Grand Plénum et chute de Wharton

31 août 2026


En ce dernier dimanche d’août, je lis sur le banc du jardin bien que le temps ne soit pas au mieux. J’ai ainsi l’occasion d’en prendre plein les oreilles un peu avant seize heures avec le Grand Plénum. Ainsi appelle-t-on le puissant carillonnage de la Cathédrale qui commémore les quatre-vingt-deux ans de la Libération de Rouen. Peu après, un livre choit sur le pavé à ma gauche. Il provient de chez la vieille voisine. Ce n’est pas qu’elle soit reprise de l’envie de jeter ses affaires par la fenêtre. C’est qu’il y a eu un coup de vent et un claquement de fenêtre. Ce livre la maintenait ouverte. Si j’étais passé à cet endroit à ce moment, je l’aurais reçu sur la tête et il est assez épais. Arrive la vieille amie de la vieille voisine qui vient voir ce que je lis. La duchesse de Bloomsbury Street d’Helene Hanff, le journal dans lequel l’auteure de 84, Charing Cross Street raconte le séjour à Londres que le succès de ce livre lui a permis. Elle ne connaît pas. Elle me dit qu’elle-même lit un livre qu’on lui a offert. Elle ne se souvient ni du titre ni du nom de l’auteur. Il est Russe. Avant de monter chez la vieille voisine, elle ramasse le livre chu. « Edith Wharton », me dit-elle. Un livre en anglais, comme tous ceux qui calent les fenêtres de la vieille voisine, celle-ci étant d’origine anglaise.
Avant le livre d’Helene Hanff, en cette fin de mois d’août, sur le banc du jardin, j’ai lu les quatre volumes consacrés à Marcel Duchamp édités par le Centre Pompidou et achetés à Perpignan. M’ont particulièrement intéressé l’Abécédaire, le Plan pour écrire une vie de Marcel Duchamp de Jennifer Gough-Cooper et Jacques Caumont, tous deux résidant au Ver à Val à Hautoit-le-Valois (Seine-Maritime) et Victor, le roman inachevé d’Henri-Pierre Roché.
Lu aussi sur ce banc : Dans les archives secrètes de la Police, un ouvrage collectif paru chez L’Iconoclaste. On y trouve le rapport d’une descente à l’Hôtel Marigny dans la nuit du onze au douze janvier mil neuf cent dix-huit, « un lieu servant de refuge à des homo-sexuels et où l’on consomme après les heures réglementaires ». Les présents sont recensés :  les hommes trouvés en couple dans les chambres, dont certains âgés seulement de seize ans, et, « se livrant à la beuverie » (une bouteille de champagne et quatre verres), le propriétaire de l’Hôtel et trois clients. Parmi ces derniers : « Proust Marcel, 46 ans, rentier, 102 boulevard Haussmann ».
C’est l’une des dernières fois où je m’assois sur le banc du jardin en cette année deux mille vingt-six. Bientôt, je vais repartir en villégiature. Le logement Air Bibi qui doit m’accueillir ne possédant pas de ouifi, il faudra que je trouve un autre moyen pour fréquenter Internet.