Dernières notes
Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.
10 avril 2026
Je retourne à La Source ce jeudi boire l’allongé avec le pain au chocolat de la petite boulangerie dont j’ignore le nom de la même rue. Tandis que le patron sort la terrasse, je suis seul en salle.
De là, je descends au bord du Canal de la Basse, mince cours d’eau urbain, pour prendre avec vue sur le Canigou le bus Trois à l’arrêt Arago. Son terminus est Canet Sud.
C’est là que je descends et trouve la mer avec l’aide de deux autochtones. Je mets un pied devant l’autre sur la longue promenade Charles-Trenet. À ma droite, la plage de sable fin que des engins de chantier s’emploient à remettre en état avant l’arrivée des vacanciers du printemps. À ma gauche, des immeubles franchement laids. Arrivé au carrousel, je poursuis jusqu’au Port. Je fais le tour d’une partie en photographiant les quelques bateaux qui sortent de la banalité.
Il y a quand même là deux petits bateaux de pêche amarrés derrière des cahutes métalliques où les pêcheurs vendent une maigre récolte. Sur l’un de ces bateaux, un homme avec une épuisette. Je lui demande la permission avant de faire une photo. « Que au bateau », me répond-il. « Vous êtes dessus », lui fais-je remarquer. « Allez-y, c’est pas grave », conclut-il.
Après cette longue marche, un banc de béton me recueille au bord du chenal qu’une drague cure. J’observe les rares entrées et sorties.
À onze heures, direction Brasserie Le France où je peux choper une table de premier rang côté plage pour un café sans verre d’eau et Casanova. Je demande au serveur si je pourrai la garder pour le déjeuner. C’est oui, me dit-il, en m’apportant le noir breuvage accompagné d’un mini croissant offert. Une femme part furieuse car elle a entendu depuis les toilettes un serveur parler d’elle en l’appelant « la pétasse qui voulait du sucre ».
Si j’ai choisi un jeudi pour retourner à Canet-Plage, c’est que ce jour-là on sert le couscous royal avec légumes à volonté pour le prix de seize euros cinquante à Brasserie Le France. Il y a un monde fou ce midi. Servi l’un des premiers, je n’ai pas à trouver que c’est long, comme beaucoup, et obtiens assez facilement le supplément de légumes.
Un bus Trois arrive à treize heures dix-huit pour me ramener à l’arrêt Wilson de Perpignan. Un trentenaire qui porte son casque sur sa casquette demande à y mettre sa bicyclette. Refus du chauffeur qui avance l’absence d’assurance pour ce genre de transport. Ma voisine trentenaire me dit qu’il aurait dû le laisser monter. Je lui réponds que lorsqu’on a un vélo, on pédale. « Je pense qu’il va attendre le prochain », me dit-elle. « Le prochain, c’est dans une demi-heure, il y serait avant s’il avait le courage de pédaler. »
Il est quatorze heures quand j’arrive au bout de ma rue. Presque en face est le raccourci qui débouche sur la vaste place de la République, carrée et entourée de terrasses. Je choisis la première ayant des tables à l’ombre pour un café verre d’eau lecture, celle de la brasserie Les 3 Minots.
*
Un livre que je ne connaissais pas : Le Tramway de Claude Simon (Éditions de Minuit), un récit qui se déroule entre Canet et Perpignan autour de la ligne qui réunissait jadis les deux communes.
De là, je descends au bord du Canal de la Basse, mince cours d’eau urbain, pour prendre avec vue sur le Canigou le bus Trois à l’arrêt Arago. Son terminus est Canet Sud.
C’est là que je descends et trouve la mer avec l’aide de deux autochtones. Je mets un pied devant l’autre sur la longue promenade Charles-Trenet. À ma droite, la plage de sable fin que des engins de chantier s’emploient à remettre en état avant l’arrivée des vacanciers du printemps. À ma gauche, des immeubles franchement laids. Arrivé au carrousel, je poursuis jusqu’au Port. Je fais le tour d’une partie en photographiant les quelques bateaux qui sortent de la banalité.
Il y a quand même là deux petits bateaux de pêche amarrés derrière des cahutes métalliques où les pêcheurs vendent une maigre récolte. Sur l’un de ces bateaux, un homme avec une épuisette. Je lui demande la permission avant de faire une photo. « Que au bateau », me répond-il. « Vous êtes dessus », lui fais-je remarquer. « Allez-y, c’est pas grave », conclut-il.
Après cette longue marche, un banc de béton me recueille au bord du chenal qu’une drague cure. J’observe les rares entrées et sorties.
À onze heures, direction Brasserie Le France où je peux choper une table de premier rang côté plage pour un café sans verre d’eau et Casanova. Je demande au serveur si je pourrai la garder pour le déjeuner. C’est oui, me dit-il, en m’apportant le noir breuvage accompagné d’un mini croissant offert. Une femme part furieuse car elle a entendu depuis les toilettes un serveur parler d’elle en l’appelant « la pétasse qui voulait du sucre ».
Si j’ai choisi un jeudi pour retourner à Canet-Plage, c’est que ce jour-là on sert le couscous royal avec légumes à volonté pour le prix de seize euros cinquante à Brasserie Le France. Il y a un monde fou ce midi. Servi l’un des premiers, je n’ai pas à trouver que c’est long, comme beaucoup, et obtiens assez facilement le supplément de légumes.
Un bus Trois arrive à treize heures dix-huit pour me ramener à l’arrêt Wilson de Perpignan. Un trentenaire qui porte son casque sur sa casquette demande à y mettre sa bicyclette. Refus du chauffeur qui avance l’absence d’assurance pour ce genre de transport. Ma voisine trentenaire me dit qu’il aurait dû le laisser monter. Je lui réponds que lorsqu’on a un vélo, on pédale. « Je pense qu’il va attendre le prochain », me dit-elle. « Le prochain, c’est dans une demi-heure, il y serait avant s’il avait le courage de pédaler. »
Il est quatorze heures quand j’arrive au bout de ma rue. Presque en face est le raccourci qui débouche sur la vaste place de la République, carrée et entourée de terrasses. Je choisis la première ayant des tables à l’ombre pour un café verre d’eau lecture, celle de la brasserie Les 3 Minots.
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Un livre que je ne connaissais pas : Le Tramway de Claude Simon (Éditions de Minuit), un récit qui se déroule entre Canet et Perpignan autour de la ligne qui réunissait jadis les deux communes.
9 avril 2026
Un ronronnement, celui des machines à laver du salon Dessange au rez-de-chaussée, lequel occupe aussi le premier étage, c’est ce qui pourrait me réveiller chaque jour de bon matin si je n’étais déjà debout. Mis à part ce léger bruit matinal, l’immeuble perpignanais où je dors est silencieux. De même que les bâtiments voisins autour de la placette dont les quelques appartements habités gardent même le jour leurs volets à peu près clos. En face le mannequin de Lacoste a troqué sa tenue noire pour une tenue claire, printanière. Personne ne s’attarde sur la placette vidéosurveillée et la rue étroite est strictement piétonnière, un calme parfait.
Ce mercredi je vise Le Barcarès que mon vieux Routard appelle Port-Barcarès avant de n’en dire que du mal en quelques lignes. On y va avec le Dix qu’après mon petit déjeuner je vais prendre à l’arrêt Catalogne Point Chaud, ainsi nommé parce qu’y passent la plupart des bus Sankéo. Beaucoup de jeunesse dans ce bus Dix qui est en fait un car (sièges alignés avec ceintures de sécurité) parce qu’il va loin et prend des quatre voies. Une heure dix de route en passant par Saint-Hippolyte et Saint-Laurent-de-la-Salanque.
