Dernières notes
Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.
20 août 2026
Ce mercredi, la pluie est possible, mais au matin, pas encore d’actualité. Une agréable fraîcheur m’accompagne jusqu’à la Gare de Rouen. Nous sommes toujours en août, des places restent libres dans le sept heures vingt-six pour Paris, dont les plus proches de moi. Après deux semaines de pause, je reprends On s’est déjà vu quelque part ? de Nuala O’Faolain. La jeune Irlandaise voyage avec son premier amant, un certain Michael, par ailleurs marié en Angleterre. Comme de bons provinciaux studieux que nous étions, nous sommes allés à Rouen au musée Flaubert installé dans un pavillon de son jardin. Il y avait sous une cloche en verre un petit morceau de tissu grisâtre. C’était, comme il était indiqué sur un carton, le mouchoir sur lequel Flaubert « a essuyé son front quelques instants avant sa mort ». Aucune voiture ne roule sur le pont d’Asnières.
Le bus Vingt-Neuf démarre dès que j’y suis assis. Je remarque que la piste cyclable de la rue du Quatre Septembre porte maintenant le nom de Paul Varry, le bicycliste tué volontairement par un automobiliste.
Au Marché d’Aligre, les tâcherons d’Émile sont encore une fois à la traîne pour disposer les livres sur les tables. « Va falloir bientôt jeter ça », dit l’un à l’autre. Ce serait dommage. Il y a encore dans ce stock quelques bonnes choses, mais pas pour moi.
Un peu de bleu, beaucoup de gris, telles sont les couleurs du ciel à dix heures moins dix quand je m’installe à l’une des tables de trottoir du Camélia pour un café verre d’eau lecture. De l’autre côté de la chaussée, un jeune homme assis sur l’un des tabourets de Cuvée Noire, « Coffee Station » récemment ouvert, boit un café puis lit. Je préfère le monde qui disparaît à celui qui apparaît. Dans cette rue du Faubourg Saint-Antoine circulent plus de bicyclettes que de véhicules à moteur. J’aime bien ce que raconte Nuala O’Faolain et la façon dont elle le raconte. Ainsi quand elle parle de John Berger, l’air de rien, pour finalement dire qu’elle est avec lui, dans son lit. À côté de moi, une femme, sa fille de vingt-cinq ans et leur voisin discutent en arabe avec quelques échappées en français. Il est question de caser la fille. Celle-ci : « C’est un homme bien. » Sa mère : « C’est un vieux. » En face, c’est une jeune fille maintenant qui lit. Passe le bus du Recueil Social, vide, quand je rejoins Book-Off. Les porteurs de sacs y affluent, vendant surtout des dévédés. Ma récolte de livres à un euro est maigre : Le Routard Les Charentes de deux mille vingt-quatre (Hachette) et La prochaine fois que tu mordras la poussière de Panayotis Pascot (Stock).
Sur l’écran muet d’Au Diable des Lombards, la météo montre l’Ile-de France balayée par la pluie. La réalité est tout autre : toujours un mélange de bleu et de gris sans une goutte d’eau. Après la formule du midi, avocat crevettes et andouillette purée salade, je dois écourter mon exploration du sous-sol du Book-Off de Saint-Martin. C’est une étuve malgré la température en baisse à l’extérieur. Un seul livre à un euro retenu, gros et lourd, Ramon de Dominique Fernandez (Grasset), l’histoire par le fils du père collabo.
Chez Vigouroux, je trouve une table à l’ombre en terrasse, la pluie n’étant toujours pas là. J’y poursuis la lecture des mémoires de Nuala O’Faolain. « Pas vu un Parisien, ils sont tous en grève », déclare un arrivant. À la plage plutôt, suggère Gainsbourg qui chante la désormais inappropriée Sea, Sex and Sun.
Il fait également chaud dans le centre commercial de la Gare Saint-Lazare où, sur un banc en bois, j’attends le seize heures quarante du retour. Au piano, un amateur joue en boucle les premières mesures de La Foule. Nuala O’Faolain continue à me raconter sa vie. Je passais devant le cimetière où Shelley a fait l’amour avec Mary Godwin sur la tombe de Mary Wollstonecraft, à mi-chemin en descendant la colline, en direction d’Euston.
La voiture Cinq étant celle des navetteurs, elle est le plus souvent une voiture No Kids. Pas cette fois car s’y installent un père et ses deux garçonnets excités puis des mères de la même famille avec de nombreux cousins cousines énervés. Je migre à l’autre bout, pas suffisamment loin pour être dispensé des pleurs et des cris. Le pire des moutards s’appelle Brian, il aurait pu se prénommer Braillard. C’est à Mantes-la-Jolie qu’apparaît la pluie. Elle se transforme en averse à Vernon puis s’arrête. À l’arrivée à Rouen, il fait sec. Mon parapluie sera resté dans mon sac.
Le bus Vingt-Neuf démarre dès que j’y suis assis. Je remarque que la piste cyclable de la rue du Quatre Septembre porte maintenant le nom de Paul Varry, le bicycliste tué volontairement par un automobiliste.
Au Marché d’Aligre, les tâcherons d’Émile sont encore une fois à la traîne pour disposer les livres sur les tables. « Va falloir bientôt jeter ça », dit l’un à l’autre. Ce serait dommage. Il y a encore dans ce stock quelques bonnes choses, mais pas pour moi.
Un peu de bleu, beaucoup de gris, telles sont les couleurs du ciel à dix heures moins dix quand je m’installe à l’une des tables de trottoir du Camélia pour un café verre d’eau lecture. De l’autre côté de la chaussée, un jeune homme assis sur l’un des tabourets de Cuvée Noire, « Coffee Station » récemment ouvert, boit un café puis lit. Je préfère le monde qui disparaît à celui qui apparaît. Dans cette rue du Faubourg Saint-Antoine circulent plus de bicyclettes que de véhicules à moteur. J’aime bien ce que raconte Nuala O’Faolain et la façon dont elle le raconte. Ainsi quand elle parle de John Berger, l’air de rien, pour finalement dire qu’elle est avec lui, dans son lit. À côté de moi, une femme, sa fille de vingt-cinq ans et leur voisin discutent en arabe avec quelques échappées en français. Il est question de caser la fille. Celle-ci : « C’est un homme bien. » Sa mère : « C’est un vieux. » En face, c’est une jeune fille maintenant qui lit. Passe le bus du Recueil Social, vide, quand je rejoins Book-Off. Les porteurs de sacs y affluent, vendant surtout des dévédés. Ma récolte de livres à un euro est maigre : Le Routard Les Charentes de deux mille vingt-quatre (Hachette) et La prochaine fois que tu mordras la poussière de Panayotis Pascot (Stock).
