Dernières notes
Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.
13 octobre 2026
« C’est triste quand c’est comme ça », déclare le fleuriste en ôtant les fleurs de son petit train. Il est désolé d’être le seul ambulant du cours Lafayette le lundi. Moins d’animation, mais c’est l’occasion de bien voir ce boulevard arboré. Dans le port, les nuages roses sont souillés par la fumée noire d’un ferry. Quand je relève les yeux, il n’est plus là. Comme c’est le jeune serveur qui opère au Maryland, j’ai mon verre d’eau avec mon café.
Ce lundi, je vise deux anses aussi baptisées calanques : Méjean que je connais déjà et Magaud que je ne connais pas. Autrefois, on pouvait les rejoindre à pied par le sentier côtier depuis Le Mourillon. Ce sentier est fermé pour raison d’insécurité, comme je l’ai appris à mes dépens la fois précédente.
Le bus Vingt-Trois qui va à Hyères a un arrêt Magaud sur la route de la corniche. Je prends celui de huit heures trente à l’arrêt Lafayette devant l’église des intégristes. Peu après l’arrêt Magaud, une voie goudronnée descend vers la calanque, de plus en plus pentue. Peu avant la mer, cette voie se divise en une fourche. Tout droit, ça mène aux quelques cabanons de l’anse Magaud et au resto nommé La Calanque qui n’ouvre que l’été. À droite, ça va à un petit port entouré de quelques bâtisses à l’architecture hasardeuse. « Association des pêcheurs plaisanciers du Port Méjean », est-il indiqué. Je suis donc arrivé sans l’avoir voulu à l’anse Méjean. Je suis rejoint par un pêcheur à la ligne venu en scouteur et par un résident sorti prendre l’air et marquer son territoire. C’est un bien bel endroit, Méjean
De Port Méjean, on a belle vue sur l’autre partie de l’anse, mais impossible de la rejoindre par le sentier côtier, la falaise est éboulée, c’est barré. Il faut remonter puis redescendre je ne sais où. Avec la sagesse qui me caractérise, je décide de reporter l’autre bout de Méjean à demain. De retour sur la route de la corniche, je n’ai qu’à attendre deux minutes pour voir arriver un bus Vingt-Trois terminus Gare de Toulon.
J’en descends au Mourillon, à l’arrêt Fort Saint-Louis, et me trouve une place de première ligne à la terrasse de La Réserve. Le ciel est complètement bleu et pas un poil de vent pour gêner ma lecture de Léautaud sitôt le café bu.
Pour déjeuner, je rentre au centre de Toulon avec un bus Trois dont je descends à Maillol. Je rejoins le quai et marche jusqu’à L’Air du Temps. Je peux m’installer en terrasse dès midi moins le quart. La formule du jour : lapin à la niçoise et gâteau au chocolat. C’est le restaurant le plus proche du « premier réseau de bateaux bus de France ».
Mon repas terminé, je prends le premier pour Les Sablettes et la terrasse de bord de mer du Prôvence Plage. Un café et je me replonge dans ma lecture. J’ai le courage de mes ridicules comme de mes manques de goût, et je vous dirai tout net que la mer ne me dit rien. Elle est là à cent mètres de ma fenêtre, et je regarde cela comme une grande étendue d’eau sale. écrit Paul Léautaud à Paul Morisse le vingt-huit septembre mil neuf cent quatorze. Pour fuir l’arrivée des Allemands, il s’est laissé emmener à Pornic par Madame Cayssac (dite le Fléau), son amante, et le mari de celle-ci (dit le Bailli).
Ce lundi, je vise deux anses aussi baptisées calanques : Méjean que je connais déjà et Magaud que je ne connais pas. Autrefois, on pouvait les rejoindre à pied par le sentier côtier depuis Le Mourillon. Ce sentier est fermé pour raison d’insécurité, comme je l’ai appris à mes dépens la fois précédente.
Le bus Vingt-Trois qui va à Hyères a un arrêt Magaud sur la route de la corniche. Je prends celui de huit heures trente à l’arrêt Lafayette devant l’église des intégristes. Peu après l’arrêt Magaud, une voie goudronnée descend vers la calanque, de plus en plus pentue. Peu avant la mer, cette voie se divise en une fourche. Tout droit, ça mène aux quelques cabanons de l’anse Magaud et au resto nommé La Calanque qui n’ouvre que l’été. À droite, ça va à un petit port entouré de quelques bâtisses à l’architecture hasardeuse. « Association des pêcheurs plaisanciers du Port Méjean », est-il indiqué. Je suis donc arrivé sans l’avoir voulu à l’anse Méjean. Je suis rejoint par un pêcheur à la ligne venu en scouteur et par un résident sorti prendre l’air et marquer son territoire. C’est un bien bel endroit, Méjean
De Port Méjean, on a belle vue sur l’autre partie de l’anse, mais impossible de la rejoindre par le sentier côtier, la falaise est éboulée, c’est barré. Il faut remonter puis redescendre je ne sais où. Avec la sagesse qui me caractérise, je décide de reporter l’autre bout de Méjean à demain. De retour sur la route de la corniche, je n’ai qu’à attendre deux minutes pour voir arriver un bus Vingt-Trois terminus Gare de Toulon.
J’en descends au Mourillon, à l’arrêt Fort Saint-Louis, et me trouve une place de première ligne à la terrasse de La Réserve. Le ciel est complètement bleu et pas un poil de vent pour gêner ma lecture de Léautaud sitôt le café bu.
Pour déjeuner, je rentre au centre de Toulon avec un bus Trois dont je descends à Maillol. Je rejoins le quai et marche jusqu’à L’Air du Temps. Je peux m’installer en terrasse dès midi moins le quart. La formule du jour : lapin à la niçoise et gâteau au chocolat. C’est le restaurant le plus proche du « premier réseau de bateaux bus de France ».
