Au Centre : Limoges

5 août 2020


Après une bonne nuit de huitième étage, je rejoins la Gare des Bénédictins par le raccourci. Il me fait passer devant la Gare Routière où un homme est assis sur un banc. Je lui demande s’il sait où je peux me procurer les horaires sur papier des cars de la Région. Il me répond qu’il est l’un des chauffeurs et que sa collègue chargée du bureau arrive. Il m’emmène jusqu’à elle et celle-ci entreprend de récolter tout ce qui existe en matière d’horaires de car partant de Limoges. De là j’entre en Gare, vais à l’accueil et demande au guichetier la même chose pour les trains. « D’abord, je vais vous donner le plan de lignes de la région », me dit-il, puis il récolte tout ce qui existe en matière d’horaires de train depuis Limoges. Il est huit heures et demie et me voici muni de tout ce qu’il faut pour organiser la suite de mon séjour grâce à ces zélés employés.
De la Gare, je file droit sur la Cathédrale Saint-Etienne où des ouvriers travaillent avec du matériel électrique (qu’ils n’y mettent pas le feu) puis je remonte le centre-ville vers les Halles Centrales en explorant chaque rue attirante. Je découvre que Limoges vaut la peine, par ses maisons (notamment à pans de bois), ses églises Saint-Pierre-du-Queyrois et Saint-Michel-des-Lions, sa chapelle Saint-Aurélien dans l’ancien quartier des bouchers, son pavillon du Verdurier, ancien congélateur art déco dû à Roger Gonthier, ses Halles façon Baltard, etc. Je ne manque pas de passer rue des Combes.
Pour déjeuner, ne trouvant pas mieux, je retourne aux tables de terrasse pour six du Bistrot d’Olivier et y choisis la fraise de veau sauce gribiche, l’onglet sauce échalote pommes grenailles et le plateau de fromage (j’ai besoin de calcium) avec un peu plus de vin rouge qu’hier, rapport au fromage.
Je n’ai ensuite qu’à me laisser glisser en passant par l’Hôtel de Ville un peu kitch puis par les jardins de l’Evêché jusqu’au bord de la Vienne. J’en remonte le cours jusqu’à trouver un banc à l’ombre. Derrière moi des locaux jouent à la pétanque. Sur la rivière passent des padeules. Pour un peu, je me croirais dimanche.
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C’est à Limoges, rue des Combes, m’a appris mon vieux Guide du Routard, que Lucien Ginzburg passa une partie de son adolescence au temps des persécutions nazies. Oui mais où précisément ? Apercevant une vieille femme se coiffant à l’intérieur du bar Le Gousset, je lui demande si elle sait. Elle est très sourde, mais on arrive à s’entendre.
C’est plus bas, au numéro treize, m’explique-t-elle. C’était sous les toits, c’était terrible. Les journalistes sont venus chez moi. Parce que, vous savez, il y a eu un film. Il a dit qu’il aimait pas du tout les Limousins. Parce que vous savez, les gens d’ici, ils sont spécials. J’ai soixante-treize ans. Ça fait quarante-cinq ans que je suis ici. Vous, vous n’êtes pas Limousin ? Ça se voit.
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Je fais une photo de ce numéro treize mais en rentrant, je lis sur le site du Populaire du Centre que la rue a été renumérotée, que c’était au onze que le jeune Lucien vivait caché avec sa famille avant de devoir partir pour Saint-Léonard-de-Noblat.
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Hier, dans ce même Populaire du Centre, un article écrit par une journaliste sur le frotteur de Limoges condamné pour agression sexuelle sur une mineure de quinze ans dans un Super U. On y lit ceci : « C’est plus loin, devant les farines que Marion est devenue blanche. » et aussi « Car, elle, refuse désormais d’accompagner sa maman faire les courses. »
De quoi amuser le mauvais esprit que je suis.