Un dernier mercredi de gauche à Paris ?

19 mars 2026


Le jour qui se lève sur un ciel bleu, les trilles d’un oiseau inconnu de moi dans le jardin, ce mercredi s’annonce sous de meilleurs auspices que le précédent. Cela se confirme avec l’arrivée ponctuelle du sept heures vingt-six pour Paris.
J’ai la chance de ne pas y avoir de voisin immédiat. J’ouvre le Journal de Paul Klee traduit de l’allemand par Pierre Klossowski. Celui qui l’a lu avant moi a inscrit d’une écriture tremblée sur la page de titre « Se méfier de tout ce qui est signé par Klossowski, très tendancieux. » Derrière moi sont deux femmes qui ont rendez-vous avec « le groupe ». Dans leur conversation il est question d’un atelier holistique et de se détendre le nerf vague. Le Journal de Klee est celui de sa jeunesse. Son début s’apparente à des mémoires. Je n’aime pas les écrits rétrospectifs. Je m’en méfie comme d’un écrit de Klossowski.
Le bus Vingt-Neuf part dans cinq minutes. Il passe par l’Hôtel de Ville. Quelle tristesse de se dire que dimanche prochain, à cause du maintien imbécile de Sophia Chikirou, la compagne de celui qui a du mal à prononcer les noms juifs, risque de s’y établir l’horripilante Rachida Dati.
Le conducteur du bus me permet de descendre du bon côté de la Bastille. Un quidam entre dans les toilettes Decaux avec sa bicyclette (jamais vu ça encore). Je rejoins la place d’Aligre. « Le stock de bouquins pas cher ! », claironne un des supplétifs d’Émile qui a renoué avec la librairie. Un vieux stock dont il tirera moins que de ses nippes des semaines passées. Rien de mieux chez Amine, je vais prendre le soleil à l’une des tables de trottoir du Camélia. Un café, un verre d’eau et le Journal de Klee dans lequel j’ai du mal à entrer.
De onze heures à midi moins le quart, j’explore les rayonnages du Book-Off de Ledru-Rollin. J’en repars avec un seul livre, à deux euros : Album Sacha Guitry d’André Bernard et Charles Floquet (Éditions Henri Veyrier).
Un métro un peu dérangé me conduit chez Au Diable des Lombards pour des accras de poisson et une saucisse au couteau lentilles.
De treize à quatorze heures, j’explore les rayonnages de sous-sol du Book-Off de Saint-Martin et remonte avec six livres à un euro : le numéro Quatre de l’épaisse revue Tra-Jectoires consacré à Henry-Louis Mermod où l’on trouve notamment sa correspondance avec Francis Ponge, La Prescription de Michel Falempin (Éditions Ivrea), Voyageurs excentriques de John Keay (Petite Bibliothèque Payot), Patrick Modiano de Nadia Butaud incluant un cédé de sa Radioscopie à vingt-cinq ans par Jacques Chancel (Textuel), « Cette réalité que j’ai pourchassée » d’Ella Maillart incluant un cédé d’entretiens d’icelle sur près de cinquante ans à la Radio Suisse Romande (Zoé) et Messaline la putain impériale de Jean-Noël Castorio (Biographie Payot).
Le soleil est là mais comme souffle un petit vent frisquet, c’est au-dedans de L’Opportun qu’après un café je poursuis la lecture du Journal de Paul Klee : 30 avril 1902 La matinée encore une fois aux Offices. Cette fois chez les Allemands. Dürer bien représenté, Holbein moins bien. Lucas Cranach en revanche, d’autant mieux : outre Adam et Eve particulièrement un double portrait en miniature de Luther et Mélanchthon (surtout Mélanchthon).
Direction la Gare Saint-Lazare où, à seize heures, j’ai rendez-vous avec un homme porteur d’un casque de bicycliste à l’entrée du McDonald’s face aux Lignes Normandes. Je lui remets les deux gros volumes de chez Folio des Misérables contre deux pièces de deux euros. « Bonne lecture », lui dis-je. « C’est pour ma fille », me répond-il. « Je le lirai après », ajoute-t-il. « Je n’en crois rien », ne lui dis-je pas.
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« Docteur en théologie, professeur à l'université, disciple de Martin Luther, Mélanchthon est surtout connu pour avoir rédigé la Confession d'Augsbourg. Il est en outre le créateur du terme psychologie, forgé à partir du grec. » m’apprend Ouiquipédia. Son prénom est Philippe, pas Jean-Luc.