Trouvant trace de mon grand-oncle Alfred

12 novembre 2018


Grand-père Jules ne parlait jamais de son frère mort à la fin de la guerre de Quatorze Dix-Huit. Une recherche sur le site MémorialWebGen, qui recense les morts de cet absurde conflit mondial, m’apprend son prénom et l’essentiel de sa courte vie.
Alfred Marcel André Perdrial, conducteur au 15e Escadron du Train des Equipages Militaires (Matricule au recrutement : 449 - Le Havre), était né le 30/08/1895 à Allouville-Bellefosse et est mort le 11/10/1918  (23 ans) à l’Hôpital à Rouen des suites de maladie contractée en service (Mention Mort pour la France). Il est enterré dans le carré militaire du cimetière Saint-Sever. Il était le fils de Jules Joseph Perdrial, cantonnier, et de Louise Lefebvre, tisserande, mes arrière-grands-parents.
Le cimetière Saint-Sever, bien que rouennais, se trouve au Petit-Quevilly. Le site de cette commune de banlieue le présente ainsi :
« Durant la Première guerre mondiale, le cimetière Saint-Sever est retenu par l’armée britannique pour y enterrer ses soldats décédés dans les hôpitaux militaires installés à Grand-Quevilly, Saint-Etienne-du-Rouvray et Sotteville-lès-Rouen. 11.436 tombes de soldats originaires du Royaume Uni, d’Australie, des Indes Orientales, de Nouvelle Zélande, d’Inde, d’Afrique du Sud, d’Egypte, du Canada… ainsi que celles de travailleurs chinois sont soigneusement alignées dans un cimetière-jardin aménagé par l’architecte paysagiste Réginald Blomfield. »
« Outre les tombes de militaires du Commonwealth, le cimetière Saint-Sever abrite plusieurs centaines de tombes de soldats français morts durant la Première guerre mondiale ainsi que le monument aux morts de la ville de Rouen qui regroupe les noms de 6000 soldats rouennais décédés durant la guerre 14/18. »
Je ne pense pas que mon grand-père Jules ait éprouvé l’envie ou le besoin de se rendre sur la tombe de son frère Alfred. Je l’aurais su. Mes parents, mes frères, ma sœur et moi vivions dans la même maison que lui et sa femme (ma grand-mère Eugénie). Rien de ce que faisaient les un(e)s ne pouvait être ignoré des autres.
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Quelle ville cosmopolite était Rouen à cette époque ! Ce onze novembre deux mille dix-huit, lors de la cérémonie parisienne du centenaire, est lue, dans sa langue par une jeune fille, une lettre d’un des travailleurs chinois présents à Rouen, dans laquelle il racontait la joie internationale le jour de l’Armistice.
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Mourir de ce qu’on appelait la grippe espagnole, un mois jour pour jour avant l’Armistice, tel fut le lot de grand-oncle Alfred. Le même sort attendait Guillaume Apollinaire, deux jours avant l’Armistice.
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Ecoutant Etre et savoir sur France Culture, j’entends une enseignante dire qu’il y a eu huit millions d’appelés français pendant la Première Guerre Mondiale mais seulement quatre millions ont été sur le front. Où étaient les autres ? demande-t-elle, sous-entendant que les pauvres étaient envoyés à la mort et les enfants de nantis à l’abri.
Fils d’un cantonnier et d’une tisserande, mon grand-père Jules et mon grand-oncle Alfred étaient bons pour les tranchées.