Dernières notes
Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.
13 janvier 2026
Ce lundi je délaisse mon café habituel de début d’après-midi pour rejoindre Le Flaubert. J’y arrive vers quatorze heures vingt alors qu’on y mange encore. C’est tout petit. Le patron me débarrasse une table près de la vitre. Le café bu, j’y commence Le Livre de l’intranquillité de Fernando Pessoa qu’il était temps que je lise. Près de moi déjeunent deux collègues dans le bâtiment. Au comptoir boivent des verres de vin blanc trois femmes et deux hommes quadragénaires. Le patron est là depuis peu, il explique les quelques changements faits dans son bar.
Mes deux voisins ne sont pas pressés de retourner au travail. Quand le téléphone de l’un d’eux sonne, il répond « Oui chérie, on est à Brico Dépôt là. » Les buveurs de vin blanc ont des conversations adaptées. Ainsi sur l’incendie du Constellation : « A c’qui paraît, la gérante, si elle a été brûlée aux bras, c’est parce qu’avant de fuir, elle a pris la caisse. »
Si cette brasserie s’appelle Le Flaubert, c’est parce qu’elle se trouve avenue Gustave-Flaubert. Néanmoins, un portrait de l’écrivain moustachu est accroché dans les toilettes. Tous les présent(e)s sont encore là quand, peu avant seize heures, je quitte les lieux après avoir payé un euro cinquante.
Je rejoins à proximité l’avenue Pasteur. Près de la pharmacie m’attend un homme qui porte un carton à la main. C’est celui à qui j’ai acheté hier soir via Le Bon Coin des chaussures en cuir noires de marque inconnue, comme neuves, qu’il a lui-même achetées en Hollande via Vinted et qui lui sont trop grandes. C’est pour remplacer ma paire de Doc Martens, laquelle vient de se trouer. Plus question d’acheter ce genre de chaussures, chères et peu durables.
L’homme me fait entrer dans le hall de l’immeuble cossu où il réside. « J’ai apporté une chaise afin que vous puissiez les essayer », me dit-il. C’est ainsi que je me déchausse du pied droit, enfile une de ses chaussures, trouve que ça pourra aller et lui donne les vingt euros demandés.
Pour rentrer, comme il s’est mis à sérieusement pleuvoir, je passe devant le Pôle Universitaire Pasteur pour rejoindre sur le quai l’arrêt des bus Teor. S’y presse déjà une foule étudiante. Je voyage debout évidemment mais gratuitement car le valideur est en panne.
*
Le Flaubert, je n’y suis allé qu’une fois précédemment. Il y a des années. Invité à prendre un café par une des juges du Tribunal Administratif qui se trouve en face et que je fréquentais souvent à l’appel du Réseau Éducation Sans Frontières. Cette juge avait lu ce que j’en écrivais et souhaitait me parler de son travail. Nous avons eu une discussion paisible. Elle voulait surtout me faire savoir que pour s’opposer à une Obligation de Quitter le Territoire Français, elle ne pouvait s’appuyer que sur les textes de loi.
Je n’ai pas raconté cette rencontre à cette époque car je ne voulais pas que ça puisse lui causer du tort. Le temps ayant passé, elle ne risque plus rien.
Mes deux voisins ne sont pas pressés de retourner au travail. Quand le téléphone de l’un d’eux sonne, il répond « Oui chérie, on est à Brico Dépôt là. » Les buveurs de vin blanc ont des conversations adaptées. Ainsi sur l’incendie du Constellation : « A c’qui paraît, la gérante, si elle a été brûlée aux bras, c’est parce qu’avant de fuir, elle a pris la caisse. »
Si cette brasserie s’appelle Le Flaubert, c’est parce qu’elle se trouve avenue Gustave-Flaubert. Néanmoins, un portrait de l’écrivain moustachu est accroché dans les toilettes. Tous les présent(e)s sont encore là quand, peu avant seize heures, je quitte les lieux après avoir payé un euro cinquante.
Je rejoins à proximité l’avenue Pasteur. Près de la pharmacie m’attend un homme qui porte un carton à la main. C’est celui à qui j’ai acheté hier soir via Le Bon Coin des chaussures en cuir noires de marque inconnue, comme neuves, qu’il a lui-même achetées en Hollande via Vinted et qui lui sont trop grandes. C’est pour remplacer ma paire de Doc Martens, laquelle vient de se trouer. Plus question d’acheter ce genre de chaussures, chères et peu durables.
L’homme me fait entrer dans le hall de l’immeuble cossu où il réside. « J’ai apporté une chaise afin que vous puissiez les essayer », me dit-il. C’est ainsi que je me déchausse du pied droit, enfile une de ses chaussures, trouve que ça pourra aller et lui donne les vingt euros demandés.
Pour rentrer, comme il s’est mis à sérieusement pleuvoir, je passe devant le Pôle Universitaire Pasteur pour rejoindre sur le quai l’arrêt des bus Teor. S’y presse déjà une foule étudiante. Je voyage debout évidemment mais gratuitement car le valideur est en panne.
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Le Flaubert, je n’y suis allé qu’une fois précédemment. Il y a des années. Invité à prendre un café par une des juges du Tribunal Administratif qui se trouve en face et que je fréquentais souvent à l’appel du Réseau Éducation Sans Frontières. Cette juge avait lu ce que j’en écrivais et souhaitait me parler de son travail. Nous avons eu une discussion paisible. Elle voulait surtout me faire savoir que pour s’opposer à une Obligation de Quitter le Territoire Français, elle ne pouvait s’appuyer que sur les textes de loi.
Je n’ai pas raconté cette rencontre à cette époque car je ne voulais pas que ça puisse lui causer du tort. Le temps ayant passé, elle ne risque plus rien.
12 janvier 2026
Ce dimanche, vers onze heures, je sors de chez moi et rejoins le bord de Seine devant l’Opéra de Rouen. Descendu sur le quai bas, je marche en direction du Centre Commercial des Docks.
