Dernières notes
Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.
7 mars 2026
Ce vendredi, dans ma boîte à lettres, une enveloppe « Urgent élection ». À l’intérieur, les professions de foi (comme on dit) et les bulletins de vote des candidats de premier tour à l’Élection Municipale de Rouen. Il n’y a pas urgence ; c’est dans dix jours.
Je ne m’inquiète pas du résultat de cette élection dans la ville où j’habite. Celui qui peut avoir des conséquences, c’est celui du Havre. Par ses répercussions sur l’Élection Présidentielle de l’année prochaine.
Dans les sondages, Édouard Philippe est le seul à être donné gagnant au second tour face à Bardella (ou Le Pen) mais, selon un sondage local, il est donné battu au Havre. Cela entraînerait sa non candidature à la Présidentielle, une aubaine pour le Rassemblement National.
Je suis certain que dans la Cité Océane (comme disent certains), au second tour, des électeurs d’extrême droite voteront pour le candidat communiste afin d’éliminer le seul concurrent vraiment dangereux à la Présidentielle.
Qui d’autre pour espérer battre Bardella ou Le Pen ? À ce jour, je ne vois pas. Ce dont je suis certain, c’est que si, par malheur, le second tour mettait face à face Bardella (ou Le Pen) et l’épouvantable Mélenchon, c’est l’assurance d’une victoire pour le Rassemblement National.
*
Ces candidats à l’Élection Municipale de Rouen, je les vois s’agiter dans le fil d’actualité du réseau social Effe Bé. Filmés par un smartphone. L’un pour se féliciter de ce qu’il a fait. L’une pour montrer que c’est mal fait. Leur point commun : parler en bougeant les bras.
Il en est ainsi de tous ceux qui, sur des sujets divers, s’expriment filmés pour un public qu’ils désirent convaincre. Parler ne suffit pas, il faut gesticuler.
Je ne m’inquiète pas du résultat de cette élection dans la ville où j’habite. Celui qui peut avoir des conséquences, c’est celui du Havre. Par ses répercussions sur l’Élection Présidentielle de l’année prochaine.
Dans les sondages, Édouard Philippe est le seul à être donné gagnant au second tour face à Bardella (ou Le Pen) mais, selon un sondage local, il est donné battu au Havre. Cela entraînerait sa non candidature à la Présidentielle, une aubaine pour le Rassemblement National.
Je suis certain que dans la Cité Océane (comme disent certains), au second tour, des électeurs d’extrême droite voteront pour le candidat communiste afin d’éliminer le seul concurrent vraiment dangereux à la Présidentielle.
Qui d’autre pour espérer battre Bardella ou Le Pen ? À ce jour, je ne vois pas. Ce dont je suis certain, c’est que si, par malheur, le second tour mettait face à face Bardella (ou Le Pen) et l’épouvantable Mélenchon, c’est l’assurance d’une victoire pour le Rassemblement National.
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Ces candidats à l’Élection Municipale de Rouen, je les vois s’agiter dans le fil d’actualité du réseau social Effe Bé. Filmés par un smartphone. L’un pour se féliciter de ce qu’il a fait. L’une pour montrer que c’est mal fait. Leur point commun : parler en bougeant les bras.
Il en est ainsi de tous ceux qui, sur des sujets divers, s’expriment filmés pour un public qu’ils désirent convaincre. Parler ne suffit pas, il faut gesticuler.
5 mars 2026
Sifflent les merles et croassent les corneilles tandis que je marche vers la Gare de Rouen pour un nouveau mercredi à Paris.
Dans le sept heures vingt-six, où je bénéficie d’une place sans voisinage immédiat, j’ouvre Comment on paie ses dettes quand on a du génie, Baudelaire présenté par Thomas Clerc. J’ai pour ce dernier une particulière dilection. Il signe ici une courte préface à de courtes proses du poète, la première donnant son titre au recueil. De l’autre côté du couloir, un homme à casquette de prolétaire étudie une partition de Gustave Malher.
Sous un ciel bleu je monte dans un bus Vingt-Neuf sur le départ mais arrêté au feu. Des travaux devant L’Ami Georges créent une belle pagaille. Ça coince à nouveau rue Saint-Paul. Enfin c’est la Bastille.
Place d’Aligre, toujours de vieilles frusques chez Émile et des livres défraîchis chez Amine mais je retrouve Baudelaire sur le panneau de trottoir du caviste Nysa : Rien n’égale la joie de la personne qui boit, si ce n’est la joie du vin d’être bu.
Je bois un café content d’être bu au soleil à l’une des quatre tables de trottoir du Camélia. Quand j’entre payer la patronne occupée me dit de poser ça sur le comptoir près de la caisse. Ainsi fais-je et passe aux toilettes. Quand je ressors, la même est inquiète. Pas d’argent sur son comptoir. Difficile de se comprendre, elle parle peu français et aucun de ses fils n’est là. Elle prend son smartphone pour accéder aux enregistrements des caméras de surveillance. Las, aucune ne montre l’endroit précis où j’ai posé mes deux pièces. Volées, mais par qui ? Elle encaisse cette perte et nous nous quittons bons amis.
Ma récolte est bonne au Book-Off de Ledru-Rollin, quatre livres à un euro : Ça & 25 centimes conversations d’Alberto Manguel avec un ami (L’Escampette Éditions), … et toute ma sympathie de Françoise Sagan (Julliard), Mort en Perse d’Annemarie Schwarzenbach (Petite Bibliothèque Payot) et L’Enfer, dit-on de Bernard Noël (Éditions Léo Scheer). J’ajoute, à deux euros, le beau livre de photos Le Théâtre des 3 Baudets d’Alain Poulanges et Janine Marc-Pezet (Du May), en couverture : Jacques Canetti, le maître des lieux, entouré de Brel, Brassens, Boby et certains autres.
