« Monsieur sortez, s’il vous plaît ! Sortez, s’il vous plaît ! » Le chauffeur de car liO pour la Côte Vermeille ne veut pas laisser passer un jeune homme qui prétend qu’on lui a volé son argent. Le face à face s’éternise. Lui dit qu’il est prêt à payer l’amende et que le chauffeur n’a pas de cœur. Le chauffeur dit qu’il n’a pas le droit de le laisser monter. Un vieux, encore à l’extérieur du car, se met à gueuler : « Ça m’énerve, j’en ai marre des gens comme ça. » « Prenez ces deux euros », dit-il au chauffeur qui lui demande de se calmer, croyant être sa cible. Pas du tout, il en a après ces fainéants qui ne veulent pas travailler et qui n’ont pas d’argent. Le jeune à casquette est obligé de dire merci au vieux qui le déteste puis il va s’asseoir au fond du car comme un péteux.
Le reste du trajet est sans histoire. Ce dimanche matin, je descends une nouvelle fois à Collioure. Je longe la plage du port d’Avall et trouve le chemin qui mène au Moulin dominant la ville. Il passe à travers des oliviers. Des marches rendent la montée facile. J’y suis en dix minutes avec un arrêt à la gloriette qui donne vue sur l’ensemble de la cité. Le Moulin de la Cortina fut bâti au quatorzième siècle. Il fut progressivement laissé à l’abandon jusqu’à n’être qu’un champ de ruines. Devenu propriété de la ville, il a été remis en état. S’il était à l’origine destiné à moudre le grain, il est aujourd’hui utilisé pour la production d’huile d’olives. Au-dessus, c’est le Fort Saint-Elme, jusqu’où je ne grimperai pas cette fois.
Comme c’est dimanche, des gars de l’association s’activent à doter les ailes du Moulin de toiles leur permettant de tourner. J’assiste à l’opération. Quand tout est prêt, ça tourne plus ou moins, faute de vent suffisant. Je pourrais entrer pour avoir des explications sur la fabrication de l’huile d’olive, et au besoin en acheter, mais je n’ai pas envie de savoir quoi que ce soit sur le sujet. Je fuis toujours les passionnés. Il faut faire semblant de s’intéresser à ce qui est le centre de leur vie alors qu’on s’en tape.
Redescendu sur la plage du Boramar, je bois un café verre d’eau de premier rang au Petit Café. Il est dix heures vingt et la chaleur est déjà forte. Je passe dans la rue intérieure devant la modeste bâtisse où habitait Henri Matisse qui amena ici moult confrères puis devant l’Hostellerie des Templiers où ces messieurs avaient leurs habitudes et offraient leurs œuvres contre des repas à l’hôtelier qui en a bien profité. Derrière le Marché se trouve le Cimetière. À droite en entrant, on ne peut manquer la tombe d’Antonio Machado, fleurs, drapeaux, déclarations et sa fameuse boîte à lettres. J’y suis heureusement seul, entre deux passages de groupes d’Espagnol(e)s.
Revenu au-dessus de la plage du Port d’Avall, je m’assois sur un banc à l’ombre. Au bout du celle-ci, trois familles dont les progénitures fabriquent un gros château de sable. Comme il s’agit de construction, ce sont les pères qui encadrent. Un quidam passe devant moi puis revient sur ses pas : « Moi aussi j’écris sur Facebook, me dit-il, notamment contre nos amis qui nous gouvernent, lisez-moi : hache-tague elbandito hache-tague perpignan. » « Donc ça vous intéresse d’être lu mais ça ne vous intéresse pas de lire les autres », lui réponds-je. « Si, vous pourrez m’envoyer votre contact une fois que vous m’aurez lu. » « Je suis comme vous, j’essaie de faire grandir le cerveau des gens », conclut-il avant de disparaître. S’il est un objectif que je n’ai pas, c’est bien celui-là.
Je rejoins l’autre bout de la promenade au-dessus de la plage du Port d’Avall pour y trouver un banc bien à l’ombre. De là, je constate que les gars de l’association n’ont pas attendu midi pour déshabiller le Moulin. Je fais preuve de la même impatience pour sortir de mon sac mon repas de chez Secrets de Pains : pan-bagnat au thon et gâteau à l’abricot. Tout en mangeant j’entends jouer les deux guitaristes au pied du Château. Ils étaient déjà là en octobre deux mille dix-neuf. Je bois un café verre d’eau au Saint-Elme puis il est temps de me rendre à l’abri des cars afin de rentrer avec le quatorze heures dix-sept.
