J’emporte mon appareil photo à Paris ce mercredi. Cela me donne l’occasion, en chemin vers la Gare de Rouen, de photographier la statue de Gustave Flaubert hautement perché sur son socle place des Carmes puis le café Le Métropole où Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre se donnaient rendez-vous et où Annie Ernaux se demandait comment faire pour avorter.
Dans la voiture Trois du sept heures vingt-six, j’ai comme lecture les lettres que s’envoyèrent Reeves et Carson McCullers pendant la Deuxième Guerre Mondiale, divorcés mais réconciliés. Faire quelque chose d’aussi normal que d’écrire une lettre semble étrange, presque dérisoire, car un obus peut à tout moment s’égarer dans la cave où nous sommes enfouis et nous faire voler le crâne en éclats, écrit-il.
Un bus Vingt-Sept part dans une minute. J’y monte. Par les monuments historiques, il m’emmène jusqu’au Jardin du Luxembourg pas vu depuis longtemps. J’en parcours les allées avec un peu de mélancolie. À deux, c’était bien mieux. Je fais quelques photos de statues dénudées et une du Sénat autour duquel patrouillent des porteurs d’uniformes solidement armés.
La descente du boulevard Saint-Michel me conduit chez Gibert. Après une fouille infructueuse dans les bacs de trottoir à un euro, je monte à l’étage Littérature et constate aux rayons Journaux et Correspondances que le prix de l’occasion est encore suffisamment élevé pour que je m’abstienne d’acheter.
En bas du boulevard la Fontaine Saint-Michel est cachée par les échafaudages bâchés. Des travaux que l’on doit à la Ville de Paris. Combien de rendez-vous j’ai donnés ici. Je traverse la Seine et après la Conciergerie ai vu sur le Pont Neuf en cours d’emballage par JR et ses équipiers, un hommage à Christo et Jeanne-Claude. La Caverne du Pont Neuf est en cours d’installation. Comme je n’aurai pas l’occasion d’y entrer au mois de juin, j’en fais une photo alors que s’approche d’elle un bateau-mouche.
J’entre à onze heures au Book-Off de Saint-Martin. Je remonte de son sous-sol avec seulement deux livres à un euro : Savannah de Jean Rolin (Pol) et Faire l’amour de Jean-Philippe Toussaint (Minuit).
Pas loin est le restaurant China où je déjeune à volonté pour douze euros cinquante. Le métro Huit me conduit à Opéra d’où je rejoins le Book-Off de Quatre Septembre. Ici aussi, je trouve peu à un euro : Une fille (celle de Maurice Girodias) de Juliette Kahane (L’Olivier) et Bestiaire d’Alexandre Vialatte (Arléa) illustré par Honoré (mort assassiné dans les locaux de Charlie Hebdo).
Comme le Bistrot d’Edmond a retrouvé une partie de sa terrasse, je m’y installe pour lire la correspondance des McCullers dans un bruit de ville affairée. Je vais rester à Paris quelques jours avant d’être envoyé en Angleterre. J’ai été blessé il y a trois jours par un tir de barrage et j’ai une main écrasée. écrit Reeves à Carson le douze décembre mil neuf cent quarante-quatre.
*
Devant chez Gibert un postier ouvre la boîte à lettres jaune avec son smartphone. D’un côté, le courrier pour Paris et sa banlieue. De l’autre, le courrier pour la province et l’international. Il met le tout dans un seul panier.
*
Des affiches puantes sur les vitrines des boutiques à vendre du boulevard Saint-Michel : « Tu ne tueras point » « La mort remboursée par la Sécurité Sociale ». Elles sont signées du Syndicat des Familles et appellent à faire pression sur les Sénateurs pour qu’ils ne votent pas la loi sur l’aide à mourir. Comme si ces Sénateurs, majoritairement catholiques, avaient besoin qu’on les pousse.
