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Toulon (trente et un) : Le Mourillon (trois)

1er novembre 2026


« Vous me posez de ces questions », me dit le chauffeur du bus Trois quand, seul passager à bord, je m’apprête à descendre au terminus, Le Mourillon. J’aimerais savoir à quelle heure le dernier de ce samedi amputé repartait vers le centre de Toulon. Il ne sait pas et me conseille la prudence si je ne veux pas rentrer à pied. Je me dis que prendre le bus du retour vers neuf heures serait une bonne idée.
Comme je suis parti sitôt mon petit-déjeuner pris, j’ai le temps de marcher le long de la succession de belles plages arrondies : anse Tabarly, anse des Pins, anse de la Source, anse Mistral, anse du Lido, jusqu’au Fort Saint-Louis, près duquel je m’assois sur un banc face à la mer et m’y fais chauffer par le soleil pendant une demi-heure.
À neuf heures moins cinq, je vois passer le bus Trois vers son terminus. Avant qu’il ne revienne, je traverse la route de la corniche et trouve sous l’abribus deux jeunes femmes à valises avec deux enfants dont un enfançon qui pleure. « Service terminé », est-il écrit sur le panneau lumineux. Elles ont un train à prendre à la Gare et ne savent que faire. Le bus Trois passe avec sur sa girouette « Je ne suis pas en service ».
Je rentre avec mes deux pieds entre les bâtiments militaires et les barres d’immeubles, croise un bus Trois encore en service vers Le Mourillon et suis content quand je vois apparaître le Stade Maillol.
À neuf heures trente, je suis à la terrasse de La Réale, en dernière ligne, celle des locaux, où le café bu, je reprends ma lecture. Une expression coutumière de Léautaud : « Je suis au regret ».
Midi, c’est l’heure d’un dernier couscous chez Béchir, avec vue sur le Marché et la vie tranquille et animée d’un samedi presque ordinaire. Il y aurait de quoi faire deux repas avec le couscous de l’Unic Bar. Quand j’ai réussi à le terminer, je mets le cap sur le Port.
Je prends place à la terrasse du Grand Café de la Rade. Fort peu de monde sur le quai. À quatorze heures, je suis le seul client de la grande terrasse de ce grand café. Je trouve une nouvelle fois absurde de voir les bateaux bus à l’arrêt, de même que les bus, puis une petite lumière s’allume dans mon cerveau : Bon sang, mais c’est bien sûr, il s’agit d’empêcher les habitants de la périphérie de venir manifester (et pour quelques-uns d’éventuellement casser et piller). Une guide touristique pour quatre personnes est au pied du Génie de la Navigation « Il faut savoir que… » « Il faut savoir que… » Un dix ans pêche dans le Port avec un simple fil et en sort un poisson.
Au moment de rentrer, j’entends qu’arrivent des manifestants. Je les regarde passer avenue de la République, parallèle au quai, un endroit que je croyais non autorisé. Ils sont quelques centaines dont beaucoup de syndicalistes. Ferme la marche une femme élégante en fauteuil électrique à trois roues. Elle porte un drapeau noir. Des voitures de la Police suivent tranquillement.
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Car pour moi le meilleur n’est pas l’enfance. C’est celui qui va de quarante à soixante ans, même soixante-cinq, quand on est en bon état. (Paul Léautaud à Monsieur Bry, le dix-huit décembre mil neuf cent cinquante).
Pareillement, en ce qui me concerne.