Un bon premier mercredi de février à Paris (un)

5 février 2026


Je retrouve Fernando Pessoa dans le sept heures vingt-six pour Paris ce mercredi. Une citation de lui est en épigraphe de La Boîte verte de Michel Waldberg, fils de Patrick et Isabelle dont j’ai lu la correspondance avec plaisir il y a quelque temps : Nous sommes ce que nous ne sommes pas. La vie est brève et triste. Le livre de Michel Waldberg commence ainsi : J’ai sous les yeux la boîte verte, elle, celle, vieille et vénérable, que j’ai toujours vue aux pieds de Patrick…
Du bus Vingt-Neuf je vois que le Bistrot d’Edmond a rouvert. Il était fermé administrativement pour trente jours à la suite d’une rixe démarrée dans le café avant de se poursuivre à la station Quatre Septembre (gaz lacrymogène et métro évacué). Ce bus Vingt-Neuf ne dévie plus le Marais. Après la place des Vosges, au bout de la rue du Pas de la Mule, il tourne à droite et je descends à Bastille Beaumarchais.
Le génie étincelle sous le ciel bleu. Je marche jusqu’au Marché d’Aligre et suis déçu d’y trouver les mêmes livres chez Amine et un retour de la nippe chez Émile.
Je reprends La Boîte verte au Camélia. Michel Waldberg y puise de quoi alimenter les souvenirs qu’il garde de ses parents, peu présents pour lui de leur vivant, de ses grands-parents paternels : Elle mourut au lieu-dit La Folie au volant de sa voiture qu’elle conduisait d’une main, cigarette à l’autre, elle, Mary Iris Connolly, ma grand-mère (…) Tandis que lui, Ernest Irving Waldberg, mon grand-père, dandy, gourmet, s’en alla mourir dans l’été, au sortir de table, victime d’un empoisonnement, le seize août 1928, à deux heures trente-cinq, boulevard du Touring-Club à Saint-Raphaël. et de son oncle : Cette mort syncopée préfigure pour moi celle de mon oncle John, son fils cadet, foudroyé dans une rue de La Rochelle, sa ville de prédilection, le trois novembre 1990 à dix heures du matin. Lui n’était pas, comme son père le docteur, sorti de table pour mourir, mais se livrait en ce matin d’automne à son passe-temps favori, bouler en aveugle par les rues de la cité, sous les arcades pareilles à une perspective de Chirico, ne stoppant qu’aux étalages des bouquinistes et aux comptoirs des cafés.
Cette fois, ma récolte de livres à un euro est bonne au Book-Off de Ledru Rollin : Naissances d’un écrivain Madame de Sévigné de Roger Duchêne (Fayard), L’Affaire Ruffini Enquête sur le plus grand mystère du monde de l’art de Vincent Noce (Libretto Phébus), Mes inconnues Solange, Denise, Mado d’Alain Defossé (Phébus), On vient chercher Monsieur Jean de Jean Tardieu (L’Imaginaire Gallimard) et Patagonie Express de Paul Theroux (Grasset).
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Dans le métro parisien : « Je serai toujours d’accord pour prendre un café avec toi », « Je ne laisserai jamais de vaisselle dans l’évier », « Je regardrai (sic) tous les episodes (sic) avec toi ». Des publicités signées friend.com pour un objet électronique se portant autour du cou qui discute avec toi, entend tes conversations, assiste à tes réunions ou à tes verres entre amis.
Aux humains tenus en laisse par leur smartphone, il ne manquait qu’un collier.