Place Sainte-Opportune, point de merle chanteur mais une corneille menaçante. Peu de monde chez Au Diable des Lombards. Les employés de la Fnaque voisine sont en vacances. La télé muette diffuse France Info, de la radio filmée sur la nouvelle guerre au Moyen-Orient. J’opte pour une formule plat dessert : pièce de bœuf sauce échalote frites salade et tarte Tatin glace caramel. Cette dernière est à manger vite fait, avant que la chaleur de la tarte ne l’ait fait fondre. Dans les toilettes pour femmes, les trous en bas des murs ont enfin été bouchés. Sommairement, mais je ne risque plus une mauvaise rencontre.
Mon exploration du sous-sol du Book-Off de Saint-Martin est infructueuse. C’est avec un panier vide que je remonte avant de récupérer mon sac.
J’ai la chance de trouver une table au soleil à la terrasse de Café Vigouroux pour un café verre d’eau Baudelaire parmi les touristes étrangers qui terminent de déjeuner, lequel café m’est apporté par une serveuse survoltée.
Direction la galerie marchande qui sert de Gare Saint-Lazare. Une fille au téléphone : « Y a tout ici mais j’ai pas d’argent. T’inquiète pas, si j’en avais eu, j’aurais acheté quelque chose. » Je ne m’inquiète pas. Assis sur un banc, je regarde une fille se déshabiller un peu dans le Photomaton au rideau mal tiré. Une pianiste d’occasion joue remarquablement bien La Foule d’Édith Piaf puis enchaîne avec Ah ! les crocodiles. Des hauteurs tombent un message de la Voix : « La mendicité est interdite. Ne faites rien pour l’encourager. »
Le Baudelaire de Thomas Clerc que je reprends dans le seize heures quarante du retour se termine par Réflexions sur quelques-uns de mes contemporains. De courts textes sur Victor Hugo, Auguste Barbier, Marceline Desbordes-Valmore, Théophile Gautier, Pétrus Borel, Hégésippe Moreau, Théodore de Banville, Pierre Dupont, Lecomte de Lille et Gustave Le Vavasseur. C’est comme si je comptais les moutons car je m’endors.
*
Nous fîmes la rencontre d’un pauvre qui nous tendit sa casquette en tremblant. - Je ne connais rien de plus inquiétant que l’éloquence muette de ces yeux suppliants, qui contiennent à la fois, pour l’homme sensible qui sait y lire, tant d’humilité, tant de reproches. Il y trouve quelque chose approchant cette profondeur de sentiment compliqué, dans les yeux larmoyants des chiens qu’on fouette. La fausse monnaie
Le dandysme est un soleil couchant ; comme l’astre qui décline, il est superbe, sans chaleur et plein de mélancolie. Le Dandy
Chez les Incas l’on aimait sa sœur ; contentez-vous de votre cousine. Choix de maximes consolantes sur l’amour
Dans le sept heures vingt-six, où je bénéficie d’une place sans voisinage immédiat, j’ouvre Comment on paie ses dettes quand on a du génie, Baudelaire présenté par Thomas Clerc. J’ai pour ce dernier une particulière dilection. Il signe ici une courte préface à de courtes proses du poète, la première donnant son titre au recueil. De l’autre côté du couloir, un homme à casquette de prolétaire étudie une partition de Gustave Malher.
Sous un ciel bleu je monte dans un bus Vingt-Neuf sur le départ mais arrêté au feu. Des travaux devant L’Ami Georges créent une belle pagaille. Ça coince à nouveau rue Saint-Paul. Enfin c’est la Bastille.
Place d’Aligre, toujours de vieilles frusques chez Émile et des livres défraîchis chez Amine mais je retrouve Baudelaire sur le panneau de trottoir du caviste Nysa : Rien n’égale la joie de la personne qui boit, si ce n’est la joie du vin d’être bu.
Je bois un café content d’être bu au soleil à l’une des quatre tables de trottoir du Camélia. Quand j’entre payer la patronne occupée me dit de poser ça sur le comptoir près de la caisse. Ainsi fais-je et passe aux toilettes. Quand je ressors, la même est inquiète. Pas d’argent sur son comptoir. Difficile de se comprendre, elle parle peu français et aucun de ses fils n’est là. Elle prend son smartphone pour accéder aux enregistrements des caméras de surveillance. Las, aucune ne montre l’endroit précis où j’ai posé mes deux pièces. Volées, mais par qui ? Elle encaisse cette perte et nous nous quittons bons amis.
Ma récolte est bonne au Book-Off de Ledru-Rollin, quatre livres à un euro : Ça & 25 centimes conversations d’Alberto Manguel avec un ami (L’Escampette Éditions), … et toute ma sympathie de Françoise Sagan (Julliard), Mort en Perse d’Annemarie Schwarzenbach (Petite Bibliothèque Payot) et L’Enfer, dit-on de Bernard Noël (Éditions Léo Scheer). J’ajoute, à deux euros, le beau livre de photos Le Théâtre des 3 Baudets d’Alain Poulanges et Janine Marc-Pezet (Du May), en couverture : Jacques Canetti, le maître des lieux, entouré de Brel, Brassens, Boby et certains autres.
Place Sainte-Opportune, point de merle chanteur mais une corneille menaçante. Peu de monde chez Au Diable des Lombards. Les employés de la Fnaque voisine sont en vacances. La télé muette diffuse France Info, de la radio filmée sur la nouvelle guerre au Moyen-Orient. J’opte pour une formule plat dessert : pièce de bœuf sauce échalote frites salade et tarte Tatin glace caramel. Cette dernière est à manger vite fait, avant que la chaleur de la tarte ne l’ait fait fondre. Dans les toilettes pour femmes, les trous en bas des murs ont enfin été bouchés. Sommairement, mais je ne risque plus une mauvaise rencontre.
Mon exploration du sous-sol du Book-Off de Saint-Martin est infructueuse. C’est avec un panier vide que je remonte avant de récupérer mon sac.
J’ai la chance de trouver une table au soleil à la terrasse de Café Vigouroux pour un café verre d’eau Baudelaire parmi les touristes étrangers qui terminent de déjeuner, lequel café m’est apporté par une serveuse survoltée.
