Une première nuit paisible avec la fenêtre de la cuisine ouverte sur le jardin, par laquelle entrent quelques moustiques désireux de me faire une prise de sang. Au matin, le ciel est un peu couvert quand je rejoins la plage des Sables Blancs où je prends le Géherre Trente-Quatre en direction du centre de Douarnenez.
Je passe près de la chapelle Saint Jean puis du cimetière marin où repose (comme on dit) George Perros. Juste après, mauvaise surprise, le sentier est désormais barré : risque d’éboulement. Cela oblige à un passage par la route avant de pouvoir redescendre sur le Port de Tréboul par un escalier assez raide que je ne remonterai pas.
S’il fait plus ou moins gris, la température est toujours élevée. Près du petit marché, l’une des deux boulangeries est ouverte. Celle dont la patronne est peu aimable et où on paie dans une machine à sous. Un euro vingt-cinq le pain au chocolat. Le seul café ouvert (ou plutôt entrouvert) est le Café de l’Yser. Pendant que je bois un allongé à un euro quatre-vingts, la patronne occupe avec un habitué l’une des deux autres tables du petit bout de terrasse installé. Ils disent du mal de la concurrence. Parmi les affiches de cet estaminet, celle de la première Pride de Douarnenez, le six juin.
Je finis de contourner le Port et atteins le lieu-dit Kermabon. Une fine passerelle permet de traverser le bras de mer où se niche Port Rhu, avec vue sur le Musée Maritime d’un côté et sur l’emblématique île Tristan de l’autre.
Près du Musée, An Ifern est ouvert où je commande un expresso à un euro soixante-dix servi avec un verre d’eau petit modèle par un patron assez peu aimable. « Toute denrée alimentaire non achetée chez nous ne pourra pas être consommée sur place », est-il affiché sur la vitre. Je commence là la lecture de Carnets Journal Lettres de Gerard Manley Hopkins, traduit de l’anglais et présenté par Hélène Bokanowski et Louis-René des Forêts qu’un jour je vis faire avec sa femme des courses de Noël au Marché de Buci. C’est un vieux Dix/Dix-Huit à rabats trouvé dans une boîte à livres rouennaise. Derrière moi, un homme et une femme parlent spectacle à venir avec le jargon du métier. « On pourra faire un hors plateau ». À côté, un quatuor entre visiter les locaux du Chasse Marée qui sont à louer. « De toute façon, ils achetaient en Chine, y avait que des trucs chinois », commente un homme à une table voisine. On y dit aussi du mal du Musée Maritime. « Ils ont tellement d’employés qu’ils n’ont plus de pognon pour rénover les bateaux ». Des choucas picorent les miettes. Ne pourrait-on pas importer cet oiseau en Normandie ? Il est plus élégant que le pigeon.
De là je monte dans le centre-ville vers l’endroit où doit se trouver l’Office du Tourisme. Il y était mais, en travaux, il a été déplacé plus loin. Un aimable autochtone, qui sera sans doute à la Pride, m’apprend comment le trouver en empruntant le petit passage près du Crédit à Bricoles. Je m’y documente. L’hôtesse m’indique aussi la librairie la plus proche, Métamorphoses, au coin de la rue à droite.
J’y achète Pensées collées, une sélection faite par Jean-Pierre Siméon dans Papiers collés de Georges Perros. « Lisez la préface de Siméon », me recommande la libraire, très professionnelle. C’est un Folio à trois euros, sorti il y a quelques mois. Je ne pouvais l’acheter qu’à Douarnenez.
Redescendu à Port Rhu, je vais réserver pour midi au Vintage où j’ai souvent déjeuné. Je demande une table dehors à l’ombre si c’est possible, ne l’obtiens pas, car me dit la nouvelle patronne « On a le droit de terrasse qu’à partir du premier juin ». Un banc est à l’ombre près du Monument aux Morts. Il devient le mien pour lire Hopkins avant le déjeuner.
Au Vintage, je commande le menu du jour à seize euros quatre-vingt-dix : salade grecque, rouleau d’aubergines farcies avec riz et flan au caramel, ainsi qu’un quart de chardonnay à quatre euros soixante pour fêter ma nouvelle villégiature à Douarnenez. Cela servi par la patronne et un employé d’allure rustique. Aux autres tables mangent des travailleurs, deux couples et un habitué qui va se resservir lui-même en alcool.
