Douarnenez (seize) : abri côtier

12 juin 2026


À gauche, en bas de l’escalier qui tue, sur le chemin entre Saint-Jean et le Port de Tréboul, est un abri côtier protégé par la digue. Y sont amarrés quelques petits voiliers anciens que je vais voir de plus près ce jeudi matin où il fait presque beau. Deux femmes marins (on ne peut pas dire des marines) en emmènent un je ne sais où tandis que de jeunes pêcheurs sont déjà à l’ouvrage.
À la boulangerie, le gobelet pour allongé est de retour. De quoi me donner l’énergie nécessaire pour affronter les côtes qui me séparent de Port Rhu puis du Port du Rosmeur.
Gaëlle n’est pas présente au Ty Gamalou. La jeune femme à lunettes qui m’apporte l’expresso verre d’eau est gentille de même. Entre elle et les habitués, il est question d’un type louche. Il avait déjà agressé des nanas et là il a recommencé. C’est le sujet d’actualité, comme une maladie contagieuse. Je commence la lecture de Lettres de Russie du Marquis de Custine. Le voici à Pétersbourg : J’éprouve me promenant dans cette ville le malaise qu’on ressent quand il faut causer avec une personne minaudière.
De là, je vais dans les arrières du Port réserver une table en terrasse pour midi au Flimiou, boulevard Jean-Richepin, un bar restaurant repéré depuis le bus Un.
De retour sur le quai, Marie est là au Bistrot de la Mouette pour m’apporter d’un coup d’aile un expresso verre d’eau. Il y a ici le couple de celle qui écrit et de celui qui lit. Parfois ils lisent ensemble l’un pour l’autre chacun un exemplaire du même livre. Hier, c’était La Métamorphose de Kafka. On peut dire des Russes grands et petits, qu’ils sont ivres d’esclavage. écrit Custine. « On a Groupama qui viennent manger, cinq », annonce l’aide serveur. Je range mon livre, c’est le moment de partir.
J’ai un quart d’heure d’avance au Flimiou mais je suis autorisé à m’asseoir par l’accorte patronne aux lèvres pulpeuses. Au menu du jour à vingt euros : tzatziki poisson fumé, poitrine de porc braisée au gingembre haricots blancs à la tomate et feuilleté aux pommes. La vue est sur la route qui mène au Port Rhu. Au bar, des locaux se demandent sur quelle chaîne le foute ce soir ? C’est le début de cette fichue Coupe du Monde. Mon souhait, comme à chaque compétition de premier plan, que l’équipe de France perde le plus vite possible, de même que celles des anciennes colonies, pour qu’on évite les masses fanatisées dans les rues. Dans mon assiette : un énorme morceau de porc bien gras comme il ne faudrait pas que j’en mange. Toutes les autres tables sont occupées par des travailleurs travailleuses.
« Le menu change tous les jours, me dit la patronne quand je paie, sauf le vendredi où c’est toujours sardines grillées poulet rôti, et en été où on a le même menu tous les jours. »
L’arrêt de bus Le Port est à cinquante mètres, face à une ancienne conserverie de sardines, ce qui m’évite de remonter sur la butte. J’y prends le Un à treize heures vingt et une.
J’en descends à Saint-Jean et vais pédestrement par le sentier côtier jusqu’à mon banc des Sables Blancs. À quinze heures, je suis à la terrasse de Villa Cornic avec Custine qui parle de la Russie d’hier comme si c’était celle de Poutine : Le gouvernement russe, c’est la discipline du camp substituée à l’ordre de la cité, c’est l’état de siège devenu l’état normal de la société.
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Je suis assourdi par le bruit que fait la vie. (Georges Perros)