Ce samedi est le premier jour d’une semaine pendant laquelle la visite libre de l’île Tristan est autorisée. Une aubaine pour moi qui lors de séjours précédents à Douarnenez n’ai pu y mettre le pied. Aujourd’hui, le passage est possible à marée basse dès huit heures cinquante-cinq. Oui mais ne voilà-t-il pas que cette promesse tombe à l’eau par la faute d’une bestiole montée vers le Nord à cause du réchauffement climatique. « J’ai pris la décision de fermer l’île Tristan jusqu’à nouvel ordre, suite à l’observation de chenilles processionnaires du chêne, qui sont une espèce vraiment très dangereuse », annonce Jean-Loup Thivet, adjoint à l’environnement à Douarnenez. « Avec le vent, leurs poils peuvent se disperser à de très grandes distances et atteindre aussi bien les humains que les animaux. C’est très dangereux car ça peut provoquer de graves allergies. » Aucun espoir que ça s’arrange rapidement. S’il y en a sur les chênes de cette île, il y en a forcément dans ceux du sentier côtier sous lesquels je passe chaque jour, mais là point d’interdiction.
Ne pas pouvoir visiter l’île Tristan, c’est bien attristant. C’est donc dépité que je prends mon petit-déjeuner à la boulangerie dont j’occupe le perchoir. Les trois tables basses sont prises par de jeunes marins qui pour l’instant naviguent sur Internet. Pas moins de six clients avant moi quand je suis arrivé. Je ne voudrais pas être là en juillet août.
Dans la côte qui mène à la place des bus une femme me précède de quarante mètres à qui le simplet, qui s'est fait raser le crâne, annonce que c’est samedi et le lui souhaite bon. Elle trace tout droit. Il a plus de succès avec moi qu’il appelle chef ce matin.
Pas la moindre boîte à lettres entre la plage des Sables Blancs et le Port du Rosmeur pour glisser la carte d’anniversaire destinée à celle qui ne pourra le fêter cette année avec la légèreté habituelle.
Le soleil donne à fond sur Ty Gamalou où l’on écoute Cesaria Evora et Compay Segundo. Mon café bu, je commence la lecture d’Histoire d’un Allemand de Sebastian Hoffner, ses souvenirs de mil neuf cent quatorze à trente-trois, dans la nouvelle édition augmentée de Babel Actes Sud. Ce livre a appartenu à Jacques et Jeannette Jouvie. Aux extrémités de la rangée de tables de quai, deux hommes s’interpellent : « C’est quoi ton radar à toi ? » « Un radar à connards » « Ah c’est pratique » « Oui, ça a une bonne portée ». Je ne sais pas si c’est du lard ou du cochon (comme on dit). Quand je paie, je demande à Gaëlle et à son employée s’il y a une boîte à lettres sur le quai. « Près des Filets Bleus », dit l’une. « Elle y est encore ? » demande l’autre. Je vais voir. Se trouve là un objet de collection dont le relevé est annoncé pour neuf heures. Mon courrier ne partira que lundi.
Je suis mieux pour lire au Bistrot de la Mouette car je suis à l’ombre. L’homme du couple littéraire y est seul. Je le suspecte d’avoir envoyé sa femme faire le marché aux Halles. En quoi je médis car quand elle arrive c’est avec des livres. Un autre couple est là, bien différent. Elle lui lit Le Télégramme qu’il commente bêtement.
À Tribord est l’objet de mon choix pour déjeuner, à une table de bord d’eau, bien à l’ombre, de la vaste terrasse. À ma droite : un voilier à panneaux solaires sur lequel on peut embarquer, nommé Grand Meaulnes. À ma gauche : le bateau-phare et un vieux gréement. Face à moi : un voilier mauve, un voilier rouge et des blancs. J’opte pour les accras patates douces avec un verre de chardonnay, le boudin antillais purée et le fraisier. Je suis le seul à manger dans cet établissement ce qui est bien dommage pour ces aimables tenanciers. Cela fait vingt-six euros cinquante et mes remerciements.
De là je remonte sur la butte et avec le bus Un vais à Saint-Jean puis à pied à la plage des Sables Blancs où je m’assois sur le premier banc à l’ombre de la promenade en impasse au bout de laquelle les garçons se donnent rendez-vous pour un concours de plongeon. Je lis là jusqu’à l’heure d’ouverture de Villa Cornic.