Je vais ensuite prendre le café à An Ifern et y lis le petit Folio signé Perros. Des serveuses à tatouages et à cheveux teints y travaillent le midi. L’une va aller à la Pride. Le Maire a interdit qu’elle passe par le pont, celui routier qui enjambe de haut le bras de mer. Risque d’accident, prétend-il. Près de moi sont trois femmes venues pour déjeuner. « Salade italienne », dit la première aux deux autres avant de filer aux toilettes. « Je sais pas ce qu’elle prend », dit la deuxième à la troisième qui l’interroge trente secondes plus tard. L’An Ifern tient son nom de la place de l’Enfer sur laquelle est aussi la Médiathèque Georges Perros. Je termine mon petit livre quand surgit ma logeuse à lunettes rouges. « Je bosse là », me dit-elle en désignant le Musée Maritime.
Je remonte dans le centre pour faire quelques courses de survie chez Carrefour City, dont un coulommiers auquel je prévois un avenir à la Sancho Pança. Il s’agit de rentrer sans trop traîner. Le pont levant de la passerelle est levé. Je dois attendre que passent des voiliers, entrant et sortant. La chaleur m’impose ensuite une pause au premier banc à l’ombre. Arrivé au Port de Tréboul, une jeune femme m’explique où trouver la rue du Moulin. Cette rue monte sévèrement et fait carrefour avec la rue de la Montagne. La paix et le manger m’ont redonné courage à la croisée des chemins a écrit Gerard Manley Hopkins. J’en manque. Je demande à un couple aussi égaré que moi « On vient d’arriver, on sort du camping » de m’aider à savoir où je suis avec leur smartphone. Par bonheur, il n’y a plus qu’à descendre un peu et me voici à mon logis provisoire.
Je m’y allège de mes courses et descends jusqu’à la plage des Sables Blancs. Le Gwell Mad est fermé mais, en face, Villa Cornic offre sa pelouse avec service au comptoir. Le café n’y coûte qu’un euro quatre-vingts : vue sur la plage, la mer et la côte d’en face.
*
Les gens inquiets qui louent une villa au bord de la mer pour transmettre aux autres leur inquiétude. (George Perros)
Je passe près de la chapelle Saint Jean puis du cimetière marin où repose (comme on dit) George Perros. Juste après, mauvaise surprise, le sentier est désormais barré : risque d’éboulement. Cela oblige à un passage par la route avant de pouvoir redescendre sur le Port de Tréboul par un escalier assez raide que je ne remonterai pas.
S’il fait plus ou moins gris, la température est toujours élevée. Près du petit marché, l’une des deux boulangeries est ouverte. Celle dont la patronne est peu aimable et où on paie dans une machine à sous. Un euro vingt-cinq le pain au chocolat. Le seul café ouvert (ou plutôt entrouvert) est le Café de l’Yser. Pendant que je bois un allongé à un euro quatre-vingts, la patronne occupe avec un habitué l’une des deux autres tables du petit bout de terrasse installé. Ils disent du mal de la concurrence. Parmi les affiches de cet estaminet, celle de la première Pride de Douarnenez, le six juin.
Je finis de contourner le Port et atteins le lieu-dit Kermabon. Une fine passerelle permet de traverser le bras de mer où se niche Port Rhu, avec vue sur le Musée Maritime d’un côté et sur l’emblématique île Tristan de l’autre.
Près du Musée, An Ifern est ouvert où je commande un expresso à un euro soixante-dix servi avec un verre d’eau petit modèle par un patron assez peu aimable. « Toute denrée alimentaire non achetée chez nous ne pourra pas être consommée sur place », est-il affiché sur la vitre. Je commence là la lecture de Carnets Journal Lettres de Gerard Manley Hopkins, traduit de l’anglais et présenté par Hélène Bokanowski et Louis-René des Forêts qu’un jour je vis faire avec sa femme des courses de Noël au Marché de Buci. C’est un vieux Dix/Dix-Huit à rabats trouvé dans une boîte à livres rouennaise. Derrière moi, un homme et une femme parlent spectacle à venir avec le jargon du métier. « On pourra faire un hors plateau ». À côté, un quatuor entre visiter les locaux du Chasse Marée qui sont à louer. « De toute façon, ils achetaient en Chine, y avait que des trucs chinois », commente un homme à une table voisine. On y dit aussi du mal du Musée Maritime. « Ils ont tellement d’employés qu’ils n’ont plus de pognon pour rénover les bateaux ». Des choucas picorent les miettes. Ne pourrait-on pas importer cet oiseau en Normandie ? Il est plus élégant que le pigeon.