Sur l’écran muet d’Au Diable des Lombards, la météo montre l’Ile-de France balayée par la pluie. La réalité est tout autre : toujours un mélange de bleu et de gris sans une goutte d’eau. Après la formule du midi, avocat crevettes et andouillette purée salade, je dois écourter mon exploration du sous-sol du Book-Off de Saint-Martin. C’est une étuve malgré la température en baisse à l’extérieur. Un seul livre à un euro retenu, gros et lourd, Ramon de Dominique Fernandez (Grasset), l’histoire par le fils du père collabo.
Chez Vigouroux, je trouve une table à l’ombre en terrasse, la pluie n’étant toujours pas là. J’y poursuis la lecture des mémoires de Nuala O’Faolain. « Pas vu un Parisien, ils sont tous en grève », déclare un arrivant. À la plage plutôt, suggère Gainsbourg qui chante la désormais inappropriée Sea, Sex and Sun.
Il fait également chaud dans le centre commercial de la Gare Saint-Lazare où, sur un banc en bois, j’attends le seize heures quarante du retour. Au piano, un amateur joue en boucle les premières mesures de La Foule. Nuala O’Faolain continue à me raconter sa vie. Je passais devant le cimetière où Shelley a fait l’amour avec Mary Godwin sur la tombe de Mary Wollstonecraft, à mi-chemin en descendant la colline, en direction d’Euston.
La voiture Cinq étant celle des navetteurs, elle est le plus souvent une voiture No Kids. Pas cette fois car s’y installent un père et ses deux garçonnets excités puis des mères de la même famille avec de nombreux cousins cousines énervés. Je migre à l’autre bout, pas suffisamment loin pour être dispensé des pleurs et des cris. Le pire des moutards s’appelle Brian, il aurait pu se prénommer Braillard. C’est à Mantes-la-Jolie qu’apparaît la pluie. Elle se transforme en averse à Vernon puis s’arrête. À l’arrivée à Rouen, il fait sec. Mon parapluie sera resté dans mon sac.
18 août 2026
C’est à n’y pas croire. Des bruits de canne sur le pavé hier soir vers vingt-trois heures puis la lumière qui s’allume dans le duplex en face de ma chambre, la vieille voisine est de retour. Celle que je croyais définitivement partie en hôpital spécialisé. De nouveau, elle va errer dans le jardin et dans les rues de Rouen.
La semaine dernière, nous n’étions que deux habitants permanents à être présents dans la copropriété, les autres étant des touristes de passage dans les logements Air Bibi. Cette semaine, en plus de la vieille voisine, d’autres sont de retour. Cela marque l’approche de la rentrée.
Rentrée scolaire que ne voient pas venir avec plaisir certaines de ma connaissance. Rentrée littéraire avec ses quatre cent soixante et un romans, dont onze signés par le même auteur, Infernus Iohannes, pseudonyme de l'écrivain Jean Desvignes, connu aussi sous le nom d’Antoine Volodine (ce n’est pas moi qui vais lire ça). Rentrée politique, avec en perspective l’Élection Présidentielle qui sera pour moi l’occasion de voter une quatrième fois à droite contre Le Pen. Un lot de candidat(e)s sont en lice pour remplacer le pitoyable Macron actuellement en vacances à Brégançon (une photo le montre sur un jet ski, des vacances de beauf). Le même numéro de Paris Match montre Glucksman, pour qui j’ai voté aux Européennes en raison de ses idées en politique étrangère, embrassant fougueusement sa femme Léa Salamé (comment est-ce possible ?) Que de médiocres parmi celles et ceux qui se proposent à la succession. Je me demande s’ils ne le font pas uniquement parce qu’ils sont sûrs de ne pas être élus (comme ce Retailleau qui pourrait être le Ministre de l’Intérieur de Le Pen).
La semaine dernière, nous n’étions que deux habitants permanents à être présents dans la copropriété, les autres étant des touristes de passage dans les logements Air Bibi. Cette semaine, en plus de la vieille voisine, d’autres sont de retour. Cela marque l’approche de la rentrée.
Rentrée scolaire que ne voient pas venir avec plaisir certaines de ma connaissance. Rentrée littéraire avec ses quatre cent soixante et un romans, dont onze signés par le même auteur, Infernus Iohannes, pseudonyme de l'écrivain Jean Desvignes, connu aussi sous le nom d’Antoine Volodine (ce n’est pas moi qui vais lire ça). Rentrée politique, avec en perspective l’Élection Présidentielle qui sera pour moi l’occasion de voter une quatrième fois à droite contre Le Pen. Un lot de candidat(e)s sont en lice pour remplacer le pitoyable Macron actuellement en vacances à Brégançon (une photo le montre sur un jet ski, des vacances de beauf). Le même numéro de Paris Match montre Glucksman, pour qui j’ai voté aux Européennes en raison de ses idées en politique étrangère, embrassant fougueusement sa femme Léa Salamé (comment est-ce possible ?) Que de médiocres parmi celles et ceux qui se proposent à la succession. Je me demande s’ils ne le font pas uniquement parce qu’ils sont sûrs de ne pas être élus (comme ce Retailleau qui pourrait être le Ministre de l’Intérieur de Le Pen).
15 août 2026
Mon arbre (un tilleul si je ne me trompe) n’a jamais été aussi touffu que cet été. Je devrais dire : l’arbre de la copropriété. Il aurait dû être tondu l’hiver dernier, comme il l’est tous les trois ou quatre ans. C’est ce que m’avait dit l’un des résidents. Cela n’a pas été fait, conformément au laisser-aller qui règne dans la copropriété. Il souffre donc au maximum de la chaleur et de la sécheresse qui va avec la succession des canicules.