Mon repas terminé, je prends le premier pour Les Sablettes et la terrasse de bord de mer du Prôvence Plage. Un café et je me replonge dans ma lecture. J’ai le courage de mes ridicules comme de mes manques de goût, et je vous dirai tout net que la mer ne me dit rien. Elle est là à cent mètres de ma fenêtre, et je regarde cela comme une grande étendue d’eau sale. écrit Paul Léautaud à Paul Morisse le vingt-huit septembre mil neuf cent quatorze. Pour fuir l’arrivée des Allemands, il s’est laissé emmener à Pornic par Madame Cayssac (dite le Fléau), son amante, et le mari de celle-ci (dit le Bailli).
12 octobre 2026
Pas encore croisé un(e) voisin(e) dans l’escalier de l’immeuble de mon logis Air Bibi. Je les entends le monter ou le descendre et ensuite aucun bruit ne me parvient des appartements. Les marches de cet escalier sont constituées de bois et de tomettes hexagonales rouges. C’est exactement le même que celui, intérieur, de mon appartement rouennais. Cela me donne l’impression d’être revenu chez moi lorsque je le rentre.
Un léger vent frais accompagne mon petit-déjeuner du Maryland. Je le fais durer car nous sommes dimanche. Je dois attendre le bateau bus de neuf heures cinq pour aller à Saint-Mandrier. Cela sans verre d’eau car la serveuse ne me l’a pas apporté et quand j’ai réclamé n’en a pas tenu compte. Si l’on veut être gentil avec elle, on peut dire qu’elle est décontractée ; sinon, qu’elle ne fiche pas grand-chose.
Un vide-greniers occupe la place devant la Mairie de Saint-Mandrier. Je le parcours sans illusion et donc sans déception. Je rejoins ensuite l’autre côté de la presqu’île. Arrivé à la plage de la Coudoulière, je marche vers le fort mais me garde bien, instruit par l’expérience, de me lancer dans la grimpette qui y mène.
À côté est le Domaine de l’Ermitage, ancienne exploitation agricole maintenant aux mains du Conservatoire du Littoral où ce jour c’est la Fête de la Cougourdo qui commence par un défilé conduit par une musique provençale.
Revenu au centre du village, je prends place la terrasse de La Goélette qui a vue sur le Port pour un café verre d’eau Léautaud. Désormais, une lettre sur deux de celui-ci est consacrée aux chiens perdus ou aux chats trouvés. Je saute donc une lettre sur deux.
Le vent me décourage de déjeuner à l’une des terrasses d’ici et l’intérieur des restaurants ne me tente pas. Aussi rentré-je à Toulon avec le bateau qui arrive à midi et me contenté-je du Grand Buffet à Volonté du Grand Café de la Rade avant un café verre d’eau Léautaud à L’Escale.
Un léger vent frais accompagne mon petit-déjeuner du Maryland. Je le fais durer car nous sommes dimanche. Je dois attendre le bateau bus de neuf heures cinq pour aller à Saint-Mandrier. Cela sans verre d’eau car la serveuse ne me l’a pas apporté et quand j’ai réclamé n’en a pas tenu compte. Si l’on veut être gentil avec elle, on peut dire qu’elle est décontractée ; sinon, qu’elle ne fiche pas grand-chose.
Un vide-greniers occupe la place devant la Mairie de Saint-Mandrier. Je le parcours sans illusion et donc sans déception. Je rejoins ensuite l’autre côté de la presqu’île. Arrivé à la plage de la Coudoulière, je marche vers le fort mais me garde bien, instruit par l’expérience, de me lancer dans la grimpette qui y mène.
À côté est le Domaine de l’Ermitage, ancienne exploitation agricole maintenant aux mains du Conservatoire du Littoral où ce jour c’est la Fête de la Cougourdo qui commence par un défilé conduit par une musique provençale.
Revenu au centre du village, je prends place la terrasse de La Goélette qui a vue sur le Port pour un café verre d’eau Léautaud. Désormais, une lettre sur deux de celui-ci est consacrée aux chiens perdus ou aux chats trouvés. Je saute donc une lettre sur deux.
Le vent me décourage de déjeuner à l’une des terrasses d’ici et l’intérieur des restaurants ne me tente pas. Aussi rentré-je à Toulon avec le bateau qui arrive à midi et me contenté-je du Grand Buffet à Volonté du Grand Café de la Rade avant un café verre d’eau Léautaud à L’Escale.
11 octobre 2026
Direction le Stade Mayol ce samedi matin après le Maryland pour attendre le bus Trois direction Le Mourillon. J’en descends à l’arrêt La Mitre.
À droite commence le sentier côtier qui va jusqu’à la Tour Royale en passant par la plage de la Mitre, un sentier pavé doté de nombreux escaliers. Au détour d’un surgit la Mitre. Ce rocher qui sort de l’eau a l’allure d’une bite rugueuse. Un belvédère permet de se repérer. La vue est belle sur le large de l’île de Porquerolles à la presqu’ile de Saint-Mandrier. Arrivé à la toute petite plage Pipady, j’aperçois la Tour Royale. Pour atteindre celle-ci, il faut marcher sur des rochers mouillés au ras de la mer. Je l’ai fait la première fois que je suis venu ici, y ai renoncé la deuxième et ne m’y risque pas davantage ce samedi. Je fais demi-tour. Sur une table demi-ruinée qui n’était pas là à l’aller, cette invitation : « Vous pouvez la prendre si vous êtes bricoleur ».
