Le Journal de Michel Perdrial

Le Journal de Michel Perdrial




Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.







Rss

18 octobre 2026


Ce samedi pourrait être suivi de journées de pluie intense. Il s’agit de profiter du soleil pendant qu’il est encore là. Pour cela, je prends le bus Trois direction Le Mourillon et en descends à l’arrêt Polygone. Il me faut marcher un moment sur la route par la faute des bâtiments militaires avant d’arriver au parc de bord de mer au bout duquel est la Tour Royale que l’on peut visiter uniquement en juillet et août. Je fais le tour de cette tour entourée d’une douve puis marche sur la digue vers un bâtiment beaucoup plus récent et laid. « C’était une vigie », me dit le gars de la ville qui vide les poubelles. À cet endroit aboutit le sentier qui part du Mourillon et passe par La Mitre, une succession de rochers à moitié dans l’eau. Je me demande comment j’ai réussi à l’emprunter lors de ma première venue à Toulon.
Je longe à nouveau les bâtiments militaires et arrive à Polygone quand s’y présente un bus Trois. De retour dans le Port je choisis la terrasse ombragée de La Réale pour un café verre d’eau Léautaud. Sans l’avoir cherché, j’arrive à la fin du premier volume de sa Correspondance le jour où commence la seconde moitié de mon séjour à Toulon. Le jeudi vingt-six février mil neuf cent vingt-cinq, il écrit à Mme Cayssac : Quand tu seras à Pornic, tu te rappelleras combien je te trouvais jolie, nue, dans mes bras, devant la glace. « Champagne inutile, disais-tu. Nous bandons fort bien tous les deux. » Nous bandions en effet fort bien. Tu suçais la pine avec la même gourmandise que tu gobais un éclair (toi-même tu faisais le rapprochement) et quant à moi, tu sais bien tout ce que je te faisais.
À midi, je suis à peine assis en terrasse chez Béchir que se fait entendre une manifestation remontant le cours Lafayette au milieu du marché. Une grosse centaine de jeunes suivis de quelques Gendarmes Mobiles. « La jeunesse emmerde le Front National », scandent-ils. « Ma colère est plus grande que ta bite », lis-je sur un carton porté par une fille. Ce troisième couscous m’enthousiasme moins. Il est temps de faire une pause.
J’arrive à la Station Maritime juste avant le départ du bateau pour Les Sablettes. « J’ai lancé votre café dès que je vous ai vu arriver », me dit l’aimable serveuse. Devant moi un homme qui attend sa femme parle à son chien qu’il a assis sur une chaise à côté de lui : « Je vais boire le café. Il va être froid. Je sais pas où elle est passée ta mère. » Je reprends Paul Léautaud : On ne me reprendra plus à aller à Pornic à cette époque. Les mioches qui braillent, les locataires qui font du bruit, le pullulement des gens de passage grotesques dans leurs costumes de circonstance, les voisins avec leurs phonos, c’est hideux. (à Mme Cayssac, le deux août mil neuf cent vingt-huit)
Quand je rentre avec le bateau bus de quinze heures dix les nuages sont déjà à l’affût au-dessus de la montagne. Il y a un peu d’agitation dans les rues, quelques incidents de fin de manif. Rien de semblable à ce qui se passe ailleurs. À Rouen, les magasins Boulanger, Sephora, Swarowski, Courir, Micromania et d’autres sont pillés par de jeunes crétins fascinés par la marchandise.
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Cela fait longtemps que la jeunesse emmerde le Front National avec le succès que l’on sait. Je table sur la même rendement (celui des concerts d’antan de SOS Racisme) pour le concert gratuit contre le racisme que Nicolas Mayer-Rossignol, Maire de Rouen, Socialiste, organise ce dimanche au Zénith. Pareillement inutiles, et contreproductifs, les comiques même pas drôles de Radio Nova que certains écoutent avec la même dévotion que s’il s’agissait de Radio Londres.
 