Il fait frais mais il ne pleut pas. Courent sur le quai des hommes et des femmes soucieux de se maintenir en forme, du moins l’espèrent-ils. Je longe la série de bars restaurants puis le hangar devenu un concentré de mangeries du monde : cuisines japonaise, coréenne, italienne, bretonne, etc. Pas de péniches sur la Seine, c’est le repos hebdomadaire, non plus de bateaux à touristes immatriculés en Hollande ou en Allemagne, ce n’est pas la saison, mais un vieux gréement est amarré, nommé Le Français, ouvert à la visite. Il permet à celles et ceux qui passent de poser la question : « C’est quand la prochaine Armada ? »
Peu avant le pont Flaubert, je traverse la voie ferrée puis la voie routière et entre aux Docks. Les livres de Secours Populaire sont toujours là. Je vois que certains, très intéressants mais pas pour moi, sont encore là. Comme les trois volumes de La recherche du temps perdu chez Bouquins, les œuvres romanesques d’Antoine Blondin, chez Bouquins aussi, et Nouvelles complètes de Marcel Aymé chez Quarto. Il y a des occasions qui se perdent.
Ayant bien exploré le stock la veille, je ne m’attends pas à trouver grand-chose. Je me contente de quelques livres de poche, dont un de la collection Signatures chez Points : Vie de poète de Robert Walser. Ce livre est doté d’une préface de Philippe Delerm. C’est regrettable. Je me demande pourquoi cet écrivain pour salon de thé est si souvent invité à préfacer les livres d’auteurs ayant eu une vie bien plus palpitante que la sienne.
*
Samedi après-midi, je retrouve, au café Les Initiés, le serviable étudiant qui me vient en aide quand j’ai un souci avec l’informatique et à qui je dois mon nouvel ordinateur. Nous prenons un café en évoquant nos vies respectives.
Bien que nous ne soyons pas là pour ça, je lui parle de mon clavier qui ne réagit pas quand je mets en route ce nouvel appareil, m’obligeant à faire « Redémarrer » pour que cela fonctionne. Il n’a pas idée de ce que cela peut être, mais comme il a du temps, ce qui est rare, il se propose de passer chez moi pour voir ça.
Ainsi faisons-nous. Je le regarde fouiller dans les entrailles de la machine, ne comprenant absolument pas ce qu’il fait. Il finit par trouver la raison du dysfonctionnement. Cet ordinateur démarre trop vite, sans envoyer les consignes nécessaires au clavier. Il fait donc le nécessaire pour ralentir ce démarrage. Encore un problème réglé.
Il fait frais mais il ne pleut pas. Courent sur le quai des hommes et des femmes soucieux de se maintenir en forme, du moins l’espèrent-ils. Je longe la série de bars restaurants puis le hangar devenu un concentré de mangeries du monde : cuisines japonaise, coréenne, italienne, bretonne, etc. Pas de péniches sur la Seine, c’est le repos hebdomadaire, non plus de bateaux à touristes immatriculés en Hollande ou en Allemagne, ce n’est pas la saison, mais un vieux gréement est amarré, nommé Le Français, ouvert à la visite. Il permet à celles et ceux qui passent de poser la question : « C’est quand la prochaine Armada ? »
Peu avant le pont Flaubert, je traverse la voie ferrée puis la voie routière et entre aux Docks. Les livres de Secours Populaire sont toujours là. Je vois que certains, très intéressants mais pas pour moi, sont encore là. Comme les trois volumes de La recherche du temps perdu chez Bouquins, les œuvres romanesques d’Antoine Blondin, chez Bouquins aussi, et Nouvelles complètes de Marcel Aymé chez Quarto. Il y a des occasions qui se perdent.
Ayant bien exploré le stock la veille, je ne m’attends pas à trouver grand-chose. Je me contente de quelques livres de poche, dont un de la collection Signatures chez Points : Vie de poète de Robert Walser. Ce livre est doté d’une préface de Philippe Delerm. C’est regrettable. Je me demande pourquoi cet écrivain pour salon de thé est si souvent invité à préfacer les livres d’auteurs ayant eu une vie bien plus palpitante que la sienne.
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Samedi après-midi, je retrouve, au café Les Initiés, le serviable étudiant qui me vient en aide quand j’ai un souci avec l’informatique et à qui je dois mon nouvel ordinateur. Nous prenons un café en évoquant nos vies respectives.
Bien que nous ne soyons pas là pour ça, je lui parle de mon clavier qui ne réagit pas quand je mets en route ce nouvel appareil, m’obligeant à faire « Redémarrer » pour que cela fonctionne. Il n’a pas idée de ce que cela peut être, mais comme il a du temps, ce qui est rare, il se propose de passer chez moi pour voir ça.
Ainsi faisons-nous. Je le regarde fouiller dans les entrailles de la machine, ne comprenant absolument pas ce qu’il fait. Il finit par trouver la raison du dysfonctionnement. Cet ordinateur démarre trop vite, sans envoyer les consignes nécessaires au clavier. Il fait donc le nécessaire pour ralentir ce démarrage. Encore un problème réglé.
10 janvier 2026
Le vent et la pluie m’ayant empêché de rejoindre les Docks vendredi, premier jour de la vente des livres d’occasion du Secours Populaire rouennais, je me rattrape ce samedi matin en montant dans un bus Teor en direction du Mont Riboudet.
Ce jour étant celui de la gratuité, je glisse ma carte spéciale dans le valideur mais il me résiste. Je vais m’asseoir sans essayer davantage. A peine suis-je installé qu’arrive un contrôleur. Un contrôleur de bus gratuit, je croyais ça impossible. Je l’ai dit un jour à la Gare à deux voyageuses qui m’incitaient à prendre quand même une carte de voyages gratuits pour, disaient-elles, que je sois couvert par les assurances en cas d’accident. « J’ai une carte, dis-je à ce contrôleur, mais je n’ai pas réussi à la valider. » Il la prend et, plus doué que moi, la glisse avec succès dans la machine puis il me la redonne sans un mot.
De l’arrêt Mont Riboudet, je rejoins le Centre Commercial des Docks et suis le premier arrivé devant le déballage du Secours Populaire au rez-de-chaussée. Il est dix heures moins le quart. L’ouverture officielle est à dix heures mais les deux dames qui sont de service enlèvent déjà la Rubalise qui empêche de s’approcher des livres. « Je n’ai pas pu venir hier à cause du temps », dis-je à l’une qui m’a salué. Elle me dit qu’il y avait quand même du monde mais qu’elles ont fait deux fois moins de ventes qu’ordinairement.