Direction la galerie marchande qui sert de Gare Saint-Lazare. Une fille au téléphone : « Y a tout ici mais j’ai pas d’argent. T’inquiète pas, si j’en avais eu, j’aurais acheté quelque chose. » Je ne m’inquiète pas. Assis sur un banc, je regarde une fille se déshabiller un peu dans le Photomaton au rideau mal tiré. Une pianiste d’occasion joue remarquablement bien La Foule d’Édith Piaf puis enchaîne avec Ah ! les crocodiles. Des hauteurs tombent un message de la Voix : « La mendicité est interdite. Ne faites rien pour l’encourager. »
Le Baudelaire de Thomas Clerc que je reprends dans le seize heures quarante du retour se termine par Réflexions sur quelques-uns de mes contemporains. De courts textes sur Victor Hugo, Auguste Barbier, Marceline Desbordes-Valmore, Théophile Gautier, Pétrus Borel, Hégésippe Moreau, Théodore de Banville, Pierre Dupont, Lecomte de Lille et Gustave Le Vavasseur. C’est comme si je comptais les moutons car je m’endors.
*
Nous fîmes la rencontre d’un pauvre qui nous tendit sa casquette en tremblant. - Je ne connais rien de plus inquiétant que l’éloquence muette de ces yeux suppliants, qui contiennent à la fois, pour l’homme sensible qui sait y lire, tant d’humilité, tant de reproches. Il y trouve quelque chose approchant cette profondeur de sentiment compliqué, dans les yeux larmoyants des chiens qu’on fouette. La fausse monnaie
Le dandysme est un soleil couchant ; comme l’astre qui décline, il est superbe, sans chaleur et plein de mélancolie. Le Dandy
Chez les Incas l’on aimait sa sœur ; contentez-vous de votre cousine. Choix de maximes consolantes sur l’amour
27 février 2026
Au milieu de la nuit j’entends une chouette qui hulule, chose rare en ville. Il semble que cela annonce une deuxième journée printanière pour février (Réjouissons-nous avant la catastrophe).
Pour la première fois de l’année, je lis ce jeudi midi sur le banc du jardin, lequel est encore fleuri (une dizaine de jonquilles et deux jacinthes). Malheureusement, il me faut subir le bruit des travaux de la flèche de la Cathédrale qui sont loin d’être terminés. Des hommes passent à nouveau le carcheur. Le bruit est celui d’une cimenterie. La partie en travaux de cette flèche est toujours cachée par un gros pansement en plastique blanc. Le même que celui qui avait brûlé juste après la nomination de Rachida Dati au Ministère de la Culture. Ce fut son premier déplacement ès qualité. Ridicule. Nous en voilà débarrassé. Elle, Maire de la capitale ? Que le dieu des urnes protège les Parisien(ne)s contre cette éventualité.
Vers quatorze heures, je rejoins Le Sacre pour mon premier café en terrasse rouennais de l’année. L’expresso y a pris vingt centimes. À la terrasse voisine, celle du YumMó, « restaurant chinois exotique raffiné et contemporain », une mère discute avec une autre des lycées rouennais, disant du bien de Jeanne d’Arc (où est sa fille) et du mal de Corneille (sa fille y a été refusée). Ce YumMó a succédé au Rêve de l’Escalier, première bouquinerie de la ville à avoir lâché prise. Théo-Phil a suivi. La troisième sera Les Mondes Magiques, annonce son responsable, pour qui l’anniversaire des dix ans de reprise de la boutique en août prochain risque d’être suivi de sa fermeture définitive. La faute selon lui aux travaux de la rue Beauvoisine et à une forte concurrence de la part d’Internet et « des franchises de marque aux concepts aberrants ». Cette formulation vise Le Bibliovore, où l’on achète les livres un euro le kilo pour les revendre trois euros pièce. Il ne lui vient pas à l’esprit qu’il puisse aussi être pour quelque chose dans sa déconfiture.
*
Peut-être se consolera-t-il un peu s’il apprend que Le Bibliovore de La Rochelle ne va pas fort non plus, bien que la jolie libraire qui le tient offre parfois un verre de vin à ses clients. Elle aussi lance un appel au secours.
Pour la première fois de l’année, je lis ce jeudi midi sur le banc du jardin, lequel est encore fleuri (une dizaine de jonquilles et deux jacinthes). Malheureusement, il me faut subir le bruit des travaux de la flèche de la Cathédrale qui sont loin d’être terminés. Des hommes passent à nouveau le carcheur. Le bruit est celui d’une cimenterie. La partie en travaux de cette flèche est toujours cachée par un gros pansement en plastique blanc. Le même que celui qui avait brûlé juste après la nomination de Rachida Dati au Ministère de la Culture. Ce fut son premier déplacement ès qualité. Ridicule. Nous en voilà débarrassé. Elle, Maire de la capitale ? Que le dieu des urnes protège les Parisien(ne)s contre cette éventualité.
Vers quatorze heures, je rejoins Le Sacre pour mon premier café en terrasse rouennais de l’année. L’expresso y a pris vingt centimes. À la terrasse voisine, celle du YumMó, « restaurant chinois exotique raffiné et contemporain », une mère discute avec une autre des lycées rouennais, disant du bien de Jeanne d’Arc (où est sa fille) et du mal de Corneille (sa fille y a été refusée). Ce YumMó a succédé au Rêve de l’Escalier, première bouquinerie de la ville à avoir lâché prise. Théo-Phil a suivi. La troisième sera Les Mondes Magiques, annonce son responsable, pour qui l’anniversaire des dix ans de reprise de la boutique en août prochain risque d’être suivi de sa fermeture définitive. La faute selon lui aux travaux de la rue Beauvoisine et à une forte concurrence de la part d’Internet et « des franchises de marque aux concepts aberrants ». Cette formulation vise Le Bibliovore, où l’on achète les livres un euro le kilo pour les revendre trois euros pièce. Il ne lui vient pas à l’esprit qu’il puisse aussi être pour quelque chose dans sa déconfiture.
