« Mesdames et messieurs, fermeture de la gare, merci de vous diriger vers la sortie ». Tel est le propos de la voix de la Gare de Rouen ce jeudi alors que sur le quai Deux, j’attends le sept heures vingt-six pour Paris. Personne ne bouge. Trois minutes plus tard, nouvelle prise de parole : « Suite au message précédent, veuillez ne pas en tenir compte, essai télécom. » Un petit coup de flip pour débuter mon voyage, je n’avais pas besoin de cela.
Le train Nomad est à l’heure. Je suis en première, comme l’un de ma connaissance, pas jeune lui non plus et bien plus grand voyageur que moi, spécialiste de la Chine. Le train file tandis qu’à bâbord le soleil se lève en colorant les nuages, mais quand le chef de bord s’adresse à nous, c’est pour nous annoncer un passage à niveau en panne à Villennes et le détournement du train par « l’affreux petit chemin bucolique », comme l’appellent les navetteurs, avec une arrivée prévue à neuf heures dix. Ce qui ne me laisserait plus qu’une heure avant le départ de mon Tégévé.
Pourtant, nous ne sommes pas détournés. Je le constate en voyant la centrale de Porcheville à bâbord. Ce que confirme le chef de bord qui ne peut nous en dire plus. Il intervient à nouveau pour nous annoncer que le passage à niveau est réparé. Nous aurons peu de retard à l’arrivée à Paris. Une nouvelle frayeur quand le train s’arrête juste avant Villennes. Il repart aussitôt. Nous arrivons avec dix minutes de retard dans la capitale. Quelques mots échangés avec celui que je connais sur la bibliothèque d’Umberto Eco et le métro Quatorze me conduit Gare de Lyon où j’ai peu à attendre l’affichage du dix heures dix pour Nice.
Je voyage en seconde. Voiture Sept, place Quatorze, coté couloir, telle est ma réservation, que celle qui est à ma droite voudrait échanger pour être près de ses parents qui sont outre couloir. Je refuse. « Je vous préviens, je risque de me lever très souvent », me dit cette pécore. « Je sais bien que vous allez vous venger », lui dis-je. Ce train est direct jusqu’à Marseille puis ce sera Toulon où je descendrai. Encore une fois, je rêve d’aller d’un endroit à un autre sans avoir à voyager. Je sors Un roman russe d’Emmanuel Carrère dont il me reste une moitié à lire. Emmanuel Carrère est en reportage dans la Russie profonde et désolée. C’est une belle petite pute, hein ? répète Sacha, avant de détailler ses mensurations. Nous sommes un peu gênés, lui pas du tout : il est maquereau dans l’âme, c’est sa façon d’être fier de sa fille. Choupette, c’est comme ça que ses parents appellent la leur, ma voisine laide et en surpoids (comme on doit dire). Elle ne manque évidemment pas de me déranger pour aller je ne sais où quand je suis en train de manger mes sandouiches triangles. Cette fille adulte attend le feu vert de son père pour déjeuner. Je retrouve Emmanuel Carrère en plein désastre sentimental. Je me demande si écrire, pour moi, revient nécessairement à tuer quelqu’un. J’arrive au bout de ce livre qui m’aura été bien utile quand nous arrivons à Marseille, où il faut surveiller ses bagages, avant que l’on reparte dans l’autre sens.
Je descends à Toulon exactement quatre heures après avoir quitté Paris, comme prévu. Connaissant cette ville comme je la connais, je rejoins mon logis Air Bibi sans avoir à regarder mon plan. Mon logeur doit m’attendre devant la porte mais il n’arrive que cinq minutes après moi. Nous montons au deuxième. Cet appartement est plus grand que je ne pensais. Il donne sur deux rues piétonnières parallèles, près de la Cathédrale.
Après m’être installé, je descends à la Gare Maritime. La carte Mistral bus et bateaux pour une semaine en illimité est à neuf euros quatre-vingt-dix. Tout comme à mon dernier passage en avril deux mille vingt-quatre. La Mairie socialiste de Rouen devrait prendre exemple sur cette Mairie droitiste. Je retrouve ensuite le bar tabac en face de l’embarcadère des bateaux de « l’incontournable visite de la rade de Toulon ». Enfin presque. Fini le tripot La Gitane. Il est remplacé par le chic L’Escale où le café est à deux euros. Il fait chaud à Toulon, bien que le ciel soit gris en ce premier jeudi d’octobre.