Après dix heures peu de personnes tournent autour des tables. Je suis content de ne voir ici aucun de ceux que je n’ai pas envie de voir. Il y a de très bons livres, certains que j’aurais été heureux d’acheter si je ne les avais déjà. J’en mets d’autres dans mon sac en leur prévoyant un futur autre qu’une lecture personnelle et un peu que je lirai, ou relirai, comme, content de la revoir, Pravda la Surviveuse de Guy Peellaert et Pascal Thomas (Eric Losfeld), l’édition originale, à seulement trois euros.
-Vous avez trouvé votre bonheur, constate celle à qui je m’apprête à payer.
-C’est bien là le problème, lui dis-je.
L’un des livres est marqué un euro alors qu’il devrait être plus cher. Je n’en disconviens pas. Elle me le propose à trois euros. J’accepte. « On n’a jamais de problème avec vous », me dit-elle.
Elle n’était pas là autrefois quand, à chacun de mes passages dans une vente du Secours Populaire, je m’accrochais avec la responsable (qui n’est plus là depuis longtemps). Le plus souvent parce qu’elle ne voulait pas admettre que tel livre était un livre de poche.
Lourdement chargé, je prends garde de valider correctement ma carte de bus gratuit du samedi dans le Teor qui me ramène à l’arrêt République. À Rouen, contrairement à d’autres villes, il faut quand même le faire le jour du bus gratuit. C’est pour connaître le nombre de voyageurs. Comme certains ne le font pas, ce chiffre ne représente rien de sérieux.
*
Une femme au téléphone entre l’arrêt Mont Riboudet et les Docks : « Tu sais bien que les hommes sont incapables de faire quelque chose en réfléchissant. »
Ce jour étant celui de la gratuité, je glisse ma carte spéciale dans le valideur mais il me résiste. Je vais m’asseoir sans essayer davantage. A peine suis-je installé qu’arrive un contrôleur. Un contrôleur de bus gratuit, je croyais ça impossible. Je l’ai dit un jour à la Gare à deux voyageuses qui m’incitaient à prendre quand même une carte de voyages gratuits pour, disaient-elles, que je sois couvert par les assurances en cas d’accident. « J’ai une carte, dis-je à ce contrôleur, mais je n’ai pas réussi à la valider. » Il la prend et, plus doué que moi, la glisse avec succès dans la machine puis il me la redonne sans un mot.
De l’arrêt Mont Riboudet, je rejoins le Centre Commercial des Docks et suis le premier arrivé devant le déballage du Secours Populaire au rez-de-chaussée. Il est dix heures moins le quart. L’ouverture officielle est à dix heures mais les deux dames qui sont de service enlèvent déjà la Rubalise qui empêche de s’approcher des livres. « Je n’ai pas pu venir hier à cause du temps », dis-je à l’une qui m’a salué. Elle me dit qu’il y avait quand même du monde mais qu’elles ont fait deux fois moins de ventes qu’ordinairement.
Après dix heures peu de personnes tournent autour des tables. Je suis content de ne voir ici aucun de ceux que je n’ai pas envie de voir. Il y a de très bons livres, certains que j’aurais été heureux d’acheter si je ne les avais déjà. J’en mets d’autres dans mon sac en leur prévoyant un futur autre qu’une lecture personnelle et un peu que je lirai, ou relirai, comme, content de la revoir, Pravda la Surviveuse de Guy Peellaert et Pascal Thomas (Eric Losfeld), l’édition originale, à seulement trois euros.
-Vous avez trouvé votre bonheur, constate celle à qui je m’apprête à payer.
-C’est bien là le problème, lui dis-je.
L’un des livres est marqué un euro alors qu’il devrait être plus cher. Je n’en disconviens pas. Elle me le propose à trois euros. J’accepte. « On n’a jamais de problème avec vous », me dit-elle.
Elle n’était pas là autrefois quand, à chacun de mes passages dans une vente du Secours Populaire, je m’accrochais avec la responsable (qui n’est plus là depuis longtemps). Le plus souvent parce qu’elle ne voulait pas admettre que tel livre était un livre de poche.
Lourdement chargé, je prends garde de valider correctement ma carte de bus gratuit du samedi dans le Teor qui me ramène à l’arrêt République. À Rouen, contrairement à d’autres villes, il faut quand même le faire le jour du bus gratuit. C’est pour connaître le nombre de voyageurs. Comme certains ne le font pas, ce chiffre ne représente rien de sérieux.
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Une femme au téléphone entre l’arrêt Mont Riboudet et les Docks : « Tu sais bien que les hommes sont incapables de faire quelque chose en réfléchissant. »
9 janvier 2026
Durant cette nuit de jeudi à vendredi souffle la tempête Goretti. On se croirait dans une soufflerie intermittente. Ce bruit étant répétitif, il ne m’empêche pas de dormir. Je me réveille parfois, mais pas davantage qu’une nuit calme. Le pire, lors des vents forts ou des tempêtes, c’est le volet qui claque. Dans la copropriété, point de volets.
Au matin, le vent souffle encore, mais beaucoup moins. Je l’affronte, ainsi que la pluie, pour aller acheter ma baguette tradition à la Maison Brière, laquelle, pour lutter contre l’inflation (c’est écrit sur la vitrine), a descendu son prix à un euro.
Cette journée de vendredi va être un mélange de pluie et de vent. Pas de quoi me donner envie de sortir à nouveau, sauf pour, en début d’après-midi aller boire un café et lire.
*
Avant cette tempête, notre Maire, Nicolas Mayer-Rossignol, Socialiste, annonce qu’il est candidat à sa succession. Peu après, Jean-Michel Bérégovoy, le chef des Ecolos, annonce qu’il retire sa candidature et s’associe au précédent dès le premier tour.
Il est loin le temps où ce dernier voulait « prendre la Mairie ». Un sondage l’a fait réfléchir. Lui et sa liste n’arriveraient qu’en quatrième position au premier tour (derrière le Rassemblement National), son capital de voix ayant fondu par rapport à ce qu’il était lors de la précédente élection municipale (je pense qu’il en sera ainsi pour pas mal de listes écologistes).