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Peut-être se consolera-t-il un peu s’il apprend que Le Bibliovore de La Rochelle ne va pas fort non plus, bien que la jolie libraire qui le tient offre parfois un verre de vin à ses clients. Elle aussi lance un appel au secours.
26 février 2026
Le chant du merlou m’accompagne ce mercredi matin dans ma traversée de la ville déserte. Il va faire beau. S’il faisait mauvais, il chanterait tout autant. J’inaugure mon nouveau blouson en djine noir à grandes poches intérieures acheté il y a quelques semaines chez Celio où il était vendu au prix malin de trente-neuf euros quatre-vingt-dix-neuf. Je devrais dire un des blousons car j’en ai pris deux. « Vous achetez vos vêtements en double ? », m’a demandé le vendeur. « C’est que j’en cherchais un en vain depuis plusieurs années », lui ai-je dit. Là, je suis sûr d’en avoir pour jusqu’à la fin de ma vie, ai-je pensé.
Dans le train Nomad parti de Rouen à sept heures vingt-six, j’ai pour voisin un homme qui travaille sur son ordinateur. J’ouvre Écrits français de Walter Benjamin, ses derniers textes, écrits en français ou traduits du français par lui-même avant son suicide. On arrive à Paris que je n’ai pas encore terminé la longue introduction de Jean-Maurice Monnoyer.
Le bus Vingt-Neuf « dévie le Marais » à nouveau. Pire, se heurtant à d’autres travaux à Saint-Paul, non signalés ceux-là, il est obligé à un second détour. Au Marché d’Aligre, Emile persiste et nippe. Rien pour moi chez Amine. Pas mieux chez Re-Read. Ce qui me contrarie davantage, c’est de quitter le Book-Off de Ledru-Rollin sans rien dans mon sac.
Le métro Huit reste bloqué à la station Ledru-Rollin. « Un problème de porte », nous dit le conducteur. Après les avoir inspectées, il nous fait descendre et repart à vide. J’arrive donc après midi au restaurant China où il y a déjà trop de monde à mon goût (les vacances).
Ce n’est pas au Book-Off de Saint-Martin que je me rattrape. Je remonte du sous-sol avec un seul livre à un euro : Baudelaire présenté par Thomas Clerc sous le titre Comment on paie ses dettes quand on a du génie (Garnier Flammarion).
Il est bientôt quatorze heures trente. J’ai dans ma poche un billet d’entrée gratuite pour l’exposition Hommage à Sebastião Salgado à l’Hôtel de Ville que m’a aimablement imprimé ma voisine. C’est un peu bête d’aller s’enfermer alors qu’il fait si beau, me dis-je. C’est la première journée de printemps, comme disent toutes et tous, mais c’est la date que j’ai choisie quand il pleuvait tous les jours. Je contourne le bâtiment jusqu’à la rue de Lobau. Ce que je découvre me stupéfie. Malgré les réservations obligatoires à un créneau horaire précis, une file d’attente d’une soixantaine de mètres est présente sur le trottoir. Elle avance très lentement jusqu’aux contrôleurs en uniforme. Je n’ai pas envie d’attendre, encore moins de retrouver cette foule à l’intérieur. Je renonce, pas mécontent au fond.
Direction Sainte-Opportune où je trouve une place au soleil à la terrasse de Café Vigouroux (deux euros soixante l’expresso). Il est temps d’enlever mon pull et de le fourrer dans mon sac quasiment vide. Je termine l’introduction aux Écrits français de Walter Benjamin puis lis le premier texte Enfance berlinoise et le deuxième Hachich à Marseille.
J’ai rendez-vous à seize heures sous la bulle de la Cour de Rome avec une jeune Asiatique qui m’a acheté deux euros L’Amant de Marguerite Duras. Après avoir souhaité une bonne lecture à cette charmante personne, j’entre dans la Gare Saint-Lazare et attends le seize heures quarante du retour.
Dans la voiture Cinq, je survole les autres textes en français de Walter Benjamin. Ce qui retient mon attention, ce sont, en fin d’ouvrage, les témoignages d’Adrienne Monnier, dont Benjamin fréquentait la librairie, et de Gisèle Freund, qui fit sa connaissance à la Bibliothèque Nationale quand elle avait vingt ans : Il avait l’âme d’un collectionneur, mais s’intéressait avant tout aux livres d’enfants. Un jour où je lui montrais une édition originale très rare : Gickel, Gackel et Gokeleia, de Brentano, illustrée de magnifiques gravures, il insista, durant des semaines, pour l’obtenir. C’était le seul livre de la bibliothèque de mon père que j’avais pu sauver et finalement je lui en fis cadeau. Deux fois par semaine, nous nous retrouvions au premier étage d’un café du boulevard Saint-Germain pour jouer aux échecs. Un petit café noir suffisait pour y passer des heures. Benjamin se fâchait toujours quand il perdait une partie.
Dans le train Nomad parti de Rouen à sept heures vingt-six, j’ai pour voisin un homme qui travaille sur son ordinateur. J’ouvre Écrits français de Walter Benjamin, ses derniers textes, écrits en français ou traduits du français par lui-même avant son suicide. On arrive à Paris que je n’ai pas encore terminé la longue introduction de Jean-Maurice Monnoyer.
Le bus Vingt-Neuf « dévie le Marais » à nouveau. Pire, se heurtant à d’autres travaux à Saint-Paul, non signalés ceux-là, il est obligé à un second détour. Au Marché d’Aligre, Emile persiste et nippe. Rien pour moi chez Amine. Pas mieux chez Re-Read. Ce qui me contrarie davantage, c’est de quitter le Book-Off de Ledru-Rollin sans rien dans mon sac.
Le métro Huit reste bloqué à la station Ledru-Rollin. « Un problème de porte », nous dit le conducteur. Après les avoir inspectées, il nous fait descendre et repart à vide. J’arrive donc après midi au restaurant China où il y a déjà trop de monde à mon goût (les vacances).