*
Trouvé un euro, place de la Liberté.
Le train Nomad est à l’heure. Je suis en première, comme l’un de ma connaissance, pas jeune lui non plus et bien plus grand voyageur que moi, spécialiste de la Chine. Le train file tandis qu’à bâbord le soleil se lève en colorant les nuages, mais quand le chef de bord s’adresse à nous, c’est pour nous annoncer un passage à niveau en panne à Villennes et le détournement du train par « l’affreux petit chemin bucolique », comme l’appellent les navetteurs, avec une arrivée prévue à neuf heures dix. Ce qui ne me laisserait plus qu’une heure avant le départ de mon Tégévé.
Pourtant, nous ne sommes pas détournés. Je le constate en voyant la centrale de Porcheville à bâbord. Ce que confirme le chef de bord qui ne peut nous en dire plus. Il intervient à nouveau pour nous annoncer que le passage à niveau est réparé. Nous aurons peu de retard à l’arrivée à Paris. Une nouvelle frayeur quand le train s’arrête juste avant Villennes. Il repart aussitôt. Nous arrivons avec dix minutes de retard dans la capitale. Quelques mots échangés avec celui que je connais sur la bibliothèque d’Umberto Eco et le métro Quatorze me conduit Gare de Lyon où j’ai peu à attendre l’affichage du dix heures dix pour Nice.
Je voyage en seconde. Voiture Sept, place Quatorze, coté couloir, telle est ma réservation, que celle qui est à ma droite voudrait échanger pour être près de ses parents qui sont outre couloir. Je refuse. « Je vous préviens, je risque de me lever très souvent », me dit cette pécore. « Je sais bien que vous allez vous venger », lui dis-je. Ce train est direct jusqu’à Marseille puis ce sera Toulon où je descendrai. Encore une fois, je rêve d’aller d’un endroit à un autre sans avoir à voyager. Je sors Un roman russe d’Emmanuel Carrère dont il me reste une moitié à lire. Emmanuel Carrère est en reportage dans la Russie profonde et désolée. C’est une belle petite pute, hein ? répète Sacha, avant de détailler ses mensurations. Nous sommes un peu gênés, lui pas du tout : il est maquereau dans l’âme, c’est sa façon d’être fier de sa fille. Choupette, c’est comme ça que ses parents appellent la leur, ma voisine laide et en surpoids (comme on doit dire). Elle ne manque évidemment pas de me déranger pour aller je ne sais où quand je suis en train de manger mes sandouiches triangles. Cette fille adulte attend le feu vert de son père pour déjeuner. Je retrouve Emmanuel Carrère en plein désastre sentimental. Je me demande si écrire, pour moi, revient nécessairement à tuer quelqu’un. J’arrive au bout de ce livre qui m’aura été bien utile quand nous arrivons à Marseille, où il faut surveiller ses bagages, avant que l’on reparte dans l’autre sens.
Je descends à Toulon exactement quatre heures après avoir quitté Paris, comme prévu. Connaissant cette ville comme je la connais, je rejoins mon logis Air Bibi sans avoir à regarder mon plan. Mon logeur doit m’attendre devant la porte mais il n’arrive que cinq minutes après moi. Nous montons au deuxième. Cet appartement est plus grand que je ne pensais. Il donne sur deux rues piétonnières parallèles, près de la Cathédrale.
Après m’être installé, je descends à la Gare Maritime. La carte Mistral bus et bateaux pour une semaine en illimité est à neuf euros quatre-vingt-dix. Tout comme à mon dernier passage en avril deux mille vingt-quatre. La Mairie socialiste de Rouen devrait prendre exemple sur cette Mairie droitiste. Je retrouve ensuite le bar tabac en face de l’embarcadère des bateaux de « l’incontournable visite de la rade de Toulon ». Enfin presque. Fini le tripot La Gitane. Il est remplacé par le chic L’Escale où le café est à deux euros. Il fait chaud à Toulon, bien que le ciel soit gris en ce premier jeudi d’octobre.
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Trouvé un euro, place de la Liberté.