17 octobre 2026


On ne peut plus calmes et tranquilles les Toulonnais(e)s. Jamais de disputes, d’éclats de voix. Aucune tension entre celles et ceux qui installent les étals du marché. Il en est de même partout ailleurs. C’est une population placide et reposante. Ce vendredi, vers huit heures, je fais une nouvelle visite à la pharmacie. Réussie cette fois, trois pharmaciennes pour moi tout seul.
C’est le jour de mon tour du Port. Je suis surtout retenu par les quelques bateaux des pêcheurs, anciens, un peu décatis. L’un vient de rentrer, dont la pêche est vendue sur le quai. Une Prud’homie des Pêcheurs a connu des jours meilleurs. Je marche ensuite jusqu’à l’autre bout de ce quai. S’y trouve, flamboyante, la Préfecture Maritime. On y lève les couleurs chaque matin militairement.
Le soleil ayant atteint les tables de première ligne du Grand Café de la Rade, je m’y assois pour un café verre d’eau. « On n’a pas de serveur, ils viennent pas au boulot, me dit celui qui me sert, c’est moi qui ai soixante-quatre ans qui cours partout. Ça me met en pétard. Je vais arrêter aussi. Je vais prendre ma retraite. » Près de la statue du Génie de la Navigation est installé un barnum « Together to protect the Mediterranean ». Une classe reçoit la bonne parole puis monte sur un bateau partenaire de l’opération. C’est toujours sur le dos des enfants que l’on met le poids des turpitudes des adultes. J’ouvre Léautaud. Ne comptez pas sur moi demain. J’ai passé ma journée d’hier à paresser et à lire au lieu de travailler. écrit-il le neuf juillet mil neuf cent vingt-trois à Maurice Martin du Gard, directeur des Nouvelles Littéraires, qui attend un texte de lui. En post-scriptum il ajoute : Ce n’est pas Baudelaire qui a appelé Sand la vache à écrire. C’est Nietzsche.
Le vendredi, c’est l’aïoli. Le mieux, me dis-je, c’est de manger chez Béchir celui fait par sa femme. Il est à quinze euros quatre-vingt-dix. C’est bon mais peu de poisson.
Aux Palets d’Or, j’achète une part de tarte à l’abricot que je mange à la Station Maritime en attendant le bateau bus pour Les Sablettes. C’est loin d’être un bon gâteau. Toulon est une catastrophe en ce qui concerne les boulangeries pâtisseries.
Le café verre d’eau m’est apporté d’office par la jeune serveuse à la terrasse du Prôvence Plage. Si elle ne peut pas me faire rêver, elle est très sympathique. « Vous voulez les dix centimes ? » me demande-t-elle lorsque je lui donne deux euros pour payer (de l’art d’obtenir un petit pourboire). Personne ne vient perturber ma lecture des lettres de Paul Léautaud. Le quatre juillet mil neuf cent vingt-quatre, il écrit à son amante, Madame Cayssac : Qu’est-ce qu’il a le « gros niais » ? On arrive. On lui dit bonjour. Pas de réponse. Il part. Il ne dit pas le moindre au revoir. Inutile de lui en parler. Je me moque de ses bouderies. C’est moi qui tiens le bon bout. Je baiserai encore sa femme.
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Pourquoi diable écrire si ce n’est pas pour dire ce qu’on pense et ce qu’on sent. (Paul Léautaud)

