Ce mardi vingt-trois juin vers vingt et une heure, coupure d’électricité. J’entends ma logeuse qui hèle la voisine : « Toi non plus, tu n’as pas de courant ? » Elle n’en a pas. « Qu’est-ce qu’on va devenir si on peut plus faire tourner les ventilos ! » lui dit-elle avant de rentrer. Je m’endors avant que ça revienne. Au matin, j’apprends qu’en conséquence de la chaleur un transformateur situé à Ergué-Gabéric a explosé, privant de courant cent mille abonnés du Sud Finistère et que tout n’est pas réglé.
Sur mon chemin, ce mercredi, je trouve des techniciens en train d’installer une scène et des chapiteaux sur la pelouse près du Monument aux Péris en Mer. « C’est pour O’Rheun, un petit festival de musique électronique vendredi et samedi », m’explique l’un. Un peu plus loin, je retrouve le couple d’hier au même endroit, elle endormie, lui réveillé. Il me demande un peu de monnaie. Il ne s’agit donc pas de résidents du coin. À la boulangerie Pascal Jaïn, c’est la panique car suite à la panne de la nuit dernière, ni les terminaux de paiement, ni la machine à sous ne fonctionnent correctement. Il y a de l’énervement dans l’air du côté de la clientèle. Ma carte bancaire est refusée deux fois mais par chance mon billet de dix euros est avalé par la machine qui me rend la monnaie.
À mon arrivée à Port Rhu, ni la terrasse d’An Ifern, ni celle du Brise Glace ne sont en voie d’installation. C’est bizarre, me dis-je à la table de pique-nique où j’écris. Un quidam s’approche et me demande si je suis du coin. « Oui, depuis le début du mois. » « Et vous venez d’où ? » « Normandie. » « J’ai ma copine qui est de là-bas. » « Excusez-moi, je suis occupé. » « Vous n’auriez pas un peu de monnaie ? »
Tandis que l’homme à la copine imaginaire s’éloigne, je vais voir ce qui se passe dans les bars d’à côté. Il ne se passe rien. « On n’a toujours pas de courant, peut-être ce soir », me dit le patron du Brise Glace. Tout Port-Rhu est touché. La Mairie, la Médiathèque, le Port-Musée resteront fermés. « Il y a du courant au Rosmeur », me dit-il. Et même aux Halles, constaté-je en passant mais le Café des Halles n’est pas encore ouvert.
Sur le quai du Rosmeur, seul Ty Gamalou est ouvert mais la chaleur est telle que je ne veux pas y risquer ma vie. J’ai idée d’aller au Flimiou où j’arrive en même temps que la serveuse. « Tout est éteint à l’intérieur », constate-t-elle avant d’avoir ouvert la porte. Pas de courant ici non plus.
J’aperçois un banc à l’ombre sur la corniche après Ysblue. Je m’y réfugie, regrettant de ne pas avoir pris une bouteille d’eau. Au moins ai-je une belle vue sur la presqu’île de Crozon et l’extrémité de l’île Tristan où se trouve le phare qui dépasse des chênes à chenilles processionnaires. Un couple s’apprête à descendre sur la petite plage de Pors Cad et la trouve fermée pour cause de pollution consécutive à la panne de courant.
À dix heures moins le quart, je repasse devant le Flimiou. Un petit mot est sur la porte : « Fermé, pas de courant, désolé ». Je rejoins l’arrêt de bus Le Port et à dix heures six monte dans le Un direction les Sables Blancs puisqu’il y en a là-bas du courant. Je songe à déjeuner au restaurant DZ qui propose un menu (jamais affiché) à vingt-deux euros et m'y arrête pour réserver. Que vois-je sur sa porte ? « Fermé exceptionnellement ce mercredi. » Le Gwell Mad a la carotte qui clignote. Je prends place à l’une des tables de terrasse pour un verre d’eau café lecture. Un frisson de malheur et de terreur me parcourut le corps. écrit Karl Ove Knausgaard. Je n’en suis pas encore là. Autour de moi, on discute entre ceux qui ont retrouvé le courant hier soir et ceux qui n’en ont toujours pas. « Heureusement qu’on n’avait pas baissé les rideaux électriques, on aurait été obligé de sortir par le garage », dit l’un. « J’espère que mon congélateur va tenir jusqu’à ce soir », dit un autre. On s’échange des tuyaux : Leclerc, c’est ouvert, Lideule, c’est fermé. J’ai une autre idée de restaurant : L’Effet Bœuf qui ouvre à midi et quart. Sur sa porte, je vois ceci : « Fermé ce mercredi midi pour le bien-être de notre personnel ». Ça me fait un effet bœuf. Et le bien-être de la clientèle ? Je retourne au Gwell Mad. Gildas m’apprend qu’il ne fait pas de pizzas ce midi, pas eu le temps de les préparer car trop de monde au tabac ce matin à cause de ceux fermés ailleurs. Il reste la petite crêperie Au Régal. Le patron à qui j’apprends qu’il est sans concurrence ce mercredi me donne une table avec une belle vue sur la plage et l’îlot du Coulinec. Je commande une complète (œuf jambon fromage), une bolée de cidre et en dessert une caramel beurre salé. « Tu peux me faire une CBS ? » demande le patron au crêpier. J’en ai pour dix-sept euros soixante. Le terminal de paiement vient de retomber en panne. Heureusement, j’ai vingt euros dans ma poche.
