Tian’anmen, à l’occasion du cinquième anniversaire du massacre. La côtoie le personnage de Yue Minjun « au rire grotesque et sarcastique ».
La nudité est très présente chez les artistes contestataires chinois. J’aime particulièrement la série d’autoportraits en noir et blanc de l’androgyne Ma Liuming, nu sur la Grande Muraille, et l’installation de Wang Du montrant trois sculpturales femmes nues dont certaines parties du corps sont amplifiées ou atrophiées.
La fin de l’exposition se tient au sous-sol. Elle est intitulée « Place au paysage », des photos surtout, qui m’intéressent peu, hormis celles de Ang Yongliang. Pour cause : « Si l’image en première lecture rappelle celle d’un paysage, elle est tout le contraire : urbaine et décadente ». Ce sont là « des scènes montrant le chaos d’une ville comme Shanghai où tout n’est qu'explosion ». La dernière A Cloud On The Horizon montre un champignon atomique.
Après cette visite, pendant laquelle je n’ai croisé qu’un couple d’Allemands, je me balade dans le parc parsemé de sculptures dues à des locaux, allant du labyrinthe au jardin japonais dans le plan d’eau duquel nagent des poissons exotiques, puis je reprends le sentier jusqu’à la Salle des Fêtes du village quasiment désert.
A quatorze heures vingt-cinq je suis le seul à monter dans le bus Vingt-Six. A Hénouville, une collégienne l’attend au premier arrêt, puis une seconde au deuxième arrêt, deux copines qui vont à la Grande Braderie de Rouen dont c’est heureusement le dernier jour.
Tandis qu’elles papotent derrière mon dos je songe au fossé qui sépare l’image que donne la Matmut avec ses expos d’art contemporain en son Château et celle qu’elle donne avec ses publicités télévisées où s’illustre un couple de crétins (lui surtout, c’est d’usage en ce moment).
Moralité : pour engranger des souscriptions, miser sur la bêtise, mais pour l’optimisation fiscale, miser sur l’intelligence.
                                                                            *
La Chine, dans quelle merde elle se trouve avec le variant Omicron qui met à bas sa stratégie Zéro Covid. Soit elle s’y accroche et va être en confinement permanent, soit elle y renonce et l’épidémie va tuer des quantités de Chinois naïfs (au sens médical). Avec pour les deux branches de l’alternative, toutes les conséquences mondiales que l’on peut imaginer. A ajouter à celles de la Guerre de Poutine contre l’Ukraine, à celles des températures extrêmes en Inde, etc.
                                                                             *
La catastrophe globale guette. C’est mon sentiment du moment.
 

