Une température supportable pour aller voir ce mercredi si Paris au mois d’août ressemble toujours à Paris au mois d’août. Dans la voiture Trois du sept heures vingt-six, le hasard m’a attribué ma place préférée (la Vingt-Sept). Il reste des places libres (les vacances), dont celle d’à côté. Ma jeune voisine d’outre-couloir est seule également. Elle met son gilet sur ses jambes nues puis s’endort. J’ai pour lecture On s’est déjà vu quelque part ? de Nuala O’Faolain. Le sous-titre en est Les mémoires accidentels d’une femme de Dublin. Ne voilà-t-il pas qu’il pleut à Mantes-la-Jolie. Cet imprévu me décide à opter pour la prudence et le métro Neuf jusqu’à la station Voltaire. Point d’embouteillage sur le pont d’Asnières, peu de monde dans les escaliers mécaniques, pareillement dans la rame de métro et boulevard Voltaire, Paris est bien au mois d’août.
Chez Justin étant en congé, je m’installe, trois quarts d’heure avant l’ouverture de Re-Read, sous l’auvent de Chez Papa, face à Raviolis Maman, pour un café verre d’eau lecture à deux euros soixante. Je n’ai jamais eu peur jusqu’au jour où, à l’âge de onze ans, je suis allée voir Le Messie au Théâtre Royal, et qu’un homme m’a mis la main sous la jupe et m’a fait mal avec ses doigts.
Aucun livre pour moi chez Re-Read, dont le voisin, Cyclable, affiche une fermeture définitive. Même pas un dont je pourrais dire : Je l’aurais pris si je ne l’avais déjà. La clientèle est rare et la jolie vendeuse, pas vue depuis longtemps, s’occupe en dessinant un panneau à mettre sur le trottoir. « C’est atelier arts plastiques », ne lui dis-je pas (elle pourrait se vexer).
Les feuilles mortes se ramassent à la pelle rue Ledru-Rollin (la sécheresse). J’arrive chez Book-Off à l’ouverture. Il y a la climatisation dans cette boutique mais elle n’est pas en marche (économie). En conséquence, il fait bien plus chaud qu’à l’extérieur et cela nuit à ma concentration. « Attends, maman elle va prendre un autre dernier livre », dit une femme à son six sept ans (son je a disparu depuis l’accouchement). « Toi, t’aimes trop les livres », remarque judicieusement le moutard. Elle n’est pas la seule. Je ressors avec six livres à un euro : Aphorismes de Charles Baudelaire ((Arléa), Portrait nu de Christine Aventin (Cercle Poche), Les vents de Mario Vargas Llosa (L’Herne), Call-Boy d’Ishida Ira (Philippe Picquier), Je n’ai plus besoin de moi de Jean-Luc Coudray (Atelier de l’agneau) et Au Bonheur des Lettres, recueil de courriers historiques, inattendus et farfelus rassemblés par Shaun Usher (Livre de Poche), étrange Livre de Poche, lourd et énorme (jamais vu ça).
Chez Au Diable des Lombards, la gentille serveuse n’est pas là. « En vacances en Sardaigne », me dit son collègue. Je choisis le camembert au miel et la pièce de bœuf frites salade.
La chaleur n’est pas une surprise au sous-sol du Book-Off de Saint-Martin. Y tournent trois ventilateurs peu efficaces. Je priorise le rayon Littérature à un euro d’où j’extrais cinq ouvrages : Chère madame ma fille cadette de Raphaële Billetdoux (Grasset), Flaubert, sa nièce et la gouvernante anglaise de Jacques Bonnet (Slatkine), À travers tous les miroirs d’Ursula Priess (Zoé), J’irai chanter sur vos tombes - Vian et Le Déserteur de Marc Dufaud (Invenit) et Tombeau pour un excentrique d’Érik Bullot (Quidam éditeur).
Me sentant poisseux, j’abrège mon tour, remonte à la surface et rejoins L’Opportun. C’est une jeune femme inconnue qui m’y accueille. Un jeune homme inconnu est derrière le comptoir. « Ça a changé de direction ? » demandé-je au cuisinier quand il apporte mon café. Effectivement. Les serveurs sont partis. Lui est resté. Un peu plus tard, je l’entends se plaindre des anciens auprès des nouveaux (ils le méprisaient). Je poursuis ma lecture des mémoires de Nuala O’Faolain, un livre publié dans la collection de poche de Sabine Wespieser, dont je n’aurais pas connu l’existence sans mes bookoffiages du mercredi. Devant moi déjeune tardivement une jeune anglophone au crâne rasé. Entre deux plats, elle photographie des livres en français qu’elle vient d’acheter chez Boulinier, parmi lesquels Vénus Erotica d’Anaïs Nin. Dans ce bistroquet devenu chinois, le café est toujours à deux euros cinquante.