La jeunesse descend avant que l’on ait quitté Perpignan, à l’arrêt Lycée Mayol. Nous sommes peu à poursuivre et à subir la radio du chauffeur où sévissent l’Appoline de Malherbe et le fils Sarkozy.
Je descends à l’arrêt Mairie. Ayant besoin d’un second petit-déjeuner, je trouve une boulangerie artisanale où le pain au chocolat est à un euro trente puis j’entre au Front de Mer où l’allongé verre d’eau est à deux euros et la clientèle pittoresque.
Le Barcarès ressemble aussi à Stella-Plage. En plus kitsch que Canet-Plage. D’autant qu’une ébouriffante décoration pascale occupe la place de la République autour de laquelle sont les commerces et les restaurants. En son centre, un immense bateau à grimper fait la joie des enfants. La mer est loin car la plage est large.
L’aimable jeune femme de l’Office du Tourisme me fournit un plan de la vaste commune dont je n’explore aujourd’hui que le centre. Je marche avec la Méditerranée à bâbord jusqu’au marché hebdomadaire où l’on peut s’habiller à trois, cinq ou dix euros, puis je fais demi-tour jusqu’à apercevoir les mâts dans le Port.
Revenu au centre, je me pose sur un bloc en béton à l’endroit où poussent sur la plage des palmiers malingres et inclinés vers le large. Quelques moustiques m’obligent à lever le camp.
Je me replie au Front de Mer pour un café verre d’eau en terrasse sur fond de bruit de travaux. On refait la place de la République. Dix heures sonnent à la jolie petite église. Ouvrant mon livre de voyage, je trouve Casanova occupé à faire jouir dans le même lit les deux sœurs Lucrèce et Angélique.
Vers onze heures et demie, je réserve à l’autre bout de la place une table au soleil au Casablanca puis marche un peu sur la Vélosud avant de rejoindre le marché et de m’asseoir sur le muret derrière un marchand de légumes : « Les artichauts deux euros, le litre de gasoil pareil ! » A sa droite un baratineur à micro envoûte une dizaine de retraité(e)s : « Un homme ne ronfle pas, il ronronne, et un chat qui ronronne est un chat heureux. » Il s’agit d’un vendeur d’oreillers avec lesquels on est sûr de dormir, échappant ainsi à tous les malheurs qui guettent les insomniaques. Des complices cernent les envoûté(e)s de chaises sur lesquelles elles et eux finissent pas s’asseoir.
Au Casablanca (« restaurant familial depuis 1963 »), dans le menu du jour à dix-neuf euros cinquante, je choisis le carpaccio de bœuf et copeaux de parmesan, le filet mignon de porc caramel et la pomme au four façon Tatin. Un quart de vin blanc et le café sont inclus. J’en suis au dessert que des camionnettes blanches surgissent à contresens signalant la fin du marché. Un couple en revient. « Non mais la prochaine fois, on se fera pas avoir », dit l’homme. Il n’a pourtant pas d’oreiller sous le bras.
*
Il est impossible qu’un homme habitué à faire des vers s’en abstienne d’abord qu’une belle pensée se présente à son esprit. Le « d’abord que » de Casanova vaut « dès que ». Il lui est coutumier.
Casanova écrivait en français. Je me suis toujours demandé pourquoi les libraires rangent ses mémoires dans le rayon littérature italienne.
Ce mercredi je vise Le Barcarès que mon vieux Routard appelle Port-Barcarès avant de n’en dire que du mal en quelques lignes. On y va avec le Dix qu’après mon petit déjeuner je vais prendre à l’arrêt Catalogne Point Chaud, ainsi nommé parce qu’y passent la plupart des bus Sankéo. Beaucoup de jeunesse dans ce bus Dix qui est en fait un car (sièges alignés avec ceintures de sécurité) parce qu’il va loin et prend des quatre voies. Une heure dix de route en passant par Saint-Hippolyte et Saint-Laurent-de-la-Salanque.
La jeunesse descend avant que l’on ait quitté Perpignan, à l’arrêt Lycée Mayol. Nous sommes peu à poursuivre et à subir la radio du chauffeur où sévissent l’Appoline de Malherbe et le fils Sarkozy.
Je descends à l’arrêt Mairie. Ayant besoin d’un second petit-déjeuner, je trouve une boulangerie artisanale où le pain au chocolat est à un euro trente puis j’entre au Front de Mer où l’allongé verre d’eau est à deux euros et la clientèle pittoresque.
Le Barcarès ressemble aussi à Stella-Plage. En plus kitsch que Canet-Plage. D’autant qu’une ébouriffante décoration pascale occupe la place de la République autour de laquelle sont les commerces et les restaurants. En son centre, un immense bateau à grimper fait la joie des enfants. La mer est loin car la plage est large.
L’aimable jeune femme de l’Office du Tourisme me fournit un plan de la vaste commune dont je n’explore aujourd’hui que le centre. Je marche avec la Méditerranée à bâbord jusqu’au marché hebdomadaire où l’on peut s’habiller à trois, cinq ou dix euros, puis je fais demi-tour jusqu’à apercevoir les mâts dans le Port.
Revenu au centre, je me pose sur un bloc en béton à l’endroit où poussent sur la plage des palmiers malingres et inclinés vers le large. Quelques moustiques m’obligent à lever le camp.
Je me replie au Front de Mer pour un café verre d’eau en terrasse sur fond de bruit de travaux. On refait la place de la République. Dix heures sonnent à la jolie petite église. Ouvrant mon livre de voyage, je trouve Casanova occupé à faire jouir dans le même lit les deux sœurs Lucrèce et Angélique.
Vers onze heures et demie, je réserve à l’autre bout de la place une table au soleil au Casablanca puis marche un peu sur la Vélosud avant de rejoindre le marché et de m’asseoir sur le muret derrière un marchand de légumes : « Les artichauts deux euros, le litre de gasoil pareil ! » A sa droite un baratineur à micro envoûte une dizaine de retraité(e)s : « Un homme ne ronfle pas, il ronronne, et un chat qui ronronne est un chat heureux. » Il s’agit d’un vendeur d’oreillers avec lesquels on est sûr de dormir, échappant ainsi à tous les malheurs qui guettent les insomniaques. Des complices cernent les envoûté(e)s de chaises sur lesquelles elles et eux finissent pas s’asseoir.
Au Casablanca (« restaurant familial depuis 1963 »), dans le menu du jour à dix-neuf euros cinquante, je choisis le carpaccio de bœuf et copeaux de parmesan, le filet mignon de porc caramel et la pomme au four façon Tatin. Un quart de vin blanc et le café sont inclus. J’en suis au dessert que des camionnettes blanches surgissent à contresens signalant la fin du marché. Un couple en revient. « Non mais la prochaine fois, on se fera pas avoir », dit l’homme. Il n’a pourtant pas d’oreiller sous le bras.
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Il est impossible qu’un homme habitué à faire des vers s’en abstienne d’abord qu’une belle pensée se présente à son esprit. Le « d’abord que » de Casanova vaut « dès que ». Il lui est coutumier.
Casanova écrivait en français. Je me suis toujours demandé pourquoi les libraires rangent ses mémoires dans le rayon littérature italienne.
8 avril 2026
Revoir Collioure, c’est le jour et pour cela je petit-déjeune dès sept heures ce mardi, perché face à la vitre de Secrets de Pains.
Plusieurs bus s’arrêtent à la même heure, sept heures quarante-huit, à Vauban derrière les Galeries Lafayette. Je prends le premier venu. La Gare Multimodale est derrière la Gare Ferroviaire. Le car liO numéro Cinq Cent Quarante part de la voie Vingt-Trois à huit heures dix. J’y bipe pour la première fois ma carte dix voyages.