13 mai 2022


Sorti du Port de l’Arsenal, ce mercredi, je prends la rue Saint-Antoine, salue au passage Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais puis fais un détour par la place des Vosges dont les pelouses sont garnies de jeunes filles. Place Saint-Paul, le manège est de retour. Un peu plus loin je découvre le passage Walter-Benjamin que je n’avais jamais remarqué. Ce passage est une rue, mais c’est l’intention qui compte, celle de rendre hommage au spécialiste. Mon ambition est de rejoindre pédestrement Châtelet Les Halles et j’y parviens un peu avant midi.
Je passe par chez Gilda dont le bail est toujours à céder puis entre au Café Vigouroux. Installé à une table d’intérieur autant aérée que celles de la terrasse où le soleil tape trop dur, je déjeune sobrement d’un œuf mayonnaise suivi d’une cuisse de canard à l’orange pour douze euros cinquante. Quand je me présente au comptoir pour payer, ma note y est déjà imprimée, augmentée d’un café à deux euros cinquante que l’on s’attendait à me voir prendre. Celle-ci rectifiée et réglée, je rejoins le Book-Off de la rue Saint-Martin, celui que j’aime le moins. On y entend Fip qui diffuse trop de jazz et il y fait, selon la saison, trop chaud ou trop froid. Surtout le choix de livres proposé est à l’image du quartier, pas assez intello.
Quand j’en ressors, je prends le métro Quatorze jusqu’à Pyramides. Pour rejoindre à pied le troisième Book-Off, celui de Quatre Septembre, j’emprunte le passage Choiseul où s’ébrouait le petit Destouches. Son dernier livre vient de sortir, il va mettre du temps avant d’être bradé.
Le beau temps me permet ensuite de boire un café à la terrasse ombragée du Bistrot d’Edmond. J’y lis avec un certain ennui Entretiens avec Dominique de Roux de Witold Gombrowicz tout en suivant la conversation de mes deux jeunes voisines qui soignent leurs soucis d’amour avec des pintes. Dès que ça devient vraiment intime elles passent à l’espagnol, langue dont je n’ai aucune notion.
Pour quarante centimes de plus, je rentre à Rouen en première classe à une place isolée dotée d’un dépose-bagage parfait pour mon sac de livres. A peine suis-je installé que surgissent les Gilets Orange des trains normands. L’une est en communication avec Alex.
« Alex, Alex, Alex, il faut que les gens y descendent pour faire une manœuvre », crie-t-elle dans son appareil. On s’apprête à obtempérer. « Non, Alex, Alex, Alex, il faut que les gens déjà montés restent à l’intérieur. » On se rassoit. Un léger choc se fait sentir, la manœuvre est faite. Survient un autre Gilet Orange qui nous dit de descendre. Je lui explique le contrordre mais il ne veut rien savoir. « Vous descendez sinon le train y partira pas, ce sera à cause de vous. » Okay. Quand on arrive à la porte, celle-ci s’ouvre et ceux qui attendaient sur le quai montent. Tous les Gilets ont disparu. 
-En plus, vous vous êtes presque fait engueuler, me dit un voyageur qui a subi les mêmes rebondissements que moi.
-Presque !
                                                                    *
Je n’aime pas penser ça mais quand je vois un Noir habillé banlieue s’installer dans cette voiture de première classe, je me dis qu’il n’a sûrement pas le billet pour. J’en ai confirmation lors du contrôle. Le mal placé déclare n’avoir pas entendu, à cause de ses écouteurs, l’annonce du chef de bord, lequel au départ avait dit que les appuie-têtes bleus signalaient les premières. Il refuse en conséquence de payer un supplément. Ce peut être vrai ou non. Finalement, devant son obstination, le chef de bord se contente de lui demander de déménager, ce qu’il fait.
Si dans les trains d’Hervé Morin, il était écrit à l’extérieur des voitures quelle est leur classe, ce serait plus simple.
                                                                     *
L’absurde de la situation, c’est que je suis à peu près certain que ce déplacé (comme la plupart des passagers du train) est en possession d’un billet de seconde qui lui a coûté plus cher que mon billet de première.
 

12 mai 2022


Une place en première classe pour quarante centimes de plus, cela ne se refuse pas. Aussi est-ce confortablement assis dans un fauteuil sans voisinage de la voiture Deux que je quitte Rouen sous les nuages ce mercredi matin. Après un court intermède de brouillard, le ciel bleu fait son apparition.
Un bus Vingt-Neuf électrique m’emmène à la Bastille dont je photographie le Génie de la Liberté tout là-haut puis je marche jusqu’au marché d’Aligre. Tous les livres ne sont pas encore disposés sur les tables. Je ne m’attarde pas, prends un café au comptoir du Faubourg où dans un coin est planté un drapeau que je connais trop bien.
-Vous êtes Normand ? demandé-je au patron.
-Oui, de Cherbourg. La Normandie, la plus belle région de France.
Je ne sais pas ce qu’est devenue sa dernière serveuse que je n’ai vue qu’une fois. Faute de personnel, les tasses s’accumulent sur le zinc et globalement l’établissement est de plus en plus sale. Je préférais l’époque où il était tenu par le grognon de Nasbinals (le Massif Central, la plus belle région de France).
A dix heures, je suis le seul à entrer chez Book-Off mais cette tranquillité ne dure pas, aussi y suis-je masqué. Dans les livres à un euro je mets la main sur « Je meurs d’amour pour toi… » Lettres à l’archiduchesse Marie-Christine d’Isabelle de Bourbon-Parme (Taillandier) ainsi que sur quelques autres.
A onze heures, je suis de retour à la Bastille et descends les marches pour faire quelques photos du Port de l’Arsenal. Les péniches L’air du temps et Evidence s’y côtoient. Une grue à long cou y soulève un bateau promène touristes nommé Gavroche qui a pris la tasse, cependant qu’une drague à aubes remue la vase.
                                                                *
Chez Book-Off, à un euro, les livres du grand écrivain romantique Patrick Poivre (d’Arvor), parmi lesquels La mort de Don Juan.
 