Peu avant l’arrivée au terminus, un homme à cheveux longs s’agite. Il veut descendre au porto. Il répète sans cesse porto porto. Tout le monde lui dit en français et en espagnol qu’il n’y a pas de port à Perpignan mais impossible de le convaincre.
*
Rentré, je regarde ce que publie le quidam à double hache-tague. Aucun texte, des vidéos où il s’en prend au Maire Rassemblement National, une occupation stérile.
*
Étrange qu’il ait fallu attendre deux mille vingt-quatre pour que Collioure soit élu Village Préféré des Français.
Le reste du trajet est sans histoire. Ce dimanche matin, je descends une nouvelle fois à Collioure. Je longe la plage du port d’Avall et trouve le chemin qui mène au Moulin dominant la ville. Il passe à travers des oliviers. Des marches rendent la montée facile. J’y suis en dix minutes avec un arrêt à la gloriette qui donne vue sur l’ensemble de la cité. Le Moulin de la Cortina fut bâti au quatorzième siècle. Il fut progressivement laissé à l’abandon jusqu’à n’être qu’un champ de ruines. Devenu propriété de la ville, il a été remis en état. S’il était à l’origine destiné à moudre le grain, il est aujourd’hui utilisé pour la production d’huile d’olives. Au-dessus, c’est le Fort Saint-Elme, jusqu’où je ne grimperai pas cette fois.
Comme c’est dimanche, des gars de l’association s’activent à doter les ailes du Moulin de toiles leur permettant de tourner. J’assiste à l’opération. Quand tout est prêt, ça tourne plus ou moins, faute de vent suffisant. Je pourrais entrer pour avoir des explications sur la fabrication de l’huile d’olive, et au besoin en acheter, mais je n’ai pas envie de savoir quoi que ce soit sur le sujet. Je fuis toujours les passionnés. Il faut faire semblant de s’intéresser à ce qui est le centre de leur vie alors qu’on s’en tape.
Redescendu sur la plage du Boramar, je bois un café verre d’eau de premier rang au Petit Café. Il est dix heures vingt et la chaleur est déjà forte. Je passe dans la rue intérieure devant la modeste bâtisse où habitait Henri Matisse qui amena ici moult confrères puis devant l’Hostellerie des Templiers où ces messieurs avaient leurs habitudes et offraient leurs œuvres contre des repas à l’hôtelier qui en a bien profité. Derrière le Marché se trouve le Cimetière. À droite en entrant, on ne peut manquer la tombe d’Antonio Machado, fleurs, drapeaux, déclarations et sa fameuse boîte à lettres. J’y suis heureusement seul, entre deux passages de groupes d’Espagnol(e)s.
Revenu au-dessus de la plage du Port d’Avall, je m’assois sur un banc à l’ombre. Au bout du celle-ci, trois familles dont les progénitures fabriquent un gros château de sable. Comme il s’agit de construction, ce sont les pères qui encadrent. Un quidam passe devant moi puis revient sur ses pas : « Moi aussi j’écris sur Facebook, me dit-il, notamment contre nos amis qui nous gouvernent, lisez-moi : hache-tague elbandito hache-tague perpignan. » « Donc ça vous intéresse d’être lu mais ça ne vous intéresse pas de lire les autres », lui réponds-je. « Si, vous pourrez m’envoyer votre contact une fois que vous m’aurez lu. » « Je suis comme vous, j’essaie de faire grandir le cerveau des gens », conclut-il avant de disparaître. S’il est un objectif que je n’ai pas, c’est bien celui-là.
Je rejoins l’autre bout de la promenade au-dessus de la plage du Port d’Avall pour y trouver un banc bien à l’ombre. De là, je constate que les gars de l’association n’ont pas attendu midi pour déshabiller le Moulin. Je fais preuve de la même impatience pour sortir de mon sac mon repas de chez Secrets de Pains : pan-bagnat au thon et gâteau à l’abricot. Tout en mangeant j’entends jouer les deux guitaristes au pied du Château. Ils étaient déjà là en octobre deux mille dix-neuf. Je bois un café verre d’eau au Saint-Elme puis il est temps de me rendre à l’abri des cars afin de rentrer avec le quatorze heures dix-sept.
Peu avant l’arrivée au terminus, un homme à cheveux longs s’agite. Il veut descendre au porto. Il répète sans cesse porto porto. Tout le monde lui dit en français et en espagnol qu’il n’y a pas de port à Perpignan mais impossible de le convaincre.
*
Rentré, je regarde ce que publie le quidam à double hache-tague. Aucun texte, des vidéos où il s’en prend au Maire Rassemblement National, une occupation stérile.
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Étrange qu’il ait fallu attendre deux mille vingt-quatre pour que Collioure soit élu Village Préféré des Français.