Auprès de mon arbre

15 août 2026


Mon arbre (un tilleul si je ne me trompe) n’a jamais été aussi touffu que cet été. Je devrais dire : l’arbre de la copropriété. Il aurait dû être tondu l’hiver dernier, comme il l’est tous les trois ou quatre ans. C’est ce que m’avait dit l’un des résidents. Cela n’a pas été fait, conformément au laisser-aller qui règne dans la copropriété. Il souffre donc au maximum de la chaleur et de la sécheresse qui va avec la succession des canicules.
Sous ses branches s’amoncellent des feuilles plus que mortes, desséchées. Des pigeons et des merles les parcourent à la recherche d’insectes à manger. Cela fait un bruit étonnant, du genre de celui qu’on entend la nuit quand on campe en pleine nature et qui vous effraie, vous donnant à penser qu’un renard ou un sanglier tourne autour de votre tente. Touffu comme il est, il lui reste heureusement des quantités de feuilles vertes. J’ai appris récemment qu’en cas de sécheresse durable, les arbres se mettent à l’arrêt. Ils ne captent plus le gaz carbonique que génèrent les humains. Au moins continuent-t-ils à faire de l’ombre. 
C’est à l’ombre de « mon » arbre que je lis sur le banc du jardin. Les livres se succèdent. Ce vendredi : Les deux rives de Roger Grenier, paru après sa mort, recueil de courtes anecdotes notées par lui durant sa vie d’auteur et d’éditeur chez Gallimard. La dernière date de deux mille cinq. Elle a pour titre Mort à Venise :
Ainsi sur un banc, je me chauffais au soleil, à San Michele, l’île-cimetière de Venise. J’ai été abordé par un couple d’Allemands, des personnes d’un certain âge. Ils m’ont demandé où était la tombe de Wagner. Je ne sais pas l’allemand mais j’ai réussi à comprendre et à leur faire comprendre que Wagner est mort à Venise, mais qu’il n’a pas été enterré à Venise. J’ai pensé au cortège de gondoles jusqu’à la Stazione Termini, puis le train spécial…
Et je me suis mis à regretter mon ignorance de leur langue qui m’empêchait de leur préciser que Wagner est mort à Venise, oui, en se faisant faire une gâterie, comme on dit, par la femme de chambre.
Je me demande d’où il tenait cela.
                                                              *
Terrasses rouennaises :
Un homme divorcé dont la mère divorcée remplace la femme, cocktails, selfie avec l’enfant, et puis on va au restaurant.
Une fille à son copain : « Est-ce que tu veux que je te fasse un cadeau maintenant ou j’attends d’avoir un peu plus d’argent ? »
Jeune couple anglophone. Il boit un café. Elle boit un verre de blanc. Elle lit Emma de Jane Austen. Lui aussi lit, mais je ne vois pas quoi.
Une fille qui va se marier à sa copine : « À côté de la maison qu’on a louée, il y a une maison vide. Du coup, ma mère, elle a demandé à la propriétaire si les gens qui seront trop bourrés pourraient dormir dedans.