9 mai 2022


Il est sept heures, ce dimanche matin, quand je rejoins le tout proche vide grenier du Gros Horloge qui s’étend sur la partie de la rue du Gros comprise entre le parvis de la Cathédrale et le croisement avec la rue de la Jeanne, ainsi que dans certaines petites rues adjacentes et une parallèle. Un territoire que se partagent des commerçants du lieu bradant une partie de leur stock, des professionnels venus d’ailleurs et des particuliers, dont quelques miséreux qui proposent des objets semblant sortis de la déchetterie. Il faut voir la tête de ces deux boutiquières de la rue Massacre quand une organisatrice propose à l’un de ces mal lavés de s’installer dans les deux mètres disponibles entre elles. Et leur soulagement lorsque celui-ci revendique un emplacement plus visible.
L’an dernier, j’ai trouvé ici deux Sempé qui ont fait le bonheur de l’ami d’Orléans, lequel en contre-don m’a approvisionné en petits carnets de notes. Cette fois, aucun des livres proposés ne peut m’intéresser. C’est donc sans avoir dépensé un euro que je retourne à la maison.
A onze heures je suis le premier client du Son du Cor. On ne s’y précipite pas ce dimanche. La faute au temps qu’il fait, gris et froid. Depuis plusieurs jours, la chaleur est annoncée. Elle se fait désirer. Je lis là Paris point du jour de Marc Alyn. Son évocation de la capitale s’avère décevante, trop de descriptions et d’érudition, pas assez de souvenirs personnels. Quand même ceci :
J’ai fréquemment aperçu, au cours des années soixante, Genet lui-même surgissant du Flore tel un diable d’une boîte pour s’immerger dans le flot de la circulation et rejoindre, avec des gestes d’oiseau mazouté, l’autre rive du boulevard.
Vers une heure, je refais le tour du vide grenier du Gros Horloge, sans plus de succès. Rue Massacre, on se plaint du peu de ventes dû au peu de monde. Le monde est là mais il reste dans la rue du Gros.
                                                                 *
Au Son du Cor, comme ailleurs, cette façon verbalement agressive de commander : « Je vais vous prendre un demi. », mais quand on entend « Je prends tous les cafés », c’est qu’il est question de les payer.
                                                                 *
« Le mot à la mode dans le vin, c’est minéral. » (un buveur d’eau minérale)
 

