☰

Toulon (vingt-trois) : Cathédrale Sainte-Marie de la Seds

24 octobre 2026


Pendant que se déchaîne la tempête dans le Nord, le temps est incertain dans le Sud. « De toute façon, il va pleuvoir donc il va faire moins froid », déclare le serveur du Maryland. « Aujourd’hui ? », demande un client. « Oui, vers neuf heures et demie, dix heures. » Je reste donc sagement à quai, renonçant à Tamaris.
Le centre commercial Mayol ouvre à neuf heures trente. Il est composé d’un hypermarché Carrefour et de toutes les boutiques habituelles. Y trouverai-je un pull ? Chez Zara, le pull camionneur est de retour. Trop épais et un peu cher. J’entre en face chez Celio. Sur une table de promotion à moins quarante pour cent, je trouve immédiatement mon bonheur : un pull noir peu épais que je paie dix-huit euros à une jolie fille longiligne dont je suis le premier client. Elle voudrait bien m’enregistrer. Je lui dis que non. « C’est obligatoire avec les promotions. » Je lui donne donc mon nom et mon prénom. « Je n’ai pas de portable », lui dis-je. Elle prend mon numéro de fixe. « Avec ça, vous ne risquez pas de recevoir des messages », me dit-elle.
Je repasse à mon logis Air Bibi pour essayer ce pull. Ça va. Ressorti sous l’averse, je trouve abri à La Réale pour un café qui m’arrive sans que j’aie à le commander, puis je lis Léautaud : Il faut faire la queue aux fruitiers, aux épiciers, aux crémiers, qui d’ailleurs n’ont à peu près rien. Peu de charcutiers ouverts. Queues aussi, je n’en ai pas le courage. Je ne puis rester une heure, une heure et demie debout, au milieu de tout ce peuple. La tête me tourne. Voilà trois jours que je mange avec un morceau de pain et un peu de café. (lettre adressée au Fléau, le sept août mil neuf cent quarante)
L’averse la plus sévère tombe pendant la traversée entre Toulon et La Seyne. J’entre pile à midi à l’Hôtel de la Frégate. L’aimable patronne me dit qu’il n’y a guère de choix pour la table à cause de groupes ayant réservé. L’un d’eux est composé d’hommes quadragénaires ou quinquagénaires, tous au comptoir à boire des bières avant de déjeuner. Un autre va directement s’asseoir à sa table : une dizaine de vingtenaires, filles et garçons. Vendredi oblige, c’est poisson avec un dos de colin. Je le fais suivre d’une part de tarte au citron meringuée.
Mon repas est aussi bruyant que rapide. À treize heures, je suis de retour à Toulon. Le soleil l’est aussi. Je m’installe à la terrasse du Grand Café de la Rade pour le café et Léautaud. À tout hasard, et si cela vous est possible, ayez-moi de votre café de Rouen. Je le préfère de beaucoup au Café national d’ici, et je suis de plus très privé, le café représentant beaucoup pour moi. Il va sans dire, n’est-ce pas, que je le paierai autant qu’il y en aura. écrit-il à Lucien Combelle le dix-huit mars mil neuf cent quarante et un.
Avant de remonter à mon logement provisoire, j’entre dans la Cathédrale Sainte-Marie de la Seds que j’entends sonner régulièrement. Son intérieur ne présente pas de particularités remarquables. L’extérieur est un mélange de styles. C’est une église romane agrandie au dix-septième siècle : façade classique aux détails baroques et clocher massif surmonté d’un splendide campanile provençal en fer forgé.