Sous ses branches s’amoncellent des feuilles plus que mortes, desséchées. Des pigeons et des merles les parcourent à la recherche d’insectes à manger. Cela fait un bruit étonnant, du genre de celui qu’on entend la nuit quand on campe en pleine nature et qui vous effraie, vous donnant à penser qu’un renard ou un sanglier tourne autour de votre tente. Touffu comme il est, il lui reste heureusement des quantités de feuilles vertes. J’ai appris récemment qu’en cas de sécheresse durable, les arbres se mettent à l’arrêt. Ils ne captent plus le gaz carbonique que génèrent les humains. Au moins continuent-t-ils à faire de l’ombre.
C’est à l’ombre de « mon » arbre que je lis sur le banc du jardin. Les livres se succèdent. Ce vendredi : Les deux rives de Roger Grenier, paru après sa mort, recueil de courtes anecdotes notées par lui durant sa vie d’auteur et d’éditeur chez Gallimard. La dernière date de deux mille cinq. Elle a pour titre Mort à Venise :
Ainsi sur un banc, je me chauffais au soleil, à San Michele, l’île-cimetière de Venise. J’ai été abordé par un couple d’Allemands, des personnes d’un certain âge. Ils m’ont demandé où était la tombe de Wagner. Je ne sais pas l’allemand mais j’ai réussi à comprendre et à leur faire comprendre que Wagner est mort à Venise, mais qu’il n’a pas été enterré à Venise. J’ai pensé au cortège de gondoles jusqu’à la Stazione Termini, puis le train spécial…
Et je me suis mis à regretter mon ignorance de leur langue qui m’empêchait de leur préciser que Wagner est mort à Venise, oui, en se faisant faire une gâterie, comme on dit, par la femme de chambre.
Je me demande d’où il tenait cela.
*
Terrasses rouennaises :
Un homme divorcé dont la mère divorcée remplace la femme, cocktails, selfie avec l’enfant, et puis on va au restaurant.
Une fille à son copain : « Est-ce que tu veux que je te fasse un cadeau maintenant ou j’attends d’avoir un peu plus d’argent ? »
Jeune couple anglophone. Il boit un café. Elle boit un verre de blanc. Elle lit Emma de Jane Austen. Lui aussi lit, mais je ne vois pas quoi.
Une fille qui va se marier à sa copine : « À côté de la maison qu’on a louée, il y a une maison vide. Du coup, ma mère, elle a demandé à la propriétaire si les gens qui seront trop bourrés pourraient dormir dedans.
Sous ses branches s’amoncellent des feuilles plus que mortes, desséchées. Des pigeons et des merles les parcourent à la recherche d’insectes à manger. Cela fait un bruit étonnant, du genre de celui qu’on entend la nuit quand on campe en pleine nature et qui vous effraie, vous donnant à penser qu’un renard ou un sanglier tourne autour de votre tente. Touffu comme il est, il lui reste heureusement des quantités de feuilles vertes. J’ai appris récemment qu’en cas de sécheresse durable, les arbres se mettent à l’arrêt. Ils ne captent plus le gaz carbonique que génèrent les humains. Au moins continuent-t-ils à faire de l’ombre.
C’est à l’ombre de « mon » arbre que je lis sur le banc du jardin. Les livres se succèdent. Ce vendredi : Les deux rives de Roger Grenier, paru après sa mort, recueil de courtes anecdotes notées par lui durant sa vie d’auteur et d’éditeur chez Gallimard. La dernière date de deux mille cinq. Elle a pour titre Mort à Venise :
Ainsi sur un banc, je me chauffais au soleil, à San Michele, l’île-cimetière de Venise. J’ai été abordé par un couple d’Allemands, des personnes d’un certain âge. Ils m’ont demandé où était la tombe de Wagner. Je ne sais pas l’allemand mais j’ai réussi à comprendre et à leur faire comprendre que Wagner est mort à Venise, mais qu’il n’a pas été enterré à Venise. J’ai pensé au cortège de gondoles jusqu’à la Stazione Termini, puis le train spécial…
Et je me suis mis à regretter mon ignorance de leur langue qui m’empêchait de leur préciser que Wagner est mort à Venise, oui, en se faisant faire une gâterie, comme on dit, par la femme de chambre.
Je me demande d’où il tenait cela.
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Terrasses rouennaises :
Un homme divorcé dont la mère divorcée remplace la femme, cocktails, selfie avec l’enfant, et puis on va au restaurant.
Une fille à son copain : « Est-ce que tu veux que je te fasse un cadeau maintenant ou j’attends d’avoir un peu plus d’argent ? »
Jeune couple anglophone. Il boit un café. Elle boit un verre de blanc. Elle lit Emma de Jane Austen. Lui aussi lit, mais je ne vois pas quoi.
Une fille qui va se marier à sa copine : « À côté de la maison qu’on a louée, il y a une maison vide. Du coup, ma mère, elle a demandé à la propriétaire si les gens qui seront trop bourrés pourraient dormir dedans.
13 août 2026
Voici la cinquième canicule, trente-six degrés annoncés à Paris ce mercredi, encore une escapade annulée. Comme chacun(e), j’aurai vécu cet été en mode dégradé. Tout en se plaignant de la chaleur et de la sécheresse, la population fait l’autruche. Je n’entends personne évoquer la situation et ses conséquences à court terme, à moyen terme et à long terme. Je suis pourtant entouré d’hommes et de femmes munis d’adolescents, d’enfants et de nourrissons qui vont rudement morfler.
Je reste donc à Rouen ce mercredi. Passant près de la Cathédrale, j’ouvre la boîte à livres. J’y découvre parfois autre chose que des livres : des vêtements, des objets, de la nourriture. Ce jour, c’est un portefeuille.
Je l’ouvre. Il ne contient pas d'argent mais s’y trouve une carte d’identité, une carte bancaire, une carte vitale et différents papiers. Je l’emporte pour le remettre au service des objets trouvés de la Police Municipale, rue Orbe. Arrivé là, je me heurte à un rideau baissé : « Fermé le mercredi ». Ces fonctionnaires ont aussi des enfants à qui est promis un bel avenir. Heureusement, ce portefeuille passe dans la fente de la boîte à lettres. De retour à mon logis, j’informe la population locale de cette trouvaille par le biais du groupe « Tu sais que tu es de Rouen etc… » du réseau social Effe Bé.