Sur une banquette de la Gare Saint-Lazare, je poursuis ma lecture en attendant le seize heures quarante pour Rouen. À ma droite, un jeune homme à la peau noire répète à son téléphone qu’on est dans la main de Dieu. « On n’a pas le choix, il faut affronter. »
Chez Justin étant en congé, je m’installe, trois quarts d’heure avant l’ouverture de Re-Read, sous l’auvent de Chez Papa, face à Raviolis Maman, pour un café verre d’eau lecture à deux euros soixante. Je n’ai jamais eu peur jusqu’au jour où, à l’âge de onze ans, je suis allée voir Le Messie au Théâtre Royal, et qu’un homme m’a mis la main sous la jupe et m’a fait mal avec ses doigts.
Aucun livre pour moi chez Re-Read, dont le voisin, Cyclable, affiche une fermeture définitive. Même pas un dont je pourrais dire : Je l’aurais pris si je ne l’avais déjà. La clientèle est rare et la jolie vendeuse, pas vue depuis longtemps, s’occupe en dessinant un panneau à mettre sur le trottoir. « C’est atelier arts plastiques », ne lui dis-je pas (elle pourrait se vexer).
Les feuilles mortes se ramassent à la pelle rue Ledru-Rollin (la sécheresse). J’arrive chez Book-Off à l’ouverture. Il y a la climatisation dans cette boutique mais elle n’est pas en marche (économie). En conséquence, il fait bien plus chaud qu’à l’extérieur et cela nuit à ma concentration. « Attends, maman elle va prendre un autre dernier livre », dit une femme à son six sept ans (son je a disparu depuis l’accouchement). « Toi, t’aimes trop les livres », remarque judicieusement le moutard. Elle n’est pas la seule. Je ressors avec six livres à un euro : Aphorismes de Charles Baudelaire ((Arléa), Portrait nu de Christine Aventin (Cercle Poche), Les vents de Mario Vargas Llosa (L’Herne), Call-Boy d’Ishida Ira (Philippe Picquier), Je n’ai plus besoin de moi de Jean-Luc Coudray (Atelier de l’agneau) et Au Bonheur des Lettres, recueil de courriers historiques, inattendus et farfelus rassemblés par Shaun Usher (Livre de Poche), étrange Livre de Poche, lourd et énorme (jamais vu ça).
Chez Au Diable des Lombards, la gentille serveuse n’est pas là. « En vacances en Sardaigne », me dit son collègue. Je choisis le camembert au miel et la pièce de bœuf frites salade.
La chaleur n’est pas une surprise au sous-sol du Book-Off de Saint-Martin. Y tournent trois ventilateurs peu efficaces. Je priorise le rayon Littérature à un euro d’où j’extrais cinq ouvrages : Chère madame ma fille cadette de Raphaële Billetdoux (Grasset), Flaubert, sa nièce et la gouvernante anglaise de Jacques Bonnet (Slatkine), À travers tous les miroirs d’Ursula Priess (Zoé), J’irai chanter sur vos tombes - Vian et Le Déserteur de Marc Dufaud (Invenit) et Tombeau pour un excentrique d’Érik Bullot (Quidam éditeur).
Me sentant poisseux, j’abrège mon tour, remonte à la surface et rejoins L’Opportun. C’est une jeune femme inconnue qui m’y accueille. Un jeune homme inconnu est derrière le comptoir. « Ça a changé de direction ? » demandé-je au cuisinier quand il apporte mon café. Effectivement. Les serveurs sont partis. Lui est resté. Un peu plus tard, je l’entends se plaindre des anciens auprès des nouveaux (ils le méprisaient). Je poursuis ma lecture des mémoires de Nuala O’Faolain, un livre publié dans la collection de poche de Sabine Wespieser, dont je n’aurais pas connu l’existence sans mes bookoffiages du mercredi. Devant moi déjeune tardivement une jeune anglophone au crâne rasé. Entre deux plats, elle photographie des livres en français qu’elle vient d’acheter chez Boulinier, parmi lesquels Vénus Erotica d’Anaïs Nin. Dans ce bistroquet devenu chinois, le café est toujours à deux euros cinquante.
Sur une banquette de la Gare Saint-Lazare, je poursuis ma lecture en attendant le seize heures quarante pour Rouen. À ma droite, un jeune homme à la peau noire répète à son téléphone qu’on est dans la main de Dieu. « On n’a pas le choix, il faut affronter. »