Ce n’est pas au Book-Off de Saint-Martin que je me rattrape. Je remonte du sous-sol avec un seul livre à un euro : Baudelaire présenté par Thomas Clerc sous le titre Comment on paie ses dettes quand on a du génie (Garnier Flammarion).
Il est bientôt quatorze heures trente. J’ai dans ma poche un billet d’entrée gratuite pour l’exposition Hommage à Sebastião Salgado à l’Hôtel de Ville que m’a aimablement imprimé ma voisine. C’est un peu bête d’aller s’enfermer alors qu’il fait si beau, me dis-je. C’est la première journée de printemps, comme disent toutes et tous, mais c’est la date que j’ai choisie quand il pleuvait tous les jours. Je contourne le bâtiment jusqu’à la rue de Lobau. Ce que je découvre me stupéfie. Malgré les réservations obligatoires à un créneau horaire précis, une file d’attente d’une soixantaine de mètres est présente sur le trottoir. Elle avance très lentement jusqu’aux contrôleurs en uniforme. Je n’ai pas envie d’attendre, encore moins de retrouver cette foule à l’intérieur. Je renonce, pas mécontent au fond.
Direction Sainte-Opportune où je trouve une place au soleil à la terrasse de Café Vigouroux (deux euros soixante l’expresso). Il est temps d’enlever mon pull et de le fourrer dans mon sac quasiment vide. Je termine l’introduction aux Écrits français de Walter Benjamin puis lis le premier texte Enfance berlinoise et le deuxième Hachich à Marseille.
J’ai rendez-vous à seize heures sous la bulle de la Cour de Rome avec une jeune Asiatique qui m’a acheté deux euros L’Amant de Marguerite Duras. Après avoir souhaité une bonne lecture à cette charmante personne, j’entre dans la Gare Saint-Lazare et attends le seize heures quarante du retour.
Dans la voiture Cinq, je survole les autres textes en français de Walter Benjamin. Ce qui retient mon attention, ce sont, en fin d’ouvrage, les témoignages d’Adrienne Monnier, dont Benjamin fréquentait la librairie, et de Gisèle Freund, qui fit sa connaissance à la Bibliothèque Nationale quand elle avait vingt ans : Il avait l’âme d’un collectionneur, mais s’intéressait avant tout aux livres d’enfants. Un jour où je lui montrais une édition originale très rare : Gickel, Gackel et Gokeleia, de Brentano, illustrée de magnifiques gravures, il insista, durant des semaines, pour l’obtenir. C’était le seul livre de la bibliothèque de mon père que j’avais pu sauver et finalement je lui en fis cadeau. Deux fois par semaine, nous nous retrouvions au premier étage d’un café du boulevard Saint-Germain pour jouer aux échecs. Un petit café noir suffisait pour y passer des heures. Benjamin se fâchait toujours quand il perdait une partie.
24 février 2026
Lecture au café de Lettres à Anna de Marina Tsvetaeva. Anna, c’est Anna Teskova que Marina a connue en mil neuf cent vingt-deux à Prague lors d’une soirée littéraire. La plupart des lettres sont envoyées de France, Marina Tsvetaeva ayant quitté Prague pour Paris en mil neuf cent vingt-cinq. Elle réside alors en banlieue, d’abord à Meudon puis à Vanves, et rêve de revenir à Prague sans jamais y parvenir.
Il n’y a personne chez qui je pourrais venir le soir, délestant mes épaules du poids de la journée, qui m’ouvrirait grand sa porte et serait à coup sûr content de me voir, pas l’ombre d’un être humain auquel il ne serait pas obligé de demander au préalable : On peut ? Ici, personne n’a besoin de moi.
J’ai - des connaissances. Mais comme tout cela est glacial, convenu, comme tout tient à un fil et est accroché à un fétu de paille ! quelle inhumanité…
Gontcharova. Avec Gontcharova j’ai eu des liens d’amitié tant que j’ai écrit sur elle. Dès que j’ai eu terminé - pas la moindre lettre d’elle en deux ans, pas le moindre signe de vie, comme si je n’existais pas. Si on se voyait - c’était parce que je le voulais. Elle a sa vie, ses habitudes, je ne me suis pas suffisamment incrustée, je ne suis pas devenue nécessaire La blessure s’est vite refermée.
Quant aux hommes, inutile d’en parler. Ce sont de mauvais amis ! (Meudon, le vingt-cinq février mil neuf cent vingt-cinq)
Un homme, en voici un, évoqué à la date du vingt-huit décembre mil neuf cent trente-cinq, dans une lettre envoyée de Vanves, Ivan Bounine :
Vous savez peut-être que Bounine a depuis une dizaine d’années un jeune amour (fille adoptive ? histoire d’amour ? - un amour) - ancienne étudiante de Prague, Galina Kouznetsova. Elle vit avec eux, est allée avec eux en Suède, elle est des leurs. Véra a supporté - et accepté. Tout le monde la condamne, moi je suis en admiration : Bounine ne peut pas sans elle. Véra, donc - elle est restée : elle s’est conduite en mère.
Avec Galina, je suis polie.
Avec les Bounine, nous avons des relations amicales, sans proximité : je viens voir Véra.
-Voilà-
Récemment, à ma soirée poétique, près des caisses, Bounine a fait la connaissance d’Alia sans savoir que c’était ma fille. - « Charmante demoiselle » - et il a bavardé, plaisanté comme ça avec elle pendant une dizaine de minutes. À l’entracte - il a refilé vers elle (…). Pendant toute la deuxième partie, il n’a pas mis les pieds dans la salle, est resté assis avec elle à la caisse. Il l’a aussi invitée chez lui pour le lendemain - à déjeuner (…).
La charmante demoiselle a quinze ans et les (…) sont dû à V. Morkovine, un ami de Marina Tsvetaeva, qui a censuré cette correspondance lors de sa publication à Prague en mil neuf cent soixante-neuf.