Je reste sur ma réserve et rejoins celle de l’allée Frédéric-Mistral pour un café verre d’eau Léautaud. Du onze au quatorze septembre mil neuf cent huit, il est en voyage à Rouen avec Rémy de Gourmont et Louis Dumur. Cela vaut deux cartes postales à Blanche Blanc qui se fait appeler madame Léotaud, l’une du Gros-Horloge, l’autre de Bonsecours : Un peu gêné d’être ici quand tu es là-bas, très sincèrement. Il faudra tâcher de revenir ensemble. La ville est très intéressante. Une molle promesse évidemment non suivie d’effet.
« Je m’arrête pas à Maillol », annonce le chauffeur de bus de retour alors qu’on y est presque. « S’il y en a qui veulent descendre… », ajoute-t-il avant de s’arrêter. Il y en a. « C’est à cause du match », dit un renseigné. Tout est déjà barriéré autour du stade surveillé par la maréchaussée.
Je rejoins le cours Lafayette et chez Béchir pour le couscous. L’un présente sa vieille mère : « Je suis venu manger avec vue sur la mère. » Toujours aussi bon ce couscous, avec un petit peu moins de mouches énervantes. Pour le café, c’est à L’Escale. On y écoute Joe Dassin et son petit pain au chocolat.
À droite commence le sentier côtier qui va jusqu’à la Tour Royale en passant par la plage de la Mitre, un sentier pavé doté de nombreux escaliers. Au détour d’un surgit la Mitre. Ce rocher qui sort de l’eau a l’allure d’une bite rugueuse. Un belvédère permet de se repérer. La vue est belle sur le large de l’île de Porquerolles à la presqu’ile de Saint-Mandrier. Arrivé à la toute petite plage Pipady, j’aperçois la Tour Royale. Pour atteindre celle-ci, il faut marcher sur des rochers mouillés au ras de la mer. Je l’ai fait la première fois que je suis venu ici, y ai renoncé la deuxième et ne m’y risque pas davantage ce samedi. Je fais demi-tour. Sur une table demi-ruinée qui n’était pas là à l’aller, cette invitation : « Vous pouvez la prendre si vous êtes bricoleur ».
Je reste sur ma réserve et rejoins celle de l’allée Frédéric-Mistral pour un café verre d’eau Léautaud. Du onze au quatorze septembre mil neuf cent huit, il est en voyage à Rouen avec Rémy de Gourmont et Louis Dumur. Cela vaut deux cartes postales à Blanche Blanc qui se fait appeler madame Léotaud, l’une du Gros-Horloge, l’autre de Bonsecours : Un peu gêné d’être ici quand tu es là-bas, très sincèrement. Il faudra tâcher de revenir ensemble. La ville est très intéressante. Une molle promesse évidemment non suivie d’effet.
« Je m’arrête pas à Maillol », annonce le chauffeur de bus de retour alors qu’on y est presque. « S’il y en a qui veulent descendre… », ajoute-t-il avant de s’arrêter. Il y en a. « C’est à cause du match », dit un renseigné. Tout est déjà barriéré autour du stade surveillé par la maréchaussée.
Je rejoins le cours Lafayette et chez Béchir pour le couscous. L’un présente sa vieille mère : « Je suis venu manger avec vue sur la mère. » Toujours aussi bon ce couscous, avec un petit peu moins de mouches énervantes. Pour le café, c’est à L’Escale. On y écoute Joe Dassin et son petit pain au chocolat.
10 octobre 2026
Ce vendredi, le jour se lève sur plus de bleu que de gris et donc direction Les Sablettes avec le bateau bus de huit heures trente.
À l’arrivée, je file à gauche vers le port de Saint-Elme puis rejoins un escalier en béton suivi d’un escalier en pierre au milieu duquel pousse un arbre. Tous deux mènent à une plateforme boisée. C’est un terrain militaire parsemé de bâtiments en ruine très photogéniques. Je sais que j’ai déjà fait ces photos mais je recommence. Je traverse ensuite le massif forestier nommé le Pin Rolland au bout duquel sur une place une vingtaine de vieilles commencent leur gymnastique sous la conduite d’une aussi vieille : « Allez, toutes petites flexions ! » J’arrive à la plage Sainte-Asile. Au-dessus de cette plage, le bar tabac restaurant Le Mas Sainte-Asile est toujours là, inchangé.
Je trouve place à sa terrasse ensoleillée avec vue sur la pointe Saint-Elme d’où je viens et au loin le cap Sicié et ses Deux Frères. Le soleil dans le dos, je rouvre Léautaud. Quatre jeunes pompiers en tenue orange arrivent avec leur canot de sauvetage pour un café croissants. Qu’est-ce qu’y s’racontent ? Des histoires de pompiers. « Il faisait soleil ici, on arrive sur l’autoroute, de la grêle et tout. »
De retour aux Sablettes, je trouve un banc à l’abri du vent sur la promenade pour continuer à lire tranquillement. Que de livres qu’on a aimés et qu’on sème ensuite en route, comme on sème les gens. écrit Paul Léautaud à Henri Châtelain en mil neuf cent sept.
La vie est une fête, c’est le nom, oublié de noter, du restaurant où j’ai déjeuné lors de mon premier passage ici. Cette fois, c’est à côté, chez Annananta, du menu découverte « fusion Inde et Méditerranée » à vingt et un euros : tartare de saumon frais, roulade d’agneau confit sept heures et salade de fruits frais. Annananta ne fournit pas de pain, m’annonce la serveuse un peu blasée, il faut commander un nan. Je choisis celui au fromage.
« Il est confit pendant sept heures, alors il ne reste plus grand-chose. » C’est le commentaire que fait mon voisin lorsqu’arrive devant lui la roulade d’agneau qui représente peu dans l’assiette. Il déjeune avec une collègue. Ce sont des militaires. Ils parlent du Charles (c’est le petit nom du Charles de Gaulle), d’un pilote de Rafale qui ne se prend pas pour de la merde. « Y en a des Top Gun sur le Charles », dit-elle. La nourriture est bonne, mais je sors avec l’impression de m’être fait avoir. En cause : les parts minuscules et le nan au fromage facturé cinq euros.
