Un mardi comme un mercredi à Paris

13 mai 2026


La journée commence par un imprévu pour le fils trentenaire qui a choisi d’accompagner jusqu’à leur place ses parents dans la voiture Trois du sept heures vingt-six pour Paris. Le train part avant qu’il soit descendu. Le voilà debout dans le couloir en chemin vers la capitale sans billet. « Je me suis fait avoir », déplore-t-il. Le chef de bord lui édite un billet à trente euros, payé par sa mère. En ce qui me concerne, c’est comme d’habitude. Sauf que le mercredi de cette semaine étant veille de jour férié, ce qui n’est pas sans conséquences à la Senecefe, je voyage un jour plus tôt. Je lis Absolument la vie d’Étienne Barilier, un texte à lui inspiré par la mort de sa femme.
Le bus Vingt-Neuf traverse à nouveau le Marais. Ce qui donne l’occasion à sa conductrice d’invectiver un automobiliste mal placé : « C’est un couloir de bus, abruti. C’est pas écrit assez gros ? »
Le Marché d’Aligre du mardi ressemble à celui du mercredi : des frusques en vente chez Émile, des livres sans rien pour moi chez Amine. Une femme bruyante est au téléphone rue Théophile-Roussel : « Malheureusement, j’ai un gros défaut, je ne sais pas mentir. » Si au moins, elle savait se taire.
Il fait soleil mais frais et avec le changement d’heure la terrasse du Camélia est à l’ombre. J’attends donc l’ouverture de Book-Off à l’intérieur et y retrouve le veuf Étienne Barilier. Il s’interroge sur son rapport à la religion, ce qui ne peut guère m’intéresser.
Chez Book-Off, une critique littéraire vend une quantité de livres qu’on lui a envoyés. Certains ne sont pas encore dans les librairies. Cela oblige une employée à les biper un par un via Internet pour connaître leur date de sortie. Manquerait plus qu’on vende d’occasion un livre qu’on ne peut pas encore acheter neuf. Je ne trouve pour moi dans les rayons à un euro qu’Illuminations et nuits blanches de Carson McCullers qui inclut sa correspondance avec son mari Reeves (Dix/Dix-Huit).
« Ça va être long », se lamente la gentille serveuse d’Au Diable des Lombards en contemplant la salle qui n’est guère occupée ce mardi. Je n’ai pas à me plaindre de mon voisinage tandis que je mange ma quiche saumon poireaux et mes aiguillettes de canard pommes sautées salade, je n'en ai pas. La sono diffuse ce que je range dans la catégorie chansons à la parisienne. « Zoufris Maracas », me dit le serveur. Ça date d’il y a quinze ans peut-être. Il ne sait pas si ce sont des Parisiens.
Les travaux ont repris dans la future boulangerie d’à côté du Book-Off de Saint-Martin. Le bruit est tolérable, il ne m’oblige pas à raccourcir mon exploration du sous-sol. Je remonte avec quatre livres à un euro : Scènes de la vie d’un jeune garçon de J.M. Coetzee (Seuil), Giono, furioso d’Emmanuelle Lambert (Stock), Somerset Maugham de Jean-Paul Chaillet (Séguier) et Café vivre de Chantal Thomas (Seuil).
Vers quatorze heures quinze, j’entre à L’Opportun. Peu après que j’ai bu mon café arrive le jeune homme à qui j’ai vendu quinze euros le Zibaldone de Leopardi. Ce n’est pas que je voulais gagner quelque argent avec un livre désherbé de la Bibliothèque Municipale de Sotteville-lès-Rouen, c’est que je n’ai pas le niveau pour lire un tel livre. « Je suis étudiant, me dit mon acheteur, ça va bien me servir. » Des touristes, surtout des femmes, se photographient devant la vitrine du dératiseur d’à côté « Aurouze Julien depuis 1872 ». On y voit une belle collection de rats piégés. Je lis Noizemont-les-Vierges, des souvenirs de petite enfance de Roger Martin du Gard (Noizemont-les-Vierges, c’est Clermont-de-l’Oise). Des souvenirs d’intérêt moyen pour moi, que je termine dans le seize heures quarante du retour.
J’aimerais savoir pourquoi je suis de mauvaise humeur
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Zoufris Maracas, un groupe formé par deux amis d'enfance d'origine sétoise et qui a commencé dans le métro parisien, apprends-je une fois rentré.