Dans ce véhicule un peu vieux sont surtout des jeunes (des scolaires, comme on dit). Nous passons à Elme puis elles et eux descendent à Argelès-sur-Mer, loin du Port. Certain(e)s tirent une valise pour une semaine d’internat raccourcie d’une journée grâce à Pâques.
Depuis le départ, au loin sur la droite, le Canigou nous suit. Nous le perdons de vue quand le chauffeur tourne à gauche pour emprunter la route de la Corniche de la Côte Vermeille. C’est par ce bord de mer accidenté que nous arrivons à Collioure où j’ai séjourné dans un logis Air Bibi une douzaine de jours en octobre deux mille dix-neuf.
Je retrouve immédiatement mes marques, suivant d’abord le chemin côtier pour voir cette magnifique cité d’en face puis je longe le Château Royal, arrive dans l’anse où s’entraînent toujours les militaires, passe près de l’église Notre-Dame-des-Anges au clocher phallique, atteins la chapelle Saint-Vincent sur son presque îlot, fais une photo de la croix au Christ rouillé, marche jusqu’au phare du bout de la digue et contemple de loin le Fort Saint-Elme et le Moulin sur le mont en face.
En revenant sur mes pas je croise deux classes maternelles en sortie éducative qui me font songer au passé puis je m’installe au-dessus de la plage Boramar à une table de premier rang de la vaste terrasse du Petit Café pour un café verre d’eau à deux euros dix. J’observe les soldats qui plongent, nagent et courent dans le sable caillouteux tout en lisant un peu Casanova -N’êtes-vous pas allé baiser le pied du Saint-Père ? -Pas encore, Monseigneur.
De cette terrasse, des pères et des mères surveillent leur descendance qui joue dans le sable caillouteux. Un couple en profite pour se disputailler. Elle à lui : « C’est pas ta méchanceté qui te fera repousser tes cheveux. » Un autre couple est à l’unisson pour juger le fiston qui n’arrive pas à remettre ses affaires dans son sac. Elle : « Il va falloir un diplôme pour ranger un sac maintenant ? » Lui : « Il est bête mon fils, il réfléchit à rien du tout. »
Il est midi, la foule a tout envahi. De banals plats du jour affichés à vingt et un euros, ou plus, me mènent jusqu’à une petite boulangerie presque dévalisée mais où il reste assez pour moi : une part de pizza que je fais réchauffer et une fougassette aux fruits, le tout pour sept euros. Je les consomme sur un banc à l’ombre près du Port en choutant dans le pigeon qui convoite mes miettes.
Avant de rentrer, je passe revoir la rue étroite et un peu glauque en bas de laquelle j’ai logé, rue de la Convention c’est son nom. La boîte à clés est là. L’amie de la propriétaire avait oublié de me donner le code. Le Cam Pla, restaurant où j’avais trouvé de l’aide, est toujours présent, mais fermé le mardi. En échange de cette aide, j’avais dû commander des lasagnes pour dîner, alors que je ne fais que grignoter le soir.
Plusieurs bus s’arrêtent à la même heure, sept heures quarante-huit, à Vauban derrière les Galeries Lafayette. Je prends le premier venu. La Gare Multimodale est derrière la Gare Ferroviaire. Le car liO numéro Cinq Cent Quarante part de la voie Vingt-Trois à huit heures dix. J’y bipe pour la première fois ma carte dix voyages.
Dans ce véhicule un peu vieux sont surtout des jeunes (des scolaires, comme on dit). Nous passons à Elme puis elles et eux descendent à Argelès-sur-Mer, loin du Port. Certain(e)s tirent une valise pour une semaine d’internat raccourcie d’une journée grâce à Pâques.
Depuis le départ, au loin sur la droite, le Canigou nous suit. Nous le perdons de vue quand le chauffeur tourne à gauche pour emprunter la route de la Corniche de la Côte Vermeille. C’est par ce bord de mer accidenté que nous arrivons à Collioure où j’ai séjourné dans un logis Air Bibi une douzaine de jours en octobre deux mille dix-neuf.
Je retrouve immédiatement mes marques, suivant d’abord le chemin côtier pour voir cette magnifique cité d’en face puis je longe le Château Royal, arrive dans l’anse où s’entraînent toujours les militaires, passe près de l’église Notre-Dame-des-Anges au clocher phallique, atteins la chapelle Saint-Vincent sur son presque îlot, fais une photo de la croix au Christ rouillé, marche jusqu’au phare du bout de la digue et contemple de loin le Fort Saint-Elme et le Moulin sur le mont en face.
En revenant sur mes pas je croise deux classes maternelles en sortie éducative qui me font songer au passé puis je m’installe au-dessus de la plage Boramar à une table de premier rang de la vaste terrasse du Petit Café pour un café verre d’eau à deux euros dix. J’observe les soldats qui plongent, nagent et courent dans le sable caillouteux tout en lisant un peu Casanova -N’êtes-vous pas allé baiser le pied du Saint-Père ? -Pas encore, Monseigneur.
De cette terrasse, des pères et des mères surveillent leur descendance qui joue dans le sable caillouteux. Un couple en profite pour se disputailler. Elle à lui : « C’est pas ta méchanceté qui te fera repousser tes cheveux. » Un autre couple est à l’unisson pour juger le fiston qui n’arrive pas à remettre ses affaires dans son sac. Elle : « Il va falloir un diplôme pour ranger un sac maintenant ? » Lui : « Il est bête mon fils, il réfléchit à rien du tout. »
Il est midi, la foule a tout envahi. De banals plats du jour affichés à vingt et un euros, ou plus, me mènent jusqu’à une petite boulangerie presque dévalisée mais où il reste assez pour moi : une part de pizza que je fais réchauffer et une fougassette aux fruits, le tout pour sept euros. Je les consomme sur un banc à l’ombre près du Port en choutant dans le pigeon qui convoite mes miettes.
Avant de rentrer, je passe revoir la rue étroite et un peu glauque en bas de laquelle j’ai logé, rue de la Convention c’est son nom. La boîte à clés est là. L’amie de la propriétaire avait oublié de me donner le code. Le Cam Pla, restaurant où j’avais trouvé de l’aide, est toujours présent, mais fermé le mardi. En échange de cette aide, j’avais dû commander des lasagnes pour dîner, alors que je ne fais que grignoter le soir.
7 avril 2026
Secrets de Pains est ouvert en ce Lundi de Pâques. C’est l’aubaine des esseulés levés tôt. Un pain au chocolat et un allongé se paient deux euros soixante-dix dans la machine à sous. Il est loisible de les consommer sur une chaise haute face à la vitre en regardant la ville se réveiller peu à peu.
Aujourd’hui, je désire aller en bord de mer. Le bus Trois y conduit, même les jours fériés, que l’on prend au pied de la statue de François Arago. Je monte dans le premier, celui de neuf heures neuf. Il mène à Canet-Plage (commune de Canet-en-Roussillon). Cette plage de sable fin est située à douze kilomètres de Perpignan et fait douze kilomètres de long.
Je marche en direction de la grande roue sur la promenade qui longe la large plage. « On s’en doute, le front de mer est du genre bétonné », regrette mon vieux Guide du Routard datant de deux mille seize. Certains immeubles ne manquent pas de charme et témoignent d’une l’architecture inventive. Quelques-uns sont décrépits. Des appartements sont à vendre. Un abruti fait voler son drone sur la plage. Un homme appelle le petit Nathan qui n’attend pas.