*
En mil neuf cent trente-neuf, Marina Tsvetaeva quitte Paris pour rejoindre son imbécile de mari, officier russe blanc rentré au pays et devenu agent du pouvoir soviétique. Cela est l’occasion dans le train qui la conduit au bateau au Havre d’un Point Rouen le douze juin mil neuf cent trente-neuf :
On approche de Rouen où, un jour, la gratitude humaine a brûlé Jeanne d'Arc. (Mais 500 ans plus tard, une Anglaise lui a élevé un monument sur ce même emplacement.)
Bientôt, son mari et leur fille sont arrêtés.
Sans travail, ayant dû quitter Moscou, usée par les privations, Marina Tsvetaeva se suicide le trente et un août mil neuf cent quarante et un.
Il n’y a personne chez qui je pourrais venir le soir, délestant mes épaules du poids de la journée, qui m’ouvrirait grand sa porte et serait à coup sûr content de me voir, pas l’ombre d’un être humain auquel il ne serait pas obligé de demander au préalable : On peut ? Ici, personne n’a besoin de moi.
J’ai - des connaissances. Mais comme tout cela est glacial, convenu, comme tout tient à un fil et est accroché à un fétu de paille ! quelle inhumanité…
Gontcharova. Avec Gontcharova j’ai eu des liens d’amitié tant que j’ai écrit sur elle. Dès que j’ai eu terminé - pas la moindre lettre d’elle en deux ans, pas le moindre signe de vie, comme si je n’existais pas. Si on se voyait - c’était parce que je le voulais. Elle a sa vie, ses habitudes, je ne me suis pas suffisamment incrustée, je ne suis pas devenue nécessaire La blessure s’est vite refermée.
Quant aux hommes, inutile d’en parler. Ce sont de mauvais amis ! (Meudon, le vingt-cinq février mil neuf cent vingt-cinq)
Un homme, en voici un, évoqué à la date du vingt-huit décembre mil neuf cent trente-cinq, dans une lettre envoyée de Vanves, Ivan Bounine :
Vous savez peut-être que Bounine a depuis une dizaine d’années un jeune amour (fille adoptive ? histoire d’amour ? - un amour) - ancienne étudiante de Prague, Galina Kouznetsova. Elle vit avec eux, est allée avec eux en Suède, elle est des leurs. Véra a supporté - et accepté. Tout le monde la condamne, moi je suis en admiration : Bounine ne peut pas sans elle. Véra, donc - elle est restée : elle s’est conduite en mère.
Avec Galina, je suis polie.
Avec les Bounine, nous avons des relations amicales, sans proximité : je viens voir Véra.
-Voilà-
Récemment, à ma soirée poétique, près des caisses, Bounine a fait la connaissance d’Alia sans savoir que c’était ma fille. - « Charmante demoiselle » - et il a bavardé, plaisanté comme ça avec elle pendant une dizaine de minutes. À l’entracte - il a refilé vers elle (…). Pendant toute la deuxième partie, il n’a pas mis les pieds dans la salle, est resté assis avec elle à la caisse. Il l’a aussi invitée chez lui pour le lendemain - à déjeuner (…).
La charmante demoiselle a quinze ans et les (…) sont dû à V. Morkovine, un ami de Marina Tsvetaeva, qui a censuré cette correspondance lors de sa publication à Prague en mil neuf cent soixante-neuf.
*
En mil neuf cent trente-neuf, Marina Tsvetaeva quitte Paris pour rejoindre son imbécile de mari, officier russe blanc rentré au pays et devenu agent du pouvoir soviétique. Cela est l’occasion dans le train qui la conduit au bateau au Havre d’un Point Rouen le douze juin mil neuf cent trente-neuf :
On approche de Rouen où, un jour, la gratitude humaine a brûlé Jeanne d'Arc. (Mais 500 ans plus tard, une Anglaise lui a élevé un monument sur ce même emplacement.)
Bientôt, son mari et leur fille sont arrêtés.
Sans travail, ayant dû quitter Moscou, usée par les privations, Marina Tsvetaeva se suicide le trente et un août mil neuf cent quarante et un.
23 février 2026
Ce samedi matin, je vais pédestrement jusqu’à la Gare de Rouen pour imprimer mon billet de train de mercredi prochain puis je descends dans le métro afin de prendre le premier en direction de Technopôle. J’en descends à Hôtel de Ville de Sotteville, traverse en diagonale la place du marché et ai le désagrément de trouver clos Le Rocher de Cancale. Une grande pancarte indique « Fermé ». Aucune information n’est donnée sur la cause ni la durée. L’ancienne patronne, encore là samedi dernier, aurait pu me le dire puisqu’elle sait très bien que je viens chaque samedi. Je la voue aux gémonies. Les deux brasseries voisines étant également fermées, je n’ai plus qu’à rentrer à Rouen avec le bus Effe Sept.
L’après-midi, au café où j’ai mes habitudes et qui ne fermerait pas sans prévenir, je me heurte à un autre rocher : Zibaldone de Giacomo Leopardi. Ce livre lourd de deux mille quatre cents pages, dont le titre peut être traduit par « Mélange » ou « Macédoine », acheté lors du dernier désherbage de la Bibliothèque de Sotteville, est trop compliqué pour moi qui manque d’intérêt pour tout ce qui est réflexion. Je n’aime rien tant que de rester à la surface des choses.
*
Se réveiller et constater que l’on rêvait qu’on ne rêvait pas. Impression étrange.
L’après-midi, au café où j’ai mes habitudes et qui ne fermerait pas sans prévenir, je me heurte à un autre rocher : Zibaldone de Giacomo Leopardi. Ce livre lourd de deux mille quatre cents pages, dont le titre peut être traduit par « Mélange » ou « Macédoine », acheté lors du dernier désherbage de la Bibliothèque de Sotteville, est trop compliqué pour moi qui manque d’intérêt pour tout ce qui est réflexion. Je n’aime rien tant que de rester à la surface des choses.
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Se réveiller et constater que l’on rêvait qu’on ne rêvait pas. Impression étrange.
