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Toulon (vingt-neuf) : pont levant et exposition Man Ray

30 octobre 2026


Comme chaque matin, la vendeuse de primeurs la plus proche de la terrasse du Maryland arrive avec une palette pleine de fruits et légumes tout neufs. À la fin de chaque marché, il y a des quantités de fruits et de légumes invendus. Qu’en fait-elle ? C’est ce que je n’ose pas lui demander.
Encore un voyage en bateau bus pour la Seyne ce jeudi. Je choisis celui de huit heures trente afin d’être à neuf heures au pied du pont levant toujours levé (désaffecté depuis la fin des Chantiers de la Méditerranée). Cela vient d’ouvrir quand j’arrive. L’agente d’accueil me dit de la suivre et m’ouvre la porte. Quarante-quatre mètres de hauteur, deux cent trente et une marches, il n’y a plus qu’à monter l’escalier métallique en admirant le paysage. De marche en marche, je me rapproche du sommet. Me voici sur la plateforme entourée de vitres anti suicide Des espaces entre elles permettent de glisser un appareil photo. Je fais quelques images dont l’une d’un bateau bus qui approche de l’embarcadère et une autre quand il repart. Comme les fois précédentes, je suis seul là-haut. En descendant, je croise un homme surpris de voir quelqu’un d’autre. La salle des machines n’est plus accessible. On voit ça à travers des vitres.
Je fais le tour du Port pour rejoindre l’embarcadère. Le bateau bus suivant y est amarré. Le matelot discute avec le capitaine. Cela me montre que j’ai le temps d’y arriver avant son départ.
Il est dix heures et il fait déjà bien chaud quand je m’installe à la terrasse du Grand Café de la Rade pour un café verre d’eau Léautaud. L’affreux bateau noir de riches immatriculé à Malte et son voisin blanc et noir de Saint-Malo sont toujours à quai gâchant la vue. Ce sont toujours des couillus qui les prennent en photo, jamais leurs femmes.
Pour midi je monte dans le quartier Chalumet où se trouve Médiathèque et Musée. Je trouve place ombragée à la terrasse de l’unique restaurant du coin, le Bar de la Marine. Il propose en plat du jour à quinze euros un sauté de dinde aux poireaux à la moutarde avec riz. C’est meilleur que ça en a l’air. Une fille à sa mère : « Tu veux qu’on aille à l’intérieur, c’est hyper bruyant, t’as tes oreilles ou pas ? » (comprendre : tes prothèses auditives). Il n’y a ici que des habitués (des obligés ou des contraints serait plus juste). En dessert, c’est un clafoutis framboise à six euros. Aucun doute, il est fait maison.
Si je suis venu dans ce quartier, c’est parce que je veux visiter l’exposition Man Ray du Musée d’Art de Toulon avant qu’elle ne se termine. « Posez vos sacs et vos clés dans la bannette », me dit l’agent de sécurité. « J’ai de l’argent aussi. » « Vous pouvez le garder, ça va sonner, c’est tout. » Effectivement, ça sonne. On appelle ça un contrôle. Je paie demi-tarif, quatre euros, en compensation de ma vieillesse.
Il y a là tout ce que je connais de Man Ray, et ce que je ne connais pas, provenant surtout de collections particulières parisiennes, dans les salles de rez-de-chaussée au parquet noir relativement dangereux, même pour qui a été opéré de la cataracte. C’est le cinquantenaire de sa mort. « Unconcerned, but not indifférent », est-il écrit sur sa tombe à Montparnasse. Le titre de l’expo est assez nul et anagrammatique Magie de l’image. Man Ray, nom masculin, synonyme de Joie Jouer Jouir. note sur un mur Marcel Duchamp.
Je passe par une porte automatique dans les salles des collections permanentes « Exotisme » « Marines » « Paysages », avec notamment des œuvres du dernier peintre dans l’ordre alphabétique : Ziem. Au mur, cette phrase de George Sand : Je me suis promenée sur tous les rivages du monde et j’avoue, à ma connaissance, qu’il n’est rien de plus beau que la dentelure maritime de la côte toulonnaise.
Le premier étage est accessible par un escalier monumental. C’est celui de l’art contemporain.  Il est richement doté : des œuvres de Buren, Viallat, Armand, Villeglé, Filliou, Lewitt, Combas, Alberola, Di Rosa, Étal de moules de Marcel Broodthaers, Pot et Fleur de Martial Raysse, Monstre de Niki de Saint-Phalle, Sein de César, Portrait-Relief de Martial Raysse d’Yves Klein.
Le chemin me semble long jusqu’à L’Escale où je m’assois à une table à l’ombre agrémentée d’un peu de vent frais. S’il faisait chaud hier, ce jeudi encore plus. Il faut que j’aille doucement dans ma lecture de Correspondance de Paul Léautaud. J’approche de la fin du deuxième volume.