Au Sud (vingt-huit) : Giens, Port du Niel

29 septembre 2022


Il est grand temps d’aller dans la Presqu’île de Giens car les deux bus qui la desservent ne circuleront plus après le deux octobre (ce sera du transport à la demande).
C’est pourquoi ce mercredi je suis quand même de retour dans le car Zou ! qui part pour Le Lavandou à sept heures quarante-cinq et j’en descends à Hyères Centre Joffre où je monte peu après dans le bus Mistral numéro Soixante-Sept dont le terminus est La Tour Fondue au bout de la presqu’île, là où se trouve l’embarcadère pour Porquerolles. Je le quitte à l’arrêt Giens, près du l’église du village perché, et à deux pas d’icelle, je reconnais le petit magasin Spar où j’allais faire des courses chères.
C’était il y a plus de trente ans. Un mois de vacances d’été passé à Giens dans un mobil-home loué à un psychiatre via une annonce de Libération. Ce mobil-home était son ancienne demeure et se trouvait dans son jardin. Un soir j’y ai dîné, dans ce jardin, avec un couple de ses amis, Frédéric Chopin (de la famille de l’autre mais pas son descendant puisque le compositeur n’a pas eu d’enfant) et sa femme (une Castafiore anglaise).
Ce psychiatre faisait faire de la moto à sa femme enceinte de huit mois. Son oie dormait dans sa Mercedes. Des fourmis se baladaient dans son réfrigérateur. Un jour où nous étions en route pour Aix-en-Provence où sa femme devait consulter pour l’accouchement, deux pneus de sa Mercedes éclatèrent en même temps dans un virage.
Je serais bien incapable de retrouver la maison de ces vacances lointaines. Je n’essaie même pas. Je vois une pancarte indiquant Port du Niel et je suis cette route qui descend vers la mer. De chaque côté, ce sont des quartiers privés à l’américaine.
Quand j’arrive en bas, je découvre un charmant petit port que j’avais oublié. Quelques pêcheurs y officient encore. Une caisse en fait foi, emplie de gros et longs poissons. Ceux qui les ont attrapés me disent leurs noms, qui me sont inconnus et que je ne peux retenir. De ce port, il y a vue sur les îles.
Remonté au village, je constate qu’aucun restaurant ne fera mon affaire, bien que l’un s’appelle Mich’Resto, et que l’unique bar ouvert l’est sur la route. Aussi, je vais attendre le bus du retour.
Celui-ci longe les étangs et les salins des Pesquiers. Des flamants roses se font voir. J’en descends à l’arrêt Gare de Hyères et attends le numéro Vingt-Neuf qui va à la Gare Routière de Toulon. Si le trajet au début n’est pas désagréable, qui montre vignes et oliviers, par la suite c’est une banlieue interminable. Quand je suis au but, je me jure de ne plus jamais le prendre.
A midi dix, je suis à la Feuille de Chou. Le plat du jour est poitrine de veau farcie au figatelli et gratin dauphinois. Il s’avère excellent. Le dessert est un fondant au chocolat. Ce pourrait être un bon moment mais nous sommes mercredi et un couple avec trois enfants me côtoie de trop près. L’un des moutards a nom Gustave. Ça en dit long.
Ce putain de mistral continuant à souffler, je m’assois à une table située contre la paroi de l’auvent de La Cigale. Là, après un café, je peux quand même lire, mais moins longtemps que je le voudrais.
J’en repars après avoir constaté que le mistral est aux pigeons ce que le ventilateur est aux moustiques, une sérieuse source de dérangement.
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Il y a plus de trente ans, l’été, la plage publique de Giens, c’était déjà l’horreur. Des corps par milliers collés les uns aux autres et des guêpes par dizaines autour des poubelles.
La première solution fut d’aller à la plage de l’Hôpital Renée-Sabran mais la vue des estropiés d’accidents de la route avait fini par devenir déprimante.
Aussi le choix fut d’emprunter à pied la voie privée d’un quartier réservé nommé La Polynésie et de s’allonger sur le sable de sa petite plage bien cachée dans une calanque, parmi des riches qui n’osaient ou ne pouvaient protester.
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Saint-John-Perse adorait Giens et y est enterré, pas eu envie d’aller le saluer, pas assez cher à mon cœur (comme on dit).