« Bonjour, vous allez bien ? » me dit Faustine lorsque j’arrive. Il me semblait bien que le tutoiement d’hier n’était dû qu’à la distraction. Je choisis une table au soleil en raison du léger vent mais il y fait quand même chaud pour lire Histoire d'un Allemand, un récit dont je ne saute pas une ligne. La fréquentation de la plage en ce samedi après-midi ensoleillé donne une idée de ce que cela sera pendant les vacances estivales. Les tas de vêtements, les parasols sans style, les serviettes étalées, les sacs en plastique de chez Action donnent à ce lieu l’allure d’un camp de réfugiés.
*
Il faut du génie pour écrire. Sinon, c’est trop bien. (Georges Perros)
Ne pas pouvoir visiter l’île Tristan, c’est bien attristant. C’est donc dépité que je prends mon petit-déjeuner à la boulangerie dont j’occupe le perchoir. Les trois tables basses sont prises par de jeunes marins qui pour l’instant naviguent sur Internet. Pas moins de six clients avant moi quand je suis arrivé. Je ne voudrais pas être là en juillet août.
Dans la côte qui mène à la place des bus une femme me précède de quarante mètres à qui le simplet, qui s'est fait raser le crâne, annonce que c’est samedi et le lui souhaite bon. Elle trace tout droit. Il a plus de succès avec moi qu’il appelle chef ce matin.
Pas la moindre boîte à lettres entre la plage des Sables Blancs et le Port du Rosmeur pour glisser la carte d’anniversaire destinée à celle qui ne pourra le fêter cette année avec la légèreté habituelle.
Le soleil donne à fond sur Ty Gamalou où l’on écoute Cesaria Evora et Compay Segundo. Mon café bu, je commence la lecture d’Histoire d’un Allemand de Sebastian Hoffner, ses souvenirs de mil neuf cent quatorze à trente-trois, dans la nouvelle édition augmentée de Babel Actes Sud. Ce livre a appartenu à Jacques et Jeannette Jouvie. Aux extrémités de la rangée de tables de quai, deux hommes s’interpellent : « C’est quoi ton radar à toi ? » « Un radar à connards » « Ah c’est pratique » « Oui, ça a une bonne portée ». Je ne sais pas si c’est du lard ou du cochon (comme on dit). Quand je paie, je demande à Gaëlle et à son employée s’il y a une boîte à lettres sur le quai. « Près des Filets Bleus », dit l’une. « Elle y est encore ? » demande l’autre. Je vais voir. Se trouve là un objet de collection dont le relevé est annoncé pour neuf heures. Mon courrier ne partira que lundi.
Je suis mieux pour lire au Bistrot de la Mouette car je suis à l’ombre. L’homme du couple littéraire y est seul. Je le suspecte d’avoir envoyé sa femme faire le marché aux Halles. En quoi je médis car quand elle arrive c’est avec des livres. Un autre couple est là, bien différent. Elle lui lit Le Télégramme qu’il commente bêtement.
À Tribord est l’objet de mon choix pour déjeuner, à une table de bord d’eau, bien à l’ombre, de la vaste terrasse. À ma droite : un voilier à panneaux solaires sur lequel on peut embarquer, nommé Grand Meaulnes. À ma gauche : le bateau-phare et un vieux gréement. Face à moi : un voilier mauve, un voilier rouge et des blancs. J’opte pour les accras patates douces avec un verre de chardonnay, le boudin antillais purée et le fraisier. Je suis le seul à manger dans cet établissement ce qui est bien dommage pour ces aimables tenanciers. Cela fait vingt-six euros cinquante et mes remerciements.
De là je remonte sur la butte et avec le bus Un vais à Saint-Jean puis à pied à la plage des Sables Blancs où je m’assois sur le premier banc à l’ombre de la promenade en impasse au bout de laquelle les garçons se donnent rendez-vous pour un concours de plongeon. Je lis là jusqu’à l’heure d’ouverture de Villa Cornic.
« Bonjour, vous allez bien ? » me dit Faustine lorsque j’arrive. Il me semblait bien que le tutoiement d’hier n’était dû qu’à la distraction. Je choisis une table au soleil en raison du léger vent mais il y fait quand même chaud pour lire Histoire d'un Allemand, un récit dont je ne saute pas une ligne. La fréquentation de la plage en ce samedi après-midi ensoleillé donne une idée de ce que cela sera pendant les vacances estivales. Les tas de vêtements, les parasols sans style, les serviettes étalées, les sacs en plastique de chez Action donnent à ce lieu l’allure d’un camp de réfugiés.
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Il faut du génie pour écrire. Sinon, c’est trop bien. (Georges Perros)