20 février 2026
Sorti déçu de ma lecture de la biographie d’Honoré de Balzac par Pierre Sipriot, peu d’éléments concrets sur la vie de l’écrivain et souvent tirés des lettres envoyées à Madame Hanska, du déjà lu donc, et trop d’analyses en longueur de ses écrits, ce qui n’apprend rien sur lui. Avant de la revendre au poids au Bibliovore, j’en sauve ce propos cité par Sipriot de Mlle de Dino, nièce de Talleyrand, dans sa Chronique de 1831 à 1862, en date du vingt-huit novembre mil huit cent trente-six :
M. de Balzac, qui est tourangeau, est venu dans la contrée pour y acheter une petite propriété. Il s’est fait amener ici par un de mes voisins. Malheureusement, il faisait un temps horrible, ce qui m’a obligé à le garder à dîner.
J’ai été polie mais très réservée. Je crains les publicistes, gens de lettres, faiseurs d’articles ; j’ai tourné ma langue sept fois dans ma bouche avant de proférer un mot, j’ai été ravie quand il est parti. Il est vulgaire de figure, de ton, et, je crois, de sentiments : sans doute, il a de l’esprit, mais il est sans verve ni facilité dans la conversation. Il y est même très lourd, il nous a tous examinés et observés de la manière la plus minutieuse. M. de Talleyrand surtout. Je me serais bien passée de cette visite et, si j’avais pu l’éviter, je l’aurais fait. Il vise à l’extraordinaire et raconte de lui-même mille choses auxquelles je ne crois nullement.
Autre lecture décevante : On vient chercher Monsieur Jean de Jean Tardieu, un choix hétéroclite de textes de l’écrivain. J’en sauve ce souvenir d’adolescence, il a quinze ans :
Cela concerne mon « initiation » par la soi-disant gouvernante (en fait la servante) d’un homme politique de petite envergure qui demeurait à l’étage au-dessous. Cette femme, une Méridionale d’une quarantaine d’années, plutôt courte et boulotte mais assez appétissante, avait préféré que notre première « expérience » eût lieu, à la sauvette, dans le fameux couloir qui donne sur le palier de l’ascenseur : nous pouvions, de la sorte, mieux surveiller une arrivée inopportune : celle du père, qui se signale si bien à l’avance, ou celle, plus discrète et plus furtive, de ma mère, par conséquent plus dangereuse…
M. de Balzac, qui est tourangeau, est venu dans la contrée pour y acheter une petite propriété. Il s’est fait amener ici par un de mes voisins. Malheureusement, il faisait un temps horrible, ce qui m’a obligé à le garder à dîner.
J’ai été polie mais très réservée. Je crains les publicistes, gens de lettres, faiseurs d’articles ; j’ai tourné ma langue sept fois dans ma bouche avant de proférer un mot, j’ai été ravie quand il est parti. Il est vulgaire de figure, de ton, et, je crois, de sentiments : sans doute, il a de l’esprit, mais il est sans verve ni facilité dans la conversation. Il y est même très lourd, il nous a tous examinés et observés de la manière la plus minutieuse. M. de Talleyrand surtout. Je me serais bien passée de cette visite et, si j’avais pu l’éviter, je l’aurais fait. Il vise à l’extraordinaire et raconte de lui-même mille choses auxquelles je ne crois nullement.
Autre lecture décevante : On vient chercher Monsieur Jean de Jean Tardieu, un choix hétéroclite de textes de l’écrivain. J’en sauve ce souvenir d’adolescence, il a quinze ans :
Cela concerne mon « initiation » par la soi-disant gouvernante (en fait la servante) d’un homme politique de petite envergure qui demeurait à l’étage au-dessous. Cette femme, une Méridionale d’une quarantaine d’années, plutôt courte et boulotte mais assez appétissante, avait préféré que notre première « expérience » eût lieu, à la sauvette, dans le fameux couloir qui donne sur le palier de l’ascenseur : nous pouvions, de la sorte, mieux surveiller une arrivée inopportune : celle du père, qui se signale si bien à l’avance, ou celle, plus discrète et plus furtive, de ma mère, par conséquent plus dangereuse…
19 février 2026
S’armer de courage et d’un parapluie pour rejoindre la Gare de Rouen en se disant qu’on aurait peut-être dû annuler, c’est encore un foutu jour de pluie et mon sort ce mercredi.
Dans la voiture Trois du sept heures vingt-six je bénéficie d’une place sans voisinage immédiat et de la compagnie d’Édith Thomas. Âgée de quarante-trois ans, celle qui fut l’amante de Dominique Aury narre dans Le Témoin compromis ses désillusions politiques. Je suis lasse des romans, des miens comme de ceux des autres. À quoi bon le truchement de personnages imaginaires lorsque l’on écrit que pour se donner à soi-même un peu de solidité et d’existence… Le jour est levé lorsque nous atteignons Porcheville. Sur l’autoroute, ça bouchonne tandis que nous filons sous le ciel gris.
Dans le métro Huit je suis hypnotisé par le mouvement des mains de la jeune crocheteuse qui me fait face. « Le parapluie ! », lui dis-je quand elle se lève à République. Elle allait l’oublier. « Merci beaucoup », me sourit-elle.
Une mouillasse m’accueille à la sortie Ledru Rollin. Pour s’abriter Le Camélia est là. « De la pluie, encore de la pluie, toujours de la pluie », se plaint la météo du Parisien. J’y lis les derniers développements de l’enquête sur la bagarre mortelle de Lyon. La victime présentée comme un gentil garçon par ses parents bien que fleurtant avec les néonazis. Les agresseurs présentés comme de braves garçons par leurs amis alors qu’ils sont aussi violents que ceux d’en face. Une histoire de couillus qui aiment se battre contre d’autres couillus. Aucune Féministe pour analyser ça.
Trop de monde au Book-Off d’à côté et pas assez de livres à un euro pour moi, seulement La première main de Rosetta Loy (Mercure de France) et Femmes de Paris, femmes de lettres et autres portraits inédits d’Irène Némirovsky (Denoël).