Arrivé à l’entrée du port de plaisance où se trouve la grande roue, immobile à cette heure, je reviens sur mes pas. À mi-chemin, je m’assois sur un banc en béton face à la mer lointaine en attendant que derrière mon dos ouvre la solderie Maxi-Livres, une survivance de la franchise disparue. J’y vois beaucoup de daube et plutôt chère. Je poursuis jusqu’au joli carrousel dont la sono diffuse des succès d’hier joués à l’accordéon Sous aucun prétexte Étoile des neiges Itsi bitsi petit bikini. Une ambiance qui me rappelle celle de Stella Plage dans le Pas-de-Calais et j’aime ça.
À onze heures, je vais boire un café à la mieux située des terrasses de l’endroit, celle de la Brasserie Le France, où il coûte deux euros. Le verre d’eau, c’est directement à la fontaine. S’il faut travailler, je m’en passerai. Le soleil tente de percer les nuages, en vain. Comme je suis bien là, à lire Casanova, j’y reste jusqu’à l’heure du repas. Au menu du jour férié : œuf poché à la truffe, agneau de Pâques et tarte de poires aux amandes. Le tout pour vingt-quatre euros quatre-vingt-dix. Un bon pain rustique accompagne cette bonne nourriture.
On ne verra pas le soleil aujourd’hui dans cet endroit paisible et désuet. Je retourne lire le dos au carrousel puis vais boire un café verre d’eau dans une gargote « arabe » située dans une rue perpendiculaire à la mer, par où je suis arrivé ce matin, mon point de repère étant un bâtiment recouvert entièrement d’un filet protégeant contre les chutes de pierres. Celle que je pense être la patronne est bien embêtée. Elle s’est battue avec quelqu’une et il y avait des caméras. « Rien que pour les appareils auditifs, j’en ai pour la peau des fesses. Et il y a la Rolex. Comment veux-tu que je paye. Je crois que je vais aller la voir et lui dire que j’ai pas les moyens. »
*
Vu depuis le bus au centre de Canet-en-Roussillon : un lycée nommé Rosa Luxemburg.
Aujourd’hui, je désire aller en bord de mer. Le bus Trois y conduit, même les jours fériés, que l’on prend au pied de la statue de François Arago. Je monte dans le premier, celui de neuf heures neuf. Il mène à Canet-Plage (commune de Canet-en-Roussillon). Cette plage de sable fin est située à douze kilomètres de Perpignan et fait douze kilomètres de long.
Je marche en direction de la grande roue sur la promenade qui longe la large plage. « On s’en doute, le front de mer est du genre bétonné », regrette mon vieux Guide du Routard datant de deux mille seize. Certains immeubles ne manquent pas de charme et témoignent d’une l’architecture inventive. Quelques-uns sont décrépits. Des appartements sont à vendre. Un abruti fait voler son drone sur la plage. Un homme appelle le petit Nathan qui n’attend pas.
Arrivé à l’entrée du port de plaisance où se trouve la grande roue, immobile à cette heure, je reviens sur mes pas. À mi-chemin, je m’assois sur un banc en béton face à la mer lointaine en attendant que derrière mon dos ouvre la solderie Maxi-Livres, une survivance de la franchise disparue. J’y vois beaucoup de daube et plutôt chère. Je poursuis jusqu’au joli carrousel dont la sono diffuse des succès d’hier joués à l’accordéon Sous aucun prétexte Étoile des neiges Itsi bitsi petit bikini. Une ambiance qui me rappelle celle de Stella Plage dans le Pas-de-Calais et j’aime ça.
À onze heures, je vais boire un café à la mieux située des terrasses de l’endroit, celle de la Brasserie Le France, où il coûte deux euros. Le verre d’eau, c’est directement à la fontaine. S’il faut travailler, je m’en passerai. Le soleil tente de percer les nuages, en vain. Comme je suis bien là, à lire Casanova, j’y reste jusqu’à l’heure du repas. Au menu du jour férié : œuf poché à la truffe, agneau de Pâques et tarte de poires aux amandes. Le tout pour vingt-quatre euros quatre-vingt-dix. Un bon pain rustique accompagne cette bonne nourriture.
On ne verra pas le soleil aujourd’hui dans cet endroit paisible et désuet. Je retourne lire le dos au carrousel puis vais boire un café verre d’eau dans une gargote « arabe » située dans une rue perpendiculaire à la mer, par où je suis arrivé ce matin, mon point de repère étant un bâtiment recouvert entièrement d’un filet protégeant contre les chutes de pierres. Celle que je pense être la patronne est bien embêtée. Elle s’est battue avec quelqu’une et il y avait des caméras. « Rien que pour les appareils auditifs, j’en ai pour la peau des fesses. Et il y a la Rolex. Comment veux-tu que je paye. Je crois que je vais aller la voir et lui dire que j’ai pas les moyens. »
*
Vu depuis le bus au centre de Canet-en-Roussillon : un lycée nommé Rosa Luxemburg.
6 avril 2026
Ce jour, un dimanche, qui plus est de Pâques, commence par un défi : trouver un café ouvert de bon matin. Ce sont les Halles qui me sauvent, appelées Vauban, bien laides mais dont le rideau métallique se lève à huit heures. À l’entrée s’y trouvent Les Pains du Soleil. Au comptoir, j’échange un allongé et un pain au chocolat contre trois euros. J’emporte le tout jusqu’à une table d’intérieur, il fait encore trop frais pour la terrasse.
Seconde journée de train liO à un euro. Pour rejoindre la Gare, je prends un des rares bus à l’arrêt Wilson. Mon train arrive de Cerbère à dix heures vingt et une et a pour terminus Toulouse Matabiau. Il est attendu par une foule de voyageurs. J’y trouve néanmoins une place assise. Il va jusqu’à Narbonne puis repars dans l’autre sens, un arrêt à Lusignan et c’est Carcassonne dix minutes avant midi.
Je passe le pont qui enjambe le Canal du Midi et descends tout droit jusqu’à la place Carnot, vaste et carrée. En son centre, une fontaine avec en haut Neptune statufié entouré de femmes nues à cheval sur des poissons qui crachent l’eau par leur bouche. Je m’installe à la terrasse du Bistrot Blasco.
Un menu à vingt-trois euros y est proposé dans lequel je choisis la salade de gésiers de canard et magret séché maison, le cassoulet maison avec manchon de canard confit, saucisse de Toulouse, haricots lingots de Castelnaudary (la maison est membre de l’Académie Universelle du Cassoulet) et gâteau au chocolat maison. La patronne est fort aimable, de même que sa petite serveuse qui porte un appareil dentaire et a tatoué sur un bras en cursive le mot solitude. Mon repas terminé, je vais payer à l’intérieur. Le chef me demande comment j’ai trouvé le cassoulet. « Excellent. » « C’est ce qu’il fallait répondre, me dit-il, pour obtenir un Diplôme de Dégustateur décerné par l’Académie Universelle du Cassoulet. » Il me le remet après l’avoir daté et signé.
Muni de mon nouveau diplôme, je descends la rue jusqu’en bas. Une aimable autochtone m’indique comment atteindre le Pont Vieux qui permet l’accès à la Cité par une côte de bon aloi.
Je me prouve que je suis encore capable de grimper sans m’arrêter jusqu’à la porte d’Aude où l’on est accueilli par la statue de Dame Carcas dont je fais une photo. Cela faisait longtemps que je n’avais vu la Cité de Carcassonne.