Malgré la température accablante, je lis en terrasse l’après-midi, d’abord au Son du Cor puis aux Floralies. Une activité que je poursuis au jardin sitôt rentré, tant que le banc est à l’ombre. Je reprends après dix-neuf heures jusqu’à ce que la lumière décline à cause de l’éclipse qui débute. C’est une partielle. J’en ai déjà connu une ici, en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf. C’était une totale. Je venais d’arriver dans l’ancien monastère. Je me souviens du noir total et des oiseaux affolés. Il n’en est pas de même cette fois. L’éclipse de deux mille vingt-six est en mode dégradé.
Je reste donc à Rouen ce mercredi. Passant près de la Cathédrale, j’ouvre la boîte à livres. J’y découvre parfois autre chose que des livres : des vêtements, des objets, de la nourriture. Ce jour, c’est un portefeuille.
Je l’ouvre. Il ne contient pas d'argent mais s’y trouve une carte d’identité, une carte bancaire, une carte vitale et différents papiers. Je l’emporte pour le remettre au service des objets trouvés de la Police Municipale, rue Orbe. Arrivé là, je me heurte à un rideau baissé : « Fermé le mercredi ». Ces fonctionnaires ont aussi des enfants à qui est promis un bel avenir. Heureusement, ce portefeuille passe dans la fente de la boîte à lettres. De retour à mon logis, j’informe la population locale de cette trouvaille par le biais du groupe « Tu sais que tu es de Rouen etc… » du réseau social Effe Bé.
Malgré la température accablante, je lis en terrasse l’après-midi, d’abord au Son du Cor puis aux Floralies. Une activité que je poursuis au jardin sitôt rentré, tant que le banc est à l’ombre. Je reprends après dix-neuf heures jusqu’à ce que la lumière décline à cause de l’éclipse qui débute. C’est une partielle. J’en ai déjà connu une ici, en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf. C’était une totale. Je venais d’arriver dans l’ancien monastère. Je me souviens du noir total et des oiseaux affolés. Il n’en est pas de même cette fois. L’éclipse de deux mille vingt-six est en mode dégradé.
10 août 2026
Cette fois elle a définitivement quitté la copropriété, la vieille voisine du duplex d’en face de ma chambre, celle qui un jour a balancé ses affaires par la fenêtre. Au fil des mois, j’ai assisté à sa déchéance physique et mentale. Combien de fois l’ai-je vue ramenée chez elle par les pompiers ou par des touristes l’ayant trouvée errant dans la rue. Parfois, elle se contentait de parcourir le jardin à la recherche de ses deux chats (le nom de son préféré Chat Pristi). Depuis que je suis ici, j’ai dû venir au secours de deux vieilles voisines, l’une tombée sous le porche, l’autre tombée devant sa porte (toutes deux sont mortes peu après). Cette troisième aura évité la chute qu’à la voir tanguer sans sa canne, je craignais pour elle. Autrefois, quand elle allait bien, elle ne manquait aucun spectacle de danse à l’Opéra de Rouen. Ces derniers temps, des infirmières passaient tous les jours et parfois une amie à elle, encore plus âgée, la visitait. Cette amie venait me parler quand elle me voyait sur le banc. « Je fais pour elle ce que je n’ai pas fait pour ma mère », m’a-t-elle confié. La dernière fois, elle m’a dit que le diagnostic était désormais établi : « C’est bien Alzheimer ». Sur l’ascenseur de la station de métro Palais de Justice Gisèle Halimi, une affiche pour Septembre Mauve rappelle qu’il y a un million quatre cent mille personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer en France et zéro guérison.
Il n’y a donc plus qu’un chat au jardin, celui du jeune couple ayant désormais un bébé que j’entends parfois pleurer quand je lis. C’est peu de bruit comparé à celui que faisait la tribu qui vivait avant eux dans cet appartement du rez-de-chaussée situé à gauche du banc. À droite de ce banc, l’appartement de rez-de-chaussée autrefois occupé par les chiens Abrutus et Aboyus est lui aussi redevenu calme. Nul n’y habite. Il a été transformé en local professionnel. Quatre jeunes hommes y sont assis devant des ordinateurs en journée. Dans les deux logements loués via Air Bibi défilent des familles le plus souvent étrangères ne générant pas de nuisances sonores. Le troisième Air Bibi, celui situé derrière ma salle de bains, a réintégré la location courante. Un homme seul y dort certaines nuits, que je n’entends pas du tout. Le soir, quand je lis sur le banc du jardin jusqu’à l’arrivée de la nuit, j’ai parfois l’impression d’être le seul occupant de cet ancien monastère.
*
Deux livres pour moi cette semaine au Bibliovore, Lettres à Colette de Sido (Phébus) et une étrangeté : Les voyages extraordinaires de L. Moreau Gottschalk pianiste et aventurier (Éditions Pierre-Marcel Fabre). J’avais vu ce dernier la semaine précédente dans le bac des arrivages, sans l’ouvrir, le prenant pour un roman en raison de son titre. La sympathique libraire l’ayant mis cette semaine au rayon Voyages, j’ai vu qu’il n’en était rien. Il s’agit du récit par lui-même des pérégrinations en Amérique du Nord et du Sud du musicien compositeur chef d’orchestre Louis Moreau Gottschalk, dont je découvre l’existence mouvementée grâce à ses lettres et journaux ordonnés par Serge Berthier. Un énorme livre que je lis aux terrasses des cafés rouennais. Six euros pour ces deux ouvrages. Comme je venais d’en vendre six kilos, ils ne m’ont rien coûté.
*
Si j’étais encore à cette période heureuse, où comme de 17 à 20 ans, les brillantes illusions de la jeunesse vous emmènent d’un vol rapide sur leurs ailes panachées, où un seul regard de l’objet aimé, une seule pression de sa main vous remplit d’extases, je ne doute pas que je serais tombé amoureux de beaucoup des charmantes créatures qui honoraient de leur beauté les rangées de loges du théâtre à chacun de mes concerts. (Louis Moreau Gottschalk)
*
Le même un peu plus tard :
Corps souple, démarche serpentine, épaules magnifiques, nues ou presque, sa robe légère était ouverte sur sa poitrine dorée.
Je me suis perdu, dear nina hermosa, dans le noir profond de tes grands yeux. Ô faible nature humaine.