16 octobre 2026


Les tables sont humides, de la terrasse du Maryland, ce jeudi matin. Une petite rosée qui va vite disparaître, le soleil est au programme. Il y a comme toujours dans les parages un type qui regarde une vidéo sur son smartphone avec le son offert à tout le monde. Je n’ai pas les codes pour intervenir dans cette région, ce que je n’hésite pas à faire dans la moitié nord du pays. Souvent, ils regardent des vidéos de « Personne ne vous a jamais dit que ».
À huit heures et quart, j’entre à la pharmacie pour le renouvellement du collyre censé freiner mon glaucome. Hélas m’a précédé une femme à multiples ordonnances. « Ça aussi, j’y ai droit », dit-elle à la pharmacienne. Celle-ci étant seule, je laisse tomber et rejoins la Station Maritime.
Le bateau pour Les Sablettes part à huit heures trente. Nous ne sommes que sept passagers. Dans l’autre sens, il fait le plein avec les travailleurs travailleuses qui se rendent à Toulon.
Par le Port Saint-Elme et la pinède, je rejoins Sainte-Asile et son bar tabac de bord de plage où la rosée est encore sur les tables. J’en choisis une haute au soleil. En buvant mon café, j’assiste au départ du bateau des plongeurs et à l’arrivée de la camionnette Chronopost apportant des quantités de colis. La clientèle est aux antipodes de celle des cafés de Sanary. Tandis que je lis Léautaud, à ma gauche on raconte sa croisière en Méditerranée (du bruit, de la saleté, un vol de sacs) et à ma droite on fait connaissance avec la future gardienne de son chien. Faire de mauvais choix, se compliquer la vie, tel est le quotidien de la plupart.
Chez La vie est une fête, je déjeune de pinsa guacamole jambon blanc fumé (moyen) d’une tête de veau ravigote (excellente) et de la brioche perdue (répétitive). « Mesdames et messieurs, pour ceux qui voudraient des sèches c’est raté, annonce le patron. Il y aura des gambas à la place. Le petit, en cuisine, il a voulu faire le malin, il a tenu ça sans gants sans torchon, tout par terre. » Durant ce repas, je subis un couple de quinquagénaires, lui entraîneur de rugby, elle je ne sais quoi, tous deux plongés dans leur smartphone à commenter les ragots du moment.
Pour le café, je migre une nouvelle fois chez Prôvence Plage. Pourquoi faut-il que ce soit derrière moi que s’installent trois jeunes mères et leurs nouveau-nés dont le futur n’a pas été pris en compte quand il s’est agi de les concevoir. Je m’en vais avant qu’elles racontent leur accouchement.
À l’embarcadère des Sablettes est présente une classe d’une école de Toulon venue marcher jusqu’à Sainte-Asile avant les vacances de Toussaint. Il y a aussi un groupe de marcheurs à bâtons. Heureusement que je ne suis pas dans les derniers arrivés car il n’y aura pas de place pour tout le monde. Ce qui sauve les adultes, c’est que le capitaine refuse d’embarquer plus de douze enfants. Il n’a que douze gilets de sauvetage pour enfants sur son bateau. Les autres doivent attendre le prochain qui arrivera dans une demie heure.
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Un jeune mendiant s’adressant à moi au Maryland : « T’as pas cinquante centimes pour manger, Tonton ? » Tonton !
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Une cliente du Mas Sainte-Asile : « Ah, c’est une belle plante ! Elle a des seins. Elle a des fesses. Remarque, son mari, il est militaire. Il a l’habitude de travailler les obus. »

