Perpignan (quinze) : Arles-sur-Tech

15 avril 2026


En ce mardi de soleil revenu mais de tramontane maintenue, direction l’intérieur des terres par la vallée du Vallespir où coule le Tech. Pour ce faire, à la Gare Multimodale, je prends le car liO Cinq Cent Trente de huit heures dix, terminus Arles-sur-Tech.
Dans celui-ci, de la jeunesse collégienne et des travailleurs travailleuses. Une moitié descendent au Boulou, station thermale où Vladimir Nabokov séjourna de février à juin mil neuf cent vingt-neuf et écrivit l'essentiel de La Défense Loujine. L’autre moitié descend à Céret. Le car continue avec quelques nouvelles et nouveaux. Il s’arrête à Amélie-les-Bains, autre station thermale, et enfin c’est Arles-sur-Tech.
Je monte dans le village aux maisons rustiques, aperçois la tour de l’Abbaye Sainte-Marie mais ai du mal à en trouver l’entrée. C’est celle de l’Office du Tourisme. J’y suis accueilli par une gentille dame à qui je paie quatre euros pour avoir le privilège de visiter seul ce remarquable bâtiment, la plus ancienne abbaye carolingienne de Catalogne. Je passe d’abord dans le cloître, tout simple mais bâti en marbre blanc et en pierre de Genome, puis entre par le côté dans l’église de type basilical (c’est-à-dire à trois nefs parallèles) et m’attarde en ses différentes chapelles. J’en sors par le devant et découvre, protégée par des grilles, la Sainte Tombe, un sarcophage du quatrième siècle qui sécrète de façon inexpliquée de l’eau claire depuis qu’il a abrité les reliques des Saints Abdon et Sennen. Au-dessus d’icelle, le gisant de Guillem Gaucelm, seigneur de Tellet, enterré le dix avril mil deux cent onze. Il me reste à voir le logis contigu, le Palau, où se tient une exposition sur la Fête de l’Ours. « Celle de Prats-de-Mollo est plus violente », me dit l’aimable employé de l’Office du Tourisme. Leur ours est enduit de graisse et de peinture et il aime se frotter aux vêtements clairs. « Vous êtes en noir, il y aurait moins de risque qu’il s’en prenne à vous. »
Je traverse ensuite la rue pour voir l’Hôtel de Ville de style Belle Époque puis remonte dans le village où m’attendait une des deux tables au soleil du Can Poch. L’autre est occupée par le patron qui se la coule douce. Mon café bu (un euro soixante-dix), je remonte à l’intérieur du bourg, passe devant l’Église Saint Sauveur et des boutiques définitivement fermées.
De retour au Can Poch, je déjeune à l’intérieur pour dix-huit euros cinquante d’un buffet de crudités, d’une bavette sans aucune sauce avec des frites industrielles et d’un gâteau au chocolat. Le tragique de l’histoire, c’est qu’à part moi, seul le patron y mange, servi comme moi et en parallèle par sa femme (elle et lui ne se disent pas un mot mais n’ont pas l’air fâché). La télé est branchée sur France Trois qui passe du quartier du Pollet à Dieppe à Anna Akhmatova puis au viol en réunion d’une autostoppeuse en Nouvelle-Calédonie.
Avant de rentrer avec le treize heures trente-cinq, j’ai le temps de descendre jusqu’au Tech. Il coule paisiblement. Le chemin longe un bâtiment métallique ruiné. Sur la place, un panneau à demi effacé : Carreau de la mine d’Arles-sur-Tech.
C’est le jour des contrôles, dans le car liO du retour à l’arrêt du Boulou puis dans le bus Sankéo à l’arrêt du Castillet.
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Sur la vitrine d’une charcuterie d'Arles-sur-Tech définitivement fermée, une grande affiche manuscrite : « Suite à une fermeture administrative, je ne me sens pas le courage à 76 ans d’investir dans les travaux pour continuer. »
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Une plaque commémorative : « Maison natale du poète Henri Muchart ». Il est prophète en son pays.
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Sur la Gare désaffectée, une plaque en hommage aux Républicains espagnols passés par là lors de la Retirada.
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Charles Trenet venait à Arles-sur-Tech régulièrement, son père ayant été Maire de la commune, nommé par le Gouvernement de Vichy, de mil neuf cent quarante et un à quarante-deux. Eh oui !