Je traverse le marché à demi remballé et rejoins Prôvence Plage pour un café au-dessus de la plage. Comme chaque jour passe la bande de musiciens brésiliens. Percussions, chants et cabrioles. Elle récolte quelque argent. Une autre fait de même sur le quai de Toulon mais de façon assez nulle et ne récolte rien. Je ne suis pas sûr que ce soit des Brésiliens, bien qu’ils soient habillés aux couleurs de ce pays et en portent le drapeau.
*
Aux Sablettes, des pelleteuses raclent le fond de la mer pour reconstituer la plage. Un hommage à Sisyphe.
À l’arrivée, je file à gauche vers le port de Saint-Elme puis rejoins un escalier en béton suivi d’un escalier en pierre au milieu duquel pousse un arbre. Tous deux mènent à une plateforme boisée. C’est un terrain militaire parsemé de bâtiments en ruine très photogéniques. Je sais que j’ai déjà fait ces photos mais je recommence. Je traverse ensuite le massif forestier nommé le Pin Rolland au bout duquel sur une place une vingtaine de vieilles commencent leur gymnastique sous la conduite d’une aussi vieille : « Allez, toutes petites flexions ! » J’arrive à la plage Sainte-Asile. Au-dessus de cette plage, le bar tabac restaurant Le Mas Sainte-Asile est toujours là, inchangé.
Je trouve place à sa terrasse ensoleillée avec vue sur la pointe Saint-Elme d’où je viens et au loin le cap Sicié et ses Deux Frères. Le soleil dans le dos, je rouvre Léautaud. Quatre jeunes pompiers en tenue orange arrivent avec leur canot de sauvetage pour un café croissants. Qu’est-ce qu’y s’racontent ? Des histoires de pompiers. « Il faisait soleil ici, on arrive sur l’autoroute, de la grêle et tout. »
De retour aux Sablettes, je trouve un banc à l’abri du vent sur la promenade pour continuer à lire tranquillement. Que de livres qu’on a aimés et qu’on sème ensuite en route, comme on sème les gens. écrit Paul Léautaud à Henri Châtelain en mil neuf cent sept.
La vie est une fête, c’est le nom, oublié de noter, du restaurant où j’ai déjeuné lors de mon premier passage ici. Cette fois, c’est à côté, chez Annananta, du menu découverte « fusion Inde et Méditerranée » à vingt et un euros : tartare de saumon frais, roulade d’agneau confit sept heures et salade de fruits frais. Annananta ne fournit pas de pain, m’annonce la serveuse un peu blasée, il faut commander un nan. Je choisis celui au fromage.
« Il est confit pendant sept heures, alors il ne reste plus grand-chose. » C’est le commentaire que fait mon voisin lorsqu’arrive devant lui la roulade d’agneau qui représente peu dans l’assiette. Il déjeune avec une collègue. Ce sont des militaires. Ils parlent du Charles (c’est le petit nom du Charles de Gaulle), d’un pilote de Rafale qui ne se prend pas pour de la merde. « Y en a des Top Gun sur le Charles », dit-elle. La nourriture est bonne, mais je sors avec l’impression de m’être fait avoir. En cause : les parts minuscules et le nan au fromage facturé cinq euros.
Je traverse le marché à demi remballé et rejoins Prôvence Plage pour un café au-dessus de la plage. Comme chaque jour passe la bande de musiciens brésiliens. Percussions, chants et cabrioles. Elle récolte quelque argent. Une autre fait de même sur le quai de Toulon mais de façon assez nulle et ne récolte rien. Je ne suis pas sûr que ce soit des Brésiliens, bien qu’ils soient habillés aux couleurs de ce pays et en portent le drapeau.
*
Aux Sablettes, des pelleteuses raclent le fond de la mer pour reconstituer la plage. Un hommage à Sisyphe.
9 octobre 2026
La stridulation d’une sorte de grillon urbain se fait entendre lorsque j’ouvre la fenêtre côté rue des Boucheries alors qu’il fait encore nuit. Toulon est la seule ville du Var où sont encore annoncées des averses par Météo France. Descendant le cours Lafayette, je m’inquiète du ciel noir au-dessus de la rade.
Effectivement, ça tombe un peu tandis que je petit-déjeune au Maryland. Je décide d’aller quand même aux Sablettes ce jeudi et cela avec le bateau bus de huit heures trente. Alors que je suis à bord, une grosse averse me signifie que je n’aurais pas dû. Je ne descends pas et fais le trajet dans l’autre sens sous une autre averse.
À l’arrivée, il pleut toujours. Je trouve refuge à la terrasse bien abritée de La Réale. Je lis là un moment Léautaud en attendant que ça s’améliore. Regardez autour de vous, tous les livres qui paraissent, les gens vivent au milieu des livres et ne savent que les piller, ou les imiter. écrit-il à Eugène Monfort en mil neuf cent six. « Après-midi peu nuageux », disent les locaux.
Et même avant, car, vers dix heures trente, je peux aller zoner dans le dédale des ruelles que je connais par cœur, faire des courses de survie chez Utile, les déposer dans mon logis temporaire et repartir pour le quai où tout est déjà sec, hormis quelques flaques.
Le temps ensoleillé et chaud est de retour quand, pour déjeuner, je choisis L’Air du Temps, entre MaxiLivres et le Grand Café de la Rade, avec vue sur la Gare Maritime et sur qui passe. En formule à seize euros cinquante sont proposées une blanquette de veau et une île flottante. C’est un repas vite servi et suffisamment bon.