15 octobre 2026


Cette fois, la serveuse du Maryland ne manque pas de m’apporter un verre d’eau avec mon café allongé. « Je vous paie mon café sans verre d’eau », lui ai-je dit la dernière fois qu’elle était de service. « Merci de votre réflexion », m’avait-elle répondu. Quand je pars, elle me souhaite une bonne journée. Comme quoi (comme on dit).
Ce mercredi, je retourne à Sanary. Je monte à la Gare Routière sans pouvoir traverser la place de la Liberté en diagonale. Il semblerait qu’on y installe le Marché de Noël. Je prends le bus Soixante-Dix jusqu’à son terminus Bonnegrâce puis marche jusqu’à ma cible. C’est le jour du grand marché de Sanary qui se vante d’avoir été élu Plus Beau Marché de France. Il est vaste, bien situé en bord de mer, mais beau, non. Le plus beau marché du coin, c’est celui du cours Lafayette à Toulon.
Je passe derrière la Tour, une imposante tour carrée avec vue panoramique depuis sa plateforme (trop tard pour moi, je ne peux y monter pour cause d’échelles abruptes) et atteins le départ d’un chemin de croix de pente mesurée, la montée de l’Oratoire. Ça monte tranquillement, il ne faut pas épuiser la bourgeoisie locale. Des images dorées racontent la fin de vie du nommé Jésus. La dernière, la Résurrection, est devant la chapelle de Notre-Dame de Pitié. Une chapelle assez banale où sont à genoux deux femmes et un homme. Peut-être prient-ils pour Léon le Pape à qui on vient de découvrir un cancer du poumon.
Juste à côté est la villa cachée derrière une grille, le Moulin Gris, où Alma Malher et Franz Werfel, fuyant le nazisme, se réfugièrent temporairement. Je continue à monter, chemin de la Colline. Tout au bout est une autre villa, bien visible, La Tranquille, où Katia et Thomas Mann firent de même.
Pour redescendre, je prends un escalier assez affolant que je ne voudrais pas monter. Il me met au bord de l’eau. Arrivé dans le Port, je prends place, plus ou moins à l’ombre, à la terrasse du Café de Lyon. La vue serait belle sur le Port si elle n’était gâchée par les marchands de frusques du marché. La clientèle est bourgeoisement locale et le café seulement à un euro quatre-vingts. Je lis là un peu de Léautaud. Il fait une chaleur à suer. Certaines ont sorti l’éventail. L’une va aller voir Les Misérables, c’est le plus beau de tous les films faits du livre, il paraît. L’autre vient d’acheter le disque de Serge Lama.
Midi moins le quart, c’est le moment où le Café de Lyon se transforme en restaurant par l’ajout de nappes blanches sur les tables. Je vais manger ailleurs, derrière l’église Saint-Nazaire, une nouvelle fois au Fusiø. Dans le menu à vingt-cinq euros, je choisis le tartare de thon, le pavé de saumon et le choco noisettes. Derrière moi déjeune un couple de quinquagénaires. « Samedi, je me fais couper les cheveux, lui dit-elle, tu ferais bien d’y aller aussi, t’es moche. »
Pour rentrer, je trouve le bus Quatre-Vingt-Trois qui va aux Sablettes. J’en descends à La Seyne Centre. Aucun café n’est possible dans le Port de La Seyne. Je profite du bateau bus de quatorze heures pour rentrer à Toulon et le prendre au Grand Café de la Rade, en première ligne et à l’ombre. Mon pauvre Apollinaire a bien souffert et s’est bien débattu contre la mort. Il disait au médecin : « Sauvez-moi, docteur, sauvez-moi, je veux vivre ! » Tant de talent, et si charmant ! Je l’aimais beaucoup, moi qui ne suis pas prodigue. écrit Paul Léautaud à Madame Cayssac le seize novembre mil neuf cent dix-huit.
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À Six-Fours : un Espace Samuel Paty. C’est un rond-point. Une façon de rendre hommage sans se mouiller.

14 octobre 2026


Bis repetita, ce mardi de ciel bleu. Je m’apprête à prendre le bus Vingt-Trois direction Hyères quand arrive un bus Six dont le terminus est Terre Promise (pour qui la cherche, c’est à La Garde). Il s’arrête lui aussi à Isthmia où je dois descendre, alors j’y monte.
Une fois arrivé, je mets un bout de temps à trouver la route de la Basse Batterie qui descend longuement en contournant les propriétés privées cossues. J’arrive enfin à la chapelle Notre-Dame du Cap Falcon dédiée à tous les Pieds-Noirs enterrés en Afrique du Nord. Ne reculant pas devant l’effort, je grimpe le rude escalier qui y mène. De nombreux ex-voto sont accrochés sur une grille dans le dos de la Vierge.
Peu après est l’entrée par un escalier descendant de la partie de l’anse Méjean où je n’avais pas pu aller hier, mais déjà vue il y a deux ans. Je retrouve avec plaisir cet amas de constructions désordonnées. Le bar L’Escale est toujours là, tenu par un jeune trio (un homme et deux femmes). Je n’aime pas leur mentalité. Elles et lui se gaussent d’un qui leur a envoyé un message pour demander s’il était possible d’avoir un menu de groupe à trente euros par personne. « Trente euros, c’est ce qu’on a dépensé chacun au McDo », dit-l’une. Le café était à deux euros cinquante, il y a deux ans. Il l’est toujours.
Ayant appris par Var Actu que l’on pouvait à nouveau rejoindre Le Mourillon par le sentier littoral, avec quand même un détour par la route, je m’y risque. J’explore ainsi le magnifique cap Brun à l’aide de ce sentier à nombreuses marches à monter et à descendre et avec passage sur le gravier en bordure de mer. Puis c’est un rude escalier et plus loin un encore plus rude escalier, conséquence du dernier éboulement de rochers. Ce dernier mène sur la route de la corniche, laquelle descend jusqu’au rond-point des bus Trois.
L’un est là dont la conductrice, descendue de son véhicule, est en pause. Je lui dis bonjour. « Vous pouvez monter si vous voulez », me dit-elle. Ce n’est pas le même genre que celle de l’autre jour à Sanary.
Je descends à Maillol, rejoins le quai, remonte jusqu'à la Gare Maritime et embarque dans le bateau pour Les Sablettes. À midi cinq, je suis installé bien à l’ombre à la terrasse de La vie est une fête. Dans le menu à vingt et un euros cinquante, j’opte pour le hareng pommes à l’huile, la joue de bœuf confite polenta olives câpres et la brioche perdue. Après ce bon repas, je rejoins Le Prôvence Plage pour un café verre d’eau Léautaud. Sur la plage, on bronze. Dans la mer, on nage. L’été se prolonge.