7 mai 2022


J’arrive presque toujours le premier au Son du Cor, parfois même avant que le patron ou son serveur ait terminé d’installer la terrasse et son extension. Il s’agit pour moi de choper la seule table sans personne dans le dos qui a le soleil entre midi et deux heures.
Ce vendredi à midi moins cinq, la terrasse est prête et une femme m’a précédé, heureusement pas à ma table mais à la voisine, ensoleillée aussi. Tout en lisant Gustave Flaubert & Michel Lévy – Un couple explosif d’Yvan Leclerc et Jean-Yves Mollier, je l’observe, blonde teinte à chignon, lunettes noires, collants résille, jupe fendue jaune orangé, elle ne manque pas de charme, jeune quinquagénaire peut-être.
Elle ne reste pas longtemps seule. La rejoignent un homme et une jeune fille, un père et sa fille. Celui-ci est le frère de celle qui les attendait. Il est question dans leur conversation du rendez-vous qu’a la jeune fille sous peu, raison pour laquelle elle ne boit rien. Un entretien important dans le domaine artistique l’attend. Son père lui donne un ultime conseil : ne pas donner l’impression de tout savoir, reconnaître ses manques et montrer qu’on a envie de les combler.
« Je ne sais pas si tu as intérêt à dire que tu es la nièce de Marie Nimier », ajoute-t-il. C’est du moins ce que je crois entendre. Bien que souffrant d’hyperacousie, je n’en suis pas sûr. Cette femme élégante pourrait donc être l’écrivaine, ou non. Quand la jeune fille va à son rendez-vous, le frère et la sœur vont déjeuner quelque part.
Rentré, je regarde des photos de Marie Nimier, n’arrivant pas à savoir si c’était elle ou non, car ces images datent. Il y a une ressemblance certes, mais j’apprends que l’écrivaine à soixante-quatre ans. Bien conservée alors si c’était elle, comme on dit assez inélégamment.
                                                                   *
Qu’ai-je lu de Marie Nimier ? me demandé-je (car il fut un temps où je lisais des romans). Je consulte la liste de ses œuvres sur Ouiquipédia. Rien, me semble-t-il.
Je me souviens avoir vu assez récemment La Nouvelle Pornographie à un euro chez Book-Off, l’avoir ouvert et vite remis en rayon.
 

6 mai 2022


Lors du premier tour de la Présidentielle, à gauche, il y a eu ceux qui ont voté pour le candidat ou la candidate dont il se sentait le plus proche. Il y a eu aussi ceux, plus nombreux, qui ont voté utile (ou, comme il dit, efficace), c’est-à-dire pour Mélenchon.
Ce vote n’a servi à rien puisqu’il est arrivé troisième. Il aurait été deuxième qu’il se serait fait battre au second tour, et largement, tous les sondages le disaient. Ce vote efficace était donc, dans tous les cas, un vote inutile.
Les pratiquants du vote efficace permettent maintenant à Mélenchon de soumettre Péhesse et Verts à ses idées et de leur distribuer des sièges éventuels de Députés au prorata des votes obtenus au premier tour (heureusement qu’il leur est resté quelques fidèles). Il ne sera pas Premier Ministre mais il aura réussi, grâce à la naïveté d’une partie de leurs électeurs, à flinguer Verts et Péhesse.
                                                               *
A droite, comme on n’est pas beaucoup plus frais, certains cachent qu’ils sont Les Républicains et Les Centristes en se régionalisant. Ainsi la liste cornaquée par Hervé Morin, Duc de Normandie, a pour nom « La Normandie Conquérante ».
C’est vrai qu’elles sont jolies toutes ces petites provinces mais de là à constituer une liste des imbéciles heureux qui sont nés quelque part.
                                                                *
Mon vœu pour le Neuf Mai : une fin à la Sadate pour cette ordure de Poutine.
 

