Ce vendredi, je prends le premier bus Cé pour la Gare et une formule petit-déjeuner à deux euros quatre-vingts au Voyage Gourmand. Arrive un lit à roulettes avec deux infirmiers. « Bonjour, vous avez appelé le Samu ? » demande l’un à la serveuse. « Oui, c’est pour ma collègue, elle est derrière. » Cette collègue peut marcher mais part allongée, sans un mot de celle qui travaille.
Je rejoins la Gare Multimodale afin d’y prendre, sous le soleil revenu, le car liO Cinq Cent Vingt de sept heures trente pour Prades. Le chemin est un peu différent cette fois. Nous passons à Bouleternère avec sa massive église dressée sur un promontoire et à Vinça avec sa belle église à tour carrée (c’est là qu’il y a le lac). « Prades commune fibrée », est-il écrit à l’entrée.
Le minicar liO Cinq Cent Vingt-Deux arrive à neuf heures pile. Nous sommes deux à y monter. L’autre est un gars du coin. Le trajet me permet de revoir Villefranche et son Fort Victoria. C’est là que le chauffeur prend à gauche. Assez vite, nous sommes à Vernet-les-Bains. Je descends au terminus : Les Thermes. Ce bâtiment rose sans charme au pied duquel coule rapidement le Cady vient de connaître un revers. Une partie est à l’arrêt depuis ce mardi vingt et un avril. L’Agence Régionale de Santé a découvert des légionnelles dans les eaux utilisées pour les soins.
En face, là-haut, est la vieille ville dominée par l’Église Saint-Saturnin et le Château médiéval. Par bonheur démarre de mon point d’arrivée un chemin aisé qui, en traversant un jardin d’hiver, y mène sans effort. J’en parcours les rues parfois fleuries avec belle vue sur la montagne enneigée.
Dans la ville basse où je redescends, une église anglicane et des hôtels désaffectés témoignent d’une gloire passée. Celle du temps où l’aristocratie anglaise avait ses habitudes à Vernet-les-Bains. J’arrive sur la placette Jean-Sicart et entre à La Mie de Pain, boulangerie pâtisserie journaux. Le pain au chocolat ne coûte qu’un euro dix. Je le mange en face, tandis que passe la voiture de la Police Rurale, au bar Chez Jean-Louis qui ouvre à dix heures, et il est dix heures. Le café coûte un euro soixante-dix. La clientèle afflue. Elle est typiquement locale et enfile les perles de comptoir. Premier duo : « T’as pas des hauts et des bas toi ? » « J’ai que des bas. » « Des bas de contention ? » « Des bas résille. » « Prétentieux ! » Second duo : « Quand tu vas être à la retraite tu vas te lever de bonne heure ? » « Oui pour aller pisser. »
Peu de choix pour se restaurer à Vernet-les-Bains. Le resto des Thermes, bien que les curistes soient partis (on se plaint dans le pays des locations annulées), est ouvert mais le cadre et le menu sont tristounets. Sur la place, je trouve un resto à plat du jour mais « On n’en a pas aujourd’hui car mon mari est tout seul ». Reste un « italien », Le 2ème Rempart, où je réserve une table au soleil. Je vais attendre midi sur un banc de cette place centrale où un grand rond de pierres attend la sardane. Là-haut sur la montagne, un drapeau vole au vent, que je devine catalan. Un trio d’Anglais (quand même) sort de la boulangerie.
