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Perros-Guirec (vingt-six) : Trébeurden (trois)

27 septembre 2026


Un ciel est en feu au-dessus du Port alors que je monte vers l’église après une nuit paisible sans couple à côté. Ce samedi matin, Stéphane, le patron de L’Apéro’z a les idées claires. Il recadre ses habitués du comptoir qui causent de la venue du Pape en France : « Nous ne sommes pas un pays catholique. Nous sommes un pays laïc de tradition catholique. » En terrasse deux hommes discutent aussi de ça : « Ma femme, elle est athée. » « Ma femme aussi, elle aime pas la religion. » « Ah bah, les femmes, c’est pas parfait. »
Double bus pour la dernière fois, je retourne à Trébeurden. À l’arrêt Office de Tourisme, pour rejoindre le Port, je prends une méchante descente nommée venelle de C’hra rouz. J’y croise une femme, jeune, et pourtant à bout de souffle.
Au bout du Port est mon objectif du jour, modeste, la pointe du Castel. Je fais le tour par un agréable sentier de ce bel endroit parsemé de rochers aux formes remarquables d’où l’on domine les bateaux amarrés. En face, c’est l’île Milliau que l’on peut atteindre à pied lors des marées basses, une île déserte où l’on trouve un dolmen. Elle dispose d’un gardien qui a une place réservée pour sa voiture dans le Port.
Un banc dominant la plage de Tresmeur et ses cabines blanches m’accueille à l’issue de mon exploit. C’est samedi, le jour des familles. À peine descendu de voiture, la marmaille chouine. Les mères tentent de maîtriser la situation. Les pères suivent. Le mot que l’on entend le plus est « Non ».
Je remonte jusqu’à l’Office de Tourisme par la rue du Port raisonnablement pentue afin de rentrer avec le bus TilT de douze heures seize. Il se présente avec quatre minutes de retard. Sa conductrice prend son temps et arrive ce qui aurait déjà pu arriver : quand nous sommes enfin à Trégastel, le deuxième bus est déjà parti. Le suivant est dans quatre heures. Une jeune femme qui voulait se rendre à Ploumanac’h est la seconde victime. « Je vais y aller à pied, me dit-elle, ça va je marche bien. » Impossible pour moi de marcher jusqu’à Perros. Hier, j’ai dit trop vite adieu à Trégastel. M’y voici coincé jusqu’au prochain départ, celui de seize heures trente-cinq.
Au moins y a-t-il ici de quoi manger. Je vise L’Hippocampe, la crêperie de la baie de Sainte-Anne. Las, elle est fermée le samedi. Je me rabats sur une gargote nommée O’Ty Marché qui propose une formule entrée plat à dix-neuf euros cinquante : tempura de crevettes et brandade de morue. J’y déjeune sur une table de trottoir, avec vue sur l’Office de Tourisme.
La cuisine est très correcte. Je sors de là rassasié et vais m’asseoir sur une pierre de la baie Sainte Anne avec en face l’île de Costaérès, le phare de Ploumanac’h et au loin à droite la chapelle de La Clarté. Être retenu plusieurs heures à Trégastel, il y a pire comme punition. C’est le moment de sortir Écrits autobiographiques de Boulgakov. J’en suis aux lettres de plus en plus désespérées qu’il écrit à Staline pour lui demander l’autorisation de quitter le pays, lesquelles restent sans réponse.
Comme il y a non loin un Carrefour City, j’y fais mes dernières courses de survie pour le soir puis rejoins La Civette où le café est toujours à un euro soixante. Au comptoir, ça picole ferme et on s’embrouille à propos d’autres qui ne sont pas là.
Le seize heures trente-cinq est à l’heure, conduit par le même chauffeur que ce matin. Je lui indique que je suis resté bloqué ici toute l’après-midi. Il me dit qu’il n’y a pas de correspondance entre les deux bus, que parfois ça coïncide et parfois non, car le deuxième ne peut pas attendre. Il est obligé de partir à l’heure pour être à la Gare de Lannion avant le départ du train.
Heureusement que cette mésaventure m’est arrivée la dernière fois que je devais prendre ces deux bus. Plus tôt, cela m’aurait freiné dans mon désir d’aller à L’Île Grande et à Trébeurden.
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Kenneth White a vécu pendant quarante ans sur les hauteurs de Trébeurden dans sa maison du Champ Blanc et y est mort dans la nuit du vendredi onze août deux mille vingt-trois. Une maison située sur la route de Lannion, loin de la mer, hors de la portée de mes pieds. Ce qui ne me contrarie pas car je n’avais aucune envie d’aller la voir. Quand des livres de lui me sont tombés sous la main (comme on dit), ils ne m’ont pas donné envie de les lire.
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Si j’avais eu une question à poser à Kenneth White, ça aurait été celle-ci : Pourquoi Trébeurden alors qu’il y a tant de plus belles villes côtières en Bretagne ?