Joyeusetés de voisinage

6 mars 2023


Depuis plus de vingt ans que je suis locataire de mon appartement rouennais, j’en ai vu passer des voisin(e)s de derrière ma chambre, des discret(e)s et des moins discret(e)s. Jamais un qui fait autant de bruit que celui qui vient d’arriver. Un qui vit surtout la nuit et a des peutes qui déboulent à tout moment chez lui.
L’autre soir, c’était tout à coup la musique à fond. Quand je suis allé m’en plaindre, j’ai trouvé dans son escalier deux des peutes en train de descendre ses toilettes sans en avoir vidé le réservoir. L’eau dégoulinait partout sur les marches. Un locataire qui change les toilettes de l’appartement qu’il vient de louer, j’ai trouvé ça bizarre. Il s’est excusé pour la musique et est allé l’arrêter.
Dans la nuit de vendredi à samedi, c’est encore la fenêtre ouverte près de ma chambre pendant qu’il discute bruyamment. J’ouvre la mienne et lui rappelle que je ne peux pas dormir dans cette situation, « Ce n’est pas le but, me répond-il, je la ferme ». Il la ferme mais la rouvre plus tard dans la nuit. Je me demande à quoi il joue. Ou plutôt, j’ai l’impression qu’il se fout de moi.
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Un bruit que je n’ai pas à subir, pour des raisons de distance, c’est celui que font en journée des ouvriers manifestement originaires d’Europe de l’Est qui travaillent même le samedi dans l’un des appartements de la copropriété.
Ils ont tout cassé dans cet appartement de rez-de-chaussée opposé au mien par la diagonale du jardin. Je les ai vus sortir les gravats, le cumulus et la baignoire à bout de bras ou dans une brouette. Des travailleurs qui seront épuisés avant d’avoir soixante-quatre ans.
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Autre voisinage, celui des occupants du logement Air Bibi semi enterré de l’autre côté de la ruelle. Derniers résidents : un couple et ses deux enfants. Avant de quitter les lieux, la mère de famille frappe à ma porte. Elle me propose des yaourts qu’ils ne peuvent emporter. J’accepte et la remercie. C’est la première fois que ça arrive.