Au 2ème Rempart, le patron s’appelle Jordi. Son plat du jour est le calamar farci jambon de chez Bonzom riz au safran de chez Sahorre avec petite salade, pour seize euros cinquante. À ma gauche, un branlotin de quatorze ans qui semble en avoir douze. Il est en sport-étude à Font-Romeu pour être fouteballeur et il a déjà devant lui sa carrière toute tracée, il sera parmi les meilleurs et il jouera plutôt en Espagne. J’ai envie de le claquer. À ma droite, une trentenaire qui attend son conjoint (comme elle dit) parti grimper quelque part. Elle lit et continue à lire quand il est là, en sueur et branlant son smartphone. « Tu me raconteras la suite », lui dit-il. « Je n’ai pas beaucoup avancé, ou plutôt, il ne se passe pas grand-chose. » « Comme dans votre vie », ai-je envie de lui dire. Des familles attendent leur tour, des habitués qui se connaissent tous et appellent le patron par son prénom. Je suis tellement satisfait de ce plat du jour dont je ne savais pas ce qu’il cachait que je commande un tiramisu maison à sept euros quatre-vingts et il me déçoit.
Mon car de retour est le direct pour Perpignan qui part de La Poste à quatorze heures vingt-deux. Je vais l’attendre à la terrasse de Chez Jean-Louis avec un café. Tandis que j’écris sur mon petit carnet, une femme qui boit un pastis avec un homme m’observe. Elle finit par se lever et m’aborde : « Monsieur, excusez-moi, votre profil me parle. Vous avez rien écrit ou publié ou quelque chose comme ça ? » Je ne lui dis pas que son profil aussi me parle, que c’est celui d’une alcoolique et que ça se sent à son haleine.
*
Rudyard Kipling séjourna à plusieurs reprises à Vernet-les-Bains entre mil neuf cent dix et vingt-six. Le village, les Pyrénées et la culture locale lui inspirèrent plusieurs textes, dont le conte Pourquoi la neige tombe à Vernet. Un pont porte son nom.
*
Près de Chez Jean-Louis, un restaurant fermé a pour nom C’est quand le bonheur. Cali a passé son enfance à Vernet-les-Bains. Son quatrième album a pour titre le nom de cette station thermale.
*
Au-delà de Vernet-les-Bains, il y a Casteil. C’est le point de départ de quarante minutes de marche pour atteindre la remarquable Abbaye Saint-Martin-du-Canigou. Oui mais, avec les cars liO, on ne peut rejoindre Casteil le matin que du lundi au vendredi et pour ce qui est d’en revenir l’après-midi, c’est uniquement le samedi. Le point positif est que je n’ai pas besoin de me poser la question : est-ce raisonnable pour moi d’y aller ?
Je rejoins la Gare Multimodale afin d’y prendre, sous le soleil revenu, le car liO Cinq Cent Vingt de sept heures trente pour Prades. Le chemin est un peu différent cette fois. Nous passons à Bouleternère avec sa massive église dressée sur un promontoire et à Vinça avec sa belle église à tour carrée (c’est là qu’il y a le lac). « Prades commune fibrée », est-il écrit à l’entrée.
Le minicar liO Cinq Cent Vingt-Deux arrive à neuf heures pile. Nous sommes deux à y monter. L’autre est un gars du coin. Le trajet me permet de revoir Villefranche et son Fort Victoria. C’est là que le chauffeur prend à gauche. Assez vite, nous sommes à Vernet-les-Bains. Je descends au terminus : Les Thermes. Ce bâtiment rose sans charme au pied duquel coule rapidement le Cady vient de connaître un revers. Une partie est à l’arrêt depuis ce mardi vingt et un avril. L’Agence Régionale de Santé a découvert des légionnelles dans les eaux utilisées pour les soins.
En face, là-haut, est la vieille ville dominée par l’Église Saint-Saturnin et le Château médiéval. Par bonheur démarre de mon point d’arrivée un chemin aisé qui, en traversant un jardin d’hiver, y mène sans effort. J’en parcours les rues parfois fleuries avec belle vue sur la montagne enneigée.
