Douarnenez (trente-trois) : Petit Maroc

29 juin 2026


Plus pénible que le scouteur d’un branlotin, le moustique, lorsque l’on doit dormir. Il nuit à mon sommeil entre samedi et dimanche, non par ses piqûres, par son bruit de drone. J’essaie de le chasser en mettant le ventilateur dont je n’ai plus besoin à fond, sans succès.
À sept heures, je suis dehors et rejoins la boulangerie par la route de l’intérieur. Il me faut un quart d’heure pour arriver à l’arrêt de car Allende.
Après le petit-déjeuner, je me faufile dans les ruelles et les venelles du vieux Tréboul au-dessus du Port, là où vivaient les pêcheurs. Ce quartier est parfois nommé « Petit Maroc » en référence aux pêcheurs qui allaient chercher la langouste au large du Maroc. Les Tréboulistes étaient parfois surnommés les Marocains. Je comprends maintenant pourquoi le gros facho de L’Antares m’avait dit : « On est au Maroc ici. » Je vais jusqu’à l’église Saint-Joseph et en redescendant retrouve l’impasse Cloarec où j’avais logis Air Bibi la fois précédente.
C’est un dimanche frais avec un ciel gris et des averses possibles selon Météo France. Cette fois, c’est exact. La première me tombe dessus alors que je suis sur la digue d’entrée et de sortie du Port, près de l’abri côtier. Je sors mon vêtement de pluie et la subis stoïquement car j’attends un bateau ancien à moteur où j’ai vu monter des passagers quand je suis passé à sa hauteur. Cette averse a presque cessé lorsque, avant de le voir, j’entends son teuf teuf teuf. J’en fais quelques photos (passage devant l’île Tristan, sortie du Port, entrée en mer).
Avant que ça retombe, je reviens vers les quais et arrive au moment où au Café de la Pointe, les employés terminent l’installation de la terrasse. Ça n’ouvre officiellement qu’à neuf heures et demie mais j’y suis accepté « avec plaisir » dix minutes avant. De la véranda, le café bu, j’observe comment ça évolue. Plus qu’une succession d’averses, cela ressemble à de la pluie. En terrasse, plus ou moins bien protégés de la pluie par des parasols, un jeune couple qui ne va pas fort et un duo de marcheurs sexagénaires arrêtés.
Vers dix heures trente, je me décide à bouger car il pleut peu. Je passe une dernière fois devant la tombe de George Perros sur laquelle le pissenlit est fané puis je me heurte à nouveau aux barrières du Festival O’Rheun, pourtant terminé, et dont les projecteurs sont toujours allumés.
Il ne pleut plus à onze heures trente. Aussi, après avoir essuyé un bout du banc de la promenade des Sables Blancs, j’y pique-nique. Le kouign-amann de la Boulangerie des Plomar’ch est l’un des meilleurs que j’ai mangés.
À peine ai-je terminé qu’il pleut à nouveau mais, miracle dominical, Villa Corti est ouvert. J’y bénéficie d’une table à l’abri du grand auvent de la terrasse arrière. Le café bu, j’ouvre Fin de combat où l’auteur continue à me balader de longue digression en longue digression. Je ne sais ni pourquoi ni comment une table et des bancs en bois sont arrivés sur la plage. Seule sur la sable blanc, un jeune couple y pique-nique sous une légère pluie, dont je fais, de loin, une photo. C’est romantique et je les envie.
                                                                  *
Il est dommage que parfois Georges Perros commence une phrase par « Mais ».
La vraie vie peut être ailleurs. Mais l’existence est ici.
Sans ce « Mais », son propos serait plus fort.