Sorti de là, je me mets à la recherche de la Maison de la Photographie que la gentille jeune fille de l’Office de Tourisme a pointé sur mon plan. Elle est bien cachée, place du Globe, et présente l’exposition gratuite Martin Parr Short & Sweet sur deux niveaux. Des photos en noir et blanc aux photos en couleur, des années quatre-vingt-dix à nos jours, cinq séries sont exposées The Small World, Dance, Beaches, Establishments et Fashion explorant, comme on le sait, les univers du tourisme mondialisé, des loisirs collectifs, des sociabilités balnéaires, des codes vestimentaires ou des rituels sociaux. L’installation Common Sense clôt le parcours, une immersion dans l’univers visuel du photographe : gros plans, objets de consommation, textures et fragments du quotidien. Nous sommes une demi-douzaine de visiteurs visiteuses dont un couple qui pourrait figurer sur une image du défunt et que je photographie discrètement.
Le temps est de nouveau menaçant lorsque je veux prendre un café. Aussi je choisis une table abritée à L’Escale. « Le vent est moche », commente le serveur qui a l’air d’en connaître long sur le sujet. Je reprends ma lecture des lettres de Léautaud. On se traîne au petit bonheur, passant son temps à se dire demain, en pensant à hier, c’est la vie. Dire qu’il y a des gens qui trouvent cela triste ! ces gens ne savent pas se remuer, trouver les occasions de plaisir. Ce n’est pourtant pas difficile. écrit Paul Léotaud à Paul Blondeau en mil neuf cent sept. Vers quatorze heures quarante-cinq, la pluie est de retour et se font saucer des groupes de vieux et de vieilles qui attendent le prochain tour de rade, celui de quinze heures, plus de Gendarmes à l’embarquement.
À la première accalmie, je choisis de rentrer. Peu après mon logeur arrive avec du matériel de chez Free pour mettre en marche l’immense téléviseur que je ne pouvais pas faire fonctionner jusqu’à présent.
*
Dans le bateau bus Les Sablettes Toulon : une jeune fille qui lit Lolita.
Effectivement, ça tombe un peu tandis que je petit-déjeune au Maryland. Je décide d’aller quand même aux Sablettes ce jeudi et cela avec le bateau bus de huit heures trente. Alors que je suis à bord, une grosse averse me signifie que je n’aurais pas dû. Je ne descends pas et fais le trajet dans l’autre sens sous une autre averse.
À l’arrivée, il pleut toujours. Je trouve refuge à la terrasse bien abritée de La Réale. Je lis là un moment Léautaud en attendant que ça s’améliore. Regardez autour de vous, tous les livres qui paraissent, les gens vivent au milieu des livres et ne savent que les piller, ou les imiter. écrit-il à Eugène Monfort en mil neuf cent six. « Après-midi peu nuageux », disent les locaux.
Et même avant, car, vers dix heures trente, je peux aller zoner dans le dédale des ruelles que je connais par cœur, faire des courses de survie chez Utile, les déposer dans mon logis temporaire et repartir pour le quai où tout est déjà sec, hormis quelques flaques.
Le temps ensoleillé et chaud est de retour quand, pour déjeuner, je choisis L’Air du Temps, entre MaxiLivres et le Grand Café de la Rade, avec vue sur la Gare Maritime et sur qui passe. En formule à seize euros cinquante sont proposées une blanquette de veau et une île flottante. C’est un repas vite servi et suffisamment bon.
Sorti de là, je me mets à la recherche de la Maison de la Photographie que la gentille jeune fille de l’Office de Tourisme a pointé sur mon plan. Elle est bien cachée, place du Globe, et présente l’exposition gratuite Martin Parr Short & Sweet sur deux niveaux. Des photos en noir et blanc aux photos en couleur, des années quatre-vingt-dix à nos jours, cinq séries sont exposées The Small World, Dance, Beaches, Establishments et Fashion explorant, comme on le sait, les univers du tourisme mondialisé, des loisirs collectifs, des sociabilités balnéaires, des codes vestimentaires ou des rituels sociaux. L’installation Common Sense clôt le parcours, une immersion dans l’univers visuel du photographe : gros plans, objets de consommation, textures et fragments du quotidien. Nous sommes une demi-douzaine de visiteurs visiteuses dont un couple qui pourrait figurer sur une image du défunt et que je photographie discrètement.
Le temps est de nouveau menaçant lorsque je veux prendre un café. Aussi je choisis une table abritée à L’Escale. « Le vent est moche », commente le serveur qui a l’air d’en connaître long sur le sujet. Je reprends ma lecture des lettres de Léautaud. On se traîne au petit bonheur, passant son temps à se dire demain, en pensant à hier, c’est la vie. Dire qu’il y a des gens qui trouvent cela triste ! ces gens ne savent pas se remuer, trouver les occasions de plaisir. Ce n’est pourtant pas difficile. écrit Paul Léotaud à Paul Blondeau en mil neuf cent sept. Vers quatorze heures quarante-cinq, la pluie est de retour et se font saucer des groupes de vieux et de vieilles qui attendent le prochain tour de rade, celui de quinze heures, plus de Gendarmes à l’embarquement.
À la première accalmie, je choisis de rentrer. Peu après mon logeur arrive avec du matériel de chez Free pour mettre en marche l’immense téléviseur que je ne pouvais pas faire fonctionner jusqu’à présent.
*
Dans le bateau bus Les Sablettes Toulon : une jeune fille qui lit Lolita.
8 octobre 2026
Si j’arrive assez bien à deviner comment le temps va tourner en Bretagne car c’est le même qu’en Normandie, je me trouve démuni face au ciel noir de Toulon ce mercredi matin. Deux grosses averses sont déjà tombées. L’accalmie est là quand je marche sur le cours Lafayette avec mon pain au chocolat. Presque pas de marché n’est installé. Si j’en crois la météo, le pire est à venir en milieu de journée. Une traversée de la rade en bateau ne serait pas raisonnable et aucun bus ne permet d’aller quelque part sans avoir à marcher ensuite. Ce sera donc une journée à laisser ma carte des transports Mistral dans ma poche. Pour mon petit-déjeuner, je préfère L’Escale au Maryland car on y trouve une pergola.
