Contes de la lune vague après la pluie à l’Opéra de Rouen

21 mars 2015


Le merle fait ce qu’il faut vers six heures pour que cette journée soit bien celle du nouveau printemps mais quand je mets le pied dehors deux heures plus tard en direction du marché du Clos, il fait gris et froid. Les ouvriers polonais travaillant depuis des mois sur le chantier du vingt-quatre de la rue Saint-Romain déchargent leur matériel du vieux camion immatriculé dans leur pays garé tout contre le mur de l’Archevêché. Ils semblent aussi épuisés que s’ils terminaient leur journée. Je ne trouve aucun livre et rentre.
Deux heures plus tard, il fait encore plus froid et sombre. L’éclipse de soleil que personne ne verra doit expliquer cela, mais pour le gris du ciel la pollution a son rôle. Autre éclipse, depuis deux jours plus de France Culture en raison d’une grève reconductible des personnels de Radio France contre le manque de moyens et les suppressions de postes. La daube musicale remplaçant les émissions me fait prendre conscience du nombre de mauvaises chansons françaises en circulation.
Le soir venu, après avoir vu sur France Trois Haute-Normandie l’apparition de Laurent le Fabuleux à l’inauguration de l’Historial Jeanne d’Arc et entendu sa déclaration historique : « A partir de maintenant, on ne dira plus la Pucelle d’Orléans mais l’Héroïne de Rouen », je prends sous un ciel toujours plombé le chemin qui mène à l’Opéra. En loge neuf, j’assiste à la création mondiale de Contes de la lune vague après la pluie, musique de Xavier Dayer, livret d’Alain Perroux d’après le scénario du film de Mizoguchi, un opéra de chambre d’une heure et demie. Cette histoire d’hommes qui partent à l’aventure et de femmes qui en font les frais est mise en scène, en lumière, en costumes, par les anciens collaborateurs de Patrice Chéreau, dont son compagnon Richard Peduzzi. Les musicien(ne)s de l’Opéra sont dirigé(e)s par Jean-Philippe Wurtz et les chanteurs et chanteuses à la hauteur, me semble-t-il, mais à l’issue les applaudissements sont mesurés et certain(e)s pressé(e)s de s’en aller.
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Reçu une nouvelle carte d’électeur, sur laquelle la Mairie de Rouen a l’amabilité de me rajeunir de deux jours, et le matériel de vote qui ne me servira pas pour les Départementales à double candidature. Parmi les partis se présentant dans mon canton, le Mudi qui s’affirme Patriote et Ouvrier.
Dans ces duos homme femme, le plus souvent c’est l’homme qui pédale devant et dirige l’engin, la femme appuyant mollement derrière. Il y a des exceptions, notamment quand le tandem est fabriqué par Carelman, avec deux guidons opposés, la Communiste pédalant à fond vers la centrale nucléaire cependant que l’Ecologiste fait de même dans l’autre sens. Ce tandem à deux guidons pourrait réussir à faire chuter le Socialiste en l’empêchant d’obtenir le nombre de voix nécessaire pour faire la course du deuxième tour (douze virgule cinq pour cent des inscrits).
Tous ces duos n’ont plus des suppléant(e)s mais des remplaçant(e)s, le côté sportif sans doute.
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V’là que le Lavomatic Tour est arrivé à Rouen, après Paris, Le Havre, Marseille, Lyon et Rennes. Il était temps, on a failli se sentir hors de la modernité. Le principe : empêcher celles et ceux qui n’ont pas de machine à laver de faire leur lessive en donnant un concert dans un Lavomatic. Le premier rouennais s’est déroulé dans le quartier de la Croix de Pierre, boboïtude oblige. Le public débordait loin dans la rue, pour des musiciens que pas grand monde serait allé ouïr s’ils avaient joué dans un lieu dédié à ça.
Jicé Decaux réfléchirait à mettre ses toilettes à disposition pour quand on se sera lassé de l’odeur de la lessive.