Il n’a pas voulu se ridiculiser. Bien sûr chez les Socialistes, on s’en réjouit. Peut-être à tort, car une partie des voix des électrices et électeurs qui auraient voté Ecolo au premier tour iront sur le candidat de La France Insoumise. Il aura plus de poids qu’il n’aurait dû en avoir. Soit, il vendra cher son ralliement, soit (et c’est plus probable) il se maintiendra en meilleure position. Cela avantagera la liste de Marine Caron, Centriste de Droite, et celle du Rassemblement National, assuré de siéger au Conseil Municipal alors qu’il n’y était plus.
*
La citation qui s’impose en ce début d’année deux mille vingt-six, au regard des actualités, internationale, nationale et locale, de Walter Benjamin dans Thèses sur le concept d’histoire (mil neuf cent quarante) :
Que les choses suivent leur cours, voilà la catastrophe.
Au matin, le vent souffle encore, mais beaucoup moins. Je l’affronte, ainsi que la pluie, pour aller acheter ma baguette tradition à la Maison Brière, laquelle, pour lutter contre l’inflation (c’est écrit sur la vitrine), a descendu son prix à un euro.
Cette journée de vendredi va être un mélange de pluie et de vent. Pas de quoi me donner envie de sortir à nouveau, sauf pour, en début d’après-midi aller boire un café et lire.
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Avant cette tempête, notre Maire, Nicolas Mayer-Rossignol, Socialiste, annonce qu’il est candidat à sa succession. Peu après, Jean-Michel Bérégovoy, le chef des Ecolos, annonce qu’il retire sa candidature et s’associe au précédent dès le premier tour.
Il est loin le temps où ce dernier voulait « prendre la Mairie ». Un sondage l’a fait réfléchir. Lui et sa liste n’arriveraient qu’en quatrième position au premier tour (derrière le Rassemblement National), son capital de voix ayant fondu par rapport à ce qu’il était lors de la précédente élection municipale (je pense qu’il en sera ainsi pour pas mal de listes écologistes).
Il n’a pas voulu se ridiculiser. Bien sûr chez les Socialistes, on s’en réjouit. Peut-être à tort, car une partie des voix des électrices et électeurs qui auraient voté Ecolo au premier tour iront sur le candidat de La France Insoumise. Il aura plus de poids qu’il n’aurait dû en avoir. Soit, il vendra cher son ralliement, soit (et c’est plus probable) il se maintiendra en meilleure position. Cela avantagera la liste de Marine Caron, Centriste de Droite, et celle du Rassemblement National, assuré de siéger au Conseil Municipal alors qu’il n’y était plus.
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La citation qui s’impose en ce début d’année deux mille vingt-six, au regard des actualités, internationale, nationale et locale, de Walter Benjamin dans Thèses sur le concept d’histoire (mil neuf cent quarante) :
Que les choses suivent leur cours, voilà la catastrophe.
8 janvier 2026
C’est le début de la fonte ce mercredi matin. Tant mieux, cette neige commençait à me saouler. Je ne prends pas un grand risque en marchant jusqu’à la rue de la République pour rejoindre Le Bibliovore.
Pour une fois, la bouquiniste, toujours rayonnante, est seule dans sa boutique. Nous nous souhaitons une bonne année. Je lui dis que je suis venu pour ne pas qu’elle s’ennuie. À quoi elle me répond qu’elle ne s’ennuie jamais. Il en est de même pour moi.
« J’ai beaucoup aimé La petite fille qui aimait trop les allumettes », me dit-elle. Ce roman de Gaëtan Soucy se trouvait en décembre dans les bacs de nouveautés. Je lui avais conseillé de le lire. Elle a profité de ses vacances, entre Noël et l’Épiphanie, pour ce faire. Comme moi, elle a été sensible à l’invention langagière.
Dans un des bacs de nouveautés, je trouve Lettres retrouvées de Jules Renard qu’elle possède depuis longtemps. « Vous lui donnez une nouvelle chance ? », lui dis-je. Ce n’est pas ça. Elle ne se souvenait plus qu’elle en avait déjà un exemplaire, rangé au rayon Études littéraires. Ce premier exemplaire date de l’ouverture de la boutique. Elle me l’avait proposé mais je l’avais déjà lu, et revendu. « Vous le vendrez assez rapidement », avais-je prédit à cette époque. Je me trompais. « C’est rassurant pour moi, lui dis-je, cela prouve que je n’ai pas de concurrence dans le domaine qui m’intéresse. »
Un autre livre de ce domaine vient de rentrer, c’est Correspondance avec le Scriblerus club de Jonathan Swift, un épais ouvrage publié chez Allia. Celui-là aussi, je l’ai déjà. Il patiente dans l’une de mes hautes piles à lire. Dommage, j’aurais aimé faire un achat dans cette boutique dont j’apprécie fort la responsable avec laquelle j’ai toujours de vraies conversations.
Ce mercredi, elle me raconte ce qu’elle a fait pendant son congé et je lui parle du début de semaine agité dans la copropriété où je vis. Une copropriété qu’elle connaît, des membres de sa famille ont résidé dans l’autre Air Bibi, celui du troisième étage sous les toits.
La copropriété dont Le Bibliovore occupe une partie du rez-de-chaussée est derrière les échafaudages depuis plus d’un an. Des travaux de réfection de la façade devaient avoir lieu. Ils ont été ajournés suite à des complications. Heureusement, cela ne nuit pas à la fréquentation de la bouquinerie dans laquelle, en temps ordinaire, il y a en permanence entre trois et six clients potentiels. L’aimable bouquiniste y loue aussi une cave dont elle ferme bien la porte depuis qu’elle y a découvert une pipe à crack.
*
Un peu plus de clientèle ce mercredi après-midi au café où je lis. Une femme que je ne vois pas parle de l’enterrement de Brigitte Bardot : « Quand même, depuis qu’elle est morte, il y a eu l’incendie en Suisse, Maduro arrêté par Trump, la neige et maintenant la tempête qui arrive. C’est bizarre. » La tempête est pour jeudi soir. Elle s’appelle Goretti, « une bombe météorologique ».