4 mai 2022


Vingt-sept ans ce mardi que mon frère Jacques est mort à La Rochelle. Un triste anniversaire que, pour la raison de billets de train moins chers que le mercredi, je vais passer à Paris, ville dans laquelle il a vécu bien plus longtemps.
Dans le train de sept heures vingt-quatre, je lis Tous à l’ouest ! le sarcastique récit de voyage de S.J. Perelman publié au Dilettante : Par un heureux hasard, le troisième occupant de la cabine était mort la veille et nous jouîmes ainsi d’un relatif confort.
A l’arrivée, je monte dans un bus Vingt-Neuf qui semble avoir été sorti du rebut tant ses sièges sont crades et sa porte avant capricieuse. Peut-être est-ce la conséquence du retrait temporaire des bus électriques Bolloré dont deux ont récemment flambé.
Descendu à Bastille Beaumarchais, je marche jusqu’au Marché d’Aligre. Parmi les ouvrages à deux euros du seul vendeur de livres présent, trois m’intéressent mais leur saleté m’empêche de les acheter.
Après un café de comptoir au Faubourg, j’entre chez Book-Off à son ouverture. Rapidement, mon panier se remplit. C’est un jour d’abondance. Parmi mes trouvailles à un euro : Sur les traces d’Enayat Zayyat d’Iman Mersal (Sindbad Actes Sud), Leïlah Mahi 1932 enquête de Didier Blonde (Gallimard), Tubes – La philosophie dans le juke-box de Peter Szendy (Editions de Minuit), Voyeur de première (c’est Gainsbourg) de Frank Maubert (Mentha), Testament – Entretiens avec Dominique de Roux de Witold Gombrowicz (Folio Essais), Crimes exemplaires de Max Aub (Phébus libretto), Paris point du jour de Marc Alyn (Bartillat), A mes ennemis ce poignard de Liam O’Flaherty (Anatolia Le Rocher) et Les Grandes Mémoires – Résumé d’une enquête sur les joueurs d’échecs d’Alfred Binet suivi de La Stratégie de Marcel Duchamp par Pascal Rousseau (Editions VillaRrose). Une inscription manuscrite indique que ce dernier avait été donné (à qui ?) par Jean de Loisy qu’il est loisible d’écouter chaque dimanche sur France Culture.
A midi moins le quart, je vais déjeuner à côté au Péhemmu chinois où une gentille serveuse intérimaire s’occupe de moi et de mon habituel confit de canard, lequel a augmenté d’un euro (suite à la grippe aviaire peut-être). Bientôt s’installent à la table voisine le responsable et deux employées de Book-Off. C’est la première fois que je les vois manger ici. Elles et lui parlent un peu boulot. Je suppose que ma présence les empêche de tout se dire.
Après leur avoir souhaité une bonne après-midi, je rejoins la Bastille et pour la première fois utilise les marches qui maintenant mènent directement au Port de l’Arsenal. Près d’icelles, Droit au Logement a installé des tentes revendicatives.
Toute une jeunesse est en pause méridienne en face des bateaux. Je trouve une place entre deux groupes pour reprendre ma lecture du jour. Autour de moi si la nourriture est saine, la conversation est superficielle.
Rien ne permet d’identifier le vieux bus qui s’arrête devant l’Opéra à l’arrêt du Vingt-Neuf où j’attends. C’est la conductrice qui crie son numéro quand elle ouvre les portes. Il m’emmène à l’autre Opéra.
Dans le Book-Off de Quatre Septembre je fais face à la rareté. Parmi les ouvrages à un euro je ne trouve pour me plaire que La double réfraction du spath d’Islande (quarante-trois nouvelles et textes autobiographiques inédits ou parus en revue, imprimés sur papier bleu) de Béatrix Beck (Editions du Chemin de Fer), Fête nationale et autres poèmes de Laurent Tailhade (Cahiers Rouges Grasset) et L’obsédé textuel de Roland Bacri (Idée fixe Julliard).
Après cette exploration décevante, je bois un café à deux euros cinquante à la terrasse du Bistrot d’Edmond et jusqu’à ce qu’il soit l’heure de rejoindre Saint-Lazare y lis Tous à l’ouest !: Dès l’instant où nous sonnâmes à leur porte, un carillon se mit à jouer Frère Jacques – des vendeurs de carillons de porte Frère Jacques avaient dû écumer Beverly Hills à bicyclette car pas moins de neuf maisons que nous fréquentâmes en étaient équipées.
                                                                              *
Piochés dans Poèmes et chansons pour la madone de cuir de Jacques Perdrial (Editions Didier-Michel Bidard) :
ce qui est vrai n’est pas forcément faux
heureusement qu’il ne pleut pas, parce que s’il pleuvait, il pleuvrait.
 

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