13 octobre 2026


« C’est triste quand c’est comme ça », déclare le fleuriste en ôtant les fleurs de son petit train. Il est désolé d’être le seul ambulant du cours Lafayette le lundi. Moins d’animation, mais c’est l’occasion de bien voir ce boulevard arboré. Dans le port, les nuages roses sont souillés par la fumée noire d’un ferry. Quand je relève les yeux, il n’est plus là. Comme c’est le jeune serveur qui opère au Maryland, j’ai mon verre d’eau avec mon café.
Ce lundi, je vise deux anses aussi baptisées calanques : Méjean que je connais déjà et Magaud que je ne connais pas. Autrefois, on pouvait les rejoindre à pied par le sentier côtier depuis Le Mourillon. Ce sentier est fermé pour raison d’insécurité, comme je l’ai appris à mes dépens la fois précédente.
Le bus Vingt-Trois qui va à Hyères a un arrêt Magaud sur la route de la corniche. Je prends celui de huit heures trente à l’arrêt Lafayette devant l’église des intégristes. Peu après l’arrêt Magaud, une voie goudronnée descend vers la calanque, de plus en plus pentue. Peu avant la mer, cette voie se divise en une fourche. Tout droit, ça mène aux quelques cabanons de l’anse Magaud et au resto nommé La Calanque qui n’ouvre que l’été. À droite, ça va à un petit port entouré de quelques bâtisses à l’architecture hasardeuse. « Association des pêcheurs plaisanciers du Port Méjean », est-il indiqué. Je suis donc arrivé sans l’avoir voulu à l’anse Méjean. Je suis rejoint par un pêcheur à la ligne venu en scouteur et par un résident sorti prendre l’air et marquer son territoire. C’est un bien bel endroit, Méjean
De Port Méjean, on a belle vue sur l’autre partie de l’anse, mais impossible de la rejoindre par le sentier côtier, la falaise est éboulée, c’est barré. Il faut remonter puis redescendre je ne sais où. Avec la sagesse qui me caractérise, je décide de reporter l’autre bout de Méjean à demain. De retour sur la route de la corniche, je n’ai qu’à attendre deux minutes pour voir arriver un bus Vingt-Trois terminus Gare de Toulon.
J’en descends au Mourillon, à l’arrêt Fort Saint-Louis, et me trouve une place de première ligne à la terrasse de La Réserve. Le ciel est complètement bleu et pas un poil de vent pour gêner ma lecture de Léautaud sitôt le café bu.
Pour déjeuner, je rentre au centre de Toulon avec un bus Trois dont je descends à Maillol. Je rejoins le quai et marche jusqu’à L’Air du Temps. Je peux m’installer en terrasse dès midi moins le quart. La formule du jour : lapin à la niçoise et gâteau au chocolat. C’est le restaurant le plus proche du « premier réseau de bateaux bus de France ».
Mon repas terminé, je prends le premier pour Les Sablettes et la terrasse de bord de mer du Prôvence Plage. Un café et je me replonge dans ma lecture. J’ai le courage de mes ridicules comme de mes manques de goût, et je vous dirai tout net que la mer ne me dit rien. Elle est là à cent mètres de ma fenêtre, et je regarde cela comme une grande étendue d’eau sale. écrit Paul Léautaud à Paul Morisse le vingt-huit septembre mil neuf cent quatorze. Pour fuir l’arrivée des Allemands, il s’est laissé emmener à Pornic par Madame Cayssac (dite le Fléau), son amante, et le mari de celle-ci (dit le Bailli).