Elle est trop forte, Brigitte.
*
De mes passages en Suisse, j’avais gardé le souvenir d’un pays très organisé où rien n’est laissé au hasard. Ce qui s’est passé à Crans-Montana m’oblige à réviser mon jugement. Que les gérants du Constellation aient été laxistes, rien d’étonnant (des Français en plus), mais que les dirigeants de la commune et leurs employés aient fait preuve de telles négligences, je n’en reviens pas.
Dans Le Parisien, maître Sébastien Fanti, avocat de familles de victimes : « Je vais demander l’arrestation des gérants, mais aussi des dirigeants de la commune. Ce qui ne se produira évidemment pas puisqu’ici, tout le monde joue au golf ensemble. »
Pour une fois, la bouquiniste, toujours rayonnante, est seule dans sa boutique. Nous nous souhaitons une bonne année. Je lui dis que je suis venu pour ne pas qu’elle s’ennuie. À quoi elle me répond qu’elle ne s’ennuie jamais. Il en est de même pour moi.
« J’ai beaucoup aimé La petite fille qui aimait trop les allumettes », me dit-elle. Ce roman de Gaëtan Soucy se trouvait en décembre dans les bacs de nouveautés. Je lui avais conseillé de le lire. Elle a profité de ses vacances, entre Noël et l’Épiphanie, pour ce faire. Comme moi, elle a été sensible à l’invention langagière.
Dans un des bacs de nouveautés, je trouve Lettres retrouvées de Jules Renard qu’elle possède depuis longtemps. « Vous lui donnez une nouvelle chance ? », lui dis-je. Ce n’est pas ça. Elle ne se souvenait plus qu’elle en avait déjà un exemplaire, rangé au rayon Études littéraires. Ce premier exemplaire date de l’ouverture de la boutique. Elle me l’avait proposé mais je l’avais déjà lu, et revendu. « Vous le vendrez assez rapidement », avais-je prédit à cette époque. Je me trompais. « C’est rassurant pour moi, lui dis-je, cela prouve que je n’ai pas de concurrence dans le domaine qui m’intéresse. »
Un autre livre de ce domaine vient de rentrer, c’est Correspondance avec le Scriblerus club de Jonathan Swift, un épais ouvrage publié chez Allia. Celui-là aussi, je l’ai déjà. Il patiente dans l’une de mes hautes piles à lire. Dommage, j’aurais aimé faire un achat dans cette boutique dont j’apprécie fort la responsable avec laquelle j’ai toujours de vraies conversations.
Ce mercredi, elle me raconte ce qu’elle a fait pendant son congé et je lui parle du début de semaine agité dans la copropriété où je vis. Une copropriété qu’elle connaît, des membres de sa famille ont résidé dans l’autre Air Bibi, celui du troisième étage sous les toits.
La copropriété dont Le Bibliovore occupe une partie du rez-de-chaussée est derrière les échafaudages depuis plus d’un an. Des travaux de réfection de la façade devaient avoir lieu. Ils ont été ajournés suite à des complications. Heureusement, cela ne nuit pas à la fréquentation de la bouquinerie dans laquelle, en temps ordinaire, il y a en permanence entre trois et six clients potentiels. L’aimable bouquiniste y loue aussi une cave dont elle ferme bien la porte depuis qu’elle y a découvert une pipe à crack.
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Un peu plus de clientèle ce mercredi après-midi au café où je lis. Une femme que je ne vois pas parle de l’enterrement de Brigitte Bardot : « Quand même, depuis qu’elle est morte, il y a eu l’incendie en Suisse, Maduro arrêté par Trump, la neige et maintenant la tempête qui arrive. C’est bizarre. » La tempête est pour jeudi soir. Elle s’appelle Goretti, « une bombe météorologique ».
Elle est trop forte, Brigitte.
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De mes passages en Suisse, j’avais gardé le souvenir d’un pays très organisé où rien n’est laissé au hasard. Ce qui s’est passé à Crans-Montana m’oblige à réviser mon jugement. Que les gérants du Constellation aient été laxistes, rien d’étonnant (des Français en plus), mais que les dirigeants de la commune et leurs employés aient fait preuve de telles négligences, je n’en reviens pas.
Dans Le Parisien, maître Sébastien Fanti, avocat de familles de victimes : « Je vais demander l’arrestation des gérants, mais aussi des dirigeants de la commune. Ce qui ne se produira évidemment pas puisqu’ici, tout le monde joue au golf ensemble. »
7 janvier 2026
De la neige est tombée ce lundi à Rouen. Par prudence, je renonce à me rendre dans mon café d’après-midi et passe donc la journée enfermé à la maison, ce qui m’est pénible. Le soir venu, j’ai du mal à m’endormir car il y a du bruit dans le logis Air Bibi voisin. J’y parviens cependant, pas pour longtemps car ce bruit se transforme en gros bazar : des cris, des coups dans je ne sais quoi, des entrées et sorties incessantes, certaines de ces entrées étant faites en tapant dans la porte du porche par des gens qui ne possèdent pas le badge.
Ce bazar dure toute la nuit et atteint son paroxysme lorsque le voisin de l’autre côté de l’appartement de ma voisine la plus proche et de son fils s’en mêle avec des mots qui, si je voulais les écrire ici à l’aide de l’intelligence artificielle qui me permet de dicter mon texte, seraient transcrits par une succession de petites étoiles.
Au matin du mardi, mon appartement sent le shit. Bien fatigué, j’envoie un message au loueur de ce logement Air Bibi pour lui apprendre ce qui s’y passe. Il me répond qu’il va s’en occuper, venir lui-même sur place et que son locataire est là pour deux nuits. Parallèlement, j’envoie un mail à ma voisine la plus proche qui, elle, fait une démarche auprès du syndic de copropriété.
Le bruit et les allées et venues continuent en journée. Il y a dans cet appartement, outre le jeune homme qui l’a loué, des types louches plus âgés et deux filles bien jeunes, dont l’une pourrait être mineure selon ma voisine puisqu’elle porte un appareil dentaire et que cela n’est pas remboursé après dix-huit ans. Elle me recontacte un peu plus tard pour me dire que son fils a appelé le Dix-Sept.