Après avoir fait le tour en partie, je pénètre dans la rue principale évidemment dédiée au commerce pour touristes et ils sont nombreux. Place Saint-Nazaire, je prends l’air derrière la Basilique. « Vous avez fait l’église ? » demande l’une à l’un. « Ils sont où les darons ? » s’inquiète un branlotin. Des motards suent sous leur cuir. Des parents expliquent « dans le temps les archets » à leur descendance et lui achètent des épées, des arcs, des heaumes et des boucliers. Un père à son trois ans : « Déjà, d’une, je suis pas ton chien. De deux, je suis ton papa. De trois, c’est pas à ta convenance. »
Je retrouve un peu de tranquillité sur le chemin de ronde. Une vendeuse de glaces m’aide à retrouver le Pont Vieux. « Je ne suis pas très Carcassonne », dit en descendant une fille à son copain. Moi non plus.
J’arrive à la Gare épuisé. Je me laisse tomber à l’une des tables à l’ombre de la brasserie Le Bistro. J’y bois un diabolo menthe suivi d’un verre d’eau et suis hors d’état de lire. Il n’est que dix-sept heures et mon train liO à un euro de retour est à dix-huit heures vingt-trois.
Après un café, je repasse le Canal du Midi et entre dans la Gare. A gauche de celle-ci, sur une hauteur est un cimetière d’où l’on doit avoir belle vue sur les trains qui vont quelque part. Il y a des cimetières ferroviaires comme il y a des cimetières marins.
Seconde journée de train liO à un euro. Pour rejoindre la Gare, je prends un des rares bus à l’arrêt Wilson. Mon train arrive de Cerbère à dix heures vingt et une et a pour terminus Toulouse Matabiau. Il est attendu par une foule de voyageurs. J’y trouve néanmoins une place assise. Il va jusqu’à Narbonne puis repars dans l’autre sens, un arrêt à Lusignan et c’est Carcassonne dix minutes avant midi.
Je passe le pont qui enjambe le Canal du Midi et descends tout droit jusqu’à la place Carnot, vaste et carrée. En son centre, une fontaine avec en haut Neptune statufié entouré de femmes nues à cheval sur des poissons qui crachent l’eau par leur bouche. Je m’installe à la terrasse du Bistrot Blasco.
Un menu à vingt-trois euros y est proposé dans lequel je choisis la salade de gésiers de canard et magret séché maison, le cassoulet maison avec manchon de canard confit, saucisse de Toulouse, haricots lingots de Castelnaudary (la maison est membre de l’Académie Universelle du Cassoulet) et gâteau au chocolat maison. La patronne est fort aimable, de même que sa petite serveuse qui porte un appareil dentaire et a tatoué sur un bras en cursive le mot solitude. Mon repas terminé, je vais payer à l’intérieur. Le chef me demande comment j’ai trouvé le cassoulet. « Excellent. » « C’est ce qu’il fallait répondre, me dit-il, pour obtenir un Diplôme de Dégustateur décerné par l’Académie Universelle du Cassoulet. » Il me le remet après l’avoir daté et signé.
Muni de mon nouveau diplôme, je descends la rue jusqu’en bas. Une aimable autochtone m’indique comment atteindre le Pont Vieux qui permet l’accès à la Cité par une côte de bon aloi.
Je me prouve que je suis encore capable de grimper sans m’arrêter jusqu’à la porte d’Aude où l’on est accueilli par la statue de Dame Carcas dont je fais une photo. Cela faisait longtemps que je n’avais vu la Cité de Carcassonne.
Après avoir fait le tour en partie, je pénètre dans la rue principale évidemment dédiée au commerce pour touristes et ils sont nombreux. Place Saint-Nazaire, je prends l’air derrière la Basilique. « Vous avez fait l’église ? » demande l’une à l’un. « Ils sont où les darons ? » s’inquiète un branlotin. Des motards suent sous leur cuir. Des parents expliquent « dans le temps les archets » à leur descendance et lui achètent des épées, des arcs, des heaumes et des boucliers. Un père à son trois ans : « Déjà, d’une, je suis pas ton chien. De deux, je suis ton papa. De trois, c’est pas à ta convenance. »
Je retrouve un peu de tranquillité sur le chemin de ronde. Une vendeuse de glaces m’aide à retrouver le Pont Vieux. « Je ne suis pas très Carcassonne », dit en descendant une fille à son copain. Moi non plus.
J’arrive à la Gare épuisé. Je me laisse tomber à l’une des tables à l’ombre de la brasserie Le Bistro. J’y bois un diabolo menthe suivi d’un verre d’eau et suis hors d’état de lire. Il n’est que dix-sept heures et mon train liO à un euro de retour est à dix-huit heures vingt-trois.
Après un café, je repasse le Canal du Midi et entre dans la Gare. A gauche de celle-ci, sur une hauteur est un cimetière d’où l’on doit avoir belle vue sur les trains qui vont quelque part. Il y a des cimetières ferroviaires comme il y a des cimetières marins.
5 avril 2026
« La tramontane, c'est enfin terminé ! » titre Actu Perpignan ce samedi matin (dix jours que ça durait cette plaisanterie). Je la sens pourtant encore lorsque, pédestrement, faute de bus à cette heure, je rejoins le Centre du Monde. Mon train liO à un euro de sept heures neuf est à quai quand j’arrive. Il dessert Rivesaltes (son muscat), Salses (son château), Leucate (ses marais salants), Port-la-Nouvelle (ses industries) et arrive à Narbonne, terminus, à sept heures cinquante-trois.
Une piste piétonnière et vélocipédique conduit au point central de la ville, constitué de son Hôtel de Ville et de sa Cathédrale, contigus et fortifiés. Près du premier, j’achète un pain au chocolat à un euro trente-cinq chez Maison Maury où l’on paie dans la machine à sous. Ce qui me permet de me débarrasser du billet de cinq euros que m’a refusé hier le serveur du Grand Café de la Poste au prétexte qu’il était scotché. « Ça passera pas dans la machine à la banque. » Ça passe dans la machine à la boulangerie.
À un autre angle de la place, j’entre au café Le Soleil Noir. Ce nom me fait penser à la maison d’édition de François Di Dio, dont un jour j’ai photographié la nièce, mais elle n’a pas voulu se déshabiller. Je suis le seul client et l’allongé vaut deux euros dix.
La tramontane était encore là quand je m’introduis dans la vieille ville. Pour preuve, ce petit papier qui vient vers moi dans la rue pavée. Je mets le pied dessus lorsque je reconnais un billet de cinq euros. Neuf celui-là. Le serveur du Grand Café de la Poste l’acceptera avec plaisir.
Les rues anciennes parcourues, je descends sur le quai du Canal de la Robine, passe sur l’autre rive où sont les Halles et le Marché et me rapproche de la rue où est la maison natale de Charles Trenet. Cette maison est devenue publique et payante. Une visite dont je me dispense. Je me contente de photographier le mur peint du quai de Lorraine où le Fou Chantant déclare : « Fidèle, je suis resté fidèle… à Narbonne mon amie ».
