Douarnenez (trente-deux) : chapelle Saint-Michel

28 juin 2026


Pas moyen de laisser la fenêtre de la chambre ouverte. Ce n’est pas le toc toc toc boum boum toc toc toc boum boum du Festival O’Rheun (une sorte de berceuse) qui m’en empêche mais le vendredi soir la jeunesse se répand un peu partout et une partie se déplace avec des scouteurs, lesquels font un bruit d’enfer. Ces branlotins contribuent ainsi, à leur petit niveau, à l’aggravation du réchauffement climatique. Pas autant que les voitures de leurs darons mais l’essentiel est de participer. On appelle cela : la stratégie du colibri.
Gros désagrément ce samedi matin en arrivant à l’entrée de Saint-Jean : le chemin de randonnée est carrément barré par ce foutu Festival dont tous les projecteurs sont allumés alors que nous sommes en plein jour. Je passe par l’intérieur de ce petit quartier et en profite pour photographier le calvaire. Une petite croix de rien du tout mais un imposant socle à degrés qui lui vaut d’être classé. Je retrouve le sentier à la chapelle. Peu avant la passerelle de Port-Rhu, une feuille de papier blanc sous plastique accrochée à un arbre prévient d’un risque nouveau : « Attention nid de guêpes ».
Dans la montée du simplet, je m’arrête à la chapelle Saint-Michel, bien belle. Cette petite chapelle de plan tréflé date du dix-septième siècle. Elle a été édifiée par l’architecte Charles Turmel pour perpétuer le souvenir de Michel Le Nobletz, missionnaire breton qui séjourna à Douarnenez de mil six cent dix-sept à mil six cent trente-neuf. Elle ne se visite librement qu’en juillet et août. J’en fais le tour. Évidemment un abruti a garé sa voiture devant. Un peu plus haut est une maison bordée de beaux hortensias dont je fais une photo.
Une main anonyme a déposé une fleur blanche et une bougie là où le Bolomig a été renversé par un camion de livraison. Aucune marche blanche n’a cependant eu lieu. Avant le Port du Rosmeur, je fais le détour de la Boulangerie des Plomar’ch où je me procure une part de kouign-amann pour demain dimanche (une étincelle dans mon cerveau : ce que j’avais entendu un jour comme un kouign-amann viennois Villa Corti était un kouign-amann blé noir, la musique était forte ce jour-là).
À huit heures trente, sur le quai du Rosmeur, seul Ty Gamalou est de service, avec Gaëlle à la barre. En face, on s’affaire. C’est la Journée Nationale du Sauvetage en Mer. On peut visiter les deux bateaux, l’ancien et le nouveau décoré de petits drapeaux. Comme à la messe, on est invité à donner à la quête. Ce n’est pas pour cette raison que je n’y vais pas. Je n’ai pas envie d’entendre des explications.
Mon café bu, je reprends Karl Ove Knausgaard. Il raconte pendant de longues pages Adolf Hitler vu par son ami de jeunesse Kubizek. Pas la moindre idée du pourquoi de la chose. J’en suis à la moitié des mille cinq cent neuf pages (en ayant sauté certaines) et je ne comprends toujours pas où il veut en venir.
Lorsque j’ai trop chaud, je n’ai qu’un pas à faire pour m’installer à la terrasse du Bistrot de la Mouette dont le parasol est plus protecteur. « Je te fais un p’tit café ? » me demande Marie qui me vouvoie à nouveau quand je vais payer. Elle a inventé le tuvoiement.
Pour déjeuner, je retourne sur le quai de Port Rhu, assuré d’être à l’ombre chez À Tribord. Il y souffle même un délicieux vent frais. Je commande la petite assiette d’accras apéro avec un verre de chardonnay. Un boudin antillais avec sa purée, telle est ma réponse à celui qui me demande ce que je veux pour la suite. Pour finir le far breton aux pruneaux. Tout en mangeant, je regarde ceux qui marchent sur le pont routier, regrettant qu’aucun ne se décide à sauter pour mettre un peu de piment à mon repas. Il est vrai qu’il est déjà bien épicé.
Remonté place des bus, j’achète des sandouiches triangles pour demain et direction le Gwell Mad, où le petit vent frais souffle plus qu’un peu, pour un diabolo menthe que m’apporte Gildas me serrant pour la première fois la main. Je ne m’attarde pas car ça bouge en face, Villa Corti, à quatorze heures trente (ouverture officielle à treize heures) et donc je traverse la route pour un café verre d’eau lecture à la terrasse de pelouse. Karl Ove Knausgaard en est toujours à raconter la vie du jeune Adolf Hitler telle que la racontait son copain d’adolescence. Je suis quasiment le seul client (deux couples s’y arrêtent peu de temps) jusqu’à seize heures quand je remballe puis remonte la rue des Sables Blancs.
                                                                 *
Il est des écrivains qui font tout pour ne pas l’être. (Jean-Pierre Siméon à propos de Georges Perros)