Sur le quai, c’est un défilé de parapluies ouverts ou fermés et de valises tirées par qui revient de Corse ou de Sardaigne. Une nouvelle grosse averse m’apprend que le toit de la pergola n’est pas étanche. Ce qui n’enchante pas les nouveaux propriétaires. Ils font des photos et appellent l’entreprise l’ayant installée.
J’opère une courte translation le long du quai jusqu’à La Réale, une grande brasserie aux sièges confortables. Je commande un café verre d’eau à deux euros puis ouvre Léautaud. Un serveur s’adresse à l’eau qui tombe du ciel : « Ça va la pluie ! Tranquille ! ». Ce ne sont plus des averses, c’est un déluge permanent qu’il me faut affronter pour remonter à mon logis provisoire vers dix heures.
Une accalmie me permet de redescendre sur le quai sans être trop mouillé. Je fais le tour du MaxiLivres situé face à la Gare Maritime où on ne trouve heureusement rien qui puisse m’intéresser. Les livres y sont à moitié prix du neuf.
J’assure mon déjeuner en retournant plus tôt que je ne le pensais au Grand Buffet à Volonté du Grand Café de la Rade où arrive après moi « Bonjour, on a réservé, on est trente » un groupe de jeunes gens, filles et garçons, Français et Allemands. Suit un groupe de huit filles. À l’extérieur, la pluie y va à fond. L’un des serveurs a pour tâche principale de vider les auvents remplis d’eau à l’aide d’un balai.
J’ai à peine rejoint La Réale pour le café que la pluie montre qu’elle peut faire encore mieux (ou pire) avec en bonus le tonnerre. Sur le quai quasi désert passent des militaires qui courent, l’air de rien.
Sur le quai, c’est un défilé de parapluies ouverts ou fermés et de valises tirées par qui revient de Corse ou de Sardaigne. Une nouvelle grosse averse m’apprend que le toit de la pergola n’est pas étanche. Ce qui n’enchante pas les nouveaux propriétaires. Ils font des photos et appellent l’entreprise l’ayant installée.
J’opère une courte translation le long du quai jusqu’à La Réale, une grande brasserie aux sièges confortables. Je commande un café verre d’eau à deux euros puis ouvre Léautaud. Un serveur s’adresse à l’eau qui tombe du ciel : « Ça va la pluie ! Tranquille ! ». Ce ne sont plus des averses, c’est un déluge permanent qu’il me faut affronter pour remonter à mon logis provisoire vers dix heures.
Une accalmie me permet de redescendre sur le quai sans être trop mouillé. Je fais le tour du MaxiLivres situé face à la Gare Maritime où on ne trouve heureusement rien qui puisse m’intéresser. Les livres y sont à moitié prix du neuf.
J’assure mon déjeuner en retournant plus tôt que je ne le pensais au Grand Buffet à Volonté du Grand Café de la Rade où arrive après moi « Bonjour, on a réservé, on est trente » un groupe de jeunes gens, filles et garçons, Français et Allemands. Suit un groupe de huit filles. À l’extérieur, la pluie y va à fond. L’un des serveurs a pour tâche principale de vider les auvents remplis d’eau à l’aide d’un balai.
J’ai à peine rejoint La Réale pour le café que la pluie montre qu’elle peut faire encore mieux (ou pire) avec en bonus le tonnerre. Sur le quai quasi désert passent des militaires qui courent, l’air de rien.
7 octobre 2026
Enfin trouvé une boulangerie digne de ce nom, un peu plus haut sur le cours Lafayette, nommée Les Palets d’Or, ouverte tous les jours sauf le dimanche après-midi, me dit son aimable patronne. Le pain au chocolat est à un euro vingt-cinq. Il me convient. Le ciel est bleu mais le vent souffle un peu sur la terrasse du Maryland ce mardi matin. L’orage est annoncé, si ce n’est pas pour ce soir, ce sera demain.
L’orage social lui ne semble pas avoir atteint Toulon ou alors je n’étais pas au bon endroit. Aujourd’hui, en France, grosse journée de manifestations lycéennes soutenues par les syndicats. Le monde semble partagé en deux. Il y a ceux qui dénoncent les violences des lycéens (ou d’autres) et ceux qui dénoncent les violences des Policiers. Tel qui montre sa vidéo de lycéens assiégeant des Policiers à l’entrée d’une station de métro parisienne ne montrera jamais une vidéo de Policiers tabassant des lycéens. Je ne soutiens pas la violence de certains insurgés et je n’oublie jamais que la majorité des Policiers et des Gendarmes votent Le Pen depuis longtemps (c’est la fête pour eux).
Ce matin, je vais me poster devant le Stade Mayol où se pratique la religion du rugby (ne pas plaisanter avec ça ici). J’y attends le bus Trois, terminus Le Mourillon, le quartier typique de Toulon où sont ses plages. À ma descente, je rejoins le bord de mer et vais d’anse en anse. Certains humains se baignent. D’autres ont un cours collectif de yoga. Me voici arrivé au Fort Saint-Louis. Le bar tabac La Réserve est toujours là avec sa terrasse surélevée qui donne vue sur le large où croisent des navires militaires, sur la presqu’île de Saint-Mandrier qu’occupent en partie les militaires et sur une moitié du Fort qui est occupé par les militaires. Je commande un café verre d’eau à un euro quatre-vingt-dix et sort Léautaud. L’excuse douteuse de celui-ci dans une lettre à Marcel Schwob : Je vous aurais écrit hier si je n’avais pas été obligé d’aller à un enterrement en banlieue.