Il n’y a donc plus qu’un chat au jardin, celui du jeune couple ayant désormais un bébé que j’entends parfois pleurer quand je lis. C’est peu de bruit comparé à celui que faisait la tribu qui vivait avant eux dans cet appartement du rez-de-chaussée situé à gauche du banc. À droite de ce banc, l’appartement de rez-de-chaussée autrefois occupé par les chiens Abrutus et Aboyus est lui aussi redevenu calme. Nul n’y habite. Il a été transformé en local professionnel. Quatre jeunes hommes y sont assis devant des ordinateurs en journée. Dans les deux logements loués via Air Bibi défilent des familles le plus souvent étrangères ne générant pas de nuisances sonores. Le troisième Air Bibi, celui situé derrière ma salle de bains, a réintégré la location courante. Un homme seul y dort certaines nuits, que je n’entends pas du tout. Le soir, quand je lis sur le banc du jardin jusqu’à l’arrivée de la nuit, j’ai parfois l’impression d’être le seul occupant de cet ancien monastère.
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Deux livres pour moi cette semaine au Bibliovore, Lettres à Colette de Sido (Phébus) et une étrangeté : Les voyages extraordinaires de L. Moreau Gottschalk pianiste et aventurier (Éditions Pierre-Marcel Fabre). J’avais vu ce dernier la semaine précédente dans le bac des arrivages, sans l’ouvrir, le prenant pour un roman en raison de son titre. La sympathique libraire l’ayant mis cette semaine au rayon Voyages, j’ai vu qu’il n’en était rien. Il s’agit du récit par lui-même des pérégrinations en Amérique du Nord et du Sud du musicien compositeur chef d’orchestre Louis Moreau Gottschalk, dont je découvre l’existence mouvementée grâce à ses lettres et journaux ordonnés par Serge Berthier. Un énorme livre que je lis aux terrasses des cafés rouennais. Six euros pour ces deux ouvrages. Comme je venais d’en vendre six kilos, ils ne m’ont rien coûté.
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Si j’étais encore à cette période heureuse, où comme de 17 à 20 ans, les brillantes illusions de la jeunesse vous emmènent d’un vol rapide sur leurs ailes panachées, où un seul regard de l’objet aimé, une seule pression de sa main vous remplit d’extases, je ne doute pas que je serais tombé amoureux de beaucoup des charmantes créatures qui honoraient de leur beauté les rangées de loges du théâtre à chacun de mes concerts. (Louis Moreau Gottschalk)
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Le même un peu plus tard :
Corps souple, démarche serpentine, épaules magnifiques, nues ou presque, sa robe légère était ouverte sur sa poitrine dorée.
Je me suis perdu, dear nina hermosa, dans le noir profond de tes grands yeux. Ô faible nature humaine.
6 août 2026
Une température supportable pour aller voir ce mercredi si Paris au mois d’août ressemble toujours à Paris au mois d’août. Dans la voiture Trois du sept heures vingt-six, le hasard m’a attribué ma place préférée (la Vingt-Sept). Il reste des places libres (les vacances), dont celle d’à côté. Ma jeune voisine d’outre-couloir est seule également. Elle met son gilet sur ses jambes nues puis s’endort. J’ai pour lecture On s’est déjà vu quelque part ? de Nuala O’Faolain. Le sous-titre en est Les mémoires accidentels d’une femme de Dublin. Ne voilà-t-il pas qu’il pleut à Mantes-la-Jolie. Cet imprévu me décide à opter pour la prudence et le métro Neuf jusqu’à la station Voltaire. Point d’embouteillage sur le pont d’Asnières, peu de monde dans les escaliers mécaniques, pareillement dans la rame de métro et boulevard Voltaire, Paris est bien au mois d’août.
Chez Justin étant en congé, je m’installe, trois quarts d’heure avant l’ouverture de Re-Read, sous l’auvent de Chez Papa, face à Raviolis Maman, pour un café verre d’eau lecture à deux euros soixante. Je n’ai jamais eu peur jusqu’au jour où, à l’âge de onze ans, je suis allée voir Le Messie au Théâtre Royal, et qu’un homme m’a mis la main sous la jupe et m’a fait mal avec ses doigts.
Aucun livre pour moi chez Re-Read, dont le voisin, Cyclable, affiche une fermeture définitive. Même pas un dont je pourrais dire : Je l’aurais pris si je ne l’avais déjà. La clientèle est rare et la jolie vendeuse, pas vue depuis longtemps, s’occupe en dessinant un panneau à mettre sur le trottoir. « C’est atelier arts plastiques », ne lui dis-je pas (elle pourrait se vexer).
Les feuilles mortes se ramassent à la pelle rue Ledru-Rollin (la sécheresse). J’arrive chez Book-Off à l’ouverture. Il y a la climatisation dans cette boutique mais elle n’est pas en marche (économie). En conséquence, il fait bien plus chaud qu’à l’extérieur et cela nuit à ma concentration. « Attends, maman elle va prendre un autre dernier livre », dit une femme à son six sept ans (son je a disparu depuis l’accouchement). « Toi, t’aimes trop les livres », remarque judicieusement le moutard. Elle n’est pas la seule. Je ressors avec six livres à un euro : Aphorismes de Charles Baudelaire ((Arléa), Portrait nu de Christine Aventin (Cercle Poche), Les vents de Mario Vargas Llosa (L’Herne), Call-Boy d’Ishida Ira (Philippe Picquier), Je n’ai plus besoin de moi de Jean-Luc Coudray (Atelier de l’agneau) et Au Bonheur des Lettres, recueil de courriers historiques, inattendus et farfelus rassemblés par Shaun Usher (Livre de Poche), étrange Livre de Poche, lourd et énorme (jamais vu ça).
Chez Au Diable des Lombards, la gentille serveuse n’est pas là. « En vacances en Sardaigne », me dit son collègue. Je choisis le camembert au miel et la pièce de bœuf frites salade.
La chaleur n’est pas une surprise au sous-sol du Book-Off de Saint-Martin. Y tournent trois ventilateurs peu efficaces. Je priorise le rayon Littérature à un euro d’où j’extrais cinq ouvrages : Chère madame ma fille cadette de Raphaële Billetdoux (Grasset), Flaubert, sa nièce et la gouvernante anglaise de Jacques Bonnet (Slatkine), À travers tous les miroirs d’Ursula Priess (Zoé), J’irai chanter sur vos tombes - Vian et Le Déserteur de Marc Dufaud (Invenit) et Tombeau pour un excentrique d’Érik Bullot (Quidam éditeur).
