Perpignan (vingt-trois) : Mont-Louis

23 avril 2026


Un ciel gris ce mercredi matin, pas de quoi modifier mon choix d’aller à Mont-Louis par le même car liO qu’hier. Ce car me permet de voir l’ensemble de Villefranche-de-Conflent dont je n’ai pas eu le courage de faire le tour à pied. Ensuite la route devient encore plus sinueuse et monte sérieusement, une vraie route de montagne. On passe Serdinya et sa belle église, Olette et sa bastide, Thués-entre-Valls, un élégant viaduc ferroviaire, Fontpedrouse et ses bains chauds, Fedges et c’est Mont-Louis, la plus haute ville forte de France, mille cinq cent quatre-vingts mètres d’altitude. C’est l’œuvre de Vauban, une des rares qu’il aura édifiée de toutes pièces. Elle a pris le nom de son maître Louis le Quatorzième. Les remparts construits pour défendre les nouvelles frontières délimitées par le Traité des Pyrénées ne servirent jamais. Mont-Louis est aujourd’hui une toute petite ville de garnison.
J’entre sous le soleil revenu dans la ville fortifiée par l’étroite Porte de France derrière laquelle il y a une seconde porte. Entre les deux : un duo de Témoins de Jéhovah. Je vais un peu au jugé, admirant la montagne enneigée toute proche et moins l’architecture austère de Sébastien Le Prestre de Vauban.
J’arrive à la Citadelle qui abrite un centre d’entraînement commando. J’en fais le tour en suivant le chemin balisé par les militaires. Les photos ne sont pas interdites. Cela me fait marcher plus que j’aurais cru. La fin de la boucle est à l’arrêt des cars.
J’entre à nouveau dans cette petite ville où ne vivent plus que cent cinquante habitants et m’assois au soleil à la terrasse du Régent pour un café allongé et un verre d’eau. À la table voisine sont assises les deux Témoins de Jéhovah. Je dis au sympathique patron que je reviendrai à midi pour un croque-monsieur. « Vous me paierez le café en même temps », me dit-il, ayant vu en moi un homme honnête, ce que je ne suis pas toujours.
Je remonte un peu dans le bourg et trouve comment apercevoir le four solaire. C’est le premier four expérimental au monde, réalisé en mil neuf cent quarante-neuf par le professeur Trombe. Il suffit de trente-quatre secondes pour faire fondre un centimètre d’acier. J’en fais une photo qui ne sera pas bonne à cause de l’effet miroir.
Revenu au Régent, j’accompagne mon croque-monsieur d’un quart de vin rouge que l’on boit ici dans un verre en plastique. Mon croque ne fait pas d’étincelles. Cela ne m’empêche pas de commander une crêpe à la confiture d’abricot en dessert. Il n’y a ici que des locaux et des Espagnols. Étonnant comme il fait aussi chaud à cette altitude qu’à Perpignan. Je termine avec un café pour attendre tranquillement le car du retour, celui de treize heures moins deux. Aucun stress ici, je suis le seul à y manger. Deux autochtones boivent je ne sais quoi. Ils sont derrière moi. Des nuages montent à l’horizon. « C’est comme hier, on va encore prendre la flotte », prédit un des gars du pays. J’en ai pour dix-huit euros cinquante.
Pour rentrer, c’est le même double trajet qu’hier. J’attache ma ceinture dans le Cinq Cent Soixante, même si elle n’est que ventrale, car nous sommes dans le sens de la descente et chaque virage est dangereux. Un malaise du chauffeur ou une rupture des freins ne sont pas à exclure. Ce chauffeur discute avec le passager de devant. Il lui raconte qu’il ne regarde plus les infos depuis qu’il est rentré du Kosovo. Il est bien placé pour savoir que les médias racontent n’importe quoi. Il a quitté l’Armée pour le permis autocar. On lui a dit : « On t’embauche si tu fais la montagne. » Il adore conduire sur cette route où il y a des pentes à dix pour cent. Cette descente me donne mal aux oreilles. Un rasta se fait arrêter dans la pampa. En descendant, il se retourne vers le chauffeur et lui dit : « Je sais que vous n’aimez pas les infos, mais j’en ai une bonne : les morilles sont sorties. »
Content d’être arrivé à Prades, je vais à L’Express pour un café avec une part de gâteau rustique (quatre euros cinquante). Ce bar est dans une ancienne dépendance de la Senecefe et est tenu par un rasta. Il faut aller se servir au comptoir. En face, il y a Les Restaurants du Cœur où les bénéficiaires (comme ils osent dire) arrivent avec de grands sacs en plastique.
Lorsque se présente le car Prades Perpignan, de grosses gouttes se mettent à tomber. À l’arrivée à la Gare Multimodale, il ne pleut plus. Je passe au local des cars liO dans l’intention de renouveler ma carte dix voyages mais comme il y a deux personnes avant moi et que je sais le temps qu’il faut ici pour faire la moindre chose, je renonce.
Au lieu de faire des voyages à un euro cinquante, je les paierai deux euros. Leur prix a doublé depuis mon séjour à Collioure il y a presque sept ans, alors qu’au Petit Café de cette ville, l’expresso est à deux euros dix comme il l’était en octobre deux mille dix-neuf.
                                                                       *
À Mont-Louis, chez les militaires : un puits des forçats. Il permettait l’alimentation en eau de la Citadelle pendant les sièges à l’aide d’une immense roue en bois que faisaient tourner les soldats punis. Il en existe deux autres en France, à Besançon et au Mont-Saint-Michel.