Dans la ville basse où je redescends, une église anglicane et des hôtels désaffectés témoignent d’une gloire passée. Celle du temps où l’aristocratie anglaise avait ses habitudes à Vernet-les-Bains. J’arrive sur la placette Jean-Sicart et entre à La Mie de Pain, boulangerie pâtisserie journaux. Le pain au chocolat ne coûte qu’un euro dix. Je le mange en face, tandis que passe la voiture de la Police Rurale, au bar Chez Jean-Louis qui ouvre à dix heures, et il est dix heures. Le café coûte un euro soixante-dix. La clientèle afflue. Elle est typiquement locale et enfile les perles de comptoir. Premier duo : « T’as pas des hauts et des bas toi ? » « J’ai que des bas. » « Des bas de contention ? » « Des bas résille. » « Prétentieux ! » Second duo : « Quand tu vas être à la retraite tu vas te lever de bonne heure ? » « Oui pour aller pisser. »
Peu de choix pour se restaurer à Vernet-les-Bains. Le resto des Thermes, bien que les curistes soient partis (on se plaint dans le pays des locations annulées), est ouvert mais le cadre et le menu sont tristounets. Sur la place, je trouve un resto à plat du jour mais « On n’en a pas aujourd’hui car mon mari est tout seul ». Reste un « italien », Le 2ème Rempart, où je réserve une table au soleil. Je vais attendre midi sur un banc de cette place centrale où un grand rond de pierres attend la sardane. Là-haut sur la montagne, un drapeau vole au vent, que je devine catalan. Un trio d’Anglais (quand même) sort de la boulangerie.
Au 2ème Rempart, le patron s’appelle Jordi. Son plat du jour est le calamar farci jambon de chez Bonzom riz au safran de chez Sahorre avec petite salade, pour seize euros cinquante. À ma gauche, un branlotin de quatorze ans qui semble en avoir douze. Il est en sport-étude à Font-Romeu pour être fouteballeur et il a déjà devant lui sa carrière toute tracée, il sera parmi les meilleurs et il jouera plutôt en Espagne. J’ai envie de le claquer. À ma droite, une trentenaire qui attend son conjoint (comme elle dit) parti grimper quelque part. Elle lit et continue à lire quand il est là, en sueur et branlant son smartphone. « Tu me raconteras la suite », lui dit-il. « Je n’ai pas beaucoup avancé, ou plutôt, il ne se passe pas grand-chose. » « Comme dans votre vie », ai-je envie de lui dire. Des familles attendent leur tour, des habitués qui se connaissent tous et appellent le patron par son prénom. Je suis tellement satisfait de ce plat du jour dont je ne savais pas ce qu’il cachait que je commande un tiramisu maison à sept euros quatre-vingts et il me déçoit.
Mon car de retour est le direct pour Perpignan qui part de La Poste à quatorze heures vingt-deux. Je vais l’attendre à la terrasse de Chez Jean-Louis avec un café. Tandis que j’écris sur mon petit carnet, une femme qui boit un pastis avec un homme m’observe. Elle finit par se lever et m’aborde : « Monsieur, excusez-moi, votre profil me parle. Vous avez rien écrit ou publié ou quelque chose comme ça ? » Je ne lui dis pas que son profil aussi me parle, que c’est celui d’une alcoolique et que ça se sent à son haleine.
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Rudyard Kipling séjourna à plusieurs reprises à Vernet-les-Bains entre mil neuf cent dix et vingt-six. Le village, les Pyrénées et la culture locale lui inspirèrent plusieurs textes, dont le conte Pourquoi la neige tombe à Vernet. Un pont porte son nom.
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Près de Chez Jean-Louis, un restaurant fermé a pour nom C’est quand le bonheur. Cali a passé son enfance à Vernet-les-Bains. Son quatrième album a pour titre le nom de cette station thermale.
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Au-delà de Vernet-les-Bains, il y a Casteil. C’est le point de départ de quarante minutes de marche pour atteindre la remarquable Abbaye Saint-Martin-du-Canigou. Oui mais, avec les cars liO, on ne peut rejoindre Casteil le matin que du lundi au vendredi et pour ce qui est d’en revenir l’après-midi, c’est uniquement le samedi. Le point positif est que je n’ai pas besoin de me poser la question : est-ce raisonnable pour moi d’y aller ?