Un samedi dimanche de fin janvier

26 janvier 2026


Acte Un, samedi matin au Rocher de Cancale à Sotteville-lès-Rouen où, derrière son comptoir, Martine pilote sa brasserie en évoquant l’actualité avec ses passagers. « Vous avez vu la femme de quatre-vingt-dix ans violée à Nice ? Et la gamine de douze ans qui s’est suicidée à Perpignan ? Dans quel monde de cinglés on vit ! » Ceux-ci lui répondent par la politique internationale. « Alors Trompe, y va t’y attaquer l’Iran ? Il est fâché avec tous ses copains. Celui qui lui a donné des millions pour qu’il soit élu, comment il s’appelle déjà ? Elon Masque. »
Entracte à la maison, où j’entends le concert de carillon hebdomadaire. Un programme original de musiques de jeux vidéo jouées par une jeune carillonneuse prénommée Lylia.
Acte Deux, au café rouennais où je lis l’après-midi. Il est fréquenté essentiellement par des femmes. Les vendeuses de magasins alentour y font leur pause. Des bourgeoises viennent y prendre une crêpe avec un thé. Leur point commun : des discussions d’une bêtise insondable. L’une raconte qu’elle a eu un coup de foudre pour un berger espagnol. Pas un gardien de moutons ibérique, un chien. « Comment il s’appelle ? » « Ti amo » « C’est mignon comme prénom » « Ça veut dire je t’aime ».
Acte Trois, le dimanche matin au Clos Saint-Marc où la vendeuse de livres que je surnommais le Grand Rire au temps où elle riait est inquiète. La pluie est annoncée et, justement, c’est le jour où elle a apporté beaucoup de livres. Sans l’avoir espéré, je trouve là trois ouvrages à mon goût : Vie des artistes de Giorgio Vasari (Les Cahiers Rouges Grasset), Déjeuner chez Wittgenstein de Thomas Bernhard (L’Arche) et Lotus Park, un livre de photos de Claude Nori (Cahier d’Images), les trois pour cinq euros. C’est le même prix qu’au Marché d’Aligre.