Me sentant poisseux, j’abrège mon tour, remonte à la surface et rejoins L’Opportun. C’est une jeune femme inconnue qui m’y accueille. Un jeune homme inconnu est derrière le comptoir. « Ça a changé de direction ? » demandé-je au cuisinier quand il apporte mon café. Effectivement. Les serveurs sont partis. Lui est resté. Un peu plus tard, je l’entends se plaindre des anciens auprès des nouveaux (ils le méprisaient). Je poursuis ma lecture des mémoires de Nuala O’Faolain, un livre publié dans la collection de poche de Sabine Wespieser, dont je n’aurais pas connu l’existence sans mes bookoffiages du mercredi. Devant moi déjeune tardivement une jeune anglophone au crâne rasé. Entre deux plats, elle photographie des livres en français qu’elle vient d’acheter chez Boulinier, parmi lesquels Vénus Erotica d’Anaïs Nin. Dans ce bistroquet devenu chinois, le café est toujours à deux euros cinquante.
Sur une banquette de la Gare Saint-Lazare, je poursuis ma lecture en attendant le seize heures quarante pour Rouen. À ma droite, un jeune homme à la peau noire répète à son téléphone qu’on est dans la main de Dieu. « On n’a pas le choix, il faut affronter. »
Chez Justin étant en congé, je m’installe, trois quarts d’heure avant l’ouverture de Re-Read, sous l’auvent de Chez Papa, face à Raviolis Maman, pour un café verre d’eau lecture à deux euros soixante. Je n’ai jamais eu peur jusqu’au jour où, à l’âge de onze ans, je suis allée voir Le Messie au Théâtre Royal, et qu’un homme m’a mis la main sous la jupe et m’a fait mal avec ses doigts.
Aucun livre pour moi chez Re-Read, dont le voisin, Cyclable, affiche une fermeture définitive. Même pas un dont je pourrais dire : Je l’aurais pris si je ne l’avais déjà. La clientèle est rare et la jolie vendeuse, pas vue depuis longtemps, s’occupe en dessinant un panneau à mettre sur le trottoir. « C’est atelier arts plastiques », ne lui dis-je pas (elle pourrait se vexer).
Les feuilles mortes se ramassent à la pelle rue Ledru-Rollin (la sécheresse). J’arrive chez Book-Off à l’ouverture. Il y a la climatisation dans cette boutique mais elle n’est pas en marche (économie). En conséquence, il fait bien plus chaud qu’à l’extérieur et cela nuit à ma concentration. « Attends, maman elle va prendre un autre dernier livre », dit une femme à son six sept ans (son je a disparu depuis l’accouchement). « Toi, t’aimes trop les livres », remarque judicieusement le moutard. Elle n’est pas la seule. Je ressors avec six livres à un euro : Aphorismes de Charles Baudelaire ((Arléa), Portrait nu de Christine Aventin (Cercle Poche), Les vents de Mario Vargas Llosa (L’Herne), Call-Boy d’Ishida Ira (Philippe Picquier), Je n’ai plus besoin de moi de Jean-Luc Coudray (Atelier de l’agneau) et Au Bonheur des Lettres, recueil de courriers historiques, inattendus et farfelus rassemblés par Shaun Usher (Livre de Poche), étrange Livre de Poche, lourd et énorme (jamais vu ça).
Chez Au Diable des Lombards, la gentille serveuse n’est pas là. « En vacances en Sardaigne », me dit son collègue. Je choisis le camembert au miel et la pièce de bœuf frites salade.
La chaleur n’est pas une surprise au sous-sol du Book-Off de Saint-Martin. Y tournent trois ventilateurs peu efficaces. Je priorise le rayon Littérature à un euro d’où j’extrais cinq ouvrages : Chère madame ma fille cadette de Raphaële Billetdoux (Grasset), Flaubert, sa nièce et la gouvernante anglaise de Jacques Bonnet (Slatkine), À travers tous les miroirs d’Ursula Priess (Zoé), J’irai chanter sur vos tombes - Vian et Le Déserteur de Marc Dufaud (Invenit) et Tombeau pour un excentrique d’Érik Bullot (Quidam éditeur).
Me sentant poisseux, j’abrège mon tour, remonte à la surface et rejoins L’Opportun. C’est une jeune femme inconnue qui m’y accueille. Un jeune homme inconnu est derrière le comptoir. « Ça a changé de direction ? » demandé-je au cuisinier quand il apporte mon café. Effectivement. Les serveurs sont partis. Lui est resté. Un peu plus tard, je l’entends se plaindre des anciens auprès des nouveaux (ils le méprisaient). Je poursuis ma lecture des mémoires de Nuala O’Faolain, un livre publié dans la collection de poche de Sabine Wespieser, dont je n’aurais pas connu l’existence sans mes bookoffiages du mercredi. Devant moi déjeune tardivement une jeune anglophone au crâne rasé. Entre deux plats, elle photographie des livres en français qu’elle vient d’acheter chez Boulinier, parmi lesquels Vénus Erotica d’Anaïs Nin. Dans ce bistroquet devenu chinois, le café est toujours à deux euros cinquante.
Sur une banquette de la Gare Saint-Lazare, je poursuis ma lecture en attendant le seize heures quarante pour Rouen. À ma droite, un jeune homme à la peau noire répète à son téléphone qu’on est dans la main de Dieu. « On n’a pas le choix, il faut affronter. »
3 août 2026
C’est le plus souvent pour rien que je fais le samedi matin le tour de la brocante du Clos Saint-Marc. Aussi en ce premier jour d’août y vais-je avec peu d’enthousiasme.
En quoi j’ai tort car Olivier, le sympathique bouquiniste à catogan, propose sur ses tables tous les poches à un euro et le reste à cinq euros. Parmi ce reste, le gros numéro rouge Sade de la revue Obliques (Éditions Borderie) et l’édition grand format de Poupée Blonde de Patrick Modiano et Pierre Le-Tan (Pol).