Dans le métro Un qui me conduit à Saint-Opportune, un sexagénaire à cheveux blancs fait les mots croisés de La Croix (Personnage imaginaire, en quatre lettres : Dieu). Au mur des stations, une publicité « Pays Catalan Pyrénées-Orientales » retient mon attention.
Chez Au Diable des Lombards j’adapte mon choix au temps qu’il fait : soupe à l’oignon gratinée et bourguignon légumes vapeur. Sur l’écran muet, des images de la France inondée, un bel exemple de productivisme punitif.
Au Book-Off de Saint-Martin, Fip est de retour et suffisamment de livres à un euro sont dans mon panier quand je remonte au rez-de-chaussée : Michel-Ange face aux murs d’Armand Farrachi (L’un et l’autre Gallimard), Octobre de Christopher Isherwood (Rivages), Le Caillou mort d’amour de Charles Cros (Petite Bibliothèque Ombres), Écrits français de Walter Benjamin et Analyser la situation de Pierre Autin-Grenier (Finitude). J’y ajoute, au rayon Art à deux euros, Journal de la Guerre 1914-1918 de l’Enfant Yves Congar, futur cardinal (Cerf).
La mouillasse persiste quand je rejoins L’Opportun où une seule table est libre. Des vacanciers occupent les autres, mangeant encore à quatorze heures trente. Un couple de quinquagénaires de Mont-Saint-Aignan à ma droite. Un trio italien composé de deux branlotins boutonneux et de leur mère à ma gauche. Mon café bu, je retrouve Edith Thomas. Elle m’ennuie avec ses histoires de la Résistance. « Rendez-nous Jésus », est-il écrit sur la porte des toilettes. Je quitte ce café sous une pluie battante.
Le haut des cheminées de Porcheville est dans la brume quand le seize heures quarante ralentit pour se laisser dépasser par un train de banlieue. La Seine n’en est pas encore à déborder. Ça va finir par arriver.
De la pluie, encore de la pluie, toujours de la pluie à Rouen. Je me serre contre d’autres sous l’abribus en attendant un Effe Sept ou un Onze.
Dans la voiture Trois du sept heures vingt-six je bénéficie d’une place sans voisinage immédiat et de la compagnie d’Édith Thomas. Âgée de quarante-trois ans, celle qui fut l’amante de Dominique Aury narre dans Le Témoin compromis ses désillusions politiques. Je suis lasse des romans, des miens comme de ceux des autres. À quoi bon le truchement de personnages imaginaires lorsque l’on écrit que pour se donner à soi-même un peu de solidité et d’existence… Le jour est levé lorsque nous atteignons Porcheville. Sur l’autoroute, ça bouchonne tandis que nous filons sous le ciel gris.
Dans le métro Huit je suis hypnotisé par le mouvement des mains de la jeune crocheteuse qui me fait face. « Le parapluie ! », lui dis-je quand elle se lève à République. Elle allait l’oublier. « Merci beaucoup », me sourit-elle.
Une mouillasse m’accueille à la sortie Ledru Rollin. Pour s’abriter Le Camélia est là. « De la pluie, encore de la pluie, toujours de la pluie », se plaint la météo du Parisien. J’y lis les derniers développements de l’enquête sur la bagarre mortelle de Lyon. La victime présentée comme un gentil garçon par ses parents bien que fleurtant avec les néonazis. Les agresseurs présentés comme de braves garçons par leurs amis alors qu’ils sont aussi violents que ceux d’en face. Une histoire de couillus qui aiment se battre contre d’autres couillus. Aucune Féministe pour analyser ça.
Trop de monde au Book-Off d’à côté et pas assez de livres à un euro pour moi, seulement La première main de Rosetta Loy (Mercure de France) et Femmes de Paris, femmes de lettres et autres portraits inédits d’Irène Némirovsky (Denoël).
Dans le métro Un qui me conduit à Saint-Opportune, un sexagénaire à cheveux blancs fait les mots croisés de La Croix (Personnage imaginaire, en quatre lettres : Dieu). Au mur des stations, une publicité « Pays Catalan Pyrénées-Orientales » retient mon attention.
Chez Au Diable des Lombards j’adapte mon choix au temps qu’il fait : soupe à l’oignon gratinée et bourguignon légumes vapeur. Sur l’écran muet, des images de la France inondée, un bel exemple de productivisme punitif.
Au Book-Off de Saint-Martin, Fip est de retour et suffisamment de livres à un euro sont dans mon panier quand je remonte au rez-de-chaussée : Michel-Ange face aux murs d’Armand Farrachi (L’un et l’autre Gallimard), Octobre de Christopher Isherwood (Rivages), Le Caillou mort d’amour de Charles Cros (Petite Bibliothèque Ombres), Écrits français de Walter Benjamin et Analyser la situation de Pierre Autin-Grenier (Finitude). J’y ajoute, au rayon Art à deux euros, Journal de la Guerre 1914-1918 de l’Enfant Yves Congar, futur cardinal (Cerf).
La mouillasse persiste quand je rejoins L’Opportun où une seule table est libre. Des vacanciers occupent les autres, mangeant encore à quatorze heures trente. Un couple de quinquagénaires de Mont-Saint-Aignan à ma droite. Un trio italien composé de deux branlotins boutonneux et de leur mère à ma gauche. Mon café bu, je retrouve Edith Thomas. Elle m’ennuie avec ses histoires de la Résistance. « Rendez-nous Jésus », est-il écrit sur la porte des toilettes. Je quitte ce café sous une pluie battante.
Le haut des cheminées de Porcheville est dans la brume quand le seize heures quarante ralentit pour se laisser dépasser par un train de banlieue. La Seine n’en est pas encore à déborder. Ça va finir par arriver.
De la pluie, encore de la pluie, toujours de la pluie à Rouen. Je me serre contre d’autres sous l’abribus en attendant un Effe Sept ou un Onze.
© 2014 Michel Perdrial - Design: Bureau l’Imprimante