La neige au sol s’est transformée en verglas dans les rues de Rouen. Une nouvelle chute de neige est annoncée pour ce mercredi, tant à Rouen qu’à Paris. J’annule les billets de train de mon escapade hebdomadaire dans la capitale. Prudemment, vers quatorze heures, je me rends dans mon café habituel. Nous ne sommes que trois clients. Outre moi-même, un duo de bourgeoises quinquagénaires. « Deux mille vingt-six, dit l’une, c’est la fin d’un cycle, c’est le renouveau, c’est un nouveau départ. J’ai entendu ça mais je n’y connais rien en numérologie. »
A mon retour, j’apprends qu’un équipage de Police est passé et a fait partir ceux qui n’avaient rien à faire dans le logis Air Bibi, mais qu’ils sont revenus un quart d’heure plus tard. Le bruit se poursuit dans la journée et les entrées fracassantes. Je m’apprête à passer une seconde nuit difficile.
Vers dix-neuf heures, j’entends du bruit devant ma porte. La Police est de retour, une femme et deux hommes. Je sors. Le fils de la voisine est là. Et aussi une jeune femme effrayée, l’amie du loueur. Elle voudrait que les Policiers entrent dans l’appartement et en délogent tout le monde. Ce à quoi la Policière en chef se refuse, lui disant qu’elle n’en a pas le droit. Elle frappe à la porte. Le locataire lui donne son passeport. Son identité est bien celle indiquée lors de la location. « C’est un problème de litige commercial, on ne peut rien faire nous », dit l’un des Policiers. Je lui dis que c’est aussi un problème de voisinage. Il me fait remarquer que le calme règne actuellement. « S’il y a à nouveau du tapage, il faudra faire le Dix-Sept. » Le fils de la voisine, voyant que la situation ne va pas se régler immédiatement, s’énerve et rentre. La jeune femme me fait de la peine tant elle a peur de ceux qui sont dans le logement de son ami. Elle redoute d’avoir à leur faire face quant à midi demain, à la fin de la location, elle se présentera à la porte du logement. Un Policier lui dit de faire le Dix-Sept, quelqu’un l’accompagnera si c’est possible.
Ayant du sommeil à rattraper je vais me coucher et, le calme continuant à régner, je m’endors paisiblement. Vers minuit, réveillé, j’entends du bruit dans le logis Air Bibi, moins qu’hier, pas suffisamment pour me déranger sérieusement. Je sais que ce n’est pas le cas pour les autres voisins qui en sont plus proches. Tout à coup, la porte cochère s’ouvre rudement. La Police est de retour. Je reste dans mon lit. À sa voix, je reconnais la Policière de l’après-midi. Cette fois, ça ne rigole pas. Les présents doivent rassembler leurs affaires et quitter les lieux, y compris le locataire en titre. L’une des filles se rebiffe. Je l’entends crier dans la ruelle : « Tu me lâches ! Tu me lâches ! »
Le calme est de retour. Il règne même un silence absolu. Je devrais pouvoir me rendormir assez vite.
*
C’est sans compter sur le voisin de l’autre côté du logement de la voisine. Pour une raison inconnue de moi, il se met à crier. Heureusement, cela ne dure pas longtemps.
Cela me fait penser à ces cédés où, après les différentes chansons, une dernière est cachée qui se fait entendre après une minute de silence.
Ce bazar dure toute la nuit et atteint son paroxysme lorsque le voisin de l’autre côté de l’appartement de ma voisine la plus proche et de son fils s’en mêle avec des mots qui, si je voulais les écrire ici à l’aide de l’intelligence artificielle qui me permet de dicter mon texte, seraient transcrits par une succession de petites étoiles.
Au matin du mardi, mon appartement sent le shit. Bien fatigué, j’envoie un message au loueur de ce logement Air Bibi pour lui apprendre ce qui s’y passe. Il me répond qu’il va s’en occuper, venir lui-même sur place et que son locataire est là pour deux nuits. Parallèlement, j’envoie un mail à ma voisine la plus proche qui, elle, fait une démarche auprès du syndic de copropriété.
Le bruit et les allées et venues continuent en journée. Il y a dans cet appartement, outre le jeune homme qui l’a loué, des types louches plus âgés et deux filles bien jeunes, dont l’une pourrait être mineure selon ma voisine puisqu’elle porte un appareil dentaire et que cela n’est pas remboursé après dix-huit ans. Elle me recontacte un peu plus tard pour me dire que son fils a appelé le Dix-Sept.
La neige au sol s’est transformée en verglas dans les rues de Rouen. Une nouvelle chute de neige est annoncée pour ce mercredi, tant à Rouen qu’à Paris. J’annule les billets de train de mon escapade hebdomadaire dans la capitale. Prudemment, vers quatorze heures, je me rends dans mon café habituel. Nous ne sommes que trois clients. Outre moi-même, un duo de bourgeoises quinquagénaires. « Deux mille vingt-six, dit l’une, c’est la fin d’un cycle, c’est le renouveau, c’est un nouveau départ. J’ai entendu ça mais je n’y connais rien en numérologie. »
A mon retour, j’apprends qu’un équipage de Police est passé et a fait partir ceux qui n’avaient rien à faire dans le logis Air Bibi, mais qu’ils sont revenus un quart d’heure plus tard. Le bruit se poursuit dans la journée et les entrées fracassantes. Je m’apprête à passer une seconde nuit difficile.
Vers dix-neuf heures, j’entends du bruit devant ma porte. La Police est de retour, une femme et deux hommes. Je sors. Le fils de la voisine est là. Et aussi une jeune femme effrayée, l’amie du loueur. Elle voudrait que les Policiers entrent dans l’appartement et en délogent tout le monde. Ce à quoi la Policière en chef se refuse, lui disant qu’elle n’en a pas le droit. Elle frappe à la porte. Le locataire lui donne son passeport. Son identité est bien celle indiquée lors de la location. « C’est un problème de litige commercial, on ne peut rien faire nous », dit l’un des Policiers. Je lui dis que c’est aussi un problème de voisinage. Il me fait remarquer que le calme règne actuellement. « S’il y a à nouveau du tapage, il faudra faire le Dix-Sept. » Le fils de la voisine, voyant que la situation ne va pas se régler immédiatement, s’énerve et rentre. La jeune femme me fait de la peine tant elle a peur de ceux qui sont dans le logement de son ami. Elle redoute d’avoir à leur faire face quant à midi demain, à la fin de la location, elle se présentera à la porte du logement. Un Policier lui dit de faire le Dix-Sept, quelqu’un l’accompagnera si c’est possible.