Retour au Gwell Mad pour un café verre d’eau lecture suivi d’un diabolo menthe lecture, mais en fait de lecture, par cette chaleur torride, impossible de me concentrer sur Fin de combat. Mon esprit divague. Je me demande comment j’aurais fait ce mercredi si toute la ville était restée sans courant, boulangeries fermées, restaurants fermés, supérettes fermées et pratiquement rien dans mon frigo.
*
Vivre, c’est passer l’oral. (Georges Perros)
Sur mon chemin, ce mercredi, je trouve des techniciens en train d’installer une scène et des chapiteaux sur la pelouse près du Monument aux Péris en Mer. « C’est pour O’Rheun, un petit festival de musique électronique vendredi et samedi », m’explique l’un. Un peu plus loin, je retrouve le couple d’hier au même endroit, elle endormie, lui réveillé. Il me demande un peu de monnaie. Il ne s’agit donc pas de résidents du coin. À la boulangerie Pascal Jaïn, c’est la panique car suite à la panne de la nuit dernière, ni les terminaux de paiement, ni la machine à sous ne fonctionnent correctement. Il y a de l’énervement dans l’air du côté de la clientèle. Ma carte bancaire est refusée deux fois mais par chance mon billet de dix euros est avalé par la machine qui me rend la monnaie.
À mon arrivée à Port Rhu, ni la terrasse d’An Ifern, ni celle du Brise Glace ne sont en voie d’installation. C’est bizarre, me dis-je à la table de pique-nique où j’écris. Un quidam s’approche et me demande si je suis du coin. « Oui, depuis le début du mois. » « Et vous venez d’où ? » « Normandie. » « J’ai ma copine qui est de là-bas. » « Excusez-moi, je suis occupé. » « Vous n’auriez pas un peu de monnaie ? »
Tandis que l’homme à la copine imaginaire s’éloigne, je vais voir ce qui se passe dans les bars d’à côté. Il ne se passe rien. « On n’a toujours pas de courant, peut-être ce soir », me dit le patron du Brise Glace. Tout Port-Rhu est touché. La Mairie, la Médiathèque, le Port-Musée resteront fermés. « Il y a du courant au Rosmeur », me dit-il. Et même aux Halles, constaté-je en passant mais le Café des Halles n’est pas encore ouvert.
Sur le quai du Rosmeur, seul Ty Gamalou est ouvert mais la chaleur est telle que je ne veux pas y risquer ma vie. J’ai idée d’aller au Flimiou où j’arrive en même temps que la serveuse. « Tout est éteint à l’intérieur », constate-t-elle avant d’avoir ouvert la porte. Pas de courant ici non plus.
J’aperçois un banc à l’ombre sur la corniche après Ysblue. Je m’y réfugie, regrettant de ne pas avoir pris une bouteille d’eau. Au moins ai-je une belle vue sur la presqu’île de Crozon et l’extrémité de l’île Tristan où se trouve le phare qui dépasse des chênes à chenilles processionnaires. Un couple s’apprête à descendre sur la petite plage de Pors Cad et la trouve fermée pour cause de pollution consécutive à la panne de courant.
À dix heures moins le quart, je repasse devant le Flimiou. Un petit mot est sur la porte : « Fermé, pas de courant, désolé ». Je rejoins l’arrêt de bus Le Port et à dix heures six monte dans le Un direction les Sables Blancs puisqu’il y en a là-bas du courant. Je songe à déjeuner au restaurant DZ qui propose un menu (jamais affiché) à vingt-deux euros et m'y arrête pour réserver. Que vois-je sur sa porte ? « Fermé exceptionnellement ce mercredi. » Le Gwell Mad a la carotte qui clignote. Je prends place à l’une des tables de terrasse pour un verre d’eau café lecture. Un frisson de malheur et de terreur me parcourut le corps. écrit Karl Ove Knausgaard. Je n’en suis pas encore là. Autour de moi, on discute entre ceux qui ont retrouvé le courant hier soir et ceux qui n’en ont toujours pas. « Heureusement qu’on n’avait pas baissé les rideaux électriques, on aurait été obligé de sortir par le garage », dit l’un. « J’espère que mon congélateur va tenir jusqu’à ce soir », dit un autre. On s’échange des tuyaux : Leclerc, c’est ouvert, Lideule, c’est fermé. J’ai une autre idée de restaurant : L’Effet Bœuf qui ouvre à midi et quart. Sur sa porte, je vois ceci : « Fermé ce mercredi midi pour le bien-être de notre personnel ». Ça me fait un effet bœuf. Et le bien-être de la clientèle ? Je retourne au Gwell Mad. Gildas m’apprend qu’il ne fait pas de pizzas ce midi, pas eu le temps de les préparer car trop de monde au tabac ce matin à cause de ceux fermés ailleurs. Il reste la petite crêperie Au Régal. Le patron à qui j’apprends qu’il est sans concurrence ce mercredi me donne une table avec une belle vue sur la plage et l’îlot du Coulinec. Je commande une complète (œuf jambon fromage), une bolée de cidre et en dessert une caramel beurre salé. « Tu peux me faire une CBS ? » demande le patron au crêpier. J’en ai pour dix-sept euros soixante. Le terminal de paiement vient de retomber en panne. Heureusement, j’ai vingt euros dans ma poche.
Retour au Gwell Mad pour un café verre d’eau lecture suivi d’un diabolo menthe lecture, mais en fait de lecture, par cette chaleur torride, impossible de me concentrer sur Fin de combat. Mon esprit divague. Je me demande comment j’aurais fait ce mercredi si toute la ville était restée sans courant, boulangeries fermées, restaurants fermés, supérettes fermées et pratiquement rien dans mon frigo.
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Vivre, c’est passer l’oral. (Georges Perros)