Une autre bonne surprise m’attend un peu plus loin. Le nommé Frédéric qui tient également boutique de brocanteur rue aux Ours a déballé ici plusieurs cartons de livres de premier choix. Je ne suis évidemment pas le seul autour de ce gisement. L’un y prélève tous les Bouquins Laffont. Ça en fait une vingtaine qu’il emporte contre cent vingt euros. De mon côté, je mets la main sur le Molinier de l’éditeur suisse Bernard Letu (que j’ai déjà), le numéro Léo Malet des Cahiers du Silence publié par Kesselring en mil neuf cent septante-quatre, le petit Seghers Humour Erik Satie par Ornella Volta et le petit Seghers Poètes d’aujourd’hui Louis Scutenaire par Raoul Vaneigem, l’auteur du Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations paru l’année d’avant Mai Soixante-Huit et que j’ai lu au début des années soixante-dix, Vaneigem qui vient de mourir à Barcelone âgé de quatre-vingt-douze ans. Un livre trouvé au bon moment. Pas facile de discuter prix avec ce vendeur. J’emporte le tout pour vingt-cinq euros.
De retour à mon logis, j’ouvre Léo Malet au jardin, un ouvrage richement illustré dans lequel l’écrivain passé par moult petits métiers raconte sa vie. Comme le dimanche je vendais Le Libertaire au marché, à la banque on a trouvé que cela ne cadrait pas avec mon emploi : on m’a renvoyé. Y sont présentées quelques-unes des lettres énervées qu’il écrivait quand il était mécontent de ce qu’il entendait à la radio ou à la télé. L’une a pour destinataire Jacques Brel qui avait dit des âneries sur la Bande à Bonnot à la radio quand il jouait Raymond la Science dans le film de Philippe Fourastié. Mon exemplaire est truffé d’articles de journaux consacré à l’auteur de romans policiers, dont ceux parus à sa mort. « Léo Malet casse sa pipe », c’est le titre sans surprise de Libération.
« Cléo, viens-là ! », crie une mère dépassée par sa descendance au Son du Cor où, en début d’après-midi de ce même samedi, je lis Gabriële (elle aurait dû la prénommer Fléau. « Fléau, viens ici ! »). Gabriële, c’est l’histoire de la femme de Picabia (et amante de Duchamp) racontée par ses arrière-petites-filles Anne et Claire Berest. On y voit Francis et Marcel en chemin pour Rouen dans l’une des automobiles du premier, arrêtés, menottés et interrogés pendant plus de dix heures par la maréchaussée qui les a pris, Duchamp pour Raymond la Science et Picabia pour Jules Bonnot. Une lecture que je poursuis au premier rang de la terrasse des Floralies devant laquelle passe une mignonne petite fille (toutes ne méritent pas de s’appeler Fléau), laquelle demande à sa mère : « C’est comment pour sortir de la ville ? ».
« Alors ? Est-ce qu’elle n’est pas formidable cette ville ? », demande le lendemain midi un bicycliste à un trio qui l’attend devant le Son du Cor. « Vous avez vu l’aître Saint-Maclou ? Non ? Vous osez vous présenter sans avoir vu l’aître Saint-Maclou ! » Ce quadragénaire en culotte courte est notre Maire, Nicolas Mayer-Rossignol. Je poursuis la lecture du livre des sœurs Berest. Gabriële Buffet-Picabia est morte en mil neuf cent quatre-vingt-cinq à cent quatre ans dans un appartement presque vide. Elle ne fermait plus sa porte. Des clochards venaient se servir dans son frigo. D’autres venaient la délester de ses tableaux de Picabia et de Picasso, des dessins de Duchamp, des lettres d’Apollinaire, de ses bijoux fabriqués par Calder. Rien n’a pas été retrouvé.
Je monte ensuite à la Gare imprimer mes billets de train pour Paris en passant par l’allée Eugène-Delacroix. Les cages à écureuil métalliques sont maintenant recouvertes d’une végétation abondante partiellement fleurie. Ce qui est fort joli mais ne suffit pas à diminuer la température.
*
Lessines, où est né Raoul Vaneigem, lui a rendu hommage. Dans cette petite ville belge sont également nés René Magritte et Louis Scutenaire. Pas mal.
En quoi j’ai tort car Olivier, le sympathique bouquiniste à catogan, propose sur ses tables tous les poches à un euro et le reste à cinq euros. Parmi ce reste, le gros numéro rouge Sade de la revue Obliques (Éditions Borderie) et l’édition grand format de Poupée Blonde de Patrick Modiano et Pierre Le-Tan (Pol).
Une autre bonne surprise m’attend un peu plus loin. Le nommé Frédéric qui tient également boutique de brocanteur rue aux Ours a déballé ici plusieurs cartons de livres de premier choix. Je ne suis évidemment pas le seul autour de ce gisement. L’un y prélève tous les Bouquins Laffont. Ça en fait une vingtaine qu’il emporte contre cent vingt euros. De mon côté, je mets la main sur le Molinier de l’éditeur suisse Bernard Letu (que j’ai déjà), le numéro Léo Malet des Cahiers du Silence publié par Kesselring en mil neuf cent septante-quatre, le petit Seghers Humour Erik Satie par Ornella Volta et le petit Seghers Poètes d’aujourd’hui Louis Scutenaire par Raoul Vaneigem, l’auteur du Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations paru l’année d’avant Mai Soixante-Huit et que j’ai lu au début des années soixante-dix, Vaneigem qui vient de mourir à Barcelone âgé de quatre-vingt-douze ans. Un livre trouvé au bon moment. Pas facile de discuter prix avec ce vendeur. J’emporte le tout pour vingt-cinq euros.
De retour à mon logis, j’ouvre Léo Malet au jardin, un ouvrage richement illustré dans lequel l’écrivain passé par moult petits métiers raconte sa vie. Comme le dimanche je vendais Le Libertaire au marché, à la banque on a trouvé que cela ne cadrait pas avec mon emploi : on m’a renvoyé. Y sont présentées quelques-unes des lettres énervées qu’il écrivait quand il était mécontent de ce qu’il entendait à la radio ou à la télé. L’une a pour destinataire Jacques Brel qui avait dit des âneries sur la Bande à Bonnot à la radio quand il jouait Raymond la Science dans le film de Philippe Fourastié. Mon exemplaire est truffé d’articles de journaux consacré à l’auteur de romans policiers, dont ceux parus à sa mort. « Léo Malet casse sa pipe », c’est le titre sans surprise de Libération.