Ayant du sommeil à rattraper je vais me coucher et, le calme continuant à régner, je m’endors paisiblement. Vers minuit, réveillé, j’entends du bruit dans le logis Air Bibi, moins qu’hier, pas suffisamment pour me déranger sérieusement. Je sais que ce n’est pas le cas pour les autres voisins qui en sont plus proches. Tout à coup, la porte cochère s’ouvre rudement. La Police est de retour. Je reste dans mon lit. À sa voix, je reconnais la Policière de l’après-midi. Cette fois, ça ne rigole pas. Les présents doivent rassembler leurs affaires et quitter les lieux, y compris le locataire en titre. L’une des filles se rebiffe. Je l’entends crier dans la ruelle : « Tu me lâches ! Tu me lâches ! »
Le calme est de retour. Il règne même un silence absolu. Je devrais pouvoir me rendormir assez vite.
*
C’est sans compter sur le voisin de l’autre côté du logement de la voisine. Pour une raison inconnue de moi, il se met à crier. Heureusement, cela ne dure pas longtemps.
Cela me fait penser à ces cédés où, après les différentes chansons, une dernière est cachée qui se fait entendre après une minute de silence.
5 janvier 2026
C’est un texte paru la première fois en mil neuf cent vingt-sept aux éditions Pierre Laffitte dans la collection « Visages de Paris » avec deux bois d’Auguste Rouquet, réédité en mil neuf cent quatre-vingt-onze au Castor Astral sous le titre La Seine avec des photographies de René-Jacques, que j’ai récemment lu. Il y est avant tout question de la Seine à Paris puis, au dixième et dernier chapitre, Mac Orlan descend le fleuve jusqu’à l’estuaire.
À ce point de vue, Rouen est la grande ville de la Seine, c’est même la seule grande ville de la Seine. Paris ne vient qu’en deuxième ligne. C’est à Rouen que la Seine prend toute sa signification, protégée par le haut pont-transbordeur Arnaudin. Le paysage de ses quais, où les grues géantes créent comme une atmosphère de roman d’anticipation, est parmi les plus beaux, car le paysage industriel s’allie heureusement aux courbes molles et délicatement teintées des collines au-dessus de Croisset et de La Bouille.
Quand on arrive de Paris et qu’on traverse la Seine par le pont du chemin du chemin de fer, le panorama de la ville de Rouen, avec le pont-transbordeur dans le fond, ses quais, ses églises, ses coteaux baignés dans une buée lumineuse, s’offre comme un des plus jolis paysages de notre pays.
Entre Rouen et Le Havre, la descente vers la mer en empruntant le cours du fleuve devient une promenade unique.
Pour avoir vécu assez longtemps au bord de la Seine, à Dieppedalle, j’ai appris à connaître l’atmosphère délicate de la Seine, ses ciels d’une préciosité japonaise et la splendeur parfumée des pommiers en fleurs sur les coteaux. J’ai appris à aimer et je garde encore la nostalgie du marais Vernier, son immense pleine semée de roseaux, où les canards sauvages s’envolent par bandes en ordre de vol triangulaire.
Il faudrait tout un volume pour décrire les charmants villages qui entourent le marais Vernier. La joie malicieuse du cidre qui pétille dans les verres, les histoires de chasse et de pêche, la vague irrésistible du mascaret, l’appel des pilotes à Quillebœuf.
Cela sort un peu du cadre de cette collection, puisqu’il s’agit de Paris, et de la Seine au centre de Paris. Cependant, il est permis de répéter que ce beau fleuve réalise pleinement son destin en aval de Rouen. Lui aussi sait entendre l’appel de la mer, comme un aventurier marin. À l’appel des sirènes des cargos et des paquebots du Havre, il s’élargit d’orgueil et poursuit son destin dans une sorte d’apothéose qui le mêle aux eaux anonymes et puissantes de la mer et de l’océan.
*
Lu également, avec moins de goût, les Mémoires du duc de Lauzun que je soupçonne d’être encore plus mythomane que Casanova et qui écrit beaucoup moins bien. Lui aussi passe par Rouen :
Je pris du goût pour une petite actrice de la comédie de Versailles, âgée de quinze ans, nommé Eugénie Beaubours, encore plus innocente que moi, car j’avais déjà lu quelques mauvais livres et il ne me manquait plus que l’occasion de mettre en pratique ce qu’ils m’avaient appris. J’entrepris d’instruire ma petite maîtresse qui m’aimait de trop bonne foi pour ne pas se prêter à tous mes désirs.
(…)
Je retrouvais ma petite maîtresse de Versailles, Eugénie ; je ne voulais pas d’abord la reprendre par égard pour Mme de Biron, à qui je cherchai à plaire de la meilleure foi du monde, mais inutilement ; ses manières froides et dédaigneuses me rebutèrent enfin tout à fait. J’établis Eugénie à Rouen, et comme j’étais fort leste et fort galant, j’allais la voir deux fois par semaine. L’hiver rendant ses voyages fréquents incommodes, je la mis dans une assez petite vilaine maison à Passy.
Faire Paris Rouen et retour à cheval deux fois par semaine ?
À ce point de vue, Rouen est la grande ville de la Seine, c’est même la seule grande ville de la Seine. Paris ne vient qu’en deuxième ligne. C’est à Rouen que la Seine prend toute sa signification, protégée par le haut pont-transbordeur Arnaudin. Le paysage de ses quais, où les grues géantes créent comme une atmosphère de roman d’anticipation, est parmi les plus beaux, car le paysage industriel s’allie heureusement aux courbes molles et délicatement teintées des collines au-dessus de Croisset et de La Bouille.