De retour en centre-ville, je déjeune chez Côté Cochon de cochon à la broche réchauffé dans son jus avec écrasé de pommes de terre. Je suis content de remanger ce plat du jour de tous les jours de l’année dans cette cour intérieure un peu cachée.
Je descends ensuite la rue d’Alger jusqu’au bas pour rejoindre la Gare Maritime et embarque sur le premier bateau bus pour Tamaris et Les Sablettes. À l’arrivée aux Sablettes, je termine mon repas sur un banc du Parc Fernand-Braudel avec la tarte aux abricots à trois euros vingt achetée aux Palets d’Or puis direction la terrasse du Prôvence Plage, où ça souffle, pour boire un café et lire un peu des lettres de Léautaud. Aujourd’hui, l’endroit est garanti sans mouches énervantes, elles sont balayées par le vent.
*
Face aux anciennes Halles, une bouquinerie sans nom. Sa porte est ouverte sur la place, des présentoirs installés à l’extérieur. Cela n’empêche pas la bouquiniste d’accrocher un panonceau « Magasin ouvert », ce qui dénote un certain désarroi.
*
Sur le dos du ticheurte d’un homme à La Réserve : Il est temps de vivre la vie que tu t’es imaginée. Henry James.
*
Au tour d’Hélène Hazera de mourir, cette transsexuelle révolutionnaire que je lisais avec plaisir dans Libération puis écoutais avec plaisir sur France Culture. J’aimais bien sa voix et partageais son goût pour la chansonnette francophone.
*
Sur la pancarte d’une lycéenne de Rouen : « Recyclez vos déchets, n’en faites pas nos ministres ».
L’orage social lui ne semble pas avoir atteint Toulon ou alors je n’étais pas au bon endroit. Aujourd’hui, en France, grosse journée de manifestations lycéennes soutenues par les syndicats. Le monde semble partagé en deux. Il y a ceux qui dénoncent les violences des lycéens (ou d’autres) et ceux qui dénoncent les violences des Policiers. Tel qui montre sa vidéo de lycéens assiégeant des Policiers à l’entrée d’une station de métro parisienne ne montrera jamais une vidéo de Policiers tabassant des lycéens. Je ne soutiens pas la violence de certains insurgés et je n’oublie jamais que la majorité des Policiers et des Gendarmes votent Le Pen depuis longtemps (c’est la fête pour eux).
Ce matin, je vais me poster devant le Stade Mayol où se pratique la religion du rugby (ne pas plaisanter avec ça ici). J’y attends le bus Trois, terminus Le Mourillon, le quartier typique de Toulon où sont ses plages. À ma descente, je rejoins le bord de mer et vais d’anse en anse. Certains humains se baignent. D’autres ont un cours collectif de yoga. Me voici arrivé au Fort Saint-Louis. Le bar tabac La Réserve est toujours là avec sa terrasse surélevée qui donne vue sur le large où croisent des navires militaires, sur la presqu’île de Saint-Mandrier qu’occupent en partie les militaires et sur une moitié du Fort qui est occupé par les militaires. Je commande un café verre d’eau à un euro quatre-vingt-dix et sort Léautaud. L’excuse douteuse de celui-ci dans une lettre à Marcel Schwob : Je vous aurais écrit hier si je n’avais pas été obligé d’aller à un enterrement en banlieue.
De retour en centre-ville, je déjeune chez Côté Cochon de cochon à la broche réchauffé dans son jus avec écrasé de pommes de terre. Je suis content de remanger ce plat du jour de tous les jours de l’année dans cette cour intérieure un peu cachée.
Je descends ensuite la rue d’Alger jusqu’au bas pour rejoindre la Gare Maritime et embarque sur le premier bateau bus pour Tamaris et Les Sablettes. À l’arrivée aux Sablettes, je termine mon repas sur un banc du Parc Fernand-Braudel avec la tarte aux abricots à trois euros vingt achetée aux Palets d’Or puis direction la terrasse du Prôvence Plage, où ça souffle, pour boire un café et lire un peu des lettres de Léautaud. Aujourd’hui, l’endroit est garanti sans mouches énervantes, elles sont balayées par le vent.
*
Face aux anciennes Halles, une bouquinerie sans nom. Sa porte est ouverte sur la place, des présentoirs installés à l’extérieur. Cela n’empêche pas la bouquiniste d’accrocher un panonceau « Magasin ouvert », ce qui dénote un certain désarroi.
*
Sur le dos du ticheurte d’un homme à La Réserve : Il est temps de vivre la vie que tu t’es imaginée. Henry James.
*
Au tour d’Hélène Hazera de mourir, cette transsexuelle révolutionnaire que je lisais avec plaisir dans Libération puis écoutais avec plaisir sur France Culture. J’aimais bien sa voix et partageais son goût pour la chansonnette francophone.
*
Sur la pancarte d’une lycéenne de Rouen : « Recyclez vos déchets, n’en faites pas nos ministres ».
6 octobre 2026
Au lever du jour, l’infernal ballet des balayeuses et laveuses de rues nuit gravement au trajet entre mon logis Air Bibi et Le Maryland. Point de marché de Provence le lundi. Grâce à cela, depuis la terrasse, j’ai vue directe sur le Port par la trouée entre les immeubles du front de mer. Il est sept heures et demie. La pharmacie est déjà ouverte. Le ciel est un mélange de rose et de gris. Une journée ensoleillée s’annonce, qui sera celle de mon retour à Sanary.
Pour ce faire, je rejoins la Gare Routière d’où démarre le bus Soixante-Dix. Son terminus est Bonnegrâce, l’une des plages de Six-Fours, d’où l’on rejoint aisément à pied la ville bourgeoise. Ce trajet en bus est long et peu intéressant mais ensuite c’est une bonne balade de bord de mer jusqu’à atteindre le Port de Sanary. Je me procure un plan à l’Office de Tourisme puis retrouve le duo église mairie et, entre les deux, la pharmacie.