De là je monte dans le centre-ville vers l’endroit où doit se trouver l’Office du Tourisme. Il y était mais, en travaux, il a été déplacé plus loin. Un aimable autochtone, qui sera sans doute à la Pride, m’apprend comment le trouver en empruntant le petit passage près du Crédit à Bricoles. Je m’y documente. L’hôtesse m’indique aussi la librairie la plus proche, Métamorphoses, au coin de la rue à droite.
J’y achète Pensées collées, une sélection faite par Jean-Pierre Siméon dans Papiers collés de Georges Perros. « Lisez la préface de Siméon », me recommande la libraire, très professionnelle. C’est un Folio à trois euros, sorti il y a quelques mois. Je ne pouvais l’acheter qu’à Douarnenez.
Redescendu à Port Rhu, je vais réserver pour midi au Vintage où j’ai souvent déjeuné. Je demande une table dehors à l’ombre si c’est possible, ne l’obtiens pas, car me dit la nouvelle patronne « On a le droit de terrasse qu’à partir du premier juin ». Un banc est à l’ombre près du Monument aux Morts. Il devient le mien pour lire Hopkins avant le déjeuner.
Au Vintage, je commande le menu du jour à seize euros quatre-vingt-dix : salade grecque, rouleau d’aubergines farcies avec riz et flan au caramel, ainsi qu’un quart de chardonnay à quatre euros soixante pour fêter ma nouvelle villégiature à Douarnenez. Cela servi par la patronne et un employé d’allure rustique. Aux autres tables mangent des travailleurs, deux couples et un habitué qui va se resservir lui-même en alcool.
Je vais ensuite prendre le café à An Ifern et y lis le petit Folio signé Perros. Des serveuses à tatouages et à cheveux teints y travaillent le midi. L’une va aller à la Pride. Le Maire a interdit qu’elle passe par le pont, celui routier qui enjambe de haut le bras de mer. Risque d’accident, prétend-il. Près de moi sont trois femmes venues pour déjeuner. « Salade italienne », dit la première aux deux autres avant de filer aux toilettes. « Je sais pas ce qu’elle prend », dit la deuxième à la troisième qui l’interroge trente secondes plus tard. L’An Ifern tient son nom de la place de l’Enfer sur laquelle est aussi la Médiathèque Georges Perros. Je termine mon petit livre quand surgit ma logeuse à lunettes rouges. « Je bosse là », me dit-elle en désignant le Musée Maritime.
Je remonte dans le centre pour faire quelques courses de survie chez Carrefour City, dont un coulommiers auquel je prévois un avenir à la Sancho Pança. Il s’agit de rentrer sans trop traîner. Le pont levant de la passerelle est levé. Je dois attendre que passent des voiliers, entrant et sortant. La chaleur m’impose ensuite une pause au premier banc à l’ombre. Arrivé au Port de Tréboul, une jeune femme m’explique où trouver la rue du Moulin. Cette rue monte sévèrement et fait carrefour avec la rue de la Montagne. La paix et le manger m’ont redonné courage à la croisée des chemins a écrit Gerard Manley Hopkins. J’en manque. Je demande à un couple aussi égaré que moi « On vient d’arriver, on sort du camping » de m’aider à savoir où je suis avec leur smartphone. Par bonheur, il n’y a plus qu’à descendre un peu et me voici à mon logis provisoire.
Je m’y allège de mes courses et descends jusqu’à la plage des Sables Blancs. Le Gwell Mad est fermé mais, en face, Villa Cornic offre sa pelouse avec service au comptoir. Le café n’y coûte qu’un euro quatre-vingts : vue sur la plage, la mer et la côte d’en face.
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Les gens inquiets qui louent une villa au bord de la mer pour transmettre aux autres leur inquiétude. (George Perros)