Quand on arrive de Paris et qu’on traverse la Seine par le pont du chemin du chemin de fer, le panorama de la ville de Rouen, avec le pont-transbordeur dans le fond, ses quais, ses églises, ses coteaux baignés dans une buée lumineuse, s’offre comme un des plus jolis paysages de notre pays.
Entre Rouen et Le Havre, la descente vers la mer en empruntant le cours du fleuve devient une promenade unique.
Pour avoir vécu assez longtemps au bord de la Seine, à Dieppedalle, j’ai appris à connaître l’atmosphère délicate de la Seine, ses ciels d’une préciosité japonaise et la splendeur parfumée des pommiers en fleurs sur les coteaux. J’ai appris à aimer et je garde encore la nostalgie du marais Vernier, son immense pleine semée de roseaux, où les canards sauvages s’envolent par bandes en ordre de vol triangulaire.
Il faudrait tout un volume pour décrire les charmants villages qui entourent le marais Vernier. La joie malicieuse du cidre qui pétille dans les verres, les histoires de chasse et de pêche, la vague irrésistible du mascaret, l’appel des pilotes à Quillebœuf.
Cela sort un peu du cadre de cette collection, puisqu’il s’agit de Paris, et de la Seine au centre de Paris. Cependant, il est permis de répéter que ce beau fleuve réalise pleinement son destin en aval de Rouen. Lui aussi sait entendre l’appel de la mer, comme un aventurier marin. À l’appel des sirènes des cargos et des paquebots du Havre, il s’élargit d’orgueil et poursuit son destin dans une sorte d’apothéose qui le mêle aux eaux anonymes et puissantes de la mer et de l’océan.
*
Lu également, avec moins de goût, les Mémoires du duc de Lauzun que je soupçonne d’être encore plus mythomane que Casanova et qui écrit beaucoup moins bien. Lui aussi passe par Rouen :
Je pris du goût pour une petite actrice de la comédie de Versailles, âgée de quinze ans, nommé Eugénie Beaubours, encore plus innocente que moi, car j’avais déjà lu quelques mauvais livres et il ne me manquait plus que l’occasion de mettre en pratique ce qu’ils m’avaient appris. J’entrepris d’instruire ma petite maîtresse qui m’aimait de trop bonne foi pour ne pas se prêter à tous mes désirs.
(…)
Je retrouvais ma petite maîtresse de Versailles, Eugénie ; je ne voulais pas d’abord la reprendre par égard pour Mme de Biron, à qui je cherchai à plaire de la meilleure foi du monde, mais inutilement ; ses manières froides et dédaigneuses me rebutèrent enfin tout à fait. J’établis Eugénie à Rouen, et comme j’étais fort leste et fort galant, j’allais la voir deux fois par semaine. L’hiver rendant ses voyages fréquents incommodes, je la mis dans une assez petite vilaine maison à Passy.
Faire Paris Rouen et retour à cheval deux fois par semaine ?
3 janvier 2026
Comme Au Rocher de Cancale fait relâche, c’est au Métropole que je me rends ce samedi matin pour un café lecture. Il a neigé. Un petit peu. C’est déjà fondu vers chez moi mais sur la légère hauteur où se situe la Gare, il faut faire attention à ne pas glisser.
Il y a des années que je n’ai pas mis le pied au Métropole. Je ne me souvenais pas que c’était si petit. Ce que j’avais en mémoire, c’est le lavabo qui datait des années Sartre et Beauvoir. Cela m’avait plu de me laver les mains au même endroit que ces deux-là. Au même endroit aussi qu’Annie Ernaux, quand elle s’appelait Duchesne et qu’elle se désespérait dans ce café d’être enceinte sans l’avoir désiré et de ne pas savoir où avorter.
Cet antique lavabo n’est plus là. Je ne sais pas de quand datent les travaux qui l’ont fait disparaître, si c’est le fait du gérant actuel qui a repris l’affaire après la fermeture brutale due au précédent.
Peu de monde au Métropole ce samedi matin, un duo au comptoir qui discute avec le jeune patron et des personnes de passage. La musique est jazzy et pop. Je lis Devant ma mère de Pierre Pachet. L’essayiste y raconte ses tête-à-tête avec celle qui lui a donné le jour (comme on dit) devenue nonagénaire et démente.
« Un euro quatre-vingts », me dit l’aimable tenancier de ce monument historique quand je lui demande combien.
*
Le Cuba Libre à Rouen, Le Constellation à Crans-Montana, même causes, mêmes effets.
Dans le premier, des victimes appartenant à la jeunesse pauvre. Dans le second, des victimes appartenant à la jeunesse dorée.
Une chose que je trouve étrange : que l’on rende hommage aux victimes d’un incendie en allumant des bougies.
Il y a des années que je n’ai pas mis le pied au Métropole. Je ne me souvenais pas que c’était si petit. Ce que j’avais en mémoire, c’est le lavabo qui datait des années Sartre et Beauvoir. Cela m’avait plu de me laver les mains au même endroit que ces deux-là. Au même endroit aussi qu’Annie Ernaux, quand elle s’appelait Duchesne et qu’elle se désespérait dans ce café d’être enceinte sans l’avoir désiré et de ne pas savoir où avorter.
Cet antique lavabo n’est plus là. Je ne sais pas de quand datent les travaux qui l’ont fait disparaître, si c’est le fait du gérant actuel qui a repris l’affaire après la fermeture brutale due au précédent.
Peu de monde au Métropole ce samedi matin, un duo au comptoir qui discute avec le jeune patron et des personnes de passage. La musique est jazzy et pop. Je lis Devant ma mère de Pierre Pachet. L’essayiste y raconte ses tête-à-tête avec celle qui lui a donné le jour (comme on dit) devenue nonagénaire et démente.
« Un euro quatre-vingts », me dit l’aimable tenancier de ce monument historique quand je lui demande combien.
*
Le Cuba Libre à Rouen, Le Constellation à Crans-Montana, même causes, mêmes effets.
Dans le premier, des victimes appartenant à la jeunesse pauvre. Dans le second, des victimes appartenant à la jeunesse dorée.
Une chose que je trouve étrange : que l’on rende hommage aux victimes d’un incendie en allumant des bougies.
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