Il n’est pas impossible que je croise des connaissances rouennaises, un couple avec des guillemets, elle ancienne pharmacienne, lui je ne sais plus, ayant ici une résidence secondaire. J’ai déjeuné au moins deux fois avec eux dans le cadre des rencontres Rouen Stockholm, quand il y en avait.
Il fait si chaud que je renonce à marcher davantage. Je m’assois à une table ombragée de premier rang au Nautique, vue sur les nombreux bateaux traditionnels avec fond de montagnes bleutées. Une affiche annonce pour bientôt la Fête des Traditions. En avril deux mille vingt-quatre, j’avais dû fuir cette ville dont les quais étaient en rénovation. On n’a pas lésiné sur les dalles qui réverbèrent la chaleur du soleil. C’est parfaitement en phase avec le réchauffement climatique. Derrière moi, trois bourgeoises à cheveux blancs se plaignent des petites mouches énervantes. À ma droite, une femme demande à ce que l’on refasse son thé car une mouche s’y est noyée. Ici aussi, on trouve un quidam ayant transformé son fauteuil électrique en char de carnaval.
Quand vers onze heures, un petit vent se lève, je fais de même (un euro quatre-vingts seulement le café au Nautique). Je parcours les jolies rues intérieures piétonnières où il fait évidemment moins chaud puis entre dans l’église Saint-Nazaire aux fresques de style chrétien orthodoxe et à l’orgue de style français décoré de motifs provençaux. Pas moins de quatre ventilateurs sont prêts à se rendre utiles dans le chœur.
À midi, j’opte pour le restaurant Fusiø derrière cette église, à l’angle de deux ruelles, avec un délicieux courant d’air. Dans le menu du marché, je choisis le tartare de bœuf, le mi-cuit de thon et le creumebeule aux pommes, le tout pour vingt-cinq euros. Un jeune personnel masculin efficace et agréable et une nourriture élaborée et bonne.
Le chemin me semble long pour revenir au terminus du bus Soixante-Dix. La chaleur en est la cause. Un bus est là mais sa conductrice ne veut pas que j’y monte. « Dans huit minutes, je suis en pause. » Tandis que je cuis sur le banc de l’abribus, elle discute avec un collègue de toutes les douleurs qu’on veut pas lui reconnaître pour partir plus tôt à la retraite. Cette femme fait ensuite des photos du tour de son bus avant de partir car, dit-elle : « Je veux pas payer pour les autres. »
Je descends place de la Liberté, rejoins le Grand Café de la Rade et sa terrasse un peu rafraîchie par le vent pour un café plus cher qu’à Sanary.
Pour ce faire, je rejoins la Gare Routière d’où démarre le bus Soixante-Dix. Son terminus est Bonnegrâce, l’une des plages de Six-Fours, d’où l’on rejoint aisément à pied la ville bourgeoise. Ce trajet en bus est long et peu intéressant mais ensuite c’est une bonne balade de bord de mer jusqu’à atteindre le Port de Sanary. Je me procure un plan à l’Office de Tourisme puis retrouve le duo église mairie et, entre les deux, la pharmacie.
Il n’est pas impossible que je croise des connaissances rouennaises, un couple avec des guillemets, elle ancienne pharmacienne, lui je ne sais plus, ayant ici une résidence secondaire. J’ai déjeuné au moins deux fois avec eux dans le cadre des rencontres Rouen Stockholm, quand il y en avait.
Il fait si chaud que je renonce à marcher davantage. Je m’assois à une table ombragée de premier rang au Nautique, vue sur les nombreux bateaux traditionnels avec fond de montagnes bleutées. Une affiche annonce pour bientôt la Fête des Traditions. En avril deux mille vingt-quatre, j’avais dû fuir cette ville dont les quais étaient en rénovation. On n’a pas lésiné sur les dalles qui réverbèrent la chaleur du soleil. C’est parfaitement en phase avec le réchauffement climatique. Derrière moi, trois bourgeoises à cheveux blancs se plaignent des petites mouches énervantes. À ma droite, une femme demande à ce que l’on refasse son thé car une mouche s’y est noyée. Ici aussi, on trouve un quidam ayant transformé son fauteuil électrique en char de carnaval.
Quand vers onze heures, un petit vent se lève, je fais de même (un euro quatre-vingts seulement le café au Nautique). Je parcours les jolies rues intérieures piétonnières où il fait évidemment moins chaud puis entre dans l’église Saint-Nazaire aux fresques de style chrétien orthodoxe et à l’orgue de style français décoré de motifs provençaux. Pas moins de quatre ventilateurs sont prêts à se rendre utiles dans le chœur.
À midi, j’opte pour le restaurant Fusiø derrière cette église, à l’angle de deux ruelles, avec un délicieux courant d’air. Dans le menu du marché, je choisis le tartare de bœuf, le mi-cuit de thon et le creumebeule aux pommes, le tout pour vingt-cinq euros. Un jeune personnel masculin efficace et agréable et une nourriture élaborée et bonne.
Le chemin me semble long pour revenir au terminus du bus Soixante-Dix. La chaleur en est la cause. Un bus est là mais sa conductrice ne veut pas que j’y monte. « Dans huit minutes, je suis en pause. » Tandis que je cuis sur le banc de l’abribus, elle discute avec un collègue de toutes les douleurs qu’on veut pas lui reconnaître pour partir plus tôt à la retraite. Cette femme fait ensuite des photos du tour de son bus avant de partir car, dit-elle : « Je veux pas payer pour les autres. »
Je descends place de la Liberté, rejoins le Grand Café de la Rade et sa terrasse un peu rafraîchie par le vent pour un café plus cher qu’à Sanary.
© 2014 Michel Perdrial - Design: Bureau l’Imprimante



