Exposition Pierre Bonnard, peindre l’Arcadie au Musée d’Orsay

27 mars 2015


Ce mercredi matin, ça ne rigole pas avec le contrôle des billets dans le huit heures sept pour Paris, nul n’y échappe, avec nouvelles amendes augmentées à la clé, les contrôleurs étant soutenus par les membres de la Sûreté Ferroviaire.
Arrivé dans la capitale, je file vers le faubourg Saint-Antoine. Sitôt le café bu à l’angle de Ledru-Rollin je fouille chez Book-Off où ma pêche est maigre. De là, je gagne à pied Beaubourg et déjeune dans l’impasse du même nom chez New New. Chez mes voisin(e)s de table, chacun est dans son jeu de rôle. A ma droite, on espère avoir son rendez-vous avec l’intersyndicale. A ma gauche, on espère être admissible à l’oral.
Le métro me conduit à proximité du Musée d’Orsay où j’entre suite à une courte attente, attiré là par l’exposition Pierre Bonnard, peindre l’Arcadie. Après une nouvelle attente raisonnable au niveau inférieur, me voici admis à m’ajouter aux six cent quarante-huit personnes déjà à l’intérieur (estimation personnelle). La moyenne d’âge est élevée et certain(e)s font groupe autour de guides, gênant encore plus l’approche des tableaux que les individuel(le)s.
Je vais de salle et salle, me glissant dans les espaces libres afin de voir au mieux les portraits, les paysages, les intérieurs et surtout les nus pour lesquels Marthe, épouse, passa des heures dans la salle de bains, ne vieillissant jamais ou si peu. Comme le remarque une visiteuse : « Ce sont des nus juvéniles. » D’autres s’intéressent plutôt aux chats. Il faut dire que le chat vu par Bonnard à une allure particulière, très personnage de bandes dessinées. Qu’il peigne à Vernonnet, à Paris ou au Cannet, ses couleurs expriment la même température torride incitant à l’oisiveté. Même ses hivers ont l’air d’être chauds.
-De quelle couleur est la neige ? demande une guide.
-Rose, répondent en chœur un troupeau d’institutrices retraitées ramenées à l’âge de leurs ancien(e)s élèves.
Parfois sous nos pieds se fait entendre le métro et, pendant cinq minutes, un appel en multiples langues résonne dans chaque salle alertant sur la trouvaille d’un objet abandonné dont le propriétaire est invité à se faire connaître au plus vite auprès du personnel de sécurité. J’aime toujours Bonnard, même si sa peinture à la croisée de celle de Degas et de Matisse m’est désormais trop familière pour que je sois à nouveau vivement intéressé.
Je m’extrais de cette foule exténuante et monte dans les étages pour revoir les salles consacrées à Paul Gauguin et Vincent Van Gogh dont la peinture est tellement plus puissante que celle de Pierre Bonnard. J’y croise beaucoup de jeunesse occupée à prendre en photo La Nuit étoilée ou Et l’or de leur corps ou bien elle-même devant les tableaux qu’elle cache, la faute à Fleur Pellerin, Ministre de la Communication (et de la Culture), qui a récemment obligé Orsay à autoriser cette pratique.
Ensuite, on me voit au Book-Off de l’Opéra puis Chez Léon avant que le train de dix-neuf heures vingt-huit ne me ramène à Rouen. S’y affairent à nouveau les contrôleurs et les membres de la Sûreté Ferroviaire : cinquante euros d’amende pour ma voisine de devant à qui il ne manque qu’un justificatif d’abonnement.
                                                                  *
Parmi le peu de livres trouvés, The Hidden Mother, un roman exposition psychanalytique d’Estelle Benazet et Sinziana Ravini (L’Avenir Dure Longtemps/Editions Montgolfier/PCA Editions). Dans l’introduction, elles sont toutes deux au Bistrot du Peintre à Ledru-Rollin où elles « dégustent des cuisses de canards bien croustillantes et des pommes de terre sautées au persil ». De quoi m’obliger à l’acheter.
                                                                  *
A quoi bon acheter chaque semaine un journal dont je trouve bêtes beaucoup de dessins et dont les opinons me hérissent souvent le poil ? C’est la question que je me pose depuis la republication de Charlie Hebdo.
Celui de ce mercredi sera le dernier, achevé que je suis par l’édito de Riss Ça sert à rien d’aller voter dans lequel il fustige les abstentionnistes en leur attribuant « une pensée d’usagers de la carte Cofinoga ou de la carte de fidélité Darty ».
Elargissant son propos, ce brillant analyste s’en prend à ceux qui se désintéressent du militantisme politique : « Les seuls qui n’ont pas cru à cela, ce sont les militants du Front National. Pendant trente ans, ils ont distribué des tracts que personne ne lisait. Ils ont crié des slogans que personne n’écoutait (…) En apparence en tout cas. Alors pourquoi ont-ils continué à le faire (…) ? Parce que eux savent que le temps ne s’écoule pas de la même manière quand on croit à ses idées que lorsqu’on n’y croit pas. »
Et comment expliques-tu, Riss, que le Hennepéha et Hello, qui distribuent leurs tracts et crient leur slogans sans se lasser depuis plus de trente ans, n’obtiennent toujours que deux pour cent aux élections ?