De retour à l’Hôtel de Ville, je m’assois sur un banc au soleil face au défunt grand magasin Aux Dames de France. Un Monoprix l’occupe en partie. Derrière moi, un panneau raconte la révolte des vignerons en mil neuf cent sept. Le Maire s’appelait Ernest Ferroul. Il démissionna sur cette place après avoir remplacé le drapeau tricolore par un drapeau noir. Il fut arrêté, ce qui entraîna le désordre. Un coup de feu partit. Les soldats ripostèrent sans ordre ni sommations. Quatre insurgés furent tués et aussi une jeune fille de vingt ans ans qui se trouvait là par hasard en ce jour de marché. « Ils demandaient du pain. On leur a donné du plomb. »
La Cathédrale ouvre à dix heures. J’y entre par le cloître et en fait le tour intérieur puis je retrouve le Canal de la Robine et prends place sur le quai, abrité du vent par une paroi vitrée, à la terrasse de The Blue Café où un expresso ne coûte qu’un euro quatre-vingts. Près de moi discutent deux autochtones. « Moi, dit l’un, je me suis pré inscrit. Si je suis tiré au sort, je la revendrai ma place pour le concert de Céline Dion. C’est mieux que si je gagnais à l’EuroMillions. »
Derrière les Halles est une autre église fortifiée et dans une rue perpendiculaire, ne payant pas de mine, mais agréable à l’intérieur, le restaurant japonais à volonté nommé Yoli. Une jolie petite serveuse européenne s’occupe de moi. « Avec plaisir », me dit-elle en m’expliquant la procédure. A la table voisine, une mère et ses filles collégiennes. Elle trouve que les cours d’éducation sexuelle sont parfois donnés un peu trop tôt. Réponse de la plus jeune des filles : « Ils sont obligés de faire la puberté avant qu’elle arrive. » Cette fille raconte ensuite à sa famille un épisode de la vie scolaire. Kevin a cherché sur YouTube une alarme incendie. Il l’a fait retentir dans la classe. On est tous descendus dans la cour et le prof : « Bah alors, ils sont où les autres ? »
Repu, je rejoins la place de l’Hôtel de Ville sur laquelle Le Soleil Noir a déployé une vaste terrasse. J’y bois le café (un euro quatre-vingts) face aux bâtiments fortifiés chauffé par le soleil avec un petit vent dans le dos puis rouvre Casanova.
Mon train liO à un euro pour rentrer est celui de quinze heures qui va à Porbou. D’où la présence d’Espagnol(e)s en nombre. Dans la conversation des deux filles d’outre couloir, je ne comprends qu’un seul mot : « discoteca ». Je me concentre sur le Canigou. Son sommet enneigé brille sous le soleil.
*
Casanova : Il est évident que la mer se retire vers le levant, et que dans trois ou quatre siècles Venise sera jointe à la terre ferme.
Une piste piétonnière et vélocipédique conduit au point central de la ville, constitué de son Hôtel de Ville et de sa Cathédrale, contigus et fortifiés. Près du premier, j’achète un pain au chocolat à un euro trente-cinq chez Maison Maury où l’on paie dans la machine à sous. Ce qui me permet de me débarrasser du billet de cinq euros que m’a refusé hier le serveur du Grand Café de la Poste au prétexte qu’il était scotché. « Ça passera pas dans la machine à la banque. » Ça passe dans la machine à la boulangerie.
À un autre angle de la place, j’entre au café Le Soleil Noir. Ce nom me fait penser à la maison d’édition de François Di Dio, dont un jour j’ai photographié la nièce, mais elle n’a pas voulu se déshabiller. Je suis le seul client et l’allongé vaut deux euros dix.
La tramontane était encore là quand je m’introduis dans la vieille ville. Pour preuve, ce petit papier qui vient vers moi dans la rue pavée. Je mets le pied dessus lorsque je reconnais un billet de cinq euros. Neuf celui-là. Le serveur du Grand Café de la Poste l’acceptera avec plaisir.
Les rues anciennes parcourues, je descends sur le quai du Canal de la Robine, passe sur l’autre rive où sont les Halles et le Marché et me rapproche de la rue où est la maison natale de Charles Trenet. Cette maison est devenue publique et payante. Une visite dont je me dispense. Je me contente de photographier le mur peint du quai de Lorraine où le Fou Chantant déclare : « Fidèle, je suis resté fidèle… à Narbonne mon amie ».
De retour à l’Hôtel de Ville, je m’assois sur un banc au soleil face au défunt grand magasin Aux Dames de France. Un Monoprix l’occupe en partie. Derrière moi, un panneau raconte la révolte des vignerons en mil neuf cent sept. Le Maire s’appelait Ernest Ferroul. Il démissionna sur cette place après avoir remplacé le drapeau tricolore par un drapeau noir. Il fut arrêté, ce qui entraîna le désordre. Un coup de feu partit. Les soldats ripostèrent sans ordre ni sommations. Quatre insurgés furent tués et aussi une jeune fille de vingt ans ans qui se trouvait là par hasard en ce jour de marché. « Ils demandaient du pain. On leur a donné du plomb. »
La Cathédrale ouvre à dix heures. J’y entre par le cloître et en fait le tour intérieur puis je retrouve le Canal de la Robine et prends place sur le quai, abrité du vent par une paroi vitrée, à la terrasse de The Blue Café où un expresso ne coûte qu’un euro quatre-vingts. Près de moi discutent deux autochtones. « Moi, dit l’un, je me suis pré inscrit. Si je suis tiré au sort, je la revendrai ma place pour le concert de Céline Dion. C’est mieux que si je gagnais à l’EuroMillions. »
Derrière les Halles est une autre église fortifiée et dans une rue perpendiculaire, ne payant pas de mine, mais agréable à l’intérieur, le restaurant japonais à volonté nommé Yoli. Une jolie petite serveuse européenne s’occupe de moi. « Avec plaisir », me dit-elle en m’expliquant la procédure. A la table voisine, une mère et ses filles collégiennes. Elle trouve que les cours d’éducation sexuelle sont parfois donnés un peu trop tôt. Réponse de la plus jeune des filles : « Ils sont obligés de faire la puberté avant qu’elle arrive. » Cette fille raconte ensuite à sa famille un épisode de la vie scolaire. Kevin a cherché sur YouTube une alarme incendie. Il l’a fait retentir dans la classe. On est tous descendus dans la cour et le prof : « Bah alors, ils sont où les autres ? »
Repu, je rejoins la place de l’Hôtel de Ville sur laquelle Le Soleil Noir a déployé une vaste terrasse. J’y bois le café (un euro quatre-vingts) face aux bâtiments fortifiés chauffé par le soleil avec un petit vent dans le dos puis rouvre Casanova.
Mon train liO à un euro pour rentrer est celui de quinze heures qui va à Porbou. D’où la présence d’Espagnol(e)s en nombre. Dans la conversation des deux filles d’outre couloir, je ne comprends qu’un seul mot : « discoteca ». Je me concentre sur le Canigou. Son sommet enneigé brille sous le soleil.
*
Casanova : Il est évident que la mer se retire vers le levant, et que dans trois ou quatre siècles Venise sera jointe à la terre ferme.
4 avril 2026
« C’est le grand bal de la fourrière, constate le patron du Café de la Source ce vendredi matin, ils arrêtent pas, toutes les voitures ils les enlèvent. » Alors que la tramontane qui rend fou souffle toujours, la ville prépare la procession de la Sanch. Elle démarrera à quinze heures de l’église Saint-Jacques pour un circuit passant par les autres édifices religieux. « Qu’est-ce qui se cache sous les cagoules ? » demande une femme. « Moi je sais, lui répond un habitué de comptoir, c’est que des mecs d’extrême-droite. » « Le Ku Klux Klan », ajoute le patron. « Oui mais quand même, y a pas que de l’extrême-droite dans la religion », dit tout bas la femme à sa copine. « Bon allez, bonne Sanch ! » leur souhaite le patron quand elles s’en vont.
