Ce lundi je délaisse mon café habituel de début d’après-midi pour rejoindre Le Flaubert. J’y arrive vers quatorze heures vingt alors qu’on y mange encore. C’est tout petit. Le patron me débarrasse une table près de la vitre. Le café bu, j’y commence Le Livre de l’intranquillité de Fernando Pessoa qu’il était temps que je lise. Près de moi déjeunent deux collègues dans le bâtiment. Au comptoir boivent des verres de vin blanc trois femmes et deux hommes quadragénaires. Le patron est là depuis peu, il explique les quelques changements faits dans son bar.
Mes deux voisins ne sont pas pressés de retourner au travail. Quand le téléphone de l’un d’eux sonne, il répond « Oui chérie, on est à Brico Dépôt là. » Les buveurs de vin blanc ont des conversations adaptées. Ainsi sur l’incendie du Constellation : « A c’qui paraît, la gérante, si elle a été brûlée aux bras, c’est parce qu’avant de fuir, elle a pris la caisse. »
Si cette brasserie s’appelle Le Flaubert, c’est parce qu’elle se trouve avenue Gustave-Flaubert. Néanmoins, un portrait de l’écrivain moustachu est accroché dans les toilettes. Tous les présent(e)s sont encore là quand, peu avant seize heures, je quitte les lieux après avoir payé un euro cinquante.
Je rejoins à proximité l’avenue Pasteur. Près de la pharmacie m’attend un homme qui porte un carton à la main. C’est celui à qui j’ai acheté hier soir via Le Bon Coin des chaussures en cuir noires de marque inconnue, comme neuves, qu’il a lui-même achetées en Hollande via Vinted et qui lui sont trop grandes. C’est pour remplacer ma paire de Doc Martens, laquelle vient de se trouer. Plus question d’acheter ce genre de chaussures, chères et peu durables.
L’homme me fait entrer dans le hall de l’immeuble cossu où il réside. « J’ai apporté une chaise afin que vous puissiez les essayer », me dit-il. C’est ainsi que je me déchausse du pied droit, enfile une de ses chaussures, trouve que ça pourra aller et lui donne les vingt euros demandés.
Pour rentrer, comme il s’est mis à sérieusement pleuvoir, je passe devant le Pôle Universitaire Pasteur pour rejoindre sur le quai l’arrêt des bus Teor. S’y presse déjà une foule étudiante. Je voyage debout évidemment mais gratuitement car le valideur est en panne.
*
Le Flaubert, je n’y suis allé qu’une fois précédemment. Il y a des années. Invité à prendre un café par une des juges du Tribunal Administratif qui se trouve en face et que je fréquentais souvent à l’appel du Réseau Éducation Sans Frontières. Cette juge avait lu ce que j’en écrivais et souhaitait me parler de son travail. Nous avons eu une discussion paisible. Elle voulait surtout me faire savoir que pour s’opposer à une Obligation de Quitter le Territoire Français, elle ne pouvait s’appuyer que sur les textes de loi.
Je n’ai pas raconté cette rencontre à cette époque car je ne voulais pas que ça puisse lui causer du tort. Le temps ayant passé, elle ne risque plus rien.
Mes deux voisins ne sont pas pressés de retourner au travail. Quand le téléphone de l’un d’eux sonne, il répond « Oui chérie, on est à Brico Dépôt là. » Les buveurs de vin blanc ont des conversations adaptées. Ainsi sur l’incendie du Constellation : « A c’qui paraît, la gérante, si elle a été brûlée aux bras, c’est parce qu’avant de fuir, elle a pris la caisse. »
Si cette brasserie s’appelle Le Flaubert, c’est parce qu’elle se trouve avenue Gustave-Flaubert. Néanmoins, un portrait de l’écrivain moustachu est accroché dans les toilettes. Tous les présent(e)s sont encore là quand, peu avant seize heures, je quitte les lieux après avoir payé un euro cinquante.
Je rejoins à proximité l’avenue Pasteur. Près de la pharmacie m’attend un homme qui porte un carton à la main. C’est celui à qui j’ai acheté hier soir via Le Bon Coin des chaussures en cuir noires de marque inconnue, comme neuves, qu’il a lui-même achetées en Hollande via Vinted et qui lui sont trop grandes. C’est pour remplacer ma paire de Doc Martens, laquelle vient de se trouer. Plus question d’acheter ce genre de chaussures, chères et peu durables.
L’homme me fait entrer dans le hall de l’immeuble cossu où il réside. « J’ai apporté une chaise afin que vous puissiez les essayer », me dit-il. C’est ainsi que je me déchausse du pied droit, enfile une de ses chaussures, trouve que ça pourra aller et lui donne les vingt euros demandés.
Pour rentrer, comme il s’est mis à sérieusement pleuvoir, je passe devant le Pôle Universitaire Pasteur pour rejoindre sur le quai l’arrêt des bus Teor. S’y presse déjà une foule étudiante. Je voyage debout évidemment mais gratuitement car le valideur est en panne.
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Le Flaubert, je n’y suis allé qu’une fois précédemment. Il y a des années. Invité à prendre un café par une des juges du Tribunal Administratif qui se trouve en face et que je fréquentais souvent à l’appel du Réseau Éducation Sans Frontières. Cette juge avait lu ce que j’en écrivais et souhaitait me parler de son travail. Nous avons eu une discussion paisible. Elle voulait surtout me faire savoir que pour s’opposer à une Obligation de Quitter le Territoire Français, elle ne pouvait s’appuyer que sur les textes de loi.
Je n’ai pas raconté cette rencontre à cette époque car je ne voulais pas que ça puisse lui causer du tort. Le temps ayant passé, elle ne risque plus rien.