12 octobre 2026


Pas encore croisé un(e) voisin(e) dans l’escalier de l’immeuble de mon logis Air Bibi. Je les entends le monter ou le descendre et ensuite aucun bruit ne me parvient des appartements. Les marches de cet escalier sont constituées de bois et de tomettes hexagonales rouges. C’est exactement le même que celui, intérieur, de mon appartement rouennais. Cela me donne l’impression d’être revenu chez moi lorsque je le rentre.
Un léger vent frais accompagne mon petit-déjeuner du Maryland. Je le fais durer car nous sommes dimanche. Je dois attendre le bateau bus de neuf heures cinq pour aller à Saint-Mandrier. Cela sans verre d’eau car la serveuse ne me l’a pas apporté et quand j’ai réclamé n’en a pas tenu compte. Si l’on veut être gentil avec elle, on peut dire qu’elle est décontractée ; sinon, qu’elle ne fiche pas grand-chose.
Un vide-greniers occupe la place devant la Mairie de Saint-Mandrier. Je le parcours sans illusion et donc sans déception. Je rejoins ensuite l’autre côté de la presqu’île. Arrivé à la plage de la Coudoulière, je marche vers le fort mais me garde bien, instruit par l’expérience, de me lancer dans la grimpette qui y mène.
À côté est le Domaine de l’Ermitage, ancienne exploitation agricole maintenant aux mains du Conservatoire du Littoral où ce jour c’est la Fête de la Cougourdo qui commence par un défilé conduit par une musique provençale.
Revenu au centre du village, je prends place la terrasse de La Goélette qui a vue sur le Port pour un café verre d’eau Léautaud. Désormais, une lettre sur deux de celui-ci est consacrée aux chiens perdus ou aux chats trouvés. Je saute donc une lettre sur deux.
Le vent me décourage de déjeuner à l’une des terrasses d’ici et l’intérieur des restaurants ne me tente pas. Aussi rentré-je à Toulon avec le bateau qui arrive à midi et me contenté-je du Grand Buffet à Volonté du Grand Café de la Rade avant un café verre d’eau Léautaud à L’Escale.

11 octobre 2026


Direction le Stade Mayol ce samedi matin après le Maryland pour attendre le bus Trois direction Le Mourillon. J’en descends à l’arrêt La Mitre.
À droite commence le sentier côtier qui va jusqu’à la Tour Royale en passant par la plage de la Mitre, un sentier pavé doté de nombreux escaliers. Au détour d’un surgit la Mitre. Ce rocher qui sort de l’eau a l’allure d’une bite rugueuse. Un belvédère permet de se repérer. La vue est belle sur le large de l’île de Porquerolles à la presqu’ile de Saint-Mandrier. Arrivé à la toute petite plage Pipady, j’aperçois la Tour Royale. Pour atteindre celle-ci, il faut marcher sur des rochers mouillés au ras de la mer. Je l’ai fait la première fois que je suis venu ici, y ai renoncé la deuxième et ne m’y risque pas davantage ce samedi. Je fais demi-tour. Sur une table demi-ruinée qui n’était pas là à l’aller, cette invitation : « Vous pouvez la prendre si vous êtes bricoleur ».
Je reste sur ma réserve et rejoins celle de l’allée Frédéric-Mistral pour un café verre d’eau Léautaud. Du onze au quatorze septembre mil neuf cent huit, il est en voyage à Rouen avec Rémy de Gourmont et Louis Dumur. Cela vaut deux cartes postales à Blanche Blanc qui se fait appeler madame Léotaud, l’une du Gros-Horloge, l’autre de Bonsecours : Un peu gêné d’être ici quand tu es là-bas, très sincèrement. Il faudra tâcher de revenir ensemble. La ville est très intéressante. Une molle promesse évidemment non suivie d’effet.
« Je m’arrête pas à Maillol », annonce le chauffeur de bus de retour alors qu’on y est presque. « S’il y en a qui veulent descendre… », ajoute-t-il avant de s’arrêter.  Il y en a. « C’est à cause du match », dit un renseigné. Tout est déjà barriéré autour du stade surveillé par la maréchaussée.
Je rejoins le cours Lafayette et chez Béchir pour le couscous. L’un présente sa vieille mère : « Je suis venu manger avec vue sur la mère. » Toujours aussi bon ce couscous, avec un petit peu moins de mouches énervantes. Pour le café, c’est à L’Escale. On y écoute Joe Dassin et son petit pain au chocolat.

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