*
Collés contre le mur, les bras croisés, ils semblent bouder. C’est une mauvaise journée pour les vendeurs à la sauvette d’avocats et de kiwis de Saint-Lazare. Ils se sont fait serrer par la maréchaussée.
Dans la voiture Trois du sept heures vingt-six, j’ai comme lecture les lettres que s’envoyèrent Reeves et Carson McCullers pendant la Deuxième Guerre Mondiale, divorcés mais réconciliés. Faire quelque chose d’aussi normal que d’écrire une lettre semble étrange, presque dérisoire, car un obus peut à tout moment s’égarer dans la cave où nous sommes enfouis et nous faire voler le crâne en éclats, écrit-il.
Un bus Vingt-Sept part dans une minute. J’y monte. Par les monuments historiques, il m’emmène jusqu’au Jardin du Luxembourg pas vu depuis longtemps. J’en parcours les allées avec un peu de mélancolie. À deux, c’était bien mieux. Je fais quelques photos de statues dénudées et une du Sénat autour duquel patrouillent des porteurs d’uniformes solidement armés.
La descente du boulevard Saint-Michel me conduit chez Gibert. Après une fouille infructueuse dans les bacs de trottoir à un euro, je monte à l’étage Littérature et constate aux rayons Journaux et Correspondances que le prix de l’occasion est encore suffisamment élevé pour que je m’abstienne d’acheter.
En bas du boulevard la Fontaine Saint-Michel est cachée par les échafaudages bâchés. Des travaux que l’on doit à la Ville de Paris. Combien de rendez-vous j’ai donnés ici. Je traverse la Seine et après la Conciergerie ai vu sur le Pont Neuf en cours d’emballage par JR et ses équipiers, un hommage à Christo et Jeanne-Claude. La Caverne du Pont Neuf est en cours d’installation. Comme je n’aurai pas l’occasion d’y entrer au mois de juin, j’en fais une photo alors que s’approche d’elle un bateau-mouche.
J’entre à onze heures au Book-Off de Saint-Martin. Je remonte de son sous-sol avec seulement deux livres à un euro : Savannah de Jean Rolin (Pol) et Faire l’amour de Jean-Philippe Toussaint (Minuit).
Pas loin est le restaurant China où je déjeune à volonté pour douze euros cinquante. Le métro Huit me conduit à Opéra d’où je rejoins le Book-Off de Quatre Septembre. Ici aussi, je trouve peu à un euro : Une fille (celle de Maurice Girodias) de Juliette Kahane (L’Olivier) et Bestiaire d’Alexandre Vialatte (Arléa) illustré par Honoré (mort assassiné dans les locaux de Charlie Hebdo).
Comme le Bistrot d’Edmond a retrouvé une partie de sa terrasse, je m’y installe pour lire la correspondance des McCullers dans un bruit de ville affairée. Je vais rester à Paris quelques jours avant d’être envoyé en Angleterre. J’ai été blessé il y a trois jours par un tir de barrage et j’ai une main écrasée. écrit Reeves à Carson le douze décembre mil neuf cent quarante-quatre.
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Devant chez Gibert un postier ouvre la boîte à lettres jaune avec son smartphone. D’un côté, le courrier pour Paris et sa banlieue. De l’autre, le courrier pour la province et l’international. Il met le tout dans un seul panier.
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Des affiches puantes sur les vitrines des boutiques à vendre du boulevard Saint-Michel : « Tu ne tueras point » « La mort remboursée par la Sécurité Sociale ». Elles sont signées du Syndicat des Familles et appellent à faire pression sur les Sénateurs pour qu’ils ne votent pas la loi sur l’aide à mourir. Comme si ces Sénateurs, majoritairement catholiques, avaient besoin qu’on les pousse.
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Collés contre le mur, les bras croisés, ils semblent bouder. C’est une mauvaise journée pour les vendeurs à la sauvette d’avocats et de kiwis de Saint-Lazare. Ils se sont fait serrer par la maréchaussée.