Un premier mercredi de deux mille vingt-six à Paris (un)

15 janvier 2026


Une voiture Trois emplie de néophytes ayant du mal à trouver leur place ce mercredi pour mon retour dans le train Nomad Rouen Paris de sept heures vingt-six. J’y bénéficie d’une place sans voisinage immédiat et ai pour lecture Vie de poète de Robert Walser, recueil de textes courts d’errance et de vagabondage dont le premier a pour titre Voyage à pied.
Les métros Quatorze et Huit me conduisent à Ledru-Rollin. J’entre au Camélia pour un café comptoir. Deux femmes sexagénaires à fort accent essaient de se comprendre l’une l’autre. « La joie ? Quoi la joie ? Ah, la Shoah ! C’est pas la même chose. »
Je rejoins le Marché d’Aligre. Malgré le temps incertain, Émile est là. Ses deux tâcherons finissent d’aligner les livres sur les tables. Il y a du vieux et il y a du neuf. Je suis content de trouver là Lettres à Anna de Marina Tsvetaieva (Éditions des Syrtes). J’y ajoute Livre des chants d’Henri Heine (Cerf) et pour faire le troisième Faulkner, Mississipi d’Édouard Glissant (Stock). Cinq euros les trois, c’est le prix que je règle à Émile en n’oubliant pas de lui souhaiter une bonne année.
Pédestrement, je rejoins Re-Read, boulevard Voltaire. La patronne me reprend quelques livres pour deux euros. Une femme en a davantage à vendre. « Vous savez qu’on achète les livres à vingt-cinq centimes et qu’on fait une sélection ? » « Faites ce que vous voulez, je suis prête à tout vous laisser pour rien. » Elle obtient treize euros pour cinquante-deux livres de poche. Pendant ce temps, je mets la main sur quatre livres à mon goût : Mémoires de Balthus, recueillis par Alain Vircondelet (Éditions du Rocher), Journal intime de Sophie Tolstoï (Albin Michel), Lettres retrouvées de Raymond Radiguet (Omnibus) et, belle découverte, Après Sappho de Selby Wynn Schwartz, un hors-série grand format de la collection L’Imaginaire de Gallimard. A sept euros les deux, cela fait quatorze euros.  
Il est onze heures moins le quart. Mon sac est déjà lourd alors que je n’ai pas commencé à bookoffier.
                                                                   *
Dans les couloirs du métro : « Pratiquez l’échangisme ». C’est un conseil d’Eurostar.
                                                                   *
Une chose dont je suis sûr : il n’y aura plus de grande exposition Balthus. J’ai bien fait d’aller en Suisse en mil neuf cent quatre-vingt-treize voir l’exposition rétrospective à lui consacrée au Musée Cantonal des Beaux-Arts de Lausanne (il était encore vivant et l’avait visitée en fauteuil roulant) puis, en deux mille huit, bien accompagné, celle de son centième anniversaire à la Fondation Gianadda de Martigny.