Le vent froid est une invitation à aller lire Casanova au Grand Café de la Poste. Pour la mettre sur le trottoir le spéculatif vieillard lui faisait apprendre à danser ; car il est, disait-il, impossible que la bille entre dans la blouse tant que personne ne la pousse. Ici aussi, on parle de la Sanch où l’on attend quinze mille personnes. » Quand t’as pas le moral, c’est pas ça qu’il faut aller voir. »
Deux trentenaires prétentieuses se sont donné rendez-vous dans ce café, des Parisiennes qui parlent des galeries d’art de Saint-Germain et du Marais. Celle qui coince ses lunettes sous son nez quand elle textote monopolise la parole : « un lieu plutôt spiritualiste » « un espace vibratoire » « l’hybridation de la peinture et de la nature » « la quintessence » « c’est pas sociétal, c’est plus minéral ». Bibi et Biscotte sont les noms de leurs minuscules chiens.
Vers onze heures trente, je retiens une table à La Carmagnole, rue de la Révolution Française. Au bout de cette rue, j’entre dans la Chapelle du Tiers-Ordre de l’ancien Couvent des Dominicains. Y sont exposées les photos d’une nommée Alice Lapeyre sous l’intitulé Dérive chromatique, des images retravaillées par infographie qui plairaient sans doute aux deux Parisiennes. Je m’intéresse quant à moi au plafond de ce bâtiment, peint façon Chapelle Sixtine.
La Carmagnole est un petit restaurant dont le menu du jour est à vingt euros. J’opte pour le brick de camembert tomates séchées et le calamar farci à la catalane (excellent). J’attends un certain temps mon dessert, un gâteau au chocolat avec ganache de chocolat, car c’est complet et la restauratrice est seule pour faire le service. Son chihuahua sous le bras, une des dernières arrivées fait une photo avec sa tablette de l’ardoise où est inscrit le menu.
La Procession de la Sanch à l’origine accompagnait les condamnés à mort d’où les cagoules qui rendaient anonyme. Aujourd’hui, chaque Vendredi Saint, ce défilé symbolise le chemin de croix du Christ. Il rassemble les paroisses membres de l’archiconfrérie qui apportent leurs misteris (pièces de bois et statues grandeur nature). Les « caparutxos » vêtus de grandes robes noires, pour expier leurs péchés, défilent au son de la cloche de fer du pénitent vêtu de rouge en tête de cortège, le Regidor. Ce défilé est inscrit à l’inventaire national du patrimoine culturel immémorial.
Pour en jouir, je me cale à l’abri du vent derrière une femme en fauteuil roulant en bas de la rue François-Rabelais, là où la procession tournera à gauche vers la Cathédrale. Cet évènement est sonorisé et encadré par des Policiers de toutes les sortes, certains munis d’un fusil mitrailleur. Les porteurs et porteuses des lourds misteris possèdent une canne en u qui leur permet de les poser lors des arrêts. L’Archevêque prend la parole. Il dit que ce n’est pas un corso fleuri, évoque les conflits mondiaux, puis cet idéologue y va de son couplet anti-avortement et anti suicide assisté. Si les hommes marchent à visage caché, les femmes sont à découvert. Beaucoup portent une mantille. La mantille va bien aux jeunes filles, me dis-je en les regardant passer. Je suis sûr que Casanova le pensait aussi.
*
La procession de la Sanch se vante d’exister depuis six cent neuf ans. En fait, elle a été interrompue au dix-huitième siècle à la suite des débordements des flagellants, a resurgi sans flagellants une année, en mil neuf cent quarante-trois (tiens donc), puis sous sa forme actuelle depuis mil neuf cent cinquante.
Le vent froid est une invitation à aller lire Casanova au Grand Café de la Poste. Pour la mettre sur le trottoir le spéculatif vieillard lui faisait apprendre à danser ; car il est, disait-il, impossible que la bille entre dans la blouse tant que personne ne la pousse. Ici aussi, on parle de la Sanch où l’on attend quinze mille personnes. » Quand t’as pas le moral, c’est pas ça qu’il faut aller voir. »
Deux trentenaires prétentieuses se sont donné rendez-vous dans ce café, des Parisiennes qui parlent des galeries d’art de Saint-Germain et du Marais. Celle qui coince ses lunettes sous son nez quand elle textote monopolise la parole : « un lieu plutôt spiritualiste » « un espace vibratoire » « l’hybridation de la peinture et de la nature » « la quintessence » « c’est pas sociétal, c’est plus minéral ». Bibi et Biscotte sont les noms de leurs minuscules chiens.
Vers onze heures trente, je retiens une table à La Carmagnole, rue de la Révolution Française. Au bout de cette rue, j’entre dans la Chapelle du Tiers-Ordre de l’ancien Couvent des Dominicains. Y sont exposées les photos d’une nommée Alice Lapeyre sous l’intitulé Dérive chromatique, des images retravaillées par infographie qui plairaient sans doute aux deux Parisiennes. Je m’intéresse quant à moi au plafond de ce bâtiment, peint façon Chapelle Sixtine.
La Carmagnole est un petit restaurant dont le menu du jour est à vingt euros. J’opte pour le brick de camembert tomates séchées et le calamar farci à la catalane (excellent). J’attends un certain temps mon dessert, un gâteau au chocolat avec ganache de chocolat, car c’est complet et la restauratrice est seule pour faire le service. Son chihuahua sous le bras, une des dernières arrivées fait une photo avec sa tablette de l’ardoise où est inscrit le menu.
La Procession de la Sanch à l’origine accompagnait les condamnés à mort d’où les cagoules qui rendaient anonyme. Aujourd’hui, chaque Vendredi Saint, ce défilé symbolise le chemin de croix du Christ. Il rassemble les paroisses membres de l’archiconfrérie qui apportent leurs misteris (pièces de bois et statues grandeur nature). Les « caparutxos » vêtus de grandes robes noires, pour expier leurs péchés, défilent au son de la cloche de fer du pénitent vêtu de rouge en tête de cortège, le Regidor. Ce défilé est inscrit à l’inventaire national du patrimoine culturel immémorial.
Pour en jouir, je me cale à l’abri du vent derrière une femme en fauteuil roulant en bas de la rue François-Rabelais, là où la procession tournera à gauche vers la Cathédrale. Cet évènement est sonorisé et encadré par des Policiers de toutes les sortes, certains munis d’un fusil mitrailleur. Les porteurs et porteuses des lourds misteris possèdent une canne en u qui leur permet de les poser lors des arrêts. L’Archevêque prend la parole. Il dit que ce n’est pas un corso fleuri, évoque les conflits mondiaux, puis cet idéologue y va de son couplet anti-avortement et anti suicide assisté. Si les hommes marchent à visage caché, les femmes sont à découvert. Beaucoup portent une mantille. La mantille va bien aux jeunes filles, me dis-je en les regardant passer. Je suis sûr que Casanova le pensait aussi.
*
La procession de la Sanch se vante d’exister depuis six cent neuf ans. En fait, elle a été interrompue au dix-huitième siècle à la suite des débordements des flagellants, a resurgi sans flagellants une année, en mil neuf cent quarante-trois (tiens donc), puis sous sa forme actuelle depuis mil neuf cent cinquante.
3 avril 2026
Une boulangerie qui annonce ouvrir à sept heures, c’est prêt à l’usage à l’heure dite. Un troquet qui annonce ouvrir à sept heures, c’est, à l’heure dite, une terrasse et une véranda encore à installer. Je le constate une fois de plus rue du Maréchal-Foch, ce jeudi, après avoir marché dans les rues désertes de Perpignan.
Un pain au chocolat à un euro quinze en main, je suis autorisé à entrer malgré tout au Café de la Source où un habitué de comptoir m’a précédé. La sono diffuse des vieux succès remixés de la chanson française, Mouloudji Aznavour Les Rita Mitsouko. Je parcours L’Indépendant, journal de l’Aude et des Pyrénées-Orientales. « Une paella lance la saison de pétanque », c’est l’information la plus marquante. Quatre-vingt-dix-neuf kilomètres heure, la vitesse annoncée de la tramontane. Charles Trenet chante Douce France et le dandy arrive, lorsque je sors. Je passe chez Sankéo pour un horaire de bus qui me manquait puis chez Monoprix pour un paquet de lessive à la main (un euro quarante-neuf).
Un peu après neuf heures, j’entre dans la Cathédrale Saint-Jean-Baptiste (dite Saint-Jean-le-Neuf) qui date du quatorzième siècle et est de style gothique méridional. L’intérieur en est fort beau. Elle fait partie d’un ensemble religieux urbain comprenant aussi le cloître-cimetière Campo Santo, l'église Saint-Jean-le-Vieux, la chapelle Saint-Jean-l'Évangéliste (dite de la Funéraria) et la chapelle du Dévot-Christ avec sa statue en bois du Christ.
Un religieux en soutane noire met la dernière touche à la décoration de la sacristie fleurie de blanc. Une femme installe une table de cierges à vendre. Je m’étonne auprès d’elle de ne pas entendre sonner les heures depuis mon arrivée à Perpignan. « C’est que nous sommes dans la semaine de Pâques, me dit-elle, dès dimanche vous pourrez l’entendre. » Je viens de gagner le concours de la question idiote.
Après cette visite, je prends la rue de la Jeanne. Elle me mène au Roy d’Ys, un petit resto qui, je l’ai appris via le réseau social Effe Bé, propose ce jeudi, en plat du jour, un confit de canard pommes sarladaises. Je réserve l’une des quelques tables pour midi.
Faisant face à la tramontane glaciale, je rejoins le Grand Café de la Poste par le boulevard Wilson. « Moi, je suis contre manger la viande du cheval, déclare une fille à ses deux copines, c’est comme si je mangeais du chien. » Il est ensuite question entre elles d’omelette pascale. Mon café bu, je retrouve Casanova narrant ses premières expériences sexuelles.
J’entre à midi pile au Roi d’Ys où un homme seul et une femme seule sont déjà attablés. « Vous ne vous trompez pas d’endroit, c’est très très bon, c’est moi qui vous le dis », me dit-elle. Il n’y a que cinq tables ici et deux dehors, inutilisables car balayées par le vent. Babette, c’est le prénom de la bavarde. Lui s’appelle Serge. Ça doit être compliqué de les avoir tous les jours comme clients et de rester calme. Ce confit de canard est trop sec à mon goût. La mousse au chocolat qui suit, fort bonne. Ça fait dix-sept euros. Le patron et sa femme sont d’anciens Rouennais. Les parents d’elle tenaient Le Roy d’Ys en haut de la rue de la République. Lui habitait rue Saint-Nicolas à cent mètres de mon domicile. Ils ont ouvert ici depuis deux mois.
La tramontane souffle encore plus violemment quand vers quatorze heures un bus Bé me dépose devant la Brasserie de la Gare, face à icelle, le centre du monde selon Dali. Mon café bu, je reprends Casanova : … elle se fâche de ce que je ne lui cache pas le trop visible effet de ses charmes, et elle se refuse à un soulagement qui dans un instant m’aurait calmé.
Ce qui ne se calme pas non plus, c’est la tramontane. Je crains que l’abribus sous lequel j’attends le bus Bé du retour au Castillet ne s’envole avant son arrivée.
*
Les Perpignanaises et les Perpignanais n’ont qu’une question à la bouche : Comment que ça va être la Sanch demain, si ça souffle encore comme ça ?
Un pain au chocolat à un euro quinze en main, je suis autorisé à entrer malgré tout au Café de la Source où un habitué de comptoir m’a précédé. La sono diffuse des vieux succès remixés de la chanson française, Mouloudji Aznavour Les Rita Mitsouko. Je parcours L’Indépendant, journal de l’Aude et des Pyrénées-Orientales. « Une paella lance la saison de pétanque », c’est l’information la plus marquante. Quatre-vingt-dix-neuf kilomètres heure, la vitesse annoncée de la tramontane. Charles Trenet chante Douce France et le dandy arrive, lorsque je sors. Je passe chez Sankéo pour un horaire de bus qui me manquait puis chez Monoprix pour un paquet de lessive à la main (un euro quarante-neuf).
Un peu après neuf heures, j’entre dans la Cathédrale Saint-Jean-Baptiste (dite Saint-Jean-le-Neuf) qui date du quatorzième siècle et est de style gothique méridional. L’intérieur en est fort beau. Elle fait partie d’un ensemble religieux urbain comprenant aussi le cloître-cimetière Campo Santo, l'église Saint-Jean-le-Vieux, la chapelle Saint-Jean-l'Évangéliste (dite de la Funéraria) et la chapelle du Dévot-Christ avec sa statue en bois du Christ.
Un religieux en soutane noire met la dernière touche à la décoration de la sacristie fleurie de blanc. Une femme installe une table de cierges à vendre. Je m’étonne auprès d’elle de ne pas entendre sonner les heures depuis mon arrivée à Perpignan. « C’est que nous sommes dans la semaine de Pâques, me dit-elle, dès dimanche vous pourrez l’entendre. » Je viens de gagner le concours de la question idiote.
Après cette visite, je prends la rue de la Jeanne. Elle me mène au Roy d’Ys, un petit resto qui, je l’ai appris via le réseau social Effe Bé, propose ce jeudi, en plat du jour, un confit de canard pommes sarladaises. Je réserve l’une des quelques tables pour midi.
Faisant face à la tramontane glaciale, je rejoins le Grand Café de la Poste par le boulevard Wilson. « Moi, je suis contre manger la viande du cheval, déclare une fille à ses deux copines, c’est comme si je mangeais du chien. » Il est ensuite question entre elles d’omelette pascale. Mon café bu, je retrouve Casanova narrant ses premières expériences sexuelles.
J’entre à midi pile au Roi d’Ys où un homme seul et une femme seule sont déjà attablés. « Vous ne vous trompez pas d’endroit, c’est très très bon, c’est moi qui vous le dis », me dit-elle. Il n’y a que cinq tables ici et deux dehors, inutilisables car balayées par le vent. Babette, c’est le prénom de la bavarde. Lui s’appelle Serge. Ça doit être compliqué de les avoir tous les jours comme clients et de rester calme. Ce confit de canard est trop sec à mon goût. La mousse au chocolat qui suit, fort bonne. Ça fait dix-sept euros. Le patron et sa femme sont d’anciens Rouennais. Les parents d’elle tenaient Le Roy d’Ys en haut de la rue de la République. Lui habitait rue Saint-Nicolas à cent mètres de mon domicile. Ils ont ouvert ici depuis deux mois.
La tramontane souffle encore plus violemment quand vers quatorze heures un bus Bé me dépose devant la Brasserie de la Gare, face à icelle, le centre du monde selon Dali. Mon café bu, je reprends Casanova : … elle se fâche de ce que je ne lui cache pas le trop visible effet de ses charmes, et elle se refuse à un soulagement qui dans un instant m’aurait calmé.
Ce qui ne se calme pas non plus, c’est la tramontane. Je crains que l’abribus sous lequel j’attends le bus Bé du retour au Castillet ne s’envole avant son arrivée.
*
Les Perpignanaises et les Perpignanais n’ont qu’une question à la bouche : Comment que ça va être la Sanch demain, si ça souffle encore comme ça ?
© 2014 Michel Perdrial - Design: Bureau l’Imprimante