« Cléo, viens-là ! », crie une mère dépassée par sa descendance au Son du Cor où, en début d’après-midi de ce même samedi, je lis Gabriële (elle aurait dû la prénommer Fléau. « Fléau, viens ici ! »). Gabriële, c’est l’histoire de la femme de Picabia (et amante de Duchamp) racontée par ses arrière-petites-filles Anne et Claire Berest. On y voit Francis et Marcel en chemin pour Rouen dans l’une des automobiles du premier, arrêtés, menottés et interrogés pendant plus de dix heures par la maréchaussée qui les a pris, Duchamp pour Raymond la Science et Picabia pour Jules Bonnot. Une lecture que je poursuis au premier rang de la terrasse des Floralies devant laquelle passe une mignonne petite fille (toutes ne méritent pas de s’appeler Fléau), laquelle demande à sa mère : « C’est comment pour sortir de la ville ? ».
« Alors ? Est-ce qu’elle n’est pas formidable cette ville ? », demande le lendemain midi un bicycliste à un trio qui l’attend devant le Son du Cor. « Vous avez vu l’aître Saint-Maclou ? Non ? Vous osez vous présenter sans avoir vu l’aître Saint-Maclou ! » Ce quadragénaire en culotte courte est notre Maire, Nicolas Mayer-Rossignol. Je poursuis la lecture du livre des sœurs Berest. Gabriële Buffet-Picabia est morte en mil neuf cent quatre-vingt-cinq à cent quatre ans dans un appartement presque vide. Elle ne fermait plus sa porte. Des clochards venaient se servir dans son frigo. D’autres venaient la délester de ses tableaux de Picabia et de Picasso, des dessins de Duchamp, des lettres d’Apollinaire, de ses bijoux fabriqués par Calder. Rien n’a pas été retrouvé.
Je monte ensuite à la Gare imprimer mes billets de train pour Paris en passant par l’allée Eugène-Delacroix. Les cages à écureuil métalliques sont maintenant recouvertes d’une végétation abondante partiellement fleurie. Ce qui est fort joli mais ne suffit pas à diminuer la température.
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Lessines, où est né Raoul Vaneigem, lui a rendu hommage. Dans cette petite ville belge sont également nés René Magritte et Louis Scutenaire. Pas mal.
28 juillet 2026
Retour annoncé de la chaleur ce mercredi, trente-cinq degrés à Rouen, trente-six à Paris, de quoi me décider à encore annuler mon escapade dans la capitale. Sans pour autant aller à Dieppe où il ne fera pourtant que vingt-cinq degrés, mais j’en ai fait le tour lors des semaines précédentes. Ça chauffe mais moins qu’en Gironde où quarante degrés sont annoncés. L’incendie continue à y faire rage (comme on dit), encore un évènement illustrant le productivisme punitif. Celles et ceux qui ont perdu leur maison peuvent remercier les tenants de l’agriculture intensive. Cet alignement de pins n’a rien à voir avec une forêt. Il est semblable à un champ de maïs.
Cette « forêt » est l’un des deux lieux que je détestais traverser lorsque j’avais une voiture, l’autre étant la Beauce. Je me souviens d’une fois, lorsque j’étais bien accompagné, où cette route droite et monotone m’amena à faire un excès de vitesse sanctionné par une amende et une perte de points de permis.
*
Le feu aussi à Rouen l’autre semaine à proximité du Son du Cor. Tout un bâtiment à pans de bois a brûlé en pleine nuit, heureusement vide. Il abritait plusieurs appartements Air Bibi. Il n’en reste plus grand-chose. J’ai appris ensuite que le feu a été mis volontairement à un matelas de l’appartement du deuxième par l’un des trois hommes chargés de faire le ménage, celui-ci ayant déjà été impliqué dans un acte de pyromanie, mais que le tribunal l’a relaxé n’ayant pu prouver que c’était bien lui et pas l’un des deux autres. Heureusement que ce trio n’était pas chargé du ménage de l’Air Bibi voisin de mon logis. A Göttingen, nous habitons dans des bûchers pourvus de portes et de fenêtres. écrivait Georg Christoph Lichtenberg. À Rouen aussi.
*
Le feu aussi (au sens figuré) dans les librairies françaises. Cet été, elles tombent les unes après les autres : Le Furet du Nord, Decitre, Gibert, Sauramps, etc. Certaines se relèvent diminuées. D’autres sont finies. À Rouen, L’Armitière illustre la maxime selon laquelle la meilleure défense, c’est l’attaque. Des travaux d’agrandissement sont annoncés pour créer un café et un espace dédié aux livres d’occasion.
Le livre d’occasion devient la bouée de sauvetage de la librairie indépendante. Cependant que des bouquinistes déposent le bilan.
Cette « forêt » est l’un des deux lieux que je détestais traverser lorsque j’avais une voiture, l’autre étant la Beauce. Je me souviens d’une fois, lorsque j’étais bien accompagné, où cette route droite et monotone m’amena à faire un excès de vitesse sanctionné par une amende et une perte de points de permis.
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Le feu aussi à Rouen l’autre semaine à proximité du Son du Cor. Tout un bâtiment à pans de bois a brûlé en pleine nuit, heureusement vide. Il abritait plusieurs appartements Air Bibi. Il n’en reste plus grand-chose. J’ai appris ensuite que le feu a été mis volontairement à un matelas de l’appartement du deuxième par l’un des trois hommes chargés de faire le ménage, celui-ci ayant déjà été impliqué dans un acte de pyromanie, mais que le tribunal l’a relaxé n’ayant pu prouver que c’était bien lui et pas l’un des deux autres. Heureusement que ce trio n’était pas chargé du ménage de l’Air Bibi voisin de mon logis. A Göttingen, nous habitons dans des bûchers pourvus de portes et de fenêtres. écrivait Georg Christoph Lichtenberg. À Rouen aussi.
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Le feu aussi (au sens figuré) dans les librairies françaises. Cet été, elles tombent les unes après les autres : Le Furet du Nord, Decitre, Gibert, Sauramps, etc. Certaines se relèvent diminuées. D’autres sont finies. À Rouen, L’Armitière illustre la maxime selon laquelle la meilleure défense, c’est l’attaque. Des travaux d’agrandissement sont annoncés pour créer un café et un espace dédié aux livres d’occasion.
Le livre d’occasion devient la bouée de sauvetage de la librairie indépendante